‹ Histoire ancienne de l'église (volume 4)Chapitre 27 sur 68 · H. E., IV · texte numérisé non relu

H. E., IV

' Eusèbe (V, 17 1 dit qu'elle était adressée -pi; tjù; x.say.wsù; i^SNTa;.

* Eusèbe n'en parle jias.

>ccHE8KE. Hist. anc. de l'Egl. - T. I. 14

philosophe athénien. Il développe, en bon style et avec plus d'ordre que Justin, le thème ordinaire des apologies. Les chi-étiens ne sont pas ce qu'on croit. Us rejettent sans doute l'idolâtrie et le polythéisme, mais les meilleurs philosophes n'en font-ils pas autant? Comme la raison l'enseigne, ils proclament que Dieu est un, et leur croj-ance monothéiste se combine très bien avec la doctrine du A'erbe et de TEsprit-Saint. Les horreurs qu'où leur impute sont d'abominables calomnies : au contraire, leur morale est très pure, sévère même. Comment des gens qui pensent amsi, qui vivent ainsi, peuvent-ils être envoyés au supplice?

C'est qu'en effet, pour les chrétiens, les temps devenaient très durs. Ce n'est pas pour rien que les apologies se multiplient sous Marc-Aurèle. Le sage empereur ne comprit rien au christianisme. Il n'admit pas que de telles sectes valussent la peine d'être étudiées ni que pour eUes on fit fléchir la législation de l'empire. Les chrétiens essayèrent vainement de se faire écouter du philosophe: ils n'eurent affaire qu'à l'homme d'état, d'autant plus dur qu'il était plus consciencieux. Ajoutons que les calamités qui assombrirent ce règne contribuaient beaucoup à déchaîner les haines populaires, irritées depuis longtemps par les constants pro-: grès du christianisme. Méliton parle de décrets noii veaux (•/.aLvz fVjvy.7.T7.i qui faisaient beaucoup de victimes euj Asie ; en Grèce aussi, au témoignage d'Athénagore, la persécution était devenue mtolérable. C'est en ce tempslà, dans les dernières amiées de Marc-Aurèle, que let

scènes célèbres de Lj'on et de Cartilage (martyrs de Scilli) inaugurent pour nous l'histoire du christianisme en Gaule et en Afrique.

Après Marc-Aurèle la tranquillité reparut. Son fils Commode, Tun des plus mauvais empereurs que Eome ait connus, eut au moins le bon esprit de ne pas malmener les chrétiens.

Ce ne fut pas, pour ceux-ci, une raison d'interrompre leurs pubhcations apologétiques. L'opinion, bien plus que le prince, leur était inclémente; il importait de l'éclairer pour la modifier. Les chrétiens le sentaient. Il s'en faut que les apologies adressées aux empereurs Hadrien, Antonin, Marc-Aurèle, représentent toute leur défense. Une littérature entière de traités « Aux Grecs » IIpo; "EllTtvy.^^ nous est restée dans les textes ou dans les énumérations bibliographiques. Justin, même en dehors de ses apologies, se distingua en ce genre \ Tatien, im de ses disciples, grand voyageur comme lui, nous a laissé un Biscour.^ aux Grecs. De l'évêque d'Antioche Théophile il reste trois livres de même intention, adressés à un certain Autolycus. Le traité d'xA.thénagore sur la résurrection de la chair n'est qu'un appendice de son apologie. Méliton, Miltiade, Apollinaire, s'exercèrent aussi à cette tâche littéraire l D'autres livres, toujours sur le

• Ci-dessus, p. 205, n. 2.

Méhton, n=fc àXr.ôcia;; Apollinaire, un ouvrage de même titre, en deux livres; cinq livres -rpi; "EUrva; (son Tr-pi sùffc^cia; mentionné par Photius doit être la même chose que l'apologie) ; Miltiade, nsi; 'EU^va; en deux livres (Eusèbe, lY, 26, 27; V, 17)! Tout cela est perdu.

même sujet, nous sont parveims sans nom cVauteur. ou sous des noms supposés: ainsi l'épître à Diognète et les trois livres « Discours aux Grecs », « Exhortation aux Grecs » (AÔyo; -apaivôTi/.b; t::Ô; "!• VAr,va:), « De la Monarchie » \ qui circulent sous le nom de saint Justin.

