‹ Histoire ancienne de l'Eglise (volume 2)Chapitre 8 sur 205 · Rom., x-xi · texte numérisé non relu

Rom., x-xi

avance sur les gentils que leur situation de gardiens des paroles de Dieu. Le salut, la justification, c'est-àdire la réconciliation avec Dieu, ne vient que de la foi. C'est le régime inauguré avec Abraham.

Le péché règne depuis Adam, et, par le péché, la mort. De même, par Jésus-Christ, nouvel Adam, la grâce circule et vivifie. La loi de Moïse, jadis inefficace, plutôt faite pour faire pécher les gens que pour les justifier, est maintenant abrogée et remplacée par la loi chrétienne, loi de liberté, qui consiste dans la simple obligation de se conformer à Jésus-Christ.

Cette théologie écarte en bloc tout le mosaïsme, non seulement son obligation, mais même son utilité. La Loi ne sert à rien ; il ne sert de rien d'être juif. Ici, Paul se place brusquement en face d'une question de fait. Quelle est maintenant la situation d'Israël ? L'apôtre n'hésite pas. En dépit de ses sentiments de nationalité, encore très vifs, il déclare que le rôle d'Israël est fini, ou plutôt interrompu. Dieu, irrité de son incrédulité, s'est détourné de lui ; c'est désormais aux gentils que la Promesse s'adresse. Israël est comme une branche détachée de l'olivier ; à sa place est greffée la gentilité. Cependant un temps viendra où les restes du peuple de Dieu auront part à l'héritage.

Ce manifeste, adressé aux chrétiens de Rome et communiqué tout aussitôt à d'autres chrétientés, devait avoir précédé l'apôtre à Jérusalem. Aux yeux

de ses adversaires c'était une déclaration d'apostasie i. La Loi, la circoncision, la vie juive, la dignité du peuple de Dieu, tout cela il le répudiait. On se figure aisément l'accueil qui l'attendait dans la ville sainte. En ce moment le sentiment national était très excité. Rapace et brutal, le gouvernement des procurateurs aliénait de plus en plus à l'empire l'esprit de ces populations difficiles. Le sacerdoce officiel, débordé par le fanatisme des zélotes, sentait son autorité défaillir ; l'émeute, dominée avec peine, grondait sans cesse autour du Temple ; l'insurection s'annonçait. Sans doute les fidèles de Jésus, absorbés par leur espérance à eux, ne se sentaient pas entraînés à ces extrémités ; mais, dans ce milieu d'exaspération farouche, comment auraient-ils fait pour se maintenir en patience ? Accueilli par des amis, Paul se présenta chez Jacques le lendemain de son arrivée. Il y trouva réuni le conseil des « anciens », leur raconta ses voyages apostoliques, ses fondations, et sans doute leur remit le produit de la quête qu'il avait faite à l'intention de r église-mère. Quand il eut fini, on commença par le féliciter. Puis son attention fut attirée sur le grand nombre des juifs convertis 2, sur leur attachement extrême à la Loi et sur la fâcheuse réputation dont il jouissait auprès d'eux. Pour dissiper ces bruits il n'y

1. C'est le terme que le livre des Actes met dans la bouche des jodaïsants de Jérusalem : airc^Tauiav oicdz%ii.ç à7:h M(.)î>cr^t,>ç, Act., XXI, 21.

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