De là la formule courante 6sec h. ure-rpaç
Il tient sous lui un taureau et l'égorgé, sacrifice idéal auquel la légende rattachait la création du monde. Ces mystères et bien d'autres étaient révélés graduellement aux initiés, répartis en sept classes, dont chacune avait un nom. On distinguait les Corbeaux, les Occultes (cryphiï), les soldats, les Lions, les Perses, les Courriers du soleil, les Pères. Le chef des Pères s'appelait Pater Patrum. On ne passait pas d'une classe à l'autre sans être l'objet de cérémonies bizarres, assez semblables aux rites de nos francsmaçons.
A en juger par les dimensions de leurs sanctuaires, les initiés ne devaient pas être nombreux dans chacun de leurs groupes. Mais il y avait beaucoup de groupes ; à Rome on connait une soixantaine de chapelle mithriaques. Ce culte, sans doute à cause de sa popularité chez les militaires, était très bien vu des empereurs. Au III^ siècle, alors que le gouvernement impérial tendait de plus en plus à reprendre, pour fond et pour la forme, la tradition des monarchies absolutistes de l'Orient, toutes les modes persanes s'acclimataient à la cour, et la mode religieuse tout comme les autres. Du reste Mithra était accomodant .; sa religion n'excluait nullement les autres cultes.
Il n'est pas possible, vu l'indigence des documents de définir exactement en quoi le mithriacisme importé d'Asie-Mineure différait de la primitive religion perse, qui elle-même est peu connue, ou du zoroastrisme tel que l'Avesta nous le révèle. Déjà modifié à Babylone,
il n'avait pas manqué de sentir l'influence du polythéisme hellénique. Beaucoup d'identifications s'étaient opérées : Ormuzd se reconnaissait en Zeus, d^eu du ciel comme lui : Anahita parentait de très près tantôt avec Vénus, tantôt avec Cybèle ; de même les autres dieux*. M'thra lui-même trouvait sa personnification ou sa représentation dans le Soleil divinisé, et cela l'avantagea fort lorsque, sous diverses influences, le culte du Soleil prit, au cours du III« siècle, une importance de premier ordre.
Une combinaison non moins fructueuse fut celle qui s'établit entre le mithriacisme et le vieux culte officiel de la Magna Mater. Dans les sanctuaires mithriaques il n'y avait pas place pour les femmes. La religion de Mithra était une religion d'hommes, une religion guerrière, où l'on était comme organisés sous le commandement du dieu, pour une lutte perpétuelle contre les esprits du mal. Les cérémonies de la déesse phrygienne pouvaient être fréquentées par les femmes. C'est grâce à cela que celles-ci purent s'associer à la religion persane.
Au culte de Cybèle se rattache le rite affreux du taurobole. Celui qui s'y soumettait descendait dans une fosse recouverte d'une claire-voie, sur laquelle on immolait un taureau. Le sang de la victime ruisselait tout chaud sur la tête et le corps de l'initié, lequel était par là purifié de ses souillures morales.
1. Il n'est pas jusqu'à Saturne, prédécesseur et père de Zeus, qui n'eût son équivalent en Zervan, le temps personnifié, dont le panthéon iranien parait s'être augmenté à Babylone.
LA RESISTANCE AU CHRISTIANISME 5lô
De telles alliances- pouvaient recommander le mazdéisme aux personnes attachées aux rites grossiers des paganismes orientaux; elles le compromettaient sûrement aux yeux^ de§ gens que dégoûtaient ces horreurs religieuses et qui s'orientaient plus ou moins consciemment vers le culte pur et le monothéisme. En soi, cependant, quand l'attention se portait sur certains éléments de sa théologie, sur sa morale, ses rites, sa doctrine des fins dernières, la religion de Mithra offrait avec le ciirr4gtiafltispi£i^es ressemblances *■. singulières. Les chrétiens les apercevaient;^. Médiateur entre le monde et la divinité suprême, créateur et, en un certain sens rédempteur de l'humanité, fauteur de tout bien moral, adversaire militant des puissances mauvaises, Mîthra n'est pas sans offrir quelques analogies avec le Logos créateur et ami des hommes.' Pour les sectateurs de Mithra, comme pour les' disciples du Cljrist, l'âme est irçimortefle 'et le corps doit ressusciter. Etroitement unis par'iin lien Veli'i^''* ; gieux, les mithrîastes ' entrent dans leurs confrèi"ié par un rite baptisriial ; d'autres* cérémonies ressem- ' blent beaucoup à, la confirmation et à la communion. D'un côté comme de ràutfê bn observe le dimanche, jour du Soleil. Le ^5 décembre, natale Solis invicti, était jour de fête .pour les mithriastës ^ ; il le devint pour le*s chrétiens. Mithra avait' des ascètes, ""
1. Voir surtout Justin, ApoL, I, 66, et Tçrtullien, De^Jjaplismo, 5 ; de Corona, 15 ; Praescr., 40,
2. Toutefois le Sol invictus n'était pafr spécial, aux mithriastes ; •; d'autres confréries religieuses le vénéraient aussi.
