Canons d'Hippolyte
'i. Didascalie des Apôtres.
3. De là des accidents comme la querelle pascale et le conflit à propos du baptême des hérétiques.
peuvent guère signifier autre chose que la tradition communément acceptée, sans égard à une formulation déterminée. Cependant, dès avant le IV^ siècle, on voit apparaître de petits livres où se trouvent rassemblées et classées, avec les préceptes généraux de la morale chrétienne, un certain nombre de règles sur la hiérarchie, le culte, la discipline. Ces petits codes, anonymes pour nous, se produisaient le plus souvent sous le patronage des apôtres. Nous avons rencontré déjà, en ce genre, le très ancien livre intitulé Doctrine (Aioa^vj) des apôtres. Au III^ siècle, vraisemblablement, appartiennnent les Canons ecclésiastiques des saints apôtres^, la Didascalie des apôtres^, les Canons d'Hippolyte^. Cette dernière compilation
1. Cette compilation se présente sous divers titres : « Préceptes par Clément» (AiaTaval a! oCoc Kàv^ixsvto;), « Canons ecclésiastiques des saints apôtres », Duae Viae vel ludicium secundum Petrum. On en a encore le texte grec original, souvent publié. V. en particulier Hilgenfeld, Sovum Testamentum extra canonem receptum, fasc. 4.
2. La Didascalie n'a d'abord été connue que dans une version syriaque, publiée en 1855 par P. de Lagarde (alias P. Bôtticher). Des fragments d'une version latine ont été récemment découverts à Vérone, par Hauler, qui en a commencé la publication : Didascaliae apostolorum fragmenta Veronensia latina, Leipzig, 1900, Version française du syriaque, publiée par F. Nau, Le Canoniste contemporaine, 1901 - 2. Version allemande, avec commentaires, par Achelis et Flemming, dans les Texte u. U., t. XXV (1904). — La Didascalie des apiUres forma par la suite le noyau d'une compilation analogue, les Constitutions apostoliques, dont les six premiers livres n'en sont qu'un remaniement très amplifié.
3. Sur les Canones Hippolyti, v. l'édition d'Achelis dans les Texte u. U., t. VI (1891) ; j'en ai joint une reproduction aux dernières éditions de mes Origines du culte chrétien. Le grec primitif est perdu ; nous n'en avons qu'une version arabe, laquelle n'en dérive que par l'intermédiaire d'une recension copte. C'est sur l'arabe qu'a été faite la traduction latine. Dans son important travail Rie Apostolischen Konstitutionen, Rottenburg, 1891, M. Punk, dont les patients travaux et la haute compétence en ce genre de choses sont connus de tout le monde, abaisse beaucoup trop, à mon avis, la date des Canons d'Hippolyte ; il les reporte au V» siècle.
paraît avoir eu des attaches romaines ; les Canons ecclésiastiques semblent originaires d'Egypte ; quant à la Didascalie, elle nous transporte dans les régions syriennes. Il faut se garder de considérer ces recueils comme l'expression absolument exacte de la discipline réellement observée. Celle-ci, telle que les auteurs l'avaient sous les yeux, y entre assurément pour beaucoup ; cependant rien ne nous garantit qu'on ne l'ait pas complétée ça et là, d'après des sentiments et des désirs privés. Ces petits livres donnaient une expression à cette idée, universellement répandue, que tout ce que l'Eglise possédait de bonnes traditions et d'institutions utiles, elle le tenait des Apôtres. Ce même sentiment se rencontre, sous d'autres formes chez tous les écrivains chrétiens qui se trouvent amenés à réfléchir sur la constitution de l'Eglise. A.U II le siècle on n'entendait plus guère parler d'inspirés, de prophètes, de docteurs itinérants. Depuis l'échec du montanisme et de la gnose, la hiérarchie était décidément tout. C'est par les évêques que l'on se rattachait aux Apôtres ; c'est eux qui détenaient la tradition et l'autorité ; eux seuls étaient qualifiés pour interpréter la doctrine et pour diriger la société des fidèles.
Cette situation s'exprimait aisément dans la hiérarchie locale. Régulièrement installé, par l'élection des siens et l'initiation sacerdotale qu'il recevait soit de l'église-mère, soit des évêques voisins, l'évêque était le chef indiscutable de son église. Les fidèles
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n'avaient qu'à le suivre pour être sûrs de marcher dans la bonne voie.
Mais, comme au dessus de l'église locale il y avait l'église universelle, de même au dessus de l'évêque il y avait l'épiscopat. On mit du temps à trouver une expression réalisable de cette idée. Ce n'est pas avant Constantin que l'église connut le concile œcuménique, institution qui, il faut le dire, n'a jamais été d'un fonctionnement aisé et ne parvint pas à prendre place parmi les organes réguliers de la vie ecclésiastique.
