‹ Histoire ancienne de l'église (volume 3)Chapitre 28 sur 49 · Antioche · texte numérisé non relu

Antioche

Depuis le commencement du second siècle la Syrie formait trois provinces : la S^^rie proprement dite, au nord; la Syrie Palestine, ancien royaume d'Hérode ; en-

^ Les écrits certains de saint Grégoire le Thaumaturge sont: V le Panégyrique d'Origène; 2° PéjDÎtre canonique, adressée à un !-sw-aT5; -cxTra;, sans doute un évêque de son voisinage, qui l'avait consulté: 3*' le Symbole; 4*^ la Paraphrase de l'Ecclésiaste. Moins assurés sont les traités à Théopompe sur l'impassibilité et la passibilité de Dieu, à Tatien sur l'âme, à Philagrius ou Evagrius sur la consubstantialité. Le premier de ces ouvrages n'existe qu'en syriaque (Ryssel, Greg. Thaiim., 1880, p. 73 [version allemande]); le troisième figure parmi les œuvres des ss. Grégoire de Nazianze et de ISTysse [P. G., t. XXXVII, p. 383; t. XL VI, p. 1101). Les autres écrits qui circulent sous son nom sont apocryphes, notamment le Karà ;-'-3po; -iaTi;, qui est une oeuvre apollinariste. — Sur sa biographie, outre ses œuvres, v. Eus,, VI. 30; VII, 14, 28, 30. Son panégyrique par saint Grégoire de Nj'sse et les quelques détails que fournit saint Basile représentent des traditions recueillies dans le Pont environ un siècle après la mort du saint, soit par les auteurs eux-mêmes, soit par Macrine, leur grand-mère, qui avait habité le Pont peu de temps après la mort de Grégoire et l'avait peutêtre vu lui-même.

l'orient chrétien jusqu'à dèce 445

fin, à l'est et au sud de celle-ci, l'Arabie, qui correspondait au royaume nabathéen, annexé à l'empire en 105 : elle comprenait Bostra et Pétra, ainsi que la presqu'île du Sinaï.

Antioche, l'ancienne capitale des Séleucides, maintenant chef-lieu de la province du nord et quartier-général de l'armée d'Orient, demeurait pour tous ces pays une métropole morale. C'était une très grande ville. Par sa population (700.000 liab.) et son commerce elle n'était guère inférieure à Alexandrie. Elle la dépassait par son importance militaire. L'hellénisme y était plus homogène, plus organisé. Elle jouissait de son autonomie municipale. Athènes avait ses souvenirs, Tarse des écoles célèbres : Antioche était, au fond, la plus grande ville grecque, celle où l'esprit grec, malgré l'influence dissolvante du milieu oriental, était encore le plus puissant. On y était très frondeur. Les empereurs ne l'aimaient pas ; elle corrompait leurs généraux, les transformait aisément en compétiteurs. C'est là que régnèrent Avidius Cassius, sous Marc-Aurèle, et Pescennius Niger, le rival de Septime Sévère. La victoire de Sévère fut suivie de représailles très dures. La province de Syrie fut démembrée ; on en détacha la Phénicie, qui forma une quatrième province : on essaya même d'abolir la municipalité d'Antioche et de faire de cette grande ville un bourg dépendant de Laodicée. Mais cette fantaisie dura peu. On avait beau faire: Antioche était toujours au point précis où l'Euphrate se rapproche le plus de la Méditerranée, et par suite au centre naturel de la dé-

fense sur la firontière orientale. Elle peconvra bientôt ses priTTlège» et continua d'être la reine de l'Orient. Jusqu'au temps de Julien, sa situation ne diminua pas. Xous avons tu qu'elle avait été, après Jérusalem,, la première métropole du christianisme. Dans la génération qui suivit celle des apôtres, elle eut pour évêques Evode et Ignace, le célèbre martyr. C'est le temps où les hérétiques Ménandre et Satumil y semaient rivraie gnostique. Depuis Hadrien on perd entièrement de vue Fégjise d'Antioche. La liste épiscopale, transmise à Eusèbe par Jules Africain, porte ici les noms^ obscurs pour nous, de Héron. Cornélius, Héros. Après eux vient Théophile, qui paraît avoir siégé dans les derniers temps de Marc-Aurèle et sous Commode. Il nous est connu par ses ouvrages. Le seul qui se soit conservé est un traité en trois livres, adressé à un certain Autolycu» et contenant une apologie du christianisme contre les objections des païens ^ Précédemment il avait écrit contre Marcion et contre Hermogène. Celui-ci était un peintre frotté de philosophie et encore à demi-païen. C'est le même que Tertullien réftite dans son livre ad~ ter^ws Hermogenem : on peut croire, eu égard à ses-

' Comme il y cite 'HL 27 1 nn livre de Chryseros où était marr4aée la mort de Marc-Aarèle 1 180), il a du l'écrire soos le lègue de Commode, en 181 au plus tôt. Sur le« ouvrages de Théophile, v. Eus., IV, 24 et saint Jérôme, Dt rirûs, 25. Aux ouvrages connus d'Eusèbe, saint Jérôme ajoute, avec une nuance de doute, des commentaires sur le livre des Proverbes et une sorte d'harmonie des évangiles, analogue au Diatessaron de Tatien.

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habitudes de composition, qu'il y a fait entrer en grande partie celui de Théophile, en l'assaisonnant d'invectives nouvelles \ Les écrits de l'évêque d'x4.ntioche étaient très appréciés; en Occident on les lut de bonne heure. Dès avant Tertullien, Iréiiée et Hippolyte en avaient fait leur profit. Théophile publia aussi de petits ouvrages catéchétiques. Cette activité littéraire convenait bien à l'évêque de la grande métropole de l'Orient. Le clergé d'Antioche fut toujours très cultivé; la catéchèse devait avoir, en ce milieu, un développement analogue à celui qu'elle atteignit à Alexandrie. Dans ses livres à Autolycus, Théophile cite ^ un ouvrage antérieur, r.zol Jttoouov, qui paraît avoir été une sorte de chronique depuis l'origine du monde. En ce genre de composition, cultivé quarante ou cinquante annéesplus tard par Jules Africain et Hippolyte, il aurait ainsi le mérite de la priorité.

Après lui l'église d'Antioche fut dirigée par Maximin, dont on ne sait absolument rien, puis par Sérapion, qui est plus connu. Son épiscopat correspond à peu près, au règne de Septime Sévère. C'est de son temps que Pescennius Niger fut vaincu et Antioche si durement traitée. Sérapion prit part à la controverse contre lesMontanistes^: c'est dans cet ordre d'idées qui'il écrivit sa

^ Il y cite l'Apocalypse (22, 34), comme Eusèbe le remarque de Théophile; le Verbe y est appelé Sophia, comme dans les livres à Autolycus, etc.

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