‹ Histoire ancienne de l'Eglise (volume 2)Chapitre 40 sur 205 · V, VI · texte numérisé non relu

V, VI

2. Vis., III, 5, 1 ; Sim. IX, 27. Il emploie aussi le terme d'évêque, mais d'une manière générale, sans référence spéciale à son église.

nécessaires à la vie quotidienne de la communauté : célébration de l'eucharistie, prédication, préparation au baptême, direction des assemblées, administration du temporel. Un peu plus tôt, un peu plus tard, les missionnaires durent abandonner à elles-mêmes ces jeunes communautés et leur direction revint toute entière aux chefs sortis de leur sein ^. Qu'elles eussent un seul évêque à leur tête, ou qu'elles en eussent plusieurs, l'épiscopat recueillait la succession apostolique. Que, par les apôtres qui l'avaient instituée, cette hiérarchie remontât aux origines même de l'Eglise et tirât ses pouvoirs de ceux à qui Jésus-Christ avait confié son œuvre, c'est ce qui n'est pas moins clair.

Mais on peut aller plus loin et montrer que, si l'épiscopat unitaire représente, à certains égards, un stade postérieur de la hiérarchie, il n'est pas, autant qu'il paraît, étranger aux institutions primitives.

D'abord celles-ci ne sauraient être mieux représentées que par l'organisation de la mère-église de Jérusalem, qui avait été pourvue, dès la séparation des apôtres, d'un gouvernement unitaire. Il y a aussi toute raison de croire que ce gouvernement était traditionnel à Antioche, dès le commencement du II® siècle, alors que saint Ignace lui donne un tel éclat. Dans ses lettres, adressées à diverses églises d'Asie, Ignace recommande, avec beaucoup d'instances, de

1. Il est possible, comme l'a pensé M. Harn ck (Texte u. U., XV, fasc. 3) que les deux petites lettres // et /// Joh. nous aient conservé trace de cette substitution et des conflits qu'elle dut amener çà et là.

l'épiscopat 91

s'attacher à l'évêque, chef de l'église locale, pour résister aux attaques de l'hérésie. C'est précisément à cause de ce témoignage rendu à l'institution épiscopale que ses lettres ont été si longtemps soupçonnées dans certains milieux. Mais Ignace ne parle pas de l'épiscopat unitaire comme d'une institution nouvelle ; s'il exhorte les fidèles d'Asie à se tenir serrés autour de l'évêque, il ne leur parle pas avec moins d'insistance des autres degrés de la hiérarchie. Ses recommandations se ramènent à ceci : « Serrez-vous autour de vos chefs spirituels ! » La circonstance que ces chefs sont distribués en une hiérarchie à trois degrés, plutôt qu'à deux, est secondaire dans son raisonnement ; cette distribution est visée par lui comme un état de fait, incontesté et traditionnel ; il n'a pas à la recommander i.

C'est aussi comme un état de fait, incontesté et traditionnel, que l'épiscopat unitaire nous apparaît, vers le milieu du 11^ siècle, dans les chrétientés occidentales à Rome, à Lyon, à Corinthe, à Athènes, en Crète, tout comme dans les provinces situées plus à l'est. Nulle part il n'y a trace d'une protestation contre un changement brusque et comme révolutionnaire, qui aurait fait passer la direction des commu-

1. Si l'on était plus au clair sur les « anges » des églises d'Asie dont il est question au commencement de l'Apocalypse, il serait peut-être permis d'affirmer que cette dénomination symbolique vise les évêques de ces églises. Et il n'j'^ aurait pas lieu de s'en étonner, car entre l'Apocalypse et les lettres d'Ignace il y a peine vingt ans. Ce sens, toutefois, n'est pas certain.

nautés du régime collégial au régime monarchique. Dès ce temps-là on pouvait, en certains endroits au moins, énumérer les évêques par lesquels le temps présent se reliait aux apôtres. Hégésippe, qui fit un long voyage d'église en église, recueillit en plusieurs endroits des listes épiscopales, ou les établit lui-même, d'après les souvenirs et les documents indigènes. La succession des évêques de Rome nous est connue par saint Irénée ; celle d'Athènes par saint Denys de Corinthe : la première se rattache aux apôtres Pierre et Paul, l'autre à Denys l'Aréopagite. A Rome la succession épiscopale était si bien connue, si biea classée chronologiquement, qu'elle servait à dater les événements. On disait des hérésies qu'elles avaient paru sous Anicet, sous Pie, sous Hygin. Dans la querelle à propos de la Pâque, Irénée datait de la même façon, en remontant plus haut encore, jusqu'à Télesphore et à Xyste I, c'est-à-dire jusqu'au temps de Trajan et de saint Ignace i.

1. L'impression qui se dégage de ces dates aurait un peu moins de valeur — elle subsisterait pourtant — - si l'on admettait avec M. Harnack {Chronologie, t. I, p. 158 et suiv.) qu'elles proviennent toutes d'une petite chronique épiscopale romaine, du temps de Marc-Aurèle, à laquelle auraient puisé saint Irénée et divers chronologistes ou hérésiologues postérieurs. Mais l'existence de ce Liber pontificalis primitif est loin d'être établie par les arguments dont on l'appuie, et il serait bien imprudent de raisonner en partant d'un document aussi hypothétique. Même en acceptant comme ayant réellement existé le texte que M. Harnack a cru pouvoir reconstituer, il resterait à expliquer comment, s'il n'y a point eu d'évêque (unitaire) à Rome avant Anicet, on aurait pu, quelques années après celui-ci, le présenter comme le successeur de toute une série d'évêques et faire accepter cela tant au public local, à qui la petite chronique était évidemment destinée, qu'à des personnes comme Hégésippe, Irénée, Tertullien, Hippol>i:e, bien placées pour être renseignées.

l'épiscopat 93

Que conclure de tout cela, sinon que l'épiscopat unitaire existait déjà, dans les pays situés à l'occident de l'Asie, au temps où furent écrits des livres comme le Pasteur d'Hermas, la lia Clementis, la Doctrine des Apôtres, l'épître de saint Clément, et que, par suite, les témoignages donnés par ces vieux textes à l'épiscopat collégial ne sont nullement exclusifs de l'épiscopat unitaire ? Vers la fin du II^ siècle, l'auteur du Canon de Muratori disait, en parlant d'Hermas, que cet auteur avait écrit tout récemment, sous l'épiscopat de son frère Pie : nuperrime, iemporibus nostris, sedente cathetra (sic) urbis Romae ecclesiae Pio episcopo fratre eius. Ainsi Hermas ne semble connaître que l'épiscopat collégial ; et pourtant il écrit sous un évêque unitaire, qui est son propre frère. Vers le temps de l'empereur Commode, un docteur modaliste comparaît à diverses reprises devant l'autorité ecclésiastique de Smyrne. Hippolyte, qui raconte le fait^, emploie ici l'expression « les prêtres » (z\ -pî7;iij-:£p=i.). Il est pourtant bien sûr que Smyrne avait alors un évêque.

Du reste l'épiscopat collégial, par lequel on a sûrement commencé en plus d'un endroit, ne pouvait être considéré comme une institution définitive ; il dut se transformer de très bonne heure. On ne gouverne avec une commission que quand elle est présidée par un chef qui la tient dans sa main, qui l'inspire, la dirige et agit pour elle. Il est vraisemblable que les col-

Page 1