‹ Histoire ancienne de l'Eglise (volume 2)Chapitre 51 sur 205 · Confusion avec l'évangile des Hébreux · texte numérisé non relu

Confusion avec l'évangile des Hébreux

viduelles et de certaines opinions bienveillantes, cette séparation était déjà manifeste au déclin du II® siècle.

Elle se traduisait même par des polémiques. Vers la fin du II« siècle, un certain Syminaque, ébionéen, connu pour avoir exécuté une version grecque de l'Ancien Testament, écrivit pour défendre contre les autres chrétiens l'attitude spéciale de ses coreligionnaires 1.

Ceux-ci étaient répandus un peu partout dans les grandes juiveries. La version grecque de leur évangile fut connue en Egypte de très bonne heure, dès le temps de Trajan ; le nom d' « Evangile selon les Hébreux », qu'on lui donna, fut sans doute imaginé pour le distinguer d'un autre évangile reçu dans le pays, r « Evangile selon les Egyptiens », en usage dans la communauté chrétienne d'Alexandrie.

Beaucoup plus loin, dans les populations du sud de l'Arabie, où le judaïsme avait fait déjà et ne cessa de faire de nombreuses recrues, la prédication évangélique s'était fait entendre sous sa forme judéo-chré-

1. Eusèbe, H. E., VI, 16, 17, par lequel nous savons qu'Origène tenait ces livres d'une dame appelée Juliana (de Césarée en Cappadoce, cf. Pallade, H. Laus., 147) qui les avait reçus en héritage de Symmaquc lui-même. Divers auteurs latins du IV« et du V^ siècle connaissent des Symmachiens comme formant une secte judéo-chrétienne (Victorinus rhet., In Gai., I, 19 ; II, 26 ; Philastrius, haer. 62 ; Ambrosiast., In Gai., prologue ; saint Augustin, Contra Faustum, XIX, 4, 17 ; Contra Cresconium, I, 31). Au temps de saint Augustin elle ne comptait plus qu'un très petit nombre d'adeptes. Saint Epiphane, De mens, et pond., 18-19, fait de Symmaque un samaritain converti au judaïsme. Ce renseignement est isolé. Cf. Harnack, Chron., II, p. 164.

tienne. Pantène, qui visita ce pays vers le temps de Marc-Aurèle, y trouva l'évangile hébreu i, que l'on disait avoir été rapporté par l'apôtre Barthélémy, premier missionnaire de ces contrées lointaines.

Cependant, même avec cette diaspora, l'église judaïsante resta toujours peu nombreuse. Elle eut sans doute à souffrir, sous Trajan et sous Hadrien, des calamités qui s'abattirent alors sur la nation juive. Au temps d'Origène elle faisait petite figure. Le grand exégète écarte ^ l'idée que les 144.000 élus d'Israël, dans l'Apocalypse, puissent représenter des judéochrétiens : ce chiffre lui semble trop élevé. Comme Origène écrit après deux siècles d'Evangile, son comput doit s'étendre à cinq ou six générations. On voit qu'il n'a pas l'idée de grandes multitudes.

Il y avait encore des Nazaréens au IV« siècle. Eusèbe, saint Epiphane, saint Jérôme, celui-ci surtout les ont connus. C'est le plus souvent à propos de leur évangile qu'il est question d'eux. Quand on parle de leur doctrine, l'appréciation n'est pas favorable 3. Cà et là on distingue chez eux quelques traces de

1. Eusèbe, qui nous rapporte le fait {H. E., V, 10), identifie, selon l'usage, cet évangile hébreu avec l'original de saint Matthieu.

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