‹ Histoire ancienne de l'église (volume 4)Chapitre 13 sur 68 · LA FIN DU JUDÉO-CHKISTIAXISME · texte numérisé non relu

LA FIN DU JUDÉO-CHKISTIAXISME

part du peuple (Obliam). Cela ne le défendit pas contre les rancunes du haut sacerdoce. Hanan réunit le sanhédrin, fit comparaître Jacques et quelques autres et obtint contre eux une sentence de mort. Jacques et ses compagnons furent lapidés près du temple. On l'enterra au même endroit: cent ans plus tard on y voyait encore sa stèle funéraire \

Hanan paya son audace. Des protestations furent adressées au procurateur, qui arrivait d'Alexandrie, et au roi Agrippa II, lequel destitua aussitôt le grand-prêtre. On était à Tannée 62. Quatre ans après, sous le procurateur Gessius Florus, successeur d'Albinus, la révolution, qui couvait depuis longtemps, éclata à Jérusalem. A l'automne de 60, la garnison romaine fut massacrée et l'insurrection s'étendit aussitôt à la Judée et aux pays voisins. Une tentative de Cestius Gallus, légat de Syrie, pour reprendre la ville sainte, demeura infructueuse. L'année suivante, Vespasien, chargé par Néron de réprimer le mouvement, fit rentrer la Galilée dans l'obéissance. Mais la mort de l'empereur (68) et les troubles qui la suivirent arrêtèrent le progrès de la répression. Pendant ce temps Jérusalem était en proie aux factions et subissait le régime de la terreur. Le grand-prêtre Ananie et tous^les chefs de l'aristocratie sacerdotale furent massacrés par l'émeute; des fanatiques et des brigands se disputèrent la possession du Temple et des forteresses;

' Voir dans Eusèbe, H. E., II, 23, les récits de Josèphe et i^egesippe sur ces événements. Cf. Josèplie, .!;«/., XX, 9, 1.

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partout ranarchie, riiiceiidie et le massacre. Ce n'était plus la cité sainte, c'était le vestibule de l'enfer.

Les chrétiens, à qui leurs chefs commimiciuèrent un avertissement céleste \ se décidèrent à la quitter. Ils se transportèrent à Pella, en Décapole, dans le royaume d'Ag-rippa n. PeUa était ime ville hellénique, païenne ; on s'en arrangea cependant. Longtemps après, d'autres groupes judéo-chrétiens sont signalés ' par Jules Africain (v. 230) à Kokhaba, dans le pays transjordanéen, et à Nazareth en Galilée. Au IV^ siècle il y en avait un à Bérée (Alep) dans le nord de la Syrie l On ne peut dire à quel moment ils essaimèrent soit de la communauté de Jérusalem, soit de celle de Pella \

La dispersion se maintint après la guerre. Il ne pouvait être question de revenir à Jérusalem, rasée jusqu'au sol, si bien qu'à peine pouvait-on s'apercevoir qu'elle avait été habitée. Pendant soixante ans il n'y eut là que le camp de la dixième légion [leg. X Freteiisis). L'empereur Hadrien décida de fonder sur cet emplacement une ville nouvelle, une viUe païenne, bien entendu, avec un temple qui devait s'élever dans l'enceinte de l'ancien sanctuaire. Cette profanation, analogue à ceUe d'Antio-

Eusèbe, H. E., III, 5.

2 Eusèbe, H. E., I, T, U- ;

SEpiph., Haer., XXIX, 7.

4 La Didascalie des Apôtres, composition du III^ siècle plu^' ou moins avancé, semble provenir d'un milieu sur lequel lei| communautés j uives et j udéo-chrétiennes pouvaient avoir encor-j quelque influence. Cf. Harnack, Chronaloyie, t. II, p. 495. ;

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chus Epipliane, souleva les restes d'Israël. Le chef de rinsurrection, Simon-bar-Kocliéba, soutenu par le célèbre rabbin Aquiba, se présenta aux juifs comme le Messie toujours attendu. La légion de Jérusalem fut chassée de «on camp : pendant quelque temps les juifs occupèrent les ruines de leur ville sainte. Mais Jérusalem n'avait plus d'importance militaire : c'est dans une localité voisine, à Béther, que les insurgés durent être forcés. On y arriva, après trois ans (132-135) d'une guerre sanglante, d'où la Palestine sortit ruinée et dépeuplée.

Les judéo-chrétiens ne pouvaient reconnaître Bar- Koehéba comme le Messie d'Israël : ils refusèrent de s'associer à la révolte. Mal leur en prit, car les insurgés les poursuivirent avec l'acharnement que l'on peut supposer en de telles circonstances \ La victoire des Eomains rendit la paix à leurs communautés, qui contijmèrent leur existence obscure. Les plans d'Hadrien furent mis à exécution. La colonie d'.Elia Capitolina s'éleva sur l'emplacement de Jérusalem, avec ses édiliees profanes, son théâtre, ses sanctuaires païens. Sur la colline du Temple, Jupiter eut son Capitole et l'empereur sa statue. On n'oublia pas les lieux saints des chrétiens: un temple de Yénus fut installé sur le Calvaire. Le séjour de la nouvelle ville fut interdit aux juifs, sous peine de mort. Dans ces conditions les chrétiens judaïsants ne pouvaient que s'en tenir éloignés. C'est ce qu'ils firent. Dans le monde judéo-chrétien, l'autorité paraît être restée

1 Justin, A2)oL I, 31.

très longtemps entre les mains des parents du Sauveur : Jacques était « frère du Seigneur »; Siméon, qui lui succéda comme chef de l'église de Jérusalem et qui vécut jusqu'au temps de Trajan, était aussi parent du Christ, j Deux fils d'un autre «frère du Seigneur ». Judas, fu-j rent signalés à la police de Domitien: on leur fit faire •: le voyage de Eome et l'empereur les interrogea lui-même. ;. Il se convainquit que des gens aussi chétifs ne pouvaient* être dangereux et que le roj'aume des cieirs n'était pas une m?nace pour l'empire romain. Les deux fils de David furent renvoyés dans leur pays, où ils « présidèrent aux éghses » \ L'évêque Siméon ne s'en tira pas à si bon compte. Nous savons par Hégésippe qu'il fut martyrisé sous Trajan, Atticus étant (v. 107) gouverneur de Palestine *. Au temps de Jules Africain, en plein troisième siècle, il y avait encore des DesjJO.syni < gens du Seigneur), que les cercles judéo-chrétiens tenaient en haute estime \ Eusèbe * nous a conservé une hste des anciens évêques de Jérusalem qu'il dit s'être succédé jusqu'à la révolte des juifs sous Hadrien (132). Les deux premiers sont Jacques et Siméon, avec lesquels on arrive à l'an 107; il resterait treize évêques à répartir en vingt-cinq ans-: c'est beaucoup. Si Ton accepte la liste er la Kmite telles que les donne Eusèbe, il sera naturel d'y voir des évê-

' Hégésippe, cité par Eusèbe, H. E., III, 20.

2 Eusèbe, H. E., IH, 32. La date de l'an 107 est celle de sa Chronique. i

3 Eusèbe, IL E., I, 7. '

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