‹ Histoire ancienne de l'Eglise (volume 2)Chapitre 88 sur 205 · Sur le golfe de Bourgaz · texte numérisé non relu

Sur le golfe de Bourgaz

2. Sur les écrits de saint Jean, v. ci-dessus, p. 136 et suiv.

meure de Satan, c'est-à-dire du célèbre temple de Zeus Asclepios.

L'hérésie avait, dès le temps de saint Paul, travaillé les chrétientés asiatiques ; nous en avons suivi la trace et dans l'Apocalypse et dans les lettres de saint Ignace.Nous avons vu aussi que chacune des églises de ce pays était dirigée, dès le temps de Trajan, par une hiérarchie à trois degrés, évêques, prêtres, diacres. L'un de ces évêques, Polycarpe de Smyrne, nous est déjà connu. Vers le même temps ou peu après, Papias, évêque d'Hiérapolis, consigna en un livre dont on ne saurait trop regretter la perte, des traditions et des essais d'exégèse. Autour des chefs d'église et en grande considération parmi les fidèles vécurent longtemps de vieux chrétiens de la première heure, qui racontaient beaucoup, et aussi des prophètes et prophétesses dont l'inspiration était très respectée, comme les filles de Philippe, Ammias de Philadelphie, Quadratus l'apologiste.

Le fait que celui-ci était un écrivain et un écrivain qui ne craignait pas de s'adresser même aux empereurs, montre que le don de prophétie n'excluait pas l'activité littéraire dans les conditions communes. On cita bientôt, parmi les prophètes, l'érudit évêque de Sardes, Méliton.

Polycarpe couronna par le martyre son long et fructueux épiscopat. Peu de temps après son retour de Rome un vent de fanatisme s'éleva dans la ville de Smyrne. On criait : « A bas les athés ! » On réclamait

Polycarpe. Celui-ci ne se montrait pas à Smyrne ; il passait de ville en ville, exhortant les fidèles et prédisant son prochain martyre. Pendant ce temps, une douzaine de chrétiens, dont un certain Germanicus, étaient jugés et livrés aux bêtes. La persécution exaltait les proscrits ; on en vit quelques-uns, dont un phrygien appelé Quintus, s'offrir d'eux-mêmes aux magistrats. Quintus avait trop présumé de ses forces. Au dernier moment il faiblit. Cependant Polycarpe était arrêté près de Smyrne et conduit à l'amphithéâtre, où le proconsul le fit comparaître dans sa loge. Requis de crier : « A bas les athées ! » il y consentit et proféra ces mots, dans un sens évidemment tout autre que celui de la foule païenne ; mais quand on l'invita à maudire le Christ, il répondit : « Voilà quatre-vingt-six ans que je le sers ; il ne m'a » jamais fait de mal. C'est mon roi et mon sauveur, » comment pourrais-je le maudire ? » Il fut brûlé vifi. Après lui, Méliton fut la grande célébrité de l'Asie chrétienne. Il ne nous reste que de menus fragments

1. Les chrétiens de Smyrne envoyèrent à ceux de Philomelium, bien loin au fond de l'Asie Mineure, le récit du martyre de Polycarpe. Cette pièce est la plus ancienne de celles que l'on appelle « Actes des martyrs ». Il faudrait, suivant M. Harnack, (Texte und Unt., t. III, sub finem : cf. Chronologie, t. I, p. 326), rapporter au temps de Marc- Aurèle et de L. Verus (161-169) le martyre des saints Carpus, Papylus et Agathonicé, exécutés à Pergame. La passion de ces saints (Harnack, T. u. U. t. c, p. 440) est de bonne note, mais, je crois, incomplète. A en juger par l'unique manuscrit subsistant, le martyre d'Agathonicé serait un véritable suicide, et pourtant il inspirerait aux spectateurs cette réflexion : « Tristes jugements I Ordres injustes 1 ». Il est clair qu'Agathonicé a passé en jugement, comme les deux autres, et qu'une partie du texte s'est perdue à cet endroit. Les calendriers du IV» siècle donnent à Carpus la qualité d'évêque

de son œuvre littéraire, dont Eusèbe a dressé le catalogue ; elle était considérable. Outre ses traités aopologétiques, dont il a été question plus haut^, il écrivit sur divers sujets philosophiques ou religieux, sur la nature de l'homme, sur les sens, sur l'âme, le corps et l'intelligence ; sur la création et la génération du Christ, sur le diable, sur l'apocalypse de Jean, sur la foi, sur le baptême, sur le dimanche, sur l'Eglise, sur l'hospitalité, sur la Pâque, sur les prophètes ^ probablement à propos du montanisme naissant. Nous avons encore la préface, adressée à un certain Onésime, d'une sorte de florilège (K-z-ko^ai), formé par lui avec les textes de l'Ancien Testament qui lui paraissaient se rapporter au Sauveur. Avant d'entreprendre cet ouvrage, il avait cru devoir faire le voyage de Palestine et s'enquérir sur les lieux du véritable contenu de l'ancienne Bible. De là il rapporta une liste qui comprend tous les livres de l'Ancien Testament conservés en hébreu, sauf celui d'Esther. C'est à ces livres, exclusivement, qu'il emprunta ses extraits, répartis en six tomes. Un dernier écrit de Méliton était intitulé « La Clef » ; on ne sait de quoi il y était question^.

(de Pergame ?) et à Papylus celle de diacre. On voit par la passion que Papylus était citoyen de Thyatires. Interrogé s'il a des enfants, il répond qu'il en a « selon Dieu » dans toutes les provinces et dans toutes les villes. Je pense que ceci doit s'interpréter d'après Matth., XII, 48-50, plutôt que d'après l'idée d'une situation spéciale dans l'évangélisation de l'Asie.

Page 1