‹ Histoire ancienne de l'Eglise (volume 2)Chapitre 82 sur 205 · Philosoph., IX · texte numérisé non relu

Philosoph., IX

2. i'izl "aïOîia y.at ^îiAiTCsia ^iz^JriiJÀ^/z'^, dit Eusèbe; saint- Jérôme (De viris ill., 42 ; cf. 53, 70 ; l'éleva au rang de sénateur.

avoir été traité avec une bienveillance spéciale^. II fut jugé, non par le préfet de Rome, mais par le préfet du prétoire Perennis (180-185), au nom de l'empereur lui-même. Ce qui s'est conservé des interrogatoires montre que Perennis fit les plus grands efforts pour sauver l'accusé.

Quelques années plus tard, le pape Victor ayant succédé (190) à Eleuthère, Marcia obtint la grâce de tous les confesseurs qui travaillaient en condamnés dans les mines de Sardaigne. Victor lui en avait donné la liste. Elle confia les lettres de grâce au prêtre Hyacinte, qui fit le voyage de Sardaigne et revint avec les confesseurs libérés.

3. Le procès d'Apollonius figurait dans la collection d'anciens martyria formée par Eusèbe. Dans son histoire ecclésiastique, il en donne un résumé (V, 21). Ces derniers temps on a publié deux remaniements de cette pièce, l'un en arménien (Compte-rendu de l'académie de Berlin, 1893, p. 728), l'autre en grec (Anal. Rolland., t. XIV, p. 286). A en juger par ces renseignements le texte original n'était pas sans soulever des difficultés. Voir les commentaires de Harnack (Compte-rendu de l'acad. de Berlin, l. c), de Mommsen (ibid., 1894, p. 497), de K. J. Neumanu {Der rôm. Staat und die allgemeine Kirche, t. I, p. 79), de Geffcken {Nachrichten de Gôttingen, phil. hist. cl., 1904, p. 262). — L'histoire du délateur exécuté, bien que sa dénonciation soit le point de départ d'un procès criminel, est d'une grande invraisemblance. Ce détail, qui n'est rapporté que par Eusèbe, peut provenir d'une confusion : un accident arrivé au délateur a pu être transformé en un châtiment légal.

Les égjises au li^ siècle.

Le christianisme en Italie et en Gaule. — Les martyrs de Lyon. — Irénée. — L'Evangile en Afrique : les martyrs de Scilli — L'église d'Athènes. — Denys de Corinthe et ses lettres. — Les églises d'Asie, de Phrygie, de Bithynie et de Thrace. — Martyre de Polycarpe. — Les évêques d'Asie : Méliton et Apollinaire.

L'église de Rome, dont la vie intérieure fut si intense dans ce premier siècle de son histoire, ne put manquer d'être un centre de rayonnement chrétien. Connue au loin, dès ses premières origines, par son autorité, son enseignement, son zèle et sa charité, il est impossible qu'elle n'ait pas fait sentir, et de bonne heure, son action évangélisatrice dans les régions plus rapprochées d'elle. Cependant nous ne savons rien des détails. Aucun témoignage bien sûr ne nous garantit qu'avant la fin du II® siècle il y ait eu en Italie une autre église complètement organisée i. Les plus anciennes églises du nord, Ravenne, Milan, Aquilée, dont l'âge peut être mesuré avec quelque approximation, n'atteignent guère que le temps des Sévères. On peut croire que dans le midi, dans la

1. Quand saint Paul débarqua à Pouzzoles, en 61, il y fut reçu par un groupe de fidèles établis dans cette localité (Ad., XXVIH, 14). Il est bien possible que ce groupe se soit maintenu et se soit organisé en église unie à celle de Rome ; cependant nous n'en savons rien.

Campanie par exemple ou dans les environs de Rome, des églises ont pu être fondées plus tôt ; mais ce n'est !à qu'une conjecture. Du reste, il faudrait encore savoir à quel degré d'organisation ces groupes de fidèles en étaient arrivés et jusqu'à quel point ils se distinguaient de ce que l'on appelait l'église romaine. D'elle seule il est question dans les anciens auteurs qui ont écrit en ces temps là, ou qui, écrivant plus tard, ont eu à parler de cette période.

En Gaule aussi et en Afrique, les origines sont enveloppées d'obscurité. Des conjectures, mais des conjectures seulement, peuvent être faites sur l'existence, au IP siècle d'une colonie chrétienne à Marseille. Sous Marc-Aurèle il y en avait une à Lyon et une autre à Vienne. Un peu plus tard il est question, dans saint Irénée, d'églises établies dans les Germanies et dans les pays celtiques. Il y a donc lieu d'admettre, dès ces temps reculés, une certaine diffusion du christianisme dans l'ancienne Gaule. L'église de Lyon était un centre de rayonnement, une église-mère. Elle comptait un certain nombre d'asiates et de phrj^giens, mais l'élément indigène y était aussi représenté. Il y avait des notabilités locales, comme Vettius Epagathus et le médecin Alexandre. L'évêque Pothin, vieillard nonagénaire, et le prêtre Irénée présidaient à la petite communauté. Une grave épreuve s'abattit sur elle en 177. Les chrétiens, encore peu nombreux, étaient très mal vus. On croyait ou l'on affectait de croire aux calomnies abominables qui s'attachaient

