‹ Histoire ancienne de l'Eglise (volume 2)Chapitre 7 sur 205 · AcU, XV · texte numérisé non relu

AcU, XV

meura dix-huit mois (53-54). C'est ce qu'on appelle sa seconde mission. De là il s'embarqua pour Ephèse, ne fit qu'y toucher et, par Césarée de Palestine, revint à Antioche.

Il n'y resta pas longtemps et repartit bientôt pour son troisième voyage. Traversant l'Asie-M'neure de l'est à l'ouest, il arriva à Ephèse où il se fixa pour trois ans (55-57). Là il trouva deux vieux chrétiens de Rome, Aquilas et Priscille, qui l'avaient déjà accueilli à Corinthe au cours de son précédent voyage. Aquilas et sa femme ne semblent pas s'être occupés de propagande. Avant l'arrivée de Paul ils avaient pourtant eu occasion de conférer avec un juif alexandrin, appelé Apollo, qui prêchait l'Evangile, mais ne connaissait d'autre baptême que celui de Jean. Il avait fait des disciples, qui, entre les mains de Paul, formèrent le premier noyau de l'église éphésienne. Celle-ci se développa par l'effet des prédications, à la synagogue d'abord, puis ailleurs. Non seulement Ephèse, mais beaucoup d'autres localités de la province d'Asie furent alors initiées à l'Evangile. Enfin l'apôtre se décida à revenir une fois encore en Syrie, mais non sans avoir revu ses chrétientés de Macédoine et d'Achaïe. Il hiverna (57-58) à Corinthe et, le printemps suivant, repassant encore par la Macédoine et la côte d'Asie, il fit décidément voile pour la Phénicie et la Palestine. Vers le temps de la Pentecôte (58)i il arrivait à Jérusalem.

1. Cette date a été fort discutée. M. Harnack, Chronologie, t. I, p. 233 et suiv., la reporte de quatre ou cinq ans en arrière. Je ne puis

Paul revenait au berceau du christianisme après de longues années employées à prêcher l'Evangile en des pays lointains, où personne ne l'avait porté avant lui. Il avait semé de fondations sérieuses et vivaces la plus grande partie de l'Asie-Mineure, de la Macédoine et de l'Achaïe. Les grandes villes d'Ephèse, de Thessalonique, de Corinthe, bien d'autres encore, avaient,^ grâce à lui, des églises remplies de foi, d'ardeur, de charité. Ce que ces résultats lui avaient coûté, on peut le supposer ; du reste, il en dit quelque chose dans une de ses lettres i, où, à côté des désagréments de voyage, faim, soif, brigands, naufrages, il énumère les conséquences de ses conflits avec les diverses autorités, flagellations, lapidations, bastonnades. L'apôtre était déjà doublé d'un martyr. Nul n'avait tant travaillé et tant souffert pour la foi commune. A l'église mère de Jérusalem il apportait l'hommage des fondations nouvelles et, en signe de leur charité respectueuse, un large tribut d'aumônes. Cependant il se sentait très peu rassuré sur l'accueil qui l'attendait, et ses craintes, comme on le vit bientôt, n'étaient que trop fondées.

L'esprit étroit auquel les tendances universalistes de Paul s'étaient heurtées/ dix ans auparavant, pouvait avoir eu le dessous à Antioche ; à Jérusalem il en allait tout autrement. Les apôtres avaient depuis

accepter ses arguments, auxquels, du reste, M. Schùrer, Gesch. des jûdisehen Volkes, 3» éd., t. I, p. 578, a suffisamment répondu. 1. // Cor., XI, XII.

