LA THÉOLOGIE EX OUIEXT
ses de Syrie et d'Asie Mineure. Il s'occupa aussi du Nouveau Testament.
Son exégèse différait fort de celle d'Origène. A Antioche le sens allégorique n'était pas de mise ; on affectait de s'en tenir au sens littéral. Quant à la théologie de cette école, on en jugera par ce fait, bien établi, que Lucien est l'inventeur de la doctrine qui, sous le nom d'arianisme, fera bientôt tant de bruit. Autour de lui se groupaient, dès le temps où nous sommes, les futurs coryphées de cette hérésie, Arius lui-même, Eusèbe, le futur évêque de Nicomédie, Maris, Théognis et bien d'autres. Il avait fallu abandonner les idées de Paul et admettre la préexistence personnelle du Christ, autrement dit l'incarnation du Verbe. Mais on n'avait cédé que le moins possible. Le Verbe, dans le nouveau système, est un être céleste, antérieur à toutes les créatures visibles et invisibles; c'est même lui qui les a créées. Mais il n'est pas éternel: il a été créé par Dieu pour être l'instniment de la création subséquente. Antérieurement, il n'existait pas: il a été tiré du néant.
Cette théorie, on ne peut le nier, simplifiait grandement le problème de la procession du Verbe, problème ardu, auquel, depuis deux siècles, on avait donné les solutions les plus diverses, sans réussir à en faire prévaloir aucmie. Mais la simplification était obtenue par le sacrifice de l'une des données essentielles, celle de l'absolue divinité du Christ. Cette donnée, fournie par la tradition, cultivée par la piété, consacrée par le culte, scellée par le sang des martyrs, était la pierre
angulaire de renseignement chrétien. Ni Origène, ni Hippolyte, ni Justin, ni tant d'autres orthodoxes, sans parler des Gnostiques, n'avaient cru pouvoir la négliger. On mesura bientôt sa force de résistance.
Pour le moment, comme le système restait dans l'Ecole, comme il marquait en somme un progrès sur les conceptions répudiées aux derniers conciles et qu'on s'étudiait à l'habiller d'un style orthodoxe, il ne paraît pas avoir suscité d'émotion. C'est à Alexandrie qu'il fera éclat, et cela longtemps après la mort de son auteur.
Il semble bien que Lucien ait été atteint par la condamnation de Paul. Les évêques Domnus, Timée et même Cyrille dans les premiers temps, le maintinrent en dehors de leur communion \ Cyrille pourtant, jugeant acceptables les satisfactions qu'on lui présenta, rendit au docteur et la communion et sa situation presbytérale-. C'est comme prêtre d'Antioche que Lucien fut arrêté en 312 et martyrisé.
Car ils le furent tous, ou peu s'en faut, tous les chefs de ces écoles si diverses. L'évêque Pierre d'Alexandrie, Pamphile, Méthode, Lucien lui-même, tous donnèrent à la foi commune le témoignage du sang; tous
(Lettre d'Alexandre d'Alex., Théodoret, H. E., I, 4, c. 9).
2 Arius, Eusèbe et les autres disciples de Lucien n'auraient pu être promus aux dignités ecclésiastiques en tant d'endroits s'ils eussent été connus comme disciples d'une école proscrite par les évêques d'Antioche. Leurs rapports avec Lucien doivent être postérieurs à l'évolution de celui-ci, et, comme ils se placent sûrement avant la persécution, ils tombent sous l'épiscopat de Cyrille, lequel mourut en 301 ou 302.