PRÉFACE XV
dance à limiter ma curiosité. J'admire beaucoup les personnes qui veulent tout savoir, et je rends hommage à l'ingéniosité avec laquelle elles savent prolonger, par des hypothèses séduisantes, les perspectives ouvertes sur témoignages bien vérifiés. Pour mon usage personnel je préfère les terrains solides; j'aime mieux aller moins loin et marcher avec plus de sécurité, non plus sapere quam oportet sapere, sed sapere ad sohrietatem.
Rome, 22 novembre 1905.
Avis sur la deuxième édition
L'accueil fait à ce livre a été si favorable que, deux mois après la mise en vente de la première édition, il a fallu en préparer une deuxième. Elle est exactement semblable à la première. En trois endroits seulement de légers changements ont été introduits : p. 320, on a dû noter la découverte du texte grec de la Chronique d'Hippolyte ; p. 460, on a tenu compte de renseignements biographiques fournis, sur Jules Africain, par un papyrus récemment publié ; enfin, p. 353, note 2, d'après l'avis d'un hébraïsant exercé, on a modifié l'appréciation d'abord émise sur une différence de traduction entre les Septante et saint Jérôme.
L'Empire romain patrie du christianisme.
La Méditerranée et le monde antique. — L'empire romain et ses voisins. — Le peuple juif et la religion juive. — Les provinces romaines et l'organisation municipale. — Mœurs, idées, religion : mystères, cultes orientaux. — Préparation évangélique.
Au moment où naquit le christianisme, l'empire pacifique de Rome s'étendait sur tous les pays riverains de la Méditerranée. Dans l'ensemble du monde il correspondait à peu près à ce qu'est maintenant l'Europe ; mais il était plus isolé. Sans parler de l'Amérique, encore insoupçonnée, les grandes agglomérations humaines de la Chine, de l'Inde, de l'Afrique intérieure, ignoraient la Méditerranée comme elles étaient ignorées d'elle. Avec ce;> pays presque fabuleux on aurait pu, il est vrai, communiquer par le Nil ou par les deux golfes qui flanquent la péninsule arabique et s'ouvrent sur la mer des Indes : c'est précisément sur ces grands chemins du monde que, depuis les temps les plus reculés, prospérèrent les empires d'Egypte, d'Assyrie, de Chaldée et de Susiane. Mais, malgré leur situation géographique, si favorable aux relations lointaines, ces états semblent avoir été toujours à peu près fermés du côté de l'Orient. C'est vers
Ducbesne, HM. anc. de l'Egl. - T. I. 2
la Méditerranée que se portait leur expansion conquérante et civilisatrice ; c'est aussi de ce côté qu'ils finirent par se heurter à des nations plus jeunes, destinées à arrêter leur développement, à fermer leur histoire et à les remplacer dans la direction politique de l'Asie occidentale.
Au VI- siècle avant notre ère, le Nil et l'Euphrate se trouvèrent réunis sous la domination des Perses, race entreprenante, dont les conquêtes atteignirent la mer Egée et le Danube, en même temps qu'elles s'étendaient à l'est jusqu'à l'Indus. Deux cents ans plus tard, Alexandre brisa cet empire passager et mit l'Orient sous l'autorité des Grecs. L'établissement politique par lequel il essaya de couronner ses magnifiques aventure, n'eut, sans doute, qu'une durée bien éphémère. Mais la conquête macédonienne doit être considérée surtout comme l'avènement de l'hellénisme en Orient. En ces pays d'antique et puissante culture, Alexandre inaugura un régime destiné à une toute autre fortune que son empire à lui. De bonne heure, il est vrai, l'Iran reprit son indépendance et vécut à part des royaumes grecs, entraînant avec lui ses vieux vassaux du Tigre et de l'Euphrate. Mais ni les rois Parthes, ni leurs successeurs Sassanides, ne parvinrent à reprendre, en face de l'Occident, le rôle des Assourbanipal et des Darius. Tout développement de ce côté leur fut interdit. Sans doute ils virent tomber les royaumes grecs, mais les légions romaines s'installèrent à leur place. La frontière était désormais