‹ Histoire ancienne de l'Eglise (volume 2)Chapitre 81 sur 205 · Eus., V · texte numérisé non relu

Eus., V

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» choses, le ciel, la terre et tout ce qui est dans le mon- » de. Mais ce second dieu n'était pas bon (xT.i^^ri âà oôa » àyaOi;, et les choses faites par lui ne furent pas bien » faites (avaGw; scpY^o-iJiva) ». Cela ressemble beaucoup, au point de vue métaphysique, à l'arianisme, mais avec la préocupation marcionite de la bonté comme attribut essentiel et incommunicable de Dieu.

Apelle mitigea aussi le docétisme radical de Marcion Jésus-Christ ne fut plus un fantôme ; il eut un corps, non pas tiré d'une mère humaine, mais emprunté directement aux quatre éléments. C'est avec ce corps qu'il fut réellement crucifié et qu'il apparut à ses disciples après la résurrection. En remontant au ciel il en restitua les éléments à la nature.

Pour le reste, Apelle continuait la tradition du maître. En éliminant le docétisme, il supprimait une des plus fortes objections. Quant à son système de faire créer l'auteur du monde par le Dieu supérieur, il est clair qu'il fallait ou en venir là, ou admettre franchement, avec Potitus et Basilicus, deux principes coéternels. C'est, à l'intérieur du marcionisme, la même situation qui se révéla, dans l'Eglise orthodoxe, par le conflit entre l'arianisme et le consubstantialismei. Apelle est hérétique par rapport à Marcion, comme Arius par rapport à l'Eglise catholique.

1. Sur Apelle, voir surtout ce qu'en dit le contemporain Rhodon, l. c. — TertuUien avait écrit un livre entier Adversus Apellaicos ; il est perdu. Mais v. Adv. Marc, III, 11 ; IV, 17; Praescr., 6, 30, 34, De carne Christi, 6,8; De anima, 23, 36 ; v. aussi Hippolyte, Syntagma (Epiph., 43, Pseudo-Tert., 51, Philastr., 47) ; Philosophum., VII, 38.

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Rhodon, l'adversaire d'Apelle, était un asiate établi à Rome depuis assez longtemps. Il y avait connu Tatien et s'était fait son disciple ; mais il ne l'avait suivi ni dans ses voyages ultérieurs ni dans ses exentricités doctrinales. Eusèbe eut sous les yeux plusieurs écrits de lui. Le plus important, dédié a un certain Callistion, était dirigé contre les Marcionites, et c'est dans celui-là qu'il eut l'occasion de décrire Apelle. Il écrivit aussi sur les six jours ('E;ar;;xzpov).

C'est sous l'épiscopat de Soter que parvint à Rome l'étonnante nouvelle qu'une armée romaine, conlniandée par l'empereur lui-même, avait été sauvée par les prières d'une troupe de soldats chrétiens. Telle était du moins la version qui circulait chez les fidèles. Le danger couru par l'armée est chose certaine. On sait également que, dans leur détresse, les Romains firent appel à toutes les influences divines sur lesquelles pouvaient agir les diverses religions pratiquées par les soldats. Mais quand s'éleva au Champ de Mars la colonne commémorative des victoires de Marc-Aurèle en Germanie, c'est aux dieux officiels que l'on fit honneur du miracle. On peut voir encore, dans ces bas reliefs célèbres, l'image du Jupiter pluvius, laissant pleuvoir de ses cheveux, de ses bras, de toute sa personne, les torrents salutaires qui permirent aux légions d'échapper à la soif et à la défaite.

La colonne Antonine était encore en construction lorsque, vers 175, le pape Soter fut remplacé par

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Eleuthère, l'ancien diacre d'Anicet. En dépit des services rendus par la « Légion fulminante », la persécution était partout en recrudescence. Nous trouverons bientôt Euleuthère en rapport avec les martyrs de Lyon et leur envoyé saint Irénée. On parlait beaucoup alors, en Gaule et à Rome, des nouveaux prophètes de Phrygie. L'église romaine fut sollicitée de prendre position dans cette affaire ; nous verrons plus loin à quel parti elle se rangea.

Après la mort de Marc-Aurèle, son fils Commode, associé depuis plus de trois ans à l'empire, demeura seul maître du pouvoir. On sait qu'il n'eut guère à cœur de se conformer aux maximes paternelles. C'est peut être pour cela qu'il laissa les chrétiens en paix. Du reste ceux-ci avaient des influences dans son entourage ; Marcia, sa favorite, était chrétienne. Dans le milieu où elle vivait, sa conduite ne pouvait guère être en harmonie avec l'idéal évangélique, mais elle faisait au moins son possible pour neutraliser par la faveur impériale la rigueur des lois de proscription. Son ancien tuteur, un eunuque appelé Hyacinthe, qui siégeait alors dans le collège presbytéral, l'entretenait dans ces bonnes dispositions^.

Marcia ne réussissait pas toujours. C'est sous le règne de Commode que se place le martyre d'Appolonius, savant philosophe^. Encore celui-ci paraît-il

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