L'épiscopat, c'était, pour les nécessités courantes, le groupe des évêques voisins, ou l'évêque supérieur, quand il y en avait un dans le pays. Ainsi, pour les élections et consécrations d'évêques, c'était aux chefs des églises les plus rapprochées que l'on avait recours ; s'il s'agissait de l'Italie ou de l'Egypte, c'était à l'évêque de Rome- ou à celui d'Alexandrie. En certains pays, des conciles régulièrement tenus rassemblaient chaque année, ou même deux fois par an, les évêques d'une vaste contrée. Ainsi réuni, l'épiscopat régional réglait les dissentiments, légiférait pour les cas nouveaux, et, au besoin, prenait des mesures disciplinaires contre ceux de ses membres qui s'écartaient du devoir.
Au dessus de cette organisation provinciale il n'y avait plus, à vrai dire, que le sentiment très vif de l'unité chrétienne et l'autoiité spéciale de lEglise romaine.
Celle-ci était plus sentie que définie ; sentie d'abord par les Romains eux-mêmes, qui, depuis saint Clément, n'hésitèrent jamais sur leurs devoirs envers l'ensemble de la Chrétienté ; sentie aussi par les autres, pour autant que cette impression n'était pas contrariée par quelque préoccupation de circonstance. Dans l'exercice de son autorité morale, exercice que nul ne pouvait avoir déterminé, l'Eglise romaine était amenée, tantôt à favoriser les gens, tantôt à les contrarier. Tant qu'elle ne les contrariait pas, ils ne trouvaient pas d'expressions assez fortes pour traduire l'enthousiasme, le respect, qu'elle leur inspirait, l'obéissance même à laquelle ils se croyaient tenus envers elle. En cas de conflit, comme cela se vit, par exemple, aux temps des papes Victor et Etienne, les prérogatives du siège de Pierre perdaient un peu de leur évidence. Mais, dans le cours ordinaire des choses, la grande communauté chrétienne de la métropole du monde, fondée à l'origine même de l'Eglise, consacrée par le séjour et le martyre des apôtres Pierre et Paul, conservait son antique situation de centre commun du christianisme, et, si l'on peut s'exprimer ainsi, de siège social de l'Evaxigile. La pieuse curiosité des fidèles et des pasteurs était sans cesse tendue vers elle. On s'inquiétait partout de ce qu'on y faisait, de ce qu'on y enseignait ; au besoin on allait la visiter. Les initiateurs de mouvements religieux cherchaient à s'y faire agréer, à s'emparer même de son autorité œcuménique en
s'insinuant parmi ses chefs. Sa charité, alimentée par une fortune déjà considérable, atteignait, en temps de persécution ou de calamités ordinaires, les provinces les plus lointaines, comme la Cappadoce et l'Arabie. Son œil s'ouvrait sur les querelles doctrinales qui agitaient les autres pays. Elle savait demander compte à Origène des excentricités de son exégèse et rappeler à l'orthodoxie le puissant primat d'F.gypte. Sa situation était tellement claire que les païens en avaient pleine conscience. Entre deux prétendants au siège d'Antioche, l'empereur Aurélien voit tout de suite que le bon, c'est celui que légitime la communion de l'évêque de Rome.
Cependant, et encore une fois, ces rapports ne sont pas assez définis. Ee jour, assez prochain, où des forces centrifuges se manifesteront, il y aura lieu de regretter que l'organisation de l'Eglise universelle n'ait pas été poussée aussi loin que celle de l'église locale. L'unité en souffrira.
La résistance au christianisme à la fin du 111^ siècle.
Décadence générale des cultes païens. — La religion de Mithra. — La Magna Mater et les tauroboles. — Aurélien et le culte du Soleil. — Le néo-platonisme : Plotin. — Porphyre et son livre contre les chrétiens. — Mâni et le manichéisme. — Fin des sectes gnostiques. — Le judaïsme rabbinique.
Le III^ siècle fut, pour le monde romain, un temps de crise, en religion comme en autres choses. Après la longue paix et la brillante prospérité des Antonins, l'empire avait connu de nouveau les guerres civiles, les princes fous ou éphémères, les assassinats politiques, les révolutions faites dans les camps. Pour comble de malheur, la frontière cédait de tous côtés, les provinces étaient envahies, les barbares d'Orient et du Nord se répandaient partout. Si parfois quelque main ferme intervenait pour rétablir l'ordre, ce n'était jamais pour longtemps. A chaque halte on sentait la décadence, la déperdition des forces, la dislocation générale de l'édifice romain. De la terre attristée les regards s'élevaient vers le ciel, car on ne songeait plus à plaisanter les dieux, et les pu osophes euxmêmes étaient devenus religieux. Mais le ciel était plein d'énigmes. Les vieilles divinités grecques et
romaines ne vivaient plus que dans les livres de mythologie ; leur culte, de plus en plus négligé, tombait en désuétude, sauf, bien entendu, dans les campagnes, toujours tenaces. La religion de Rome et d'Auguste n'avait de sérieux que les divertissements publics dont elle était le prétexte. Les dieux d'Orient tenaient encore : Isis et Sérapis n'étaient pas sans adorateurs. Il y en avait davantage aux autels des dieux syriens : le Jupiter de Doliché en Commagène, la déesse Syrienne d'Hiérapolis, le fameux dieu d'Emèse, celui d'Héliopolis (Baalbeck,) maintenaient leur popularité. Toutefois le plus couru des cultes exotiques était celui du dieu persan Mithra. Il faut s'y arrêter un moment.