De tout cela nous ne signalerons spécialement que répître à Diognète, joh morceau de style, dont l'élégance et le ton pacifique n'affaiblissent nullement la chaleur persuasive, et le discours de Tatien, où se révèlent des qualités tout opposées. Au lieu d'appeler son plaidoyer « Discours aux Grecs » , Tatien aurait pu l'intituler « Invective contre les Grecs » . C'est une œuvre de mépris et de colère. Tatien, né en dehors de l'empire, en pays de langue syriaque, a traversé les école> helléniques et s'est frotté de culture occidentale. Mai^ ce monde, étranger pour lui, ne lui inspire ni respect ni affection. Bien loin de révérer les anciens sages comme Justin, et de trouver dans leurs écrits quelquf analogie avec ceux des prophètes, Tatien bafoue ei bloc tout l'hellénisme, cultes et doctrines, poètes et phi losophes. C'est le fondateur de l'apologétique virulente qui, pour convertir les gens, commence par les injuriei Précurseur de Tertullien, il finit comme lui par se broui]

1 Leurs titres concordent assez avec ceux de livres perdu de Justin; mais il est sûr qu'ils ne sont pas de lui. Le *I)icours aux Grecs» est un exposé des motifs qui ont amené l'ai teur au christianisme. Un auteur du ITIe siècle, un certam An; broise, en fit un remaniement assez large, qui nous est parven dans une version syriaque (Cureton, Spicil. syr.,lQSb); cf. Ha nack dans les SU.zu7)ysh. de Berlin, 1896, p. 627.

1er avec l'Eglise. Mais ceci ne lui arriva que plus tard. Au moment où fut écrit son Discours, Justin vivait encore et il ne semble pas que la diversité de leurs idées les ait amenés à se séparer.

Il est bien difficile de se rendre compte de l'eifet obtenu par toute cette littérature des apologistes. On ne voit pas qu'ils aient arrêté l'application des lois répressives. Il est possible qu'ils aient çà et là modifié l'impression des gens lettrés. Mais il ne faudrait pas exagérer leur influence. Au fond, ce qui a permis à l'Eglise de vivre sous des lois persécutrices, de triompher de rindifîerence, du dédain et de la calomnie, ce ne sont ni les raisons ni les discours, c'est la force intérieure, révélée et rayonnant dans la vertu, dans la charité, dans l'ardente foi des chrétiens de l'âge héroïque. C'est cela qui amenait à Jésus-Christ ; c'est par là que les apologistes eux-mêmes avaient été pris; c'est avec cela que l'on a fait adorer des Romains un juif crucifié et que l'on est parvenu à faire entrer en des têtes grecques des dogmes comme celui de la résurrection.

CHAPITEE Xin.

L'Eglise romaine de Néron à Commode.

Les juifs de luxe et les mœurs juives. — Conversions aristocratiques.

— Les chrétiens de la famille Flavia. — Clément et la lettre à l'église de Corintlie. — Ignace à Eome. — Le Pasteur d'Hermas. — La pénitence. — La christologie d'Hermas. — Les premiers papes. — Les hérétiques à Borne.

— Tisites de Polycarpe et d'H>gèsippe. — Les martyrs. — L'évêque Soter. — Les écoles gnostiques au temps de Marc-Aurèle. — Evolution du marcionisme: Apelle. — La légion fulminante. — Le martyre d' Apollonius.

La clirétienté de Eome se reforma vite après la diire épreuve de l'an (3-i. Ceux des fidèles qui échappèrent au massacre virent bientôt la chute de Néron, l'odieux persécuteur (68). Deux ans plus tard, Jérusalem, révoltée contre l'empire, succombait après un long siège : le Temple était livré aux flammes, et Ton voyait bientôt ses dépouilles portées en triomphe dans les rues de Eome, derrière le char des princes vainqueurs, Vespasien et Titus.'

