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Sozomène. H. E., VTI

LE MONTANISME 283

Mais tous ces détails sur les montanistes des temps postérieurs n'ont qu'un intérêt relatif. Ce qui importe, c'est l'origine et le caractère du mouvement primitif, ainsi que l'attitude de l'Eglise à son égard. Si intense que fût encore, au déclin du II« siècle, la préoccupation du retour du Christ, si profond que fût le respect que l'on avait alors pour l'esprit prophétique et ses diverses manifestations, l'Eglise ne se laissa pas entraîner par Montan en dehors de ses voies ; elle ne voulut exclure ni le prophétisme en général, ni les espérances relatives au dernier jour; mais elle maintint sa tradition contre les aventures religieuses, et l'autorité de sa hiérarchie contre les prétentions de l'inspiration privée.

Notes sur les sources de Vhistoire du montanisme et sur sa chronologie

1. Sources. — C'est dans les écrits de Tertullien que l'on peut au mieux se renseigner sur la doctrine des montanistes ; mais Tertullien écrivit un demi-siècle environ après les premières origines ; un certain développement est donc à supposer. De plus nous avons affaire, chez lui, à un montanisme importé de loin et adapté à des circonstances assez différentes de celles où il apparut d'abord. — Quant aux origines en Phrygie, nous disposons de deux écrits, ou plutôt de fragments de deux écrits, conservés par Eusèbe, H. E., V, 16, 17. Tous deux sont antimontanistes. Le premier, adressé à un certain Avircius Marcellus, qui s'identifie assez naturellement avec Abercius évêque d'Hiéropolis vers la fin du II« siècle, était di\'isé en trois livres. Quand l'auteur écrivait, il y avait treize ans passés que Maximille était morte ; dans cet intervalle on n'avait eu à déplorer ni guerre ni persécution. Ces treize ans de paix sont bien difficiles à trouver. Le mieux est, je crois, de les identifier avec le règne de

Commode (17 mars 180-31 déc. 192) prolongé au besoin des quelques mois pendant lesquels Pertinax et Didius Julianus occupèrent l'empire. L'autre ouvrage, œuvre d'un certain Apollonius, avait paru quarante ans après la première apparition de .Montan. En se servant de ces écrits on ne doit pas oublier que ce sont des li\Tes de polémique et de polémique très ardente. — Saint Epiphane {Haer., XLVIII, 2 et suiv.) et Didyme, dans son traité sur la Trinité, mettent en œuvre des écrits antimontanistes qui pourraient n'être pas identiques à ceux-ci. — En fait de livres montanistes, nous ne disposons que de quelques propos du « Paraclet », conservés par Tertullien ou par les livres de polémique ci-dessus énumérés. Il semble que la secte en ait possédé un recueil officiel, constitué par un certain Astère Urbain (Eus., H. E., V, 16, § 17). Ce qui nous est resté des oracles montanistes a été réuni par M. Bonwetsch, à la fin (p. 197) de son livre sur le montanisme. Die Geschichte des Montanismus, Erlangen, 1881, la meilleure monographie de ce mouvement religieuxi.

2° Chronologie. — Nos deux auteurs phrygiens connaissaient exactement la date des commencements de Montan ; l'Anonyme l'indique même avec précision : « Sous le proconsulat de Gratus ». Malheureuseent nous ignorons encore à quelle année correspond ce proconsul. La Chronique d'Eusèbe marque le début du montanisme à l'année 172, saint Epiphane (Haer., XLVIII, 1) à l'an 19 d'Antonin le Pieux, c'est-à-dire 156-7. Il n'est pas facile de choisir entre ces deux dates. C'est seulement en 177 que le montanisme préoccupa les esprits dans le monde chrétien d'Occident. Suivant que l'on s'en rapportera à saint Epiphane ou à Eusèbe, il faudra admettre, pour ce mouvement, une période d'incubation plus ou moins longue. D'après ce qui vient d'être dit sur la date de l'anonyme à Abercius Marcellus, cet écrit serait de l'année 193 et Maximille serait morte à peu près en même temps que l'empereur Marc-Aurèle, vers 180. Les deux autres prophètes, Montan et Priscille, avaient disparu avant elle. Tout débat serait tranché si quelque inscription venait nous révéler la date exacte du proconsulat de Gratus. Malheureusement les découvertes épigraphiques, d'où il est sorti tant de précision sur la chronologie de proconsuls indifférents à l'histoire, s'obstinent à ne nous rien apporter sur celui-ci.

1. Cf. l'article Montanismus du même auteur dans l'encyclopédie de Hauck, t. XIII (1903), p. 417.

La question pascale.

La Pâque chez les chrétiens. — Observances diverses. — Conflit entre l'usage asiatique et l'usage romain. — Le pape • Victor et saint Irénée. — Abandon de l'usage asiatique.