i)4(» CHATITRE XXVII.
de l'un et de l'autre sexe, tout comme l'Eglise chrétienne.
Mais Mithra n'avait pas l'équivalent de la Bible, ni de Jésus Christ. L'Avesta ne lui appartient pas ; Mithra, dieu mythique, personnification de l'un des éléments du monde sensible, n'a pas pied sur terre. L'exégèse la plus subtile n'en peut tirer plus qu'elle re tire des dieux grecs, d'Apollon, deZeus et des autres. Sans doute il a derrière lui Ormuzd, et son panthéon peut être ramené à la monarchie. Mais ceci ne le distingue guère du panthéon grec. Sans parler des juifs et des chrétiens, qui avaient d'autres raisons de ne pas l'accepter, les païens euxmêmes devaient se dire que, dieux pour dieux, autant valait s'en tenir à ceux des ancêtres et ne pas se compromettre avec ceux des barbares et des ennemis de l'empire. C'est ce que firent les Grecs, les Egyptiens, les Syriens. Dans les confins militaires du Rhin, du Danube, de l'Atlas, la propagande mithriaque eut sans doute un très grand succès au 11^ siècle de notre ère ; mais c'est qu'elle n'y trouvait guère de résistance religieuse. Quand les missions chrétiennes s'étendirent de ces côtés, le mazdéisme ne tarda pas à baisser. A Rome, Mithra et Cybèle se maintinrent jusqu'à la dernière heure. C'est eux qui soutinrent les assauts suprêmes du christianisme vainqueur. En 390, on taurobolisait encore au Vatican, à la porte de la basilique de Saint-Pierre.
Le culte de Mithra est en somme un culte solaire : il a cela de commun avec les cultes syriens. Ensemble ils représentaient à peu près tout ce qui, dans le panthéon vulgaire, avait encore un peu de vie. C'est sans doute à cause de cela que l'impératrice Julia Domna et ses lettrés s'étaient mis à propager, directement ou indirectement, la religion du soleil, considéré comme le symbole le plus naturel de la divinité.
Cette idée fut reprise par l'empereur Aurélien, aussitôt qu'il lui eut été donné de pacifier l'empire à l'intérieur et de lui reconstituer une frontière. Il n'essaya pas, bien entendu, de fermer les temples de Jupiter et de Vesta ; mais il installa à côté d'eux un sanctuaire nouveau, celui du Soleil, dont les constructions magnifiques s'élevèrent bientôt sur le Champ de Mars, à l'est de la voie Flaminienne ; un collège de pontifes en eut la desservance, avec les mêmes privilèges que l'antique corporation des Pontifes de Vesta. L'empereur entendait apparamment laisser mourir de vieillesse les divinités qu'avaient adorées Numa et les Tarquins, et donner en revanche une expression officielle à l'élan religieux qui semblait porter les gens vers la divinité suprême, symbolisée par le grand luminaire du ciel. Espérait-il arrêter ainsi l'envahissement du christianisme ? Tout porte à le croire, car le fondateur du temple du Soleil ne tarda pas à persécuter l'Eglise, et, si la mort ne l'eut arrêté, le nouveau dieu aurait fait des victimes.
Après lui le culte du Soleil se maintint officielle-
Duchesne, Hist. anc. de l'Fgl. - T. I. 3C
ment ; mais il ne semble pas avoir eu beaucoup d'action sur la marche des choses.
2°. — Le Néoplatonisme.
Un effort autrement sérieux nous est représenté par le néoplatonisme.
