‹ Histoire ancienne de l'Eglise (volume 2)Chapitre 64 sur 205 · Cod · texte numérisé non relu

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4. Le catalogue d'hérésies imprimé à la suite du De Prescriptionibus de Tertullien n'est qu'un résumé du Syntagma d'Hippolyte ; ce petit écrit paraît être des environs de l'an 210. Epiphane (v. 377) et Philastrius (v. 385), le premier surtout, ont aussi très largement exploité le Syntagma. Enfin le chapitre sur Noët, qui forme la fin de l'ouvrage, nous est parvenu isolément.

Duchesne, Hist. anc. de l'Egl. T. I. 14

Dans la littérature des temps postérieurs, il faut faire une place de premier rang au grand traité de saint Epiphane, le Panarion, compilation fort critiquable à certains points de vue, mais dont les éléments ont été puisés à des sources de grande valeur, le Syntagma d'Hippolyte, celui de saint Irénée, nombre de livres hérétiques, connus, dépouillés ou cités par l'auteur, sans parler des observations directes qu'il avait faites lui-même sur les sectes survivantes. Les compositions de Philastrius de Brescia, de saint ugustin, de Théodoret, n'ont auprès de celle-ci qu'une valeur secondaire.

Propagande et apologie au 11^ siècle

L'attrait du christianisme, de ses croyances et de ses espérances. — Le spectacle du martyre et de la fraternité chrétienne. Impopularité des chrétiens. — Animosité des philosophes. — Celse et son « Discours véritable ». — L'apologie du christianisme. — Apologies adressées aux empereurs : Quadratus, Aristide, Justin, Méliton, Apollinaire, Miltiade, Athénagore. — Marc-Aurèle et les chrétiens. — Apologies adressées au public : Tatien.

En dépit des lois répressives, le christianisme ne cessait pas de se répandre. Vers la fin du règne de Marc-Aurèle, c'est-à-dire un siècle et demi environ depuis les premières origines, on le trouve établi dans les provinces les plus éloignées. Il y a des groupes chrétiens en Espagne, en Gaule, en Germanie, en Afrique, en Egypte, jusqu'au delà de l'Euphrate et de la frontière romaine. L'Evangile avait commencé par les communautés juives et leurs prosél3rtes; mais il n'avait pas tardé à s'adresser directement aux païens. Cette propagande, rivale de celle des juifs, qu'elle absorba d'ailleurs assez rapidement, se présentait avec les avantages de la religion d'Israël, augmentés encore par une plus grande facilité d'adaptation. Au polythéisme grec, romain , égyptien, elle opposait la doctrine du Dieu unique et souverain ; à l'idolâtrie, le culte en esprit ; aux sacrifices sanglants

aux pompes officielles et tapageuses, des exercices religieux fort simples, prières, lectures, homélies, repas communs ; au débordements des mœurs, que n'arrêtaient guère les religions antiques, une morale sévère soutenue par le contrôle de la vie d'association. Les communes préoccupations sur l'origine des choses et sur la destinée des hommes trouvaient satisfaction dans les enseignements déduits de livres sacrés, antiques et vénérables, bien plus autorisés que les fictions des poètes. La doctrine des anges et celle des démons, celle-ci surtout, permettait de résoudre nombre de questions sur l'origine et la puissance des erreurs religieuses. Satan et son personnel expliquaient le mal en général et les maux en particulier, et ceci était une défense contre la propagande concurrente du culte dualiste de Mithra.

Tout cela les juifs l'avaient fait valoir avant les chrétiens. Ceux-ci précisaient les choses en présentant à l'amour ,à la reconnaissance, à l'adoration des hommes leur fondateur Jésus, Fils de Dieu, révélateur et sauveur, apparu dans l'humanité, siégeant actuellement auprès du Dieu-Père pour reparaître bientôt comme juge souverain et roi des élus. Vers lui, vers son histoire, telle que la présentaient les nouveaux livres sacrés, vers son apparition dans l'avenir, but constant de l'espérance, tous les esprits étaient tendus. Mieux que cela : à certains égards Jésus était présent. Il vivait par l'Eucharistie au milieu de ses fidèles et en eux. Et ceux-ci possédaient encore, dans les

merveilles des charismes, prophéties, visions, extases guérisons miraculeuses, comme un second contact avec l'invisible divinité. De tout cela résultait, dans les groupes chrétiens et dans les individus, une tension religieuse, un enthousiasme, dont l'influence doit être comptée au nombre des plus puissants moyens de conversion. Les âmes subissaient l'attraction du divin.

