‹ Histoire ancienne de l'Eglise (volume 5)Chapitre 15 sur 54 · H. E., IV · texte numérisé non relu

H. E., IV

3 Eusèbe (V, 17) dit qu'elle était adressée 7rpà; tsù; /csawtxoù; apy^xa;.

4 Eusèbe n'en parle pas.

Duchesxe. Hist. anc. de VEgl. - T. I. 14

philosophe athénien. Il développe, en bon style et avec plus d'ordre que Justin, le thème ordinaire des apologies. Les chrétiens ne sont pas ee qu'on croit. Ils rejettent sans doute l'idolâtrie et le polythéisme, mais les meilleurs philosophes n'en font-ils pas autant? Comme la raison l'enseigne, ils proclament que Dieu est un, et leur croyance monothéiste se combine très bien avec la doctrine du Verbe et de l'Esprit-Saint. Les horreurs qu'on leur impute sont d'abominables calomnies ; au contraire, leur morale est très pure, sévère même. Comment des gens qui pensent ainsi, qui vivent ainsi, peuvent-ils être envoyés au supplice?

C'est qu'en effet, pour les chrétiens, les temps devenaient très durs. Ce n'est pas pour rien que les apologies se multiplient sous Marc-Aurèle. Le sage empereur ne comprit rien au christianisme. Il n'admit pas que de telles sectes valussent la peine d'être étudiées ni que pour elles on fît fléchir la législation de l'empire. Les chrétiens essayèrent vainement de se faire écouter du philosophe; ils n'eurent affaire qu'à l'homme d'état, d'autant plus dur qu'il était plus consciencieux. Ajoutons que les calamités qui assombrirent ce règne contribuaient beaucoup à déchaîner les haines populaires, irritées depuis longtemps par les constants progrès du christianisme. Méliton parle de décrets nouveaux (*y.iv à Soyu-xt*) qui faisaient beaucoup de victimes en Asie ; en Grèce aussi, au témoignage d'Athénagore, la persécution était devenue intolérable. C'est en ce tempslà, dans les dernières années de Marc-Aurèle, que les

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Beènes célèbres de Lyon et de Carthage (martyrs de Scilli ) inaugurent pour nous l'histoire du christianisme en Gaule et en Afrique.

Après Marc-Aurèle la tranquillité reparut, Son fils Commode, l'un des plus mauvais empereurs que Rome ait connus, eut au moins le bon esprit de ne. pas malmener les chrétiens.

Ce ne fut pas, pour ceux-ci, une raison d'interrompre leurs publications apologétiques. L'opinion, bien plus que le prince, leur était inclémente ; il importait de l'éclairer pour la modifier. Les chrétiens le sentaient. Il s'en faut que les apologies adressées aux empereurs Hadrien, Antonin, Marc-Aurèle, représentent toute leur défense. Une littérature entière de traités « Aux Crées » Ilco; c/KAÀy;va;, nous est restée dans les textes ou dans les énumérations bibliographiques. Justin, même en dehors de ses apologies, se distingua en ce genre l. Tatien, un de ses disciples, grand voyageur comme lui, nous a laissé un Discours; aux Grecs. De l'évêque d'Antioche Théophile il reste trois livres de même intention, adressés à un certain Autolycus. Le traité d'Athénagore sur la résurrection de la chair n'est qu'un appendice de son apologie. Méliton, Miltiade, Apollinaire, s'exercèrent aussi à cette tâche littéraire 2. D'autres livres, toujours sur le

1 Ci-dessus, p. 205, n. 2.

2 Méliton, ïïift à).r,Ô£Îa;; Apollinaire, un ouvrage de même titre, en deux livres; cinq livres Trpi; "EkXt^ol; (son —pi wai$it*i mentionné par Photius doit être la même chose que l'apologie) ; Miltiade, TToi; "E/.Xr.va; en deux livres (Eusèbe, IV, 26, 27; V, 17). Tout cela est perdu.

même sujet, nous sont parvenus sans nom d'auteur, ou sous des noms supposés : ainsi l'épître à Diognète et les trois livres « Discours aux Grecs », « Exhortatiou aux Grecs » (Xoyo; xapaivîri/.b; ?:pb; "E),}//)va;), « De la Monarchie » l, qui circulent sous le nom de saint Justin.

De tout cela nous ne signalerons spécialement que l'épître à Diognète, joli morceau de style, dont l'élégance et le ton pacifique n'affaiblissent nullement la chaleur persuasive, et le discours de Tatien, où se révèlent des qualités tout opposées. Au lieu d'appeler son plaidoyer « Discours aux Grecs » , Tatien aurait pu l'intituler «Invective contre les Grecs». C'est une œuvre de mépris et de colère. Tatien, né en dehors de l'empire, en pays de langue syriaque, a traversé les écoles helléniques et s'est frotté de culture occidentale. Mais ce monde, étranger pour lui, ne lui inspire ni respect, ni affection. Bien loin de révérer les anciens sages, comme Justin, et de trouver dans leurs écrits quelque analogie avec ceux des prophètes, Tatien bafoue en bloc tout l'hellénisme, cultes et doctrines, poètes et philosophes. C'est le fondateur de l'apologétique virulente, qui, pour convertir les gens, commence par les injurier. Précurseur de Tertullien, il finit comme lui par se brouil-

1 Leurs titres concordent assez avec ceux de livres perdus de Justin; mais il est sûr qu'ils ne sont pas de lui. Le «Discours aux Grecs» est un exposé des motifs qui ont amené l'auteur au christianisme. Un auteur du IIIe siècle, un certain Ambroise, en fît un remaniement assez large, qui nous est parvenu dans une version syriaque (Cureton, Spicil. syr., 1885); cf. Harnack dans les Sitzungsb. de Berlin, 1896, p. 627.

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1er avec l'Eglise. Mais ceci ne lui arriva que plus tard. Au moment où fut écrit son Discours, Justin vivait encore et il ne semble pas que la diversité de leurs idées les ait amenés à se séparer.

Il est bien difficile de se rendre compte de l'effet obtenu par toute cette littérature des apologistes. On ne voit pas qu'ils aient arrêté l'application des lois répressives. Il est possible qu'ils aient çà et là modifié l'impression des gens lettrés. Mais il ne faudrait pas exagérer leur influence. Au fond, ce qui a permis à l'Eglise de vivre sous des lois persécutrices, de triompher de l'indifférence, du dédain et de la calomnie, ce ne sont ni les raisons ni les discours, c'est la force intérieure, révélée et rayonnant dans la vertu, dans la charité, dans l'ardente foi des chrétiens de l'âge héroïque. C'est cela qui amenait à Jésus-Christ ; c'est par là que les apologistes eux-mêmes avaient été pris; c'est avec cela que l'on a fait adorer des Romains un juif crucifié et que l'on est parvenu à faire entrer en des têtes grecques des dogmes comme celui de la résurrection.

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