longtemps quitté la ville sainte. Ce qu'il pouvait y avoir, en un tel milieu, d'esprits ouverts à des conceptions un peu larges, paraît les avoir suivis, s'être transporté à Antioche ou employé dans les missions. Restés entre eux, les vieux conservateurs n'avaient pu que renforcer leurs tendances. Ils avaient pour chef Jacques, « frère du Seigneur », qui déjà, du temps des apôtres, jouissait d'une grande considération et gouvernait avec eux l'église locale. C'était un homme d'une sainteté reconnue, d'une piété profonde, mais très attaché aux coutumes juives et peu disposé à transiger sur leur caractère obligatoire. Dans son entourage les hardiesses de Paul avaient été subies plutôt qu'acceptées. C'est de là qu'étaient sorties les inspirations qui divisèrent momentanément la chrétienté d' Antioche et mirent Pierre et Paul aux prises. De là aussi partirent divers émissaires qui, suivant les traces de Paul en Asie-Mineure et en Grèce, entreprirent de ramener au judaïsme strict les païens ou prosélytes convertis par lui, de leur imposer la circoncision, et, pour en arriver là, de déconsidérer personnellement l'apôtre des gentils.

Sur ces conflits et ces crises, le livre pacifique des Actes passe très rapidement. Mais à la date à laquelle nous sommes arrivés, six lettres de saint Paul étaient déjà en circulation. Elles nous renseignent avec plus de précision. Dans les deux épîtres aux Thessaloniciens, écrites de Corinthe pendant le premier séjour que Paul fit en cette ville, il n'est pas encore question

30 CHAPITRE ÎII.

de l'opposition judaïsante. L'apôtre s'épanche avec des disciples particulièrement aimés ; il leur rappelle les tribulations qu'ils ont eu à endurer de la part des juifs au moment de la première prédication de l'Evangi'e. Ces tribulations n'ont pas cessé. Il faut savoir les supporter avec douceur. Paul est heureux de féliciter ses Thessaloniciens sur leur conduite et leur attitude : il est fier d'eux. Ils sont très préoccupés du prochain retour du Seigneur : l'apôtre répond à leurs questions et s'efforce de les calmer.

A cette correspondance idyllique font suite les épîtres aux Corinthiens. Elles témoignent l'une et l'autre d'une sorte de brouille survenue entre l'apôtre et ses néophytes. Ceux-ci lui ont donné, par leur conduite, plusieurs sujets de plainte ; mais ce qui le touche davantage c'est qu'il s'est formé parmi eux diverses écoles et que'^son autorité est mise en question. D'autres missionnaires ont passé par Corinthe après lui. Les uns ont fait montre d'un enseignement plus élevé que celui de Paul, lequel avait dû s'en tenir aux éléments. D'autres se sont présentés avec des lettres de recommandation, faisant valoir bien haut le nom et l'autorité des grands apôtres, auprès desquels Paul n'était, à les entendre, qu'un missionnaire de second ordre. De tout cela il est résulté des divisions : il y a, dans l'église de Corinthe, un parti d'Apollo, un parti de Paul ; d'autres se réclament de Pierre, d'autres enfin du Christ lui-même.

Cependant il n'y a rien dans ces lettres d'oii l'on

puisse déduire que les rivaux de l'apôtre eussent introduit à Corinthe des tendances judaisantes. La façon dont il est parlé de la circoncision et des idolothytes i supposerait plutôt que Paul se sentait parfaitement à l'aise de ce côté.

Il n'en était pas de même en Galatie. Ce pays, évangélisé par saint Paul dès sa première mission et qu'il avait visité deux fois depuis, contenait plusieurs chrétientés qui avaient bien des raisons de le considérer comme leur directeur spécial. Il y vint des prédicateurs judaisants ; ceux-ci leur apprirent que Paul était un apôtre sujet à caution et que leur salut ne serait assuré que par la circoncision. Les braves Galates se laissèrent endoctriner et circoncire. A cette nouvelle Paul s'empressa de leur écrire une lettre enflammée, où son indignation pour la stupidité de ses disciples se heurte, dans un conflit animé, à la tendresse paternelle qu'il leur a conservée. Paul n'était pas d'un caractère endurant ; les judaisants sont fort malmenés dans la lettre aux Galates.

Les idées qu'il y exprime assez tumultueusement, à cause des circonstances, se retrouvent dans les développements calmes de l'épître aux Romains ^. Celle-ci fut écrite à Corinthe, pendant l'hiver qui précéda le retour à Jérusalem.

Gentils, juifs, tous sont pécheurs, les uns sans la Loi, les autres avec la Loi. Les juifs n'ont d'autre

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