LA FIX DU JUDÉO-CHRISTIANIS.ME
ques, non seulement de Pella, mais de quelques autres colonies de la communauté primitive de Jérusalem.
Un document plus intéressant, sur ces vieux chrétiens, serait, si nous l'avions plus complet, l'évangile dont ils se servaient. C'était, bien entendu, un évangile hébreu, c'est-à-dire araméen. Il fut, d'assez bonne heure, traduit en grec. C'est alors qu'il reçut la dénomination d'évangile selon les Hébreux, /,7.0' 'E'^jzy.îo'j;. Saint Jérôme ' en parle souvent: il en connut le texte sémitique, qu'il identifie quelquefois avec l'original hébreu de saint Matthieu ^ Ceci sujDpose qu'il y avait entre le saint Matthieu canonique et l'évangile « des Hébreux » une ressemblance assez marquée. Les différences, cependant, à en juger ' par les fragments conservés, étaient de quelque importance. Cet évangile ne paraît pas être moins ancien que nos Synoptiques, dont il ne dépend en aucune façon: il aura été rédigé dans le sein de la communauté de Pella ^
C'est de Pella qu'était originaire Ariston, l'auteur da dialogue de Papiscus et de Jason, ouvrage de propagande, où l'on voyait (car il est perdu) un juif discuter avec un judéo-chrétien et se rendre à ses raisons,
' Saint Epipliane iHcier., XXIX, P) en connaît l'existence, mais il en parle comme quelqu'un qui ne l'avait pas vu.
■ Saint Epipliane en fait autant. Depuis Papias il était question d'un Matthieu hébreu, que personne n'avait vu et qu'il était naturel d'identifier avec un texte comme celui des Nazaréens.
^ Zahn, KanonHgeschichte, t. IT, p. 642 et suiv. ; Harnack, Chronologie, t. I, p. 631 et suiv. Cf. Hilgenfeld, X.T. extra canonsm, fasc. IV, p. 15; et le mémoire de Handmann, dans les Terie itnd Uiiters., 1868.
Cet écrit parut peu après la révolte de Bar-Kocliéba: il fournit sur ce sujet quelques renseignements à Eusèbe '.
Cette église de Pella, même en y rattachant ses colonies de Palestine et de Syrie, ne saurait être considérée comme représentant tout le judéo-christianisme, La Diaspora comptait, un peu partout, et surtout dans les grands centres, comme Alexandrie, des juifs convertis au christianisme, mais qui ne se croyaient pas dispensés de la Loi. Ils profitaient, pour être chrétiens, d©. la grande tolérance doctrinale ' qui régnait au sein du judaïsme, mais ils demeuraient juifs. Avec les autres chrétiens, dont certes ils admettaient l'existence, leurs rapports devaient être à peu près ceux que Pierre et Barnabe avaient autorisés à Antioche, au grand scandale de Paul. Justin ^ connaît des chrétiens de ce type ; il pense qu'ils seront sauvés, pourvu qu'ils ne forcent pas les fidèles venus d'ailleurs à suivre leur genre de vie. Il sait pourtant que son sentiment n'est pas celui de tout le monde et que certains n'acceptent pas la communion des judéo-chrétiens.
Justin ne parle que des individus: il ne nous renseigne pas sur la situation des communautés, ni sur leurs
* H. E., IV. 6. Les textes sur Ariston de Pella sont réuuis dans Harnack, Altchr. Littercdur, t. I, p. 92.
* On en a une idée quand on se rappelle que l'on pouvait penser comme Philon ou comme Aquiba, croire à la résurrection des morts ou à l'anéantissement définitif, attendre le Messie! ou bafouer cette espérance, pliilosopber comme l'Ecclésiaste otn comme la Sagesse de Salomon, etc.
3Dial., 47.