La catastrophe d'Israël amena- à Eome une énorme quantité de prisonniers juifs. Ce n'était sûrement pa.^ de ces gens fanatisés que Ton pouvait attendre de bon; nés dispositions pour la propagande chrétienne. Mais i| y avait tout un judaïsme rallié, et rallié dès avant li| fin de la guerre, dont les représentants, riches et in fluents, se tenaient volontiers dans l'entourage de 1:|

l'église romatxe de xérox à commode 215

maison régnante. Il restait des Hérodes : Bérénice fut Jongtemps en faveur auprès de Titus. Josèphe vivait dans ce monde de gens distingués : il y écrivait l'iii^toire de sa nation, s'efforçant de la rendre acceptable aux vainqueurs. De tout cela résultait une sorte de ra^'onnement du judaïsme, non, bien entendu, du judaïsme politique, dont le compte définitif venait d'être réglé, mais du judaïsme philosophique et religieux. En dépit de la récente insurrection et de sa répression, dont Tare de Titus allait perpétuer le souvenir, il n'était pas de mauvais ton de montrer quelques sympathies pour les juifs bien en cour, d'honorer leur religion et même de la pratiquer un peu. Comme au lendemain de sa conquête par Pompée, la Judée vaincue s'imposait encore aux conquérants. Il est vrai que ce ne fat pas pour longtemps. Après la disparition de la djmastie Flavienne, et même dès la mort de Titus, les juifs de luxe, princes ou lettrés, baissèrent dans la faveur impériale. Cependant cette vogue passagère des mœurs juives ne put manquer de renforcer l'assaut que depuis longtemps, dans la haute société romaine, le monothéisme religieux d'Orient donnait à la tradition des vieux cultes. Dès le temps où nous sommes — quelques faits connus permettent de s'en rendre compte — la propagande chrétiemie se faisait sentir avec succès jusque dans les grandes famiUes aristocratiques. Il ne s'agissait plus seulement d'étrangers, de petites gens, de serviteurs ou d employés de la maison impériale: le christianisme entrait, dès ces lointaines origines, chez les Pomponii,

2xg CHAPITRE xni.

cliez les Acilii, jusque dans la famille des Flavii, moins illustre, mais régnante. Déjà sous Néron une grande dame, Pomponia Graecina '. avait attiré l'attention par sa vie sombre et retirée. Elle fut accusée de superstition étrangère; mais son mari A. Plautius, réclama le droit de la juger, en qualité de chef de famille, et la déclara innocente. Elle vécut jusque sous Domitien. Il est bien probable qu'elle s'était faite clirétienne. M'. Acilius Glabrio, consul en 91, et Flavius Clemens, cousin germain de Domitien, consul en 95, étaient aussi, celui-ci sûrement, l'autre très probablement, des membres de l'église romaine. Le plus ancien lieu de sépulture qui ait été à l'usage exclusif et collectif des chrétiens de Eome, le cimetière de Priscille, fut installé dans une villa des Acilii. sur la voie Salaria -. Sur la voie A^déatine. le cimetière de Domitille se développe en dee terrains qui appartinrent à Flavie Domitille, femme du consul Clemens \ Ainsi ce n'étaient pas seulement de^, adhésions platoniques: ces illustres recrues du christia nisme s'intéressaient aux nécessités pratiques de la corn munauté et subvenaient à ses besoins. :

Ils ne tardèrent pas a lui fournir aussi des martyrs' Domitien, ce tyran sombre et soupçonneux, ne se boni: pas à persécuter les philosophes et les hommes politi

1 Tacite, A)ni., XIII, 32 ; inscriptions chrétiennes du ITI'sit; cle mentionnant des Pompon ii Bassi et même un Pomponw Graecimis (De Rossi, Foma sott., t. II, p. 281, 362). j

2 De Rossi, Bull., 1889, 1890. !

•3 C. I. L., t. YI, n. 1G24G ; cf. 948 et 8942.

l'église komaixe de xérox à commode 217

ques chez lesquels pouvait subsister quelque regret de la liberté des anciens temps ou quelque attaclienient à leur propre dignité. Censeur austère, gardien vigilant des vieilles traditions de la vie romaine, il finit par s'apercevoir qu'elles étaient compromises par l'envahissement des mœurs juives et chrétiennes. Clemens et sa femme Flavie Domitille « furent accusés d'athéisme, accusation qui faisait alors beaucoup de victimes parmi les personnes attachées aux mœurs juives : pour les uns c'était la mort, pour d'autres la perte de leurs biens » '. Le considfut exécuté l'année même de son consulat (9ô): Flavie Domitille fut exilée dans l'île de Pandataria : une autre Flavie Domitille, leur nièce, fut internée dans Tile Pontia *. Cependant deux des fils de Clemens reçurent de Domitien la qualité d'héritiers présomptifs. Il leur avait donné les noms de Vespasien et de Domitien et les faisait élever par le distingué rhéteur Quintilien,

'Dion Cassius, LXVII, 14: cf. Suétone, Domitien, 15.

