ORIGINES DE L'ÉGLISE ROMAINE
sur le motif de l'expulsion: ludaeos imjndsore Chresto^ assidue tumidtuantes Eoma expidit. Il y avait donc eu des troubles causés par la prédication de l'Evangile, des troubles dont l'analogue nous est souvent offert dans les récits des Actes, à Jérusalem, en Asie-Mineure, à Thessalonique, à Bérée, à Corinthe, à Eplièse. D'après les Actes, Aquilas et Priscille, lorsq'ils reçurent saint Paul à Corinthe, étaient arrivés tout récemment d'Italie ; c'est donc en 51 ou 62 qu'il faut placer l'édit de proscription et les troubles qui le motivèrent.
\Qeci, c'est, dans l'histoire de l'église romaine, le premier fait connu, la première date assignable. Autant qu'il est possible d'en juger par comparaison, cette date doit être assez rapprochée de la première prédication de l'Evangile dans le milieu romain; les récits des Actes nous montrent toujours, comme conséquence immédiate du premier apostolat, des troubles graves dans les communautés juives. Quand saint Paul écrivit aux Romains, en 58 au plus tard, il y avait déjà un certain nombre d'années ■ que leur église existait et qu'il désirait la visiter.
Par quelles mains la divine semence fut-elle jetée dans cette terre où elle devait fructifier d'une manière si prodigieuse? Nous l'ignorerons toujours. Des calculs
1 Confusion vulgaire de -/^praro; et de xp'.tto';. La populace romaine désignait les chrétiens par le nom de Chrestiani (Xpr.dTta- •'O'.j : quos . . . vidgus Chresiianos appellabat. Telle est, en effet, la A^éritable leçon du célèbre texte de Tacite, An»., XV, 44 (Harnack, Die Mission, p. 297).
2 'A:v3 iV.avwv =tw-j [Rom., XV, 24).
gg CHAPITRE V.
trop peu fondés pour entraîner le suffrage de l'histoire transportent à Eome l'apôtre Pierre dès les premiers temps de Claude i -i2j, ou même sous Caligula (39). Eien ne prouve que les juifs romains qui assistèrent à la première Pentecôte aient été convertis et surtout missionnaires: le centurion Corneille converti par saint Pierre à Césarée n'est pas nécessairement un romain de Eome : on ignore quelles furent, au point de vue de la diffusion du christianisme, les conséquences de la conversion (Ê-î'TTc'Jcrîv) du proconsul de Chj-pre Sergius Paulus '. Laissons donc le mystère planer sur cette première origine et bornons-nous à constater que l'église romaine, au temps où saint Paul lui écrivit (58), était, non seulement sortie de la crise à laquelle sa naissance avait donné lieu, mais constituée, nombreuse, connue, célèbre même par sa foi et ses œuvres.
A ce moment elle en imposait assez pour que l'apôtre des Gentils ne prétendît pas se substituer à elle et travailler à sa place à l'évangélisation du champ romain, le plus considérable, le plus tentant pour son zèle. Son seul désir était de s'y édifier en passant, quand il pousserait ses missions jusqu'en Espagne.- et d'ajouter aussi quelque chose à l'instruction déjà acquise par les fidèles romains. Les idées qu'il leur expose et qui semblent avoir été dès lors communiquées à d'autres églises, la façon dont il les leur présente, les exhortations pratiques dont il les accompagne, permettent de se rendre compte
1 Ad., xm, 12. .