Au temps des empereurs Sévères, l'initiateur de ce mouvement, Ammonius Saccas, enseignait à Alexandrie. A ses leçons se pressait un public restreint, mais fort divers. On y pouvait rencontrer des chrétiens, comme Héraclas et Origène. Longin, le célèbre rhéteur, figura aussi dans cette école, avec un autre Origène et un certain Herennius ; mais le plus célèbre des disciples d'Ammonius, ce fut Plotin. Originaire de Lycopolis dans la Haute-Egypte, Plotin commença à suivre Ammonius vers le temps (232) où Origène venait de quitter Alexandrie pour s'établir en Palestine. Après la mort du maitre (v. 243), il prit part à l'expédition que l'empereur Gordien préparait contre les Perses, désireux qu'il était de s'initier à la sagesse de ce peuple et des Indiens. L'entreprise échoua ; Plotin, revenu d'Orient, alla se fixer à Rome où il ne tarda pas à grouper des disciples autour de lui. On cite un toscan, Gentilianus Amelius ; un palestinien, Paulinus ; un poète, Zotique ; un médecin Zéthos, originaire d'Arabie, et Castricius, qui possédaient près de Minturnes des terres où le maître passait l'été ; enfin le célèbre Porphyre, tyrien de naissance qui fut son Ivographe et son éditeur. Les séna-
teurs venaient l'écouter ; l'empereur Gallien lui-même et sa femme Salonine figurèrent parfois dans son auditoire. Ils lui avaient promis de favoriser en Campanie l'établissement d'une colonie qui vivrait suivant les règles du platonisme. Ce projet ne se réalisa pas. Plotin mourut en 270 ; c'était un philosophe pratiquant, austère, dédaigneux du monde et de la littérature. Ses disciples l'honoraient comme un saint. Ses leçons étaient le plus souvent de simples causeries ; toute recherche de forme en était exclue, et, lorsqu'il se mit, sur le tard (v.263), à écrire, il ne s'inquiéta guère du style m de l'orthographe. Du reste il n'écrivit que des morceaux détachés. Porphyre, un des derniers venus de son école, fut chargé par lui de les rassembler et de les publier. C'est ce qu'on appelle les Ennéades^, A ce recueil Porphyre donna comme préface une vie de son maître.
On y voit, entre autres choses, que l'école de Plotin fut parfois fréquentée par des chrétiens, surtout par des Gnostiques. Sa ph'losophie était trop religieuse, dans le sens « hellénique », pour que des chrétiens orthodoxes et bien intentionnés fussent à leur place chez lui. Avec les Gnostiques, le contact était plus large ; on voisinait par la théologie transcendante. Les Gnostiques de Plotin ne semblent pas avoir été de Valentiniens ni des Basilidiens, mais plutôt des représentants de quelque système syrien, lointains
1. n y avait 51 traités ; Porphyre les groupa neuf par neuf et en fit les six livres des Ennéades.
rejetons de Simon et de Saturnil^. Leurs chefs s'appelaient Adelphius et Aquilinus.
Comme les Gnost^ques, Ammon'us et Plot'n avaient une synthèse, et celle-c", b'en qu'enseignée d'abord avec un certain mystère, ne tarda pas à jouir d'une vogue considérable. Grâce au néoplatonisme, l'hellénisme eut enfin une théologie. Il y entra sans doute beaucoup d'éléments anciens : P3i;hagore, Zenon, Aristote et Platon, Platon surtout, étaient considérés dans l'école comme des ancêtres. Leurs livres formaient une sorte de Bible, un texte sacré, un thème à commentaires. Philon, bien qu'on ne se soit pas réclamé de lui, doit avoir eu quelque part dans la formation du nouveau syiitème. Le fait est qu'il a, avec celui du vieux marre juif, des ressemblances très caractérisées.