^ Eusèbe, dans sa Chronique, ad ann. Abr., 2110 (cf. H. E., III, 18), parle d'après un chronographe Bruttius, de cette autre Flavie Domitille, fille d'une sœur du consul, qui aurait été exilée dans l'île Pontia. Comme il ne mentionne pas l'exil du consul et de sa femme, on jîourrait être porté à craindre que cette Flavie Domitille ne se confonde avec l'autre. Les deux îles, pourtant, isont diltérentes, et saint Jérôme, qui avait visité Pontia, y avait vu les chambres habitées par «la plus illustre des femmes», exilée pour la foi sous Domitien. La légende des saints Nérée et Achillée suppose que cette Domitille mourut et fut enterrée à Terracine. Je crois que Tillemont [Hist. eccL, t. Il, p. 224), De Rossi [Bull., 1875, p. 72-77) et Achelis {Texte und Uni., t. XI', p. 49) ont raison de distinguer deux Flavies Domitilles.

lorsqu'il fut lui-même assassiné (96 j. Cet événement mit un terme aux destinées impériales de la maison flavienne. Cependant elle continua d'exister, et quelques-' uns de ses membres remplirent encore des fonctions] publiques. Le christianisme se maintint dans la descen-i dance du consul martyr. Celui-ci était fils du frère aîné de Yespasien, Flavius Sabinus, qui périt en 69 dans le conflit entre les partisans de son frère et ceux de Yitellius. Préfet de Eome au temps de Xéron, il avait dû être témoin, en 64, de Tincendie de la ville et du massacre, des chrétiens. Peut-être quelque impression lui en était-; elle restée. Dans ses dernières années on remarquait sa douceur, sa modération, son horreur des conflits sanglants, ce qui le faisait taxer de lâcheté par les gens; ardents \

Les chrétiens de la famille Flavia avaient leur sé-i pulture sur la voie Ardéatine. On y accédait par une| entrée monumentale qui a été retrouvée, ainsi qu'unej galerie spacieuse ornée de peintures fort anciennes. Lèj sans doute furent déposés le consul martyr et les plujj anciens membres de la famille. Un peu plus loin on 8| trouvé l'épitaphe grecque d"un FI. Sabinus et de ssj sœur Titiana, puis un fragment d'inscription où pourj rait avoir été indiquée une sépulture collective des Fla| vii: sepidcRTM //fltv'ORYM ^ i

1 «Mitem virum, abliorrere a sanguine et caedibus;... "i fine vitae alii segnem, multi moderatum et civium sangumi j)arcum credidere » (Tacite, Hist., III, 65, 75'. j

2 De Rossi, Bull., 1865, p. 33-47: 1874, p. 17 : 1875, p. 61. \

l'église romaine de xéron à commode 219

Ce que nous savons de ces illustres recrues nous vient d'auteurs profanes, commentés par les inscriptions et autres monuments des catacombes \ Les renseignements littéraires de source chrétienne font complètement défaut. En ces temps très anciens, la communauté chrétienne de Rome devait compter parmi ses membres plus d'mi témoin des origines; l'autorité de ces compagnons ou disciples des apôtres primitifs y était évidenmient aussi grande que Tétait, en Asie, celle des preshyteyi C'était un appui pour la tradition, une protection pour la hiérarchie naissante. On peut con- 'jecturer aussi que certains livres du Nouveau Testament, comme les évangiles de Marc et de Luc, les Actes des Apôtres, la première épître de saint Pierre, l'épître aux iHébreux, sont sortis du miheu romain, avant ou après jla prise de Jérusalem, et que la collection des lettres |de saint Paul y fut constituée. Mais sur tout cela ^ il ne subsiste aucun témoignage certain.

Avec la lettre de saint Clément nous sortons de l obscurité. Vers la fin du règne de Domitien, des trouoies s'étaient produits dans l'église de Corinthe. Un parti de jeunes s'était formé contre les anciens de la

' La passion des saints Nérée et Acliillée, roman clirétien lu V* siècle, s'est emparée du personnage de Flavie Domitille celle de Pontia). Elle connaît aussi le consul Clément et l'é- "èque homonyme. Mais il n'y a rien à en tirer pour l'iiistoire )roprement dite.

