‹ Histoire ancienne de l'Eglise (volume 2)Chapitre 96 sur 205 · Eus., H. E., V · texte numérisé non relu

Eus., H. E., V

2. Strom., IV, 13, 93 ; cf. I, 24, 158 ; V, 13, 88 ; VII, 18, 108.

évêqiie de Rome » .Ces lettres furent insérées dans le célèbre document sur les martyrs de Lyon, avec un jugement des « frères de Gaule » sur l'esprit prophétique revendiqué par Montan, Alcibiade et Théodote. Eusèbe, qui a eu la pièce sous les yeux, la qualifie de sage et de très orthodoxe ; cependant on sent à le lire qu'elle n'était pas absolument défavorable au mouvement prygien. Saint Irénée, qui porta ces lettres à Rome, ne saurait être classé parmi les adversaires du montanisme. On peut croire que les chrétiens de Lyon recommandaient plutôt la tolérance et le maintien de la paix ecclésiastique. Nous ne pouvons mesurer l'effet que cette intervention put avoir sur l'esprit d'Eleuthère, ni quel temps s'écoula jusqu'au moment où l'église de Rome se décida. Il semble oien qu'à Rome aussi on jugeait qu'il n'y avait pas lieu de s'entr'excommunier. Tertullien raconte que la décision ne fut pas défavorable aux prophètes et que le pape avait déjà expédié en ce sens des lettres pacifiques, lorsqu'il arriva d'Asie un confesseur, appelé Praxeas, qui lui apporta des renseignements nouveaux et réussit à le détourner de sa première résolution^.

Ainsi l'inspiration montaniste ne parvint pas à se

1. Adv. Prax., 1 : « Nam idem (Praxeas) episcopum Romanum agnoscentem iam prophetias Montani, Priscae, Maximillae, et ex ea agnitione pacem ecclesiis Asiae et Phrygiae inferentem, falsa de ipsis prophetis et ecclesiis eorum asseverando, praedecessorum eius auctoritates defendendo, coegit et litteras pacis revocare iam emissas et a proposito recipiendorum charismatum concessare ». — Le pape n'est pas nommé. Mais il est difficile qu'il s'agisse d'un autre qu'Eleu-

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faire accepter à Rome. Il est possible que, pendant quelques temps, on s'y soit borné à une certaine réservei. Les querelles à propos de la Pâque étaient peu propres à recommander auprès de l'église romaine l'autorité de î'épiscopat asiatique. Cependant on finit par prendre une attitude plus décidée. Dès les premières années du troisième siècle, comme on le voit par la Passion de sainte Perpétue et par la littérature de Tertuliien, il fallait choisir entre la communion de l'Eglise et l'adhésion aux récentes prophéties. Le mouvement fut donc enrayé, en Occident comme en Asie. Cependant la propagande continua. Une fois les prophètes morts, les objections soulevées contre leurs extases durent aller en s'atténuant. Ce qu'il pouvait y avoir d'excessif et de critiquable dans l'organisation phrygienne et dans les assemblées de Pépuze avait moins de relief en dehors de l'Asie. Ce que l'on saisissait le mieux à distance, c'était la grande sévérité morale des montanistes. Leurs jeûnes, leurs règles spéciales, n'avaient rien que les ascètes orthodoxes ne pratiquassent depuis longtemps. Quant aux visions, aux extases, aux prophéties, on y était également accoutumé. En bien des pays,

thère. Cette attitude hésitante ne se concevrait pas plus tard, alors que les églises d'Asie eurent pris nettement position contre le mouvement montaniste. Il est, d'autre part, assez naturel que la décision de Rome ait été prise vers le même temps que celle des chrétiens de Gaule.

1. Tertuliien ne dit nullement que le pape avec qui Praxeas fut en rapport ait condamné la nouvelle prophétie ; il dit seulement qu'après l'avoir admise il revint sur son intention de la reconnaître par acte public.

les chrétiens de stricte observance, les enthousiastes, les gens préoccupés du dernier avènement,se sentirent attirés par la nouvelle prophétie. Tertullien, après avoir vécu longtemps dans ce qu'on pourrait appeler l'état d'esprit montaniste, finit par se rallier ouvertement à Montan, Prisque et Maximille (v. 205). Il ne pouvait le faire alors sans rompre avec l'Eglise catholique. Cette considération ne l'arrêta pas. Les montanistes d'Afrique le prirent pour chef et s'appelèrent même Tertullianistes. Des écrits qu'il publia avant et après sa séparation d'avec l'Eglise, ce n'est pas ici le lieu de parler. On se bornera à dire que le plus important de ses ouvrages montanistes, le traité sur l'extase. De extasi, divisé en sept livres, ne s'est pas conservé. Dans le septième livre il s'attachait à réfuter Apolloniusi. Les Tertullianistes durèrent jusqu'au temps de saint Augustin, qui ramena à l'Eglise catholique leurs derniers adhérents de Carthage^.

Vers ce même temps le montanisme était représenté à Rome par un certain Proculus ou Proclus, pour qui Tertullien professait une grande vénération.

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