Il y a trois termes divins, procédant l'un de l'autre, allant de l'abstrait au concret, du simple au composé, de la perfection absolue aux divers dégrés de l'imperfection. Au fond de tout est l'Etre en soi, sans déterminations ni propriétés, ineffable, inaccessible à la connaissance. Tout ce qu'il y a d'être dans les autres vient de lui ; de cette façon tous les autres êtres sont de lui et lui est l'être de chaque être. Au
1. Sur ceci v. le mémoire de M. Cari Schmidt, Plotins Slellung zum Gnostici mus und kircheichen Christenthum, dans les Texte u. U., t. XXI. — C'est un des maîtres les plus honorés dans l'école néoplatonicienne, le pythagoricien Numenius, qui a présenté Platon comme un « Moïse attique » ; Amelius, le disciple de Plotin, citait avec éloge le prologue de l'évangile de saint Jean (Eusèbe), Praep. ev., IX, 6 ; XI, 18, 19).
second degré vient l'Intelligence (voùç), qui est aussi l'Intelligible, image de l'Etre suprême, susceptible d'être connue, mais d'une absolue simplicité. C'est le prototype de tous les autres êtros. Vient ensuite l'Ame ((l'uxig), qui procède de l'Intelligence comme celleci de l'Etre en soi. L'Ame anime le monde ; elle est donc capable de diversité ; elle comprend les âmes particulières. Le monde sensible procède d'elle ; une partie des âmes y sont engagées dans des corps individuels. Malheureusement l'harmonie ne règne pas entre les éléments du monde et l'âme n'est pas maîtresse du corps. De là le désordre des choses.
L'être, qui, en se concrétisant et en se diversifiant, est devenu de plus en plus imparfait, doit être ramené à la perfection. Cet effort de retour commence par la vertu : d'abord la vertu commune, civique (xoXitixy^), qui orne l'âme, mais ne suffit pas à la délivrer; puis l'ascèse, vertu purifiante, qui la ramène au bien. Ainsi purifiée, l'âme peut atteindre la sphère de l'Intelligence (voue), par l'exercice de sa raison. Quand à l'Etre en soi, la raison ne l'atteignant pas, on ne peut être en rapport avec lui que par l'extase. Celle-ci peut être préparée ; quand elle se produit, on perçoit Dieu. Mais cela est rare. Pendant les six ans que Porphire fut auprès de lui, Plotin n'arriva que quatre fois à cette communion immédiate avec la divinité. Porphyre lui-même n'y parvint qu'une fois dans toute sa vie.
Un souffle religieux traverse tout ce système ;
mais on ne voit pas d'abord comment il peut s'harmoniser avec le pol>i;héisme et le culte hellénique. Plotin, qui, pour son compte, s'en tenait à la religion de sa philosophie, trouva moyen d'arranger les choses. Le vrai Dieu, le seul vrai Dieu, demeure toujours l'Etre en soi ; mais Nous est déjà un second dieu ; les idées (Xivat.) qu'il comprend sont aussi des êtres divins ; il en est de même des astres, et ainsi de suite. En somme, pour le populaire, le vieux panthéon subsiste ; seulement on a bâti au dessus un ou deux étages. L'exégèse symbolique s'étend à la mythologie, au culte, aux idoles, à la divination et jusqu'à la magie.
Cette partie inférieure, ces compromissions avec les idées et les pratiques du vieux culte, devaient être développées après Plotin. Jamblique, au commencement du IV^ siècle, transforma le système en une sorte de discipline théurgique. C'est en cet état qu'il atteignit Julien.
Dans l'ensemble, le néoplatonisme représente le dernier effort de la philosophie grecque pour expliquer le mystère du monde, et cet effort est profondément religieux, tant en raison de la mystique qui fait le fond du système que par son adaptation à la religion traditionnelle. Ce que Philon avait été trois siècles auparavant pour le judaïsme, Plotin le fut pour l'hellénisme. Philon avait montré qu'on pouvait être en même temps juif et philosophe ; Plotin amena au mysticisme la vieille philosophie grecque ; il la
convertit en quelque sorte à la religion, ep même temps qu'il permettait à celle-ci de faire figure devant les penseurs.
Ceux-ci firent large accueil à la nouvelle synthèse. A bien des gens elle dut faire l'effet d'une utile concurrence au christianisme. Mais cette gnose païenne était plus faite pour couper l'herbe sous le pied aux gnoses chrétiennes que pour menacer sérieusement le christianisme orthodoxe. Le dieu de Plotin était trop loin de l'homme et de trop difficile accès; les écrits des philosophes anciens et nouveaux ne valaient pas l'Histoire sainte comme instrument de propagande ; les vies de Plotin, qui se multiplièrent, ne pouvaient être comparées aux Evangiles. Le platonisme demeura chose de luxe. L'Eglise ne s'en préoccupa guère. Elle continua à charger contre le paganisme des idoles et des sacrifices, sans s'inquiéter de ce qu'il pouvait y avoir de philosophie derrière. Du reste, tout n'était pas à rejeter dans les idées de Plotin ; les penseurs chrétiens, au IV^ siècle et depuis, en tirèrent souvent profit. Si la nouvelle philosophie aida Julien, peu affermi dans ses convictions, à sortir du christianisme, elle rendit à saint Augustin le service contraire. Par lui et par le faux Denys l'Aréopagite elle pénétra largement dans la théologie du moyen-âge.