* Sauf cependant la première épître de saint Pierre. Cf. ci- 'essus, p. 63.

communauté : on avait écarté plusieurs membres du col-

lèo-e presb^'téral, « installés par les apôtres ou après eux

par d'autres hommes sages {W.6^n<j.oC) avec le suffrage

de réo-lise entière». Ces querelles avaient fait du bruii

au dehors et le bon renom des chrétiens en souffrait '

L'église de Rome, instruite de ce qui se passait, juget

de son devoir d'intervenir. A ce moment elle venai

d'être assaillie par des calamités soudaines et répétées

Dès qu'elle en eut le loisir, elle députa à Corinthe troi

envoyés, Claudius Ephebus, A'alerius Bito et Fortuna

tus, qui, depuis leur jeunesse jusqu'à l'âge avancé qu'il

avaient atteint, avaient fait l'édification de l'église rc

maine. Des chrétiens de si ancienne date avaient sari

doute connu les apôtres. Ils devaient témoigner à C(

rinthe des sentiments et des désirs des Romains. Ceux-o

du reste, leur avaient confié une lettre écrite au nom d

leur église ^ Nous savons qui l'avait rédigée. C'étaj

l'évêque Clément, celui que les listes épiscopales 1(1

plus autorisées placent au troisième rang après Iti

apôtres.

Clément, identifié par Origène ^ avec le personna^ de même nom qui travailla avec saint Paul à l'éva; gélisation de Philippee \ était en tout cas, lui aus^ d'âge à avoir vu les apôtres et conversé avec eux, comn;

' / Clew., 1, 2, 44, 47.

« «L'église de Dieu qui liabite Rome à l'église de Dieu c habite Corinthe . . . » .

3 In Joh., I, 29. Identification peu sûre. * riùL, IV, 3.

l'église ROMAIXE de XÉROX à COir.MODE 221

le rapporte saint Irénée \ H ne peut guère avoir appartenu à la parenté du consul Flavius Clemens. Sans doute il a beaucoup d'estime pour la « chose » romaine ; il parle de nos princes, des soldats soumis à nos généraux: la discipline militaire lui inspire une grande admiration. Mais sa familiarité avec les saintes Ecritures, de l'Ancien Testament et même du Nouveau (épîtres de saint PaiLl de saint Pierre, de saint Jacques, épître aux Hébreux!, donne plutôt l'idée d'une éducation juive. C'était peutêtre un affranclii de la famille Flavia. Quoiqu'il en soit, sa lettre est un admirable témoignage de l'esprit sage et positif qui animait, dès ces temps reculés, la piété romaine. Il y décrit d'abord les inconvénients de la discorde (3-6), puis il recommande Tobéissance à la volonté ie Dieu (7-12), montre la grandeur des récompenses promises aux âmes simples et justes (13-2(3), la nécesàté de l'ordre dans l'Eglise. Ici, des exemples sont empruntés à la discipline des armées romaines et à la liérarchie sacerdotale de l'Ancien Testament (37-42). tenant ensuite à Talliance nouvelle, l'auteur montre [ue le ministère ecclésiastique vient des apôtres et de résus-Christ, que son autorité est légitime et doit être 'béie (42-47). 11 engage les Corinthiens à se repentir, rentrer dans l'ordre et la paix, à accepter une corection salutaire: si la présence de certaines personnes st un obstacle à la paix, qu'elles ne reculent pas de- ■ant l'exil. Quant à l'Eglise, elle doit prier pour les

^Haer., III, 3.

CHAriTRE XIII.

séditieux (48-58). Par une transition im peu brusque, l'exemple est aussitôt joint au conseil. Clément formule (59-61) une longue prière, qui n^a qu'un rapport lointain avec les troubles de Corintlie. On peut y voir, non sans doute la formule solemieUe de la liturgie romaine à la fin du premier siècle, mais un spécimen de la façon dont les chefs des assemblées chrétiennes développaient le thème de la prière eucharistique.

