‹ Histoire ancienne de l'Eglise (volume 2)Chapitre 30 sur 205 · Eph., IV · texte numérisé non relu

Eph., IV

La suite des événements ne justifia que trop les appréhensions de l'apôtre. Les documents dont nous disposons pour apprécier ces premiers stades de l'hérésie nous transportent, il est vrai, assez loin du temps où saint Paul écrivait aux Colossiens ; ils sont du reste plutôt polémiques que descriptifs. Mais il en résulte clairement que, longtemps même avant l'apparition des fameuses écoles gnostiques sous le règne d'Hadrien, des enseignements analogues aux leurs s'insinuaient un peu partout, divisant les fidèles, pervertissant l'Evangile, et tendant à le transformer en une sorte de justification des faiblesses humaines.

Telle est la situation qui se révèle dans les lettres dites Pastorales, dont deux, adressées à Timothée, semblent viser une situation asiatique. Les prêcheurs d'hérésie n'y sont plus indéterminés, comme dans l'épître aux Colossiens ; leurs noms sont indiqués : Hyménée, Philète, Alexandre. Ils se posent en docteurs de la loi (vc;;.5oi.c:z7y.a"Aoi) ; leurs enseignements sont des fables judaïques ; ils s'adressent aux esprits faibles, curieux, tourmentés de la démangeaison d'apprendre, aux femmes en particulier, les occupant de questions sottes autant que subtiles, de mythes, de généalogies interminables. Dans la pratique on inculque l'aversion pour le mariage et pour certains aliments. Quant à la résurrection, elle est déjà faite, c'est-à-dire qu'il n'y a qu'une résurrection morale. En dehors du danger que la foi court dans les entretiens avec ces prétendus docteurs, il y a là une source de querelles où s'usent les liens de la charité.

Les Pastorales nous représentent saint Paul affligé de constater tant d'ivraie dans sa moisson apostolique. En d'autres documents des hérésies et de la sollicitude qu'elles excitaient chez les chefs de l'Eglise, ce n'est plus seulement la tristesse qui se révèle, c'est l'indignation ; ainsi, dans la lettre de saint Jude, dans la seconde épître de saint Pierre, dans l'Apocalypse de saint Jean. Les hérétiques sont dénoncés comme des théoriciens d'immoralité, qui mettent la grâce de Dieu, l'Evangile, au service de la luxure ; les plus terribles châtiments leur sont réservés par la justice divine. Ici encore il est question de mythes subtils, habilement combinés ; d'autres détails sont réprouvés, mais avec plus d'énergie que de clarté.

Saint Jean aussi, dans les sept lettres par lesquelles s'ouvre l'Apocalypse, se montre fort irrité. Dans les églises d'Asie sévit une propagande à conséquences immorales. Elle autorise la fornication et les viandes provenant des sacrifices païens. L'enseignement sur lequel se greffe cette morale relâchée n'est décrit nulle part ; il est caractérisé par un terme énergique : les profondeurs de Satan. Les faux docteurs se disent apôtres et ne le sont pas, se prétendent juifs et ne sont que la synagogue du démon. Par deux fois ^ ils sont désignés : ce sont des Nicolaïtes.

Ce n'est sûrement pas avec de tels renseignements que l'on peut se faire une idée des erreurs propagées

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