Mais revenons aux origines. Dès avant la mort d« Plotin, Porphyre s'était retiré à Lilybée, en Sicile, pour y soigner sa santé. C'est là qu'il constitua les
554 CHAPITRE XXTII.
Ennéades, là aussi qu'il écrivit ses quinze livres contre les chrétiens, l'ouvrage le plus important que l'antiquité ait opposé au christianisme. Celui-ci, depuis Celse, avait fait beaucoup de chemin, à tous les points de vue, et spécialement au point de vue de la philosophie. Il avait produit Origène. Porphyre avait connu le grand docteur chrétien ; il n'ignorait pas ses écrits. Il savait aussi que le Péri Archon ne représentait qu'imparfaitement la doctrine ecclésiastique. Les dogmes de la création et de la fin des choses, de l'incarnation et de la résurrection, tels qu'ils étaient entendus dans la grande Eglise, ne cadraient guère avec le panthéisme de la nouvelle école. D'autre part les livres sacrés, l'Ancien et fe Nouveau Testament, étaient toujours là pour offrir des prises à l'esprit grec et à sa critique. A la demande du maître, Porphyre s'était déjà exercé contre certains livres de visions soi-disant de Zoroastre, dont les Gnostiques faisaient état dans leurs discussions. Maintenant c'est aux livres des chrétiens qu'il s'attaqua. De sa polémique nous n'avons que des fragments. Supprimé par les empereurs chrétiens, l'ouvrage de Porphyre a disparu, et, chose étrange, nous avons perdu même les réfutations qu'on lui opposa, celles de Méthode, d'Eusèbe, d'Apolhnaire et de Philostorge. Quelques pages, cependant, se sont conservées dans VApocritique de Macarius Magnés, soit que cet auteur les ai tirées directement de Porphyre, soit qu'elles lui soient parvenues par l'intermédiaire d'un plagiaire. Le peu
qui reste suffit à donner une idée de la critique serrée, impitoyable, du disciple de Plotin. Il ne désapprouve pas tout. Il ne s'en prend pas au Christ, pour lequel il a, au contraire, beaucoup de considération \ mais aux évangélistes et surtout à saint Paul, pour lequel il professe une antipathie spéciale. Il discerne bien en quoi le christianisme pourrait s'accordre avec la sapience hellénique, par exemple sur la question de l'unité divine, la monarchie de Dieu, l'assimilation des anges à des divinités inférieures, l'usage des temples et des églises.
Le livre de Porphyre eut un grand retentissement. Il fallut le réfuter sans retard. C'est à quoi s'employèrent Méthode, l'évêque lettré d'Olympe en Lycie, et le laborieux Eusèbe de Césarée. Mais ils n'arrêtèrent pas le succès du livre, et, tant qu'il y eut des païens de lettres, on s'en fit fort contre le christianisme ^
La carrière de Porphire se prolongea, féconde en productions philosophico-religieuses, jusqu'à i'année 304. Les chrétiens, ses adversaires, étaient alors traités en ennemis par le gouvernement, et combattus avec d'autres armes que les siennes.
1. Eusèbe, Dem. èvang., III, 7 ; cf. Aug., De civ. Dei, X[X, 23.
2. Porphyre laissa, après tout, un souvenir assez imposant, même chez les écrivains ecclésiastiques. Ceux-ci ne l'aimaient guère, et ils avaient leurs raisons pour cela. Saint Jérôme lui a décerné toutes les injures dont sa verve pouvait disposer, et ce n'est pas peu dire : impudent, fou, sycophante, calomniateur, chien enragé, etc. Saint. Augustin en parle (De civ. Dei, XIX, 22-23) en un tout autre style. L'introduction (Isagoge) de Porphyre aux catégories d'Aristote était, au moyen- âge, un manuel classique.