Eus., IV
et d'Amastris, ainsi qu'à une dame appelée Chrysophora.
Ce recueil de lettres ne nous ouvre qu'un faible jour sur les chrétientés de Grèce au déclin du second siècle. Pour les pays plus au nord il n'y a aucun renseignementi.
De l'autre côté de la mer Egée, le christianisme avait, comme en Grèce, des racines anciennes et profondes. Autour de l'église d'Ephèse, la principale des fondations de saint Paul, on en voit de bonne heure se former beaucoup d'autres. Celles d'Alexandria Troas, de Colosses, de Laodicée, d'Hiérapolis, sont mentionnées dans ses lettres. L'Apocalypse marque en plus celles de Smyrne, Pergame, Sardes, Philadelphie, Thyatires. Les églises de Magnésie (du Méandre) et de Tralles apparaissent dans les lettres de saint Ignace. Bien d'autres sans doute existaient dès le commencement du II« siècle qui ne se manifestent que plus tard.
En arrière de l'Asie proprement dite, le plateau phrygien comptait aussi des chrétientés nombreuses. Pays essentiellement agricole, la Phrygie était habitée par des gens de mœurs simples et douces : leurs cultes indigènes, d'une antiquité fabuleuse, n'avaient pas subi très profondément l'adaptation hellénique. Ils comportaient de grandes assemblées religieuses, près des
1. Depuis saint Paul jusqu'au IV» siècle, le seul document que l'on ait sur les églises de Macédoine c'est l'épître de saint Polycarpe à l'église de Philippes, écrite au temps du passage de saint Ignace, vers 115.
LES ÉGLISES AU II® SIÈCLE 2fi3
sanctuaires en renom, et des cérémonies à grand ramage, excitantes, présidées par des prêtres exaltés, Galles et Corybantes, dont les fureurs sacrées étaient célèbres dans le monde entier.
Dès sa première mission, saint Paul avait fait un séjour à Antioche de Pisidie et à Iconium, vers la limite sud-est du pays phrygien. Un peu plus tard il l'avait traversé à deux reprises, en allant de Syrie en Macédoine et en Asie. Soit qu'il y eût établi luimême de nouvelles chrétientés, soit que l'Evangile y eut été porté des églises les plus voisines, Iconium, Antioche de Pisidie, Hiérapolis, le fait est qu'à la fin du II® siècle le pays était déjà presque à moitié chrétien.
En Bithynie aussi et sur la côte de la mer Noire, le christianisme se répandit de très bonne heure. Le gouverneur Pline se plaignit à Trajan de cette contagion superstitieuse « qui envahissait non seulement les villes, mais les bourgs et les champs, faisait le vide autour des temples et ruinait le commerce des victimes ». Le père de Marcion était, vers ce temps-là ou peu après, évêque à Sinope. Sous Marc-Aurèle nous entendons parler des églises d'Amastris et de Nicomédie ; Denys de Corinthe, écrivait aux fidèles de Nicomédie, les encourageait à résister à la propagande marcionite ; à ceux d'Amastrie, dont l'évêque s'appelait Palmàs, il expliquait certains textes des Ecritures, enseignait la véritable doctrine sur le mariage et la continence, et conseillait la bienveillance envers
les pécheurs repentis et les hérétiques touchés de la grâce. De ce foyer bithynien le christianisme rayonna vers la Thrace, où nous trouvons, vers le même temps, les deux églises voisines de Debelte et d'Anchiale^, dont il est question à propos du montanisme.
Après saint Paul, leur premier apôtre, les chrétiens de l'Asie proprement dite ne demeurèrent pas dépourvus de chefs illustres. Timothée paraît avoir eu quelque temps la direction de ces églises. Comme on l'a vu plus haut, elles accueillirent plusieurs des témoins de l'Evangile chassés de leur pays par la guerre juive ou émigrés pour d'autres raisons. Ainsi leur furent apportées les traditions de la primitive église de Jérusalem. Philippe le diacre et ses filles s'installèrent à Hiérapolis au seuil de la Phrygie : saint Jean paraît avoir résidé plus spécialement à Ephèse. Sous Domitien il fut exilé à Patmos, d'où il écrivit aux sept églises et leur communiqua le livre de ses visions. Les sept lettres de l'Apocalypse et les deux petites du recueil johannique témoignent de son autorité sur les églises d'Asie et nous le montrent sous cet aspect à la fois terrible et doux qu'il a dans la tradition2.
La persécution dont le vieil apôtre s'était ressenti paraît avoir épargné ses derniers moments. Mais l'Asie eut de bonne heure ses martyrs. L'Apocalypse relève à Pergame un Antipas, égorgé prés de la de-