L EMPIRE ROMAIN, PATRIE DU CHRISTIANISME
gardée pour de longs siècles. Maîtresse de l'Italie, victorieuse à Carthage et en Grèce, Rome brisa en 64 la royauté des Sèleucides ; trente ans après elle hérita de celle des Ptolémées. La Méditerranée tout entière, depuis Antioche jusqu'à l'Espagne, reconnaissait son empire. César y joignit la Gaule ; Auguste porta sa frontière jusqu'au Danube, Claude jusqu'à l'Ecosse. Au nord le monde romain ne se heurtait qu'à des populations barbares ; l'Océan formait sa frontière à l'ouest, le désert au sud. Ce n'est qu'à l'Orient, du côté du Tigre et de l'Arménie, qu'il confinait à un autre empire ; encore le contact avec les Parthes était-il atténué par l'interposition d'une ligne de petits royaumes tributaires, depuis le Pont-Euxin jusqu'à la mer Rouge.
\ C'est dans un de ces petits états, la Judée, que le AjJ christianisme apparut. Le judaïsme, qui le précéda e* le prépara, fut d'abord représenté, en ce coin de la Syrie méridionale, par la vie religieuse d'un petit peuple formé de tribus diverses, rassemblé en un royaume, puis en deux, qui ne durèrent pas longtemps et tombèrent sous les coups des Assyriens et des Chaldéens. Au moment de la dernière catastrophe (590), cette vie religieuse, progressivement épurée sous l'influence de prophètes inspirés, avait pour centre le sanctuaire national de Jérusalem. On y adorait un dieu unique, on l'adorait comme le seul vrai Dieu et Seigneur, auprès duquel toutes les autres prétendues divinités n'étaient qu'idoles et démons.
L'Israélite le connaissait comme auteur et maître du monde ; il se savait lié à lui par des pactes antiques et spéciaux. Jahvé, le Créateur, était son dieu à lui, comme il était, lui, le peuple de Jahvé. De là un sentiment très haut de sa dignité, de sa race et de sa mission ; de là une confiance inébranlable en ses destinées et en Celui qui les lui avait ménagées.
Le temple fut détruit, la dynastie supprimée, le peuple lui-même dispersé en de lointains exils ; Israël espéra quand même et son espérance ne fut pas déçue. Les Perses ruinèrent l'empire chaldéen, prirent et pillèrent l'odieuse Babylone, et finalement permirent aux Juifs de rebâtir leur sanctuaire, de se grouper autour, et même de fortifier Jérusalem. De l'indépendance nationale il fallut faire son deuil ; on se consola en resserrant de plus en plus les liens qui unissaient les fiis d'Israël à Jahvé et en Jahvé. Les souverains de Suse accordaient une large autonomie locale, qui fut maintenue après eux par les Ptolémées et les Séleucides, jusqu'au moment où Antiochus Epiphane conçut la folle pensée d'helléniser le peuple de Dieu. La défense religieuse aboutit à l'insurrection. De celle-ci, quand le succès l'eut couronnée, sortit un état autonome, gouverné par les grands prêtres asmonéens, fils des héros de l'indépendance. Peu à peu ces prêtres se transformèrent en rois de Judée. Ce régime dura près de cent ans, jusqu'à l'arrivée des Romains. Pompée, qui mit fin au royaume séleucide et prit Jérusalem (63), laissa subsister, en somme, cet