Du système rituel des juifs l'Eglise dériva l'usage de consacrer plus spécialement au service de Dieu un des sept jours de la semaine. Laissant subsister pour les judéo-chrétiens l'observance du sabbat, elle introduisit de très bonne heure celle du dimanche, caractérisée beaucoup moins par la cessation du travail manuel que par des réunions de culte. Ces réunions étaient au nombre de deux, la vigile, dans la nuit du samedi au dimanche et la liturgie, dans la matinée. A cette observance s'était coordonnée celle des stations ou jeûnes, fixés de très bonne heure au merceredi et au vendredi. 1 Quant aux fêtes et jeûnes du calendrier juif, il n'y avait aucune raison de les maintenir dans l'usage chrétien. On les laissa tomber en désuétude. Toutefois l'un de ces jours sacrés, la fête de Pâques ou des Azymes, ramenait chaque année la

1. Le dimanche est mentionné dans les Actes des Apôtres (XX, 7) à propos d'un fait de l'année 57. La « Didaché » et le « Pasteur » d'Hermas parlent des stations.

pensée vers la Passion du Sauveur. On pouvait avoir cessé de s'intéresser aux souvenirs qu'Israël avait rattachés et rattachait encore à cet anniversaire on ne pouvait oublier que c'était en ces jours-là que le Seigneur était mort pour le salut du monde. On conserva donc la fête de Pâques, tout en éliminant, dansj la célébration, les détails rituels de l'observance

juivei.

Cependant, comme on ne s'était pas concerté àj l'origine, il y eut bientôt diverses manières de solenniser la Pâque chrétienne. En Asie, on observait le 1^ du premier mois juif, ou 14 nisan^ ; à Rome et un peu^ partout, on n'observait pas précisément ce jour.j car on tenait à ce que la fête eût lieu le dimanche/ mais on s'en servait pour déterminer, entre les di-s manches, celui que l'on consacrait à la solennit^

pascale.

Cette différence de jour se coordonna tout naturel^ lement avec une diversité dans la façon dont oj comprenait la fête. Ce qui avait eu lieu le 14 nisan oi le lendemain, suivant les évangélistes, c'était h mort du Christ ; ce qui avit eu lieu le dimanche, c'étaij sa résurrection. Aucun de ces deux grands faits nj pouvait être négligé. L'observance dominicale eul

1. L'immolation de l'agneau ne pouvait avoir lieu qu'au TempU En réalité la fête de Pâques était spéciale à Jérusalem. Cependant même en dehors de Jérusalem, il y avait, ce jour là, dans les familleun repas d'un caractère religieux.

2 II ne faut pas perdre de vue que le jour, chez les anciens, all£ du soir au soir et non de minuit à minuit. L'agneau pascal était immol dans l'après-midi du 14. Le repas du soir était déjà compris dans journée du 15 (fête des Azymes).

aussitôt pour corrélative la solennité du vendredisaint. Le jeûne stational ordinaire fut, cette semainelà, observé avec une extrême rigueur ; la tendance générale était de le prolonger jusqu'au matin du dimanche. Ainsi les chrétiens gardaient le deuil de leur maître tout le temps que celui-ci était resté au pouvoir de la mort.

En Asie, où l'on tenait à la coïncidence du 14, on paraît être parti de cette idée que Jésus est îe véritable agneau pascal. On substituait donc, le soir de ce jour, le repas eucharistique au festin rituel des juifs. A la vérité, d'après la tradition' des évangiles synoptiques, le Seigneur avait été crucifié non le 14, mais le 15 seulement ; on n'y regarda pas de si près et l'immolation du Calvaire fut raccordée, par une légère anticipation, à son prototype symbolique l'immolation de l'agneau pascali. Du reste le quatrième évangile remédia bientôt à cette discordance en transportant la Passion du 15 au 14.

Comment, après cela, les Asiates s'arrangeaient-ils pour fêter la Résurrection ? Lui consacraient-ils le surlendemain du 14 ou le dimanche suivant ? En faisaient-ils même une commémoration spéciale ? Nous n'en savons rien. Tout ce que nous savons, c'est que le jeûne qui précédait leur fête de Pâques — car eux aussi observaient un jeûne — prenait fin le 14,

1. Le symbole de l'agneau, pour désigner le Sauveur, est extrêmement ancien {Act., VIII, 32 ; / Petr., l, 19; Joh. I, 26, 36; Apoc, passim).

On comprend que, d'une situation si peu réglée, des querelles aient pu naître. C'est ce qui arriva, même entre Asiates, L'église de Laodicée fut troublée, en 167, par une grave discussion à propos de l'observance pascale. C'est à ce propos que Méliton de Sardes écrivit sur ce sujet^. Apollinaire d'Hiérapolis en fit autant. Tous deux étaient attachés à l'observance du 142, à l'observance quartodécimane. On ne voit donc pas bien sur quoi portait le débat de Laodicée ; ce qui est sûr, c'est qu'Apollinaire défendait le 14 par l'Evangile de saint Jean, refusant d'admettre que le Seigneur eût fait la Pâques la veille de sa mort^. Etait-il en désaccord avec Méliton, et ce point était-il celui sur lequel ils se divisaient ? Nous n'en savons rien.

Mais le plus grand litige était celui qui devait, un jour ou l'autre, s'ouvrir entre l'usage quartodéciman, particulier aux Asiates, et l'usage dominical, presque universellement accepté. Le désaccord était très apparent. Dès le temps de Trajan et d'Hadrien on en avait conscience à Rome. Les Asiates y étaient dès

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