La lettre se termine par un rappel de Texhortation domiée et par des salutations. D'un bout à l'autre il y respire mi grand sentiment de foi simple et de sage piété. Aucune de ces singularités qui étonnent parfois chez les anciens auteurs. Eien que le christianisme commmi. exprimé avec le plus parfait bon sens. On ne remarque même aucune préoccupation à l'égard de dissidences hérétiques. L'église romaine jouit en ce moment de la paix intérieure la plus complète.

Il faut croire que la mission romaine eut le phigTand succès à Corinthe, car la lettre de Clément y fiv mise au nombre des livres qui se lisaient, avec les samte. Ecritures, dans les assemblées du dimanche. Telle est 1; situation qu'elle avait, soixante-dix ans plus tard, a\ temps de l'évêque Denys \ C'est," du reste, par mi de plus anciens manuscrits de la Bible grecque que non Tavons d'abord connue \ Peu d'années après qu'elle avai

> Eus., Jy, 23, § 11.

2 Le ms. A, au British Muséum, du T< siècle. Uu autre ms , du XP siècle, a été découvert depuis, ainsi qu'une version syrif que et une version latine. Dans le ms. A il y a une grande lacun vers la fin de la lettre.

L'ÉGLISE ROIIAIXE DE XÉRON À COMMODE 223

été écrite, saint PoljcariDe l'avait sous les yeux et s'en servait comme des lettres a230stoliques.

Vingt ans environ après les troubles de Corinthe et la lettre de saint Clément, les Eomains furent édifiés par la présence et le martyre de saint Ignace d'Antioche. Sur cet événement nous ne sommes renseignés ' que par une lettre du martyr lui-même, écrite d'Asie aux Eomains. Le sujet en est extraordinaire. Le confesseur de la foi, condamné aux bêtes et expédié de Syrie jusqu'à Eome pour subir ce supplice, a lieu de craindre que ses coreligionnaires romains ne lui fassent manquer le but de son voyage. E les exhorte, avec les plus grandes instances, à ne pas s'opposer à son mart>Te. E paraît qu'ils pouvaient le sauver, bien qu'on ne voie pas trop comment ^ « Laissez-moi être la proie des •> bêtes: par elles j'atteindrai Dieu. Je suis le froment ' de Dieu: que je sois moulu par les dents des bêtes :> pour devenir le pain blanc du Christ. Flattez-les plutôt,

> pour qu'elles soient mon tombeau, qu'elles ne laissent

> rien de mon corps; ainsi ma sépulture ne sera à charge à personne .... Je ne vous commande pas comme Pierre et Paul. Eux étaient apôtres: moi, je suis un con-

n\ ne manqtie pas de passions de saint Ignace. Aucune d'els n a de valeur liistorique.

'lUst bien invraisemblable qu'ils eussent pu obtenir sa

'a.e; a la rigueur ils pouvaient le faire échapper. Mais une

'e Idée ne pouvait guère entrer dans la pensée des chefs, tout

' monis, qm, sur le martyre et ses avantages, devaient avoir

■•' mêmes idées qu'Ignace.

» damné. Us étaient libres: jusqu'à cette heure je suis! , esclave: mais si je meurs, je deviens Taffranclii de^ » Jésus-Christ: en lui je ressusciterai libre».

Cette lettre si touchante ne témoigne pas seulement^ de la soif du martyre qui dévorait Ignace: on y voit; aussi queUe considération l'évêque d'Antioche professait! pour la grande église de Eome. Elle débute par m .alut, long et pompeux, où, plus encore que dans se., autres lettres, il accumule les titres d'éloge: « L'églis.i . qui préside dans le lieu du pays romain \... l'églis-l » qui préside à l'agape (ou à la charité)». Ignace co.| çoit l'église de Eome comme la présidente, des autre églises, évidemment, et de la fraternité chrétienne.

Il en obtint ce qu'il voulait, la liberté du martyi.. C'est sans doute au Colisée, récemment construit ^ qiij le «froment de Dieu» fut moulu par les bêtes férocei Mais eUes ne furent pas seules à lui domrer la sépn ture. Plusieurs de ses fidèles avaient fait le voyage c Eome ' pour assister à ses derniers moments: ils recuet lirent les débris de son corps et les transportèrent . Syrien

1 r,Tt; -py.iHzoLi v> to-w -/.a.pivj "Pcoaaiw-... 7:fî

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