LA SOCIÉTÉ CHRÉTIENNE
exemple, semblent bien avoir été d'abord très étroitement gronpés avec ceux de L^'on. En Espagne, au milieu du Iir siècle, un même évêque gouvernait les fidèles de Léon (Legio) et d'Astorga (Asturka), et l'indivisiou se maintint pendant de longs siècles. La province de Sc^-thie, qui comptait un assez grand nombre de villes, n'eut jamais d'autre évêque que celui de Tomi. Dans la partie de la Thrace qui a voisine le Bosphore et forma, au temps de Dioclétien, la province d'Europe, il n'y avait encore, en 431, que quatre évêqnes, à chacun desquels ressortissait la population chrétienne de deux cités. L'église d'Alexandrie fut, jusqu'au commencement du IIF siècle, la seule église épiscopale d'Eg}^pte: certains indices donnent lieu de croire que Eome avait la même situation en Italie et Lyon dans la Gaule celtique. Cela ne veut pas dire, assurément, que tous les chrétiens d'Egypte, d'Italie et de la Gaule celtique fussent concentrés à Alexandrie, à Rome et à Lyon. Ils étaient, disséminés un peu partout dans le pays, en groupes qui n'arrivèrent que progressivement à l'autonomie et à Torganisation complète. Même alors, on conçoit aisément que les églises filiales n'aient pu se placer, vis-à-vis de l'église-mère, sur un pied d'égalité parfaite. La dépendance s'exprima diversement, suivant les lieux. En certains endroits on s'abstint de donner à la fondation nouvelle une organisation aussi complète que celle de l'église-mère. L'évêque de celle-ci continuait d'être son évêque ; il la dirigeait par l'intermédiaire d'un prêtre spécial ou même d'un diacre. Ailleurs, en des pays
526 CHAPITRE yXYÏ.
où, les villes étant rares, les églises succursales se trouvaient dans des bourgs et autres localités de campagne, leurs chefs prirent le nom de choréA^êques. Au. concile d'Elvire on voit figurer des prêtres de localités^ urbaines, qui, ce semble, n'eurent jamais d'évêques. De même, dans les conciles grecs du lY^ siècle, on rencontre souvent des cliorévêques, venus généralement de SjTie ou des provinces orientales d'Asie-Mineure. Là même où, sans distinction de grandes et de petites cités, toutes les églises locales furent pourvues de la hiérarcliie complète, dans la Basse-Italie, par exemple, en Afrique et en Egypte, leurs évêques furent toujours plus ou moins subordonnés à ceux de Téglise principale, d"où elles avaient essaimé.
De ces relations naquirent tout naturellement des organisations non plus seulement locales, mais en quelque sorte provinciales '. Ce dernier terme, cependant, ne doit pas être pris au pied de la lettre. Avant Dioclétien on ne trouve nulle part, surtout en Occident, le moindre indice qui décèle la préoccupation de reproduire, dans le gi'oupement des églises, la distribution de l'empire en province?. L'évêque de Cartilage, ou du moins son concile, a pour ressort tout l'ensemble des provinces africaines, Proconsulaire, Numidie, Mauritanies. L'Italie relève tout entière du siège romain: celui d'Alexandrie est un centre ecclésiastique commun à
' Sur ceci, V. mes Origines du culte chrétien, 3^ éd., p. 15 et suiv.