LA FIN DU JUDÉO-CHRISTIANISME
survivance, à l'état arriéré, du judéo-christianisme des premiers temps. Dans la description de saint Irénée, les Ebionéens se caractérisent par leur fidélité aux observances mosaïques \ circoncision et autres: ils ont une grande vénération pour Jérusalem et se tournent vers elle pour faire leurs prières : ils professent que le monde a été créé par Dieu lui-même, ce qui les distingue des gnostiques de toute catégorie. Ils s'attachent surtout à la Loi: pour les Prophètes ils ont des explications subtiles ^. Voilà pour leur judaïsme. Quant à leur christianisme, on remarque qu'ils ne se servent que d'un évangile, celui de saint Matthieu ^, qu'ils rejettent les épîtres de saint Paul, cet apôtre étant pour eux un apostat, et qu'ils considèrent le Sauveur comme le fils de Joseph. Sur ce point, cependant, il y avait des opinions diverses : Origène atteste que la naissance miraculeuse était admise par les uns, rejetée par les autres.
Ainsi le confinement dans la Loi avait amené les judéo-chrétiens à se séparer insensiblement de la grande Eglise. En dépit de certaines attitudes individuelles et de certaines opinions bienveillantes, cette séparation était déjà manifeste au déclin du IL siècle.
Elle se traduisait même par des polémiques. Vers la fin du n*^ siècle, un certain Symmaque, ébionéen.
^ Dans la description des Ihilosophumena il est dit que si Jésus a reçu ce nom et celui de Christ de Dieu, c'est à cause de sa fidélité à la Loi.
- Quae auteni sunt proplaetica, curiosius exponere uituntur.
^ Confusion avec l'évangile des Hébreux.
connu pour avoir exécuté une version grecque de l'Ancien Testament, écrivit pour défendre contre les autres chrétiens l'attitude spéciale de ses coreligionnaires ^
Ceux-ci étaient répandus un peu partout dans les grandes juiveries. La version grecque de leur évangile fut connue en Egypte de très bonne heure, dès le temps de Trajan: le nom d* « Evangile selon les Hébreux », qu'on lui donna, fat sans doute imaginé pour le distinguer d'un autre évangile reçu dans le pays, 1' <' Evangile selon les Egyptiens » . en usage dans la communauté chrétienne d'Alexandrie.
Beaucoup plus loin, dans les populations du sud de l'Arabie, où le judaïsme avait fait déjà et ne cessa de faire de nombreuses recrues, la prédication évangéliqiie s'était fait entendre sous sa forme judéo-chrétienne. Pantène, qui visita ce pays vers le temps de Marc-Aurèle, y trouva l'évangile hébreu ". que l'on disait avoir
^ Eusèbe. H. E., W. 16. 17, par lequel nous savons qu'Origène tenait ces livres d'une dame appelée Juliana (de Césai'ée eu Cappadoce, cf. Pallade, H. Latis., 147] qui les avait reçus en héritage de Symmaque lui-même. Divers auteurs latins du IV" et du Ye siècle connaissent des Symmachiens comme formant une secte judéo-chrétienne (Victorinlis rhot., In Gai., I, 19; II. 26: Philastrius, haer. 62; Ambrosiast., In Gai., prologue; saint Augustin, Contra Faiisfinn, XIX, 4, 17 ; Contra Cresconium, I, 31i. Au temps de saint Augustin elle ne comptait plus qu'un très petit nombre d'adeptes. Saint Epiphane, De mens, et pond., ! 18-19. fait de Symmaque un samaritain converti au judaïsme, i Ce renseignement est isolé. Cf. Harnack, Chron., Il, p. 164. '
2 Eusèbe, qui nous rapporte le fait iH. E., V, 10 1, identifie, i selon l'usage, cet évangile hébreu avec l'original de saint Matthieu.