partout aux réunions des fidèles. On refusait de les loger ; on leur fermait les bains, on les excluait du marché ; ils étaient hués, battus, maltraités de mille manières. Finalement les rumeurs malveillantes eurent assez de force pour que les autorités intervinssent. Les magistrats municipaux et le tribun de la cohorte qui tenait garnison à Lyon firent arrêter un certain nombre de chrétiens et les soumirent à la question, eux et leurs esclaves, dont quelquesuns étaient païens. La plupart des chrétiens résistèrent, bien que les exécuteurs, excités par la multitude, eussent poussé la question jusqu'aux extrêmes limites de la cruauté. Cependant il y eut des défaillances, une dizaine environ. Mais ce qui fut particulièrement grave c'est que les esclaves païens n'hésitèrent pas à attester la réalité des infanticides et des scènes de débauche.

Le légat de Lyon étant absent, ces procédures d'instruction n'aboutissaient à aucune sentence. Détachés tout pantelants des chevalets, les confesseurs étaient jetés dans d'horribles cachots, sans soins ni nourriture. Leurs frères demeurés libres s'efforçaient, en bravant mille dangers, de leur porter secours. Plusieurs moururent en prison, notamment l'évêque Pothin. Les apostats n'avaient pas été séparés des autres. Touchés par la charité que leur témoignaient les confesseurs et réconfortés par leur exemple, ils revinrent presque tous sur leur faiblesse et professèrent de nouveau la foi.

Au retour du légat, quelques sentences furent prononcées. Sanctus, le diacre de Viennei ; Maturus néophyte d'un courage extraordinaire ; une esclave, Blandine, assez frêle de corps ; un asiate Attale de Pergame, l'une des colonnes de l'église lyonnaise, lurent condamnés aux betes et envoyés à l'amphithéâtre. Sanctus et Maturus, brûlés d'abord sur la chaise de fer rougie, puis dévorés par les animaux féroces, conquirent les premiers la palme des martyrs. Ce jour-là les bêtes ne voulurent pas de Blandine ; elle fut reconduite en prison, avec Attale, que l'on découvrit être citoyen romain.

Le légat alors jugea bon de consulter l'empereur. Marc-Aurèle répondit, comme on devait s'y attendre, qu'il fallait renvoyer les apostats et faire exécuter les autres. Une dernière audience fut tenue. A la grande surprise du juge et de l'assistance, les apostats se transformèrent en confesseurs ; à peine quelquesuns demeurèrent-ils dans le cas d'être mis en liberté.

C'était le moment de l'année où de toutes les cités de la Gaule on affluait à Lyon pour les fêtes célébrées à l'autel de Rome et d'Auguste, au confluent de la Saône et du Rhône. Des jeux d'amphithéâtre figuraient toujours parmi les réjouissances officielles. Le légat fit décapiter ceux des chrétiens qui avaient le titre de citoyens romains. Il en restait assez pour les

1. Tbv oizy.ovcv a-b BiÉvvy;;. Cette expression semble indiquer que^ Sanctus était le chef du groupe chrétien de Vienne.

bêtes féroces. Attale, en dépit de sa qualité, leur fut adjugé. Il passa à la première représentation, en compagnie du médecin phrygien Alexandre, arrêté à la dernière heure. D'autres suivirent. Les derniers furent un enfant de quinze ans, Ponticus, et l'admirable Blandine, qui, jusqu'au dernier moment, soutint de son exemple et de sa parole le courage de ses compagnons. Les restes des martyrs furent brûlés par les exécuteurs et les cendres jetées au Rhône.

Quand tout fut fini, on consigna le récit de ces événements lugubres et glorieux dans une lettre qui fut adressée aux frères d'Asie et de Phrygie au nom des «serviteurs du Christ en résidence à Vienne et à Lyon w^.

Dans cette même pièce, l'église de Lyon donnait son avis sur la question du montanisme. Quelques lettres écrites par les confesseurs, sur le même sujet, y avaient été insérées. Plusieurs étaient adressées aussi aux frères d'Asie et de Phrygie ; une autre, destinée à l'évéque de Rome, Eleuthère, lui avait été portée par le prêtre Irénée. Le salut final était ainsi conçu : « Salut en Dieu, de nouveau et toujours, père » Eleuthère. Nous avons prié Irénée, notre frère et » compagnon^ de vous porter ces lettres, et nous

1. Le fait que Vienne est nommée d'abord, s'il a une signification, ne peut être qu'une politesse des Lyonnais à l'égard de leurs confrères de Vienne. L'événement est essentiellement lyonnais. Les magistrats de la colonie lyonnaise ne pouvaient bien évidemment instrumenter à Vienne ; le légat lui-même n'y avait aucune juridiction. Sanctus, le diacre de Vienne, aura été arrêté à Lyon ; aucun autre viennois n'est mentionné.

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