Et il fallait que l'attraction fût bien forte, car en ces temps-là le candidat au christianisme était, par le fait même, candidat au martyre. Nul ne pouvait se dissimuler qu'en se faisant chrétien, il se mettait en quelque sorte hors la loi. On encourait des pénalités énormes, généralement la mort, pour peu que la police eût l'œil ouvert ou que l'on eût des voisins malveillants. Mais le martyre lui-même était un attrait pour certaines âmes ; pour le grand nombre, assurément, il était un argument très fort. La constance du confesseur, la sérénité avec laquelle il endurait la question et marchait au supplice, l'assurance de son regard fixé sur les perspectives célestes, tout cela était nouveau, frappant et contagieuxi.

Un autre attrait, plus ordinaire peut-être, mais non moins fort, c'était celui de la fraternité, de la douce et profonde charité qui unissait les membres de l'association chrétienne. Entre eux les distinctions de rang, de classes sociales, de races et de patries,

1. Marc-Aurèle (Pensées, XI, 3) relève cette attitude, mais sans l'approuver. Peut-être est-elle visée aussi dans un mot d'Epictète (Arrien, Diss., IV, vu, 6), si les Galiléens dont il parle en cet endroit sont vraiment des chrétiens.

ne se faisaient guère sentir. L'effort général tendait à les détruire. Que pouvait faire à Jésus que l'on fût patricien ou prolétaire, esclave ou libre, grec ou égyptien ? On était tous frères et l'on s'appelait ainsi ; les réunions prenaient souvent le nom d'agape (amour) ; on s'entr'aidait, simplement, sans fracas ni hauteur. De communauté à communauté c'était une perpétuelle circulation de conseils, de renseignements, de secours matériels. Heureux d'appartenir à 1' « église de Dieu » dans leur localité, les fidèles ne l'étaient pas moins de se sentir membres du grand peuple de Dieu, de l'Eglise dans son ensemble, de l'Eglise catholique, et destinés à devenir bientôt les citoyens du royaume de Dieu. Tout cela était autrement chaud, autrement vivant que les confréries païennes, associations funéraires ou religieuses, les seuls groupements que l'on pût avoir l'idée de comparer à ceux des chrétiens. De ceux-ci combien devaient dire : Que leur religion est simple et pure ! Quelle confiance ils ont en leur Dieu et en ses promesses ! Comme ils s'entr'aiment! Comme ils sont heureux entre eux!^

Toutefois la masse des gens échappait à l'attrait. Beaucoup apercevaient à peine le christianisme, ou même ne l'apercevaient pas du tout, car il s'en faut qu'il se fût implanté partout. D'autres professaient

1. Sur l'attrait du christianisme naissant, v. Harnack, Dze Mission und Ausbreitung des Christenthinns in den ersten drei Jahrhunderlen, 1902, p. 72-209.

pour lui la plus profonde horreur. Outre qu'il s'agissait d'un culte nouveau, ou pour mieux dire, d'une façon de vivre nouvelle, importée d'un pays barbare et propagée d'abord par des représentants d'une race méprisée, il courait sur le christianisme, sur les asemblées chrétiennes en particulier, des bruits aussi horribles que fortement accrédités. Les chrétiens étaient des athées, des impies; ils n'avaient pas de dieu, ou plutôt ils adoraient un dieu à tête d'âne. Dans leur réunions, quand ils se sentaient bien entre eux, ils se livraient à des débauches infâmes et prenaient part à des festins d'anthropophages. Ces sottises avaient cours partout et il y a lieu de croire qu'elles furent mises en circulation de très bonne heure. Le populaire y croyait, les mondains les répétaient; elles trouvaient écho même auprès des gens sérieux et sages. Ceux-ci du reste, avaient d'autres griefs. Ils reprochaient aux chrétiens leur désintéressement des affaires publiques, leur ségrégation, leur inertie, et comme leur apostasie, non seulement de la religion romaine, mais de la vie ordinaire et des communs devoirs de la société. Il y de tout cela dans les jugements de Tacite et de Suétone. Pour Tacite le christianisme est une superstition exécrable ; les chrétiens sont des gens odieux, criminels, dignes des derniers châtiments. Suétone^ aussi parle d'une superstition pernicieuse.

Quant aux rhéteurs et aux philosophes, on n'a pas

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