‹ Histoire ancienne de l'église (volume 4)Chapitre 15 sur 68 · LA FIN DU JUDÉO-CHRISTIANISME · texte numérisé non relu

LA FIN DU JUDÉO-CHRISTIANISME

rapports avec les représentants de la grande Eglise. Hégésippe. au déclin du IP siècle, est un peu plus précis. Il nous montre « l'Eglise » , c'est-à-dire « l'église de Jérusalem » , d'abord fidèle à la tradition, puis travaillée par diverses hérésies, dont un certain Tliéboutis, par dépit de n'être pas devenu évêque, donna le premier spécimen. Selon lui ces hérésies se rattachaient aux diverses sectes juives, Esséniens, Galiléens, Hémérobaptistes, Masbothéens, Samaritains, Sadducéens, Pharisiens. Cette énumération contient des termes assez dissemblables, mais l'idée générale est juste et les faits la confirment. Comme le judaïsme dont elle était issue, l'église judéo-chrétienne donnait à la pratique de la Loi une importance hors hgiie et ne se défendait pas assez contre les spéculations doctrinales.

Hégésippe était judéo-chrétien; c'est l'impression. d'Eusèbe qui l'a lu tout entier, et cela paraît bien résulter aussi de l'usage qu'il faisait de l'évangile des Hébreux, de son langage semé de mots hébraïques, enfin de sa familiarité avec l'histoire de l'église de Jérusalem.

Celle-ci est évidemment pour lui une église orthodoxe et vénérable. Cependant il ne se trouvait pas dépaysé en des milieux comme ceux de Corinthe et de Eome. Il s'enquérait des successions épiscopales et de la façon dont elles conservaient la tradition primitive. Selon lui, tout s'y passait comme l'avaient enseigné la Loi, les Prophètes et le Seigneur.

Les sentiments optimistes de Justin et d'Hégésippe n'eurent pomt d'influence sur la tradition. L'opinion

défavorable aux judéo-chrétiens prit le dessus avec saint Irénée et Origène '. Pour ces auteurs, le judéo-christianisme est une secte, la secte des Ebionites ou Ebionéens, 'ESicovatoi. Ce terme, d' où l'on ne tarda pas à déduire le nom d'un fondateur imaginaire, Ebion, signifie Pauvres. Les judéo-chrétiens de Syrie avaient été dès l'origine, désignés par le nom de Nazaréens ', qui figure déjà ^ dans les Actes: ce nom dérivait évidem-1 ment de celui du Seigneur, Jésus de Xazareth. Il est possible qu'ils se soient appelés ou qu'on les ait appelés Ehionim, sans aucune intention de dénigrement. L'Evangile ne dit-il pas : « Bienheureux les pauvres ! » ^ Plus tard, les controversistes de la grande Eglise, fiers d3 leur christologie trascendante, rattachèrent à ce mot l'idée de pauvreté doctrinale et en firent un sobriquet. Origène a bien vu, ce qui a échappé à saint Irénée, qu'il ne s'agit pas ici d'une hérésie proprement dite, C3mme celles de Cérinthe ou de Carpocrate, mais de la

1 Irénée, Adv. haer., I. 26; III, 11, 15, 21: lY, 33; Y, 1. — Origène, Âch: Celsiim, II, 1; V, 61, 65; In Matth., XYI, 12. — Tertullien, Praescr., 33, Hippolyte (représenté par Fraescr., 48 etPliilast:-e. 37), \qs Philosopha mena (yH. 34 1, dépendent d'Irénée et n'ajoutent rien d'intéressant.

* C'est le terme employé par saint Epipliane, notamment dans le chapitre (XXIX) de son Pcinarinm qu'il consacre à cette secte. L'appellation à.'' Ebionéens, s'applique chez lui à un système hérétique spécial dont il sera bientôt question. Pour désigner les judéo-chrétiens, saint Jérôme emploie couramment le terme de Nazaréens; mais on voit que, pour lui, Ebionites et Nazaréens c'est tout un.

"^ Ad., XXIY, 5.

* Luc, YI, 20; Matth., Y, 3.

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