V. C, IV
clarté. Dans l'Orient proprement dit, il avait aussi une signification extrinsèque, c'est que les soixante-dix ou quatre-vingts évêques qui, en 268, avaient condamné Paul de Samosate, s'étaient trompés sur un point important. Ainsi arriva-t-il que, malgré les promesses d'entente et de sagesse qui, de part et d'autre, avaient été faites à l'empereur, on recommença bientôt à se disputer. Eusèbe de Gésarée et son collègue Eustathe d'Antioche échangèrent des lettres aigres*, qui n'éclairoirent guère le débat et ne tardèrent pas à l'envenimer. Eustathe était un grand ennemi d'Origène et un ennemi fort militant. Gela ne le recommandait pas à Gésarée 2. A Antioche, le clergé était très partagé. Jusque là le siège épiscopal avait été occupé par des prélats défavorables aux ariens ; mais Antioche était la vraie partie de l'arianisme : c'est là que Lucien avait fait école. Sa postérité spirituelle n'était pas toute dispersée dans les évêchés du dehors ; il en était resté sur les lieux. On le vit bien quand l'évêque Eustathe, assez vif en propos ^ commença d'être un sujet à discussions. La querelle s'animant, il
1 Socrate. I, 23, dit avoir vu des lettres épiscopales sur ce sujet : 'Qç Se T|[i£ïi; èx Staçôpwv ÈTtio-TO/wv £'jpi^xa[jLev, Sç [it-zà ttjV (TuvoSov ol in'.ay.o'KO'. irpôç àXXT,).oui; eypa^ov, i] toO rj(AOO"J(7i'ou >é|n; Ttvàç SiETàpaTxe. X. T. I. Saint Jérôme, De vb'is, 85, connaît aussi des lettres d'Eustathe, en grand nombre, infinitae epistolae.
2 Voir le traité d'Eustathe sur la Pythonisse et les explications d'Origène à propos de cette histoire. Cf. Bulletin critique, t. VIII, p. 5.
3 Outre le traité sur la Pythonisse, un fragment relatif au concile de Nicée, conservé par Théodoret, I, 7, permet de se faire une idée de son style.
DucHESNE. Hist. anc. de l'Egl. — T. II. 11
finit par se produire entre eustathiens et anti-euslathiens un conflit des plus acharnés On se jetait à la tète des accusations de sabellianisme et de polythéisme. Eustathe reprochait à l'évêque de Gésarée de trahir la foi de Nicée ; celui-ci protestait qu'il n'en était rien, et que, si Eustathe le prétendait, c'est qu'il était un sabellien.
Les chos3s en vinrent au point qu'un synode parut nécessaire. On ne sait par qui il fut convoqué. Il se tint à Antioche, et, comme au temps de Paul de Samosate, il décida contre l'évêque de cette grande ville. On n'en a point les actes ; les auteurs en parlent diversement *. D'après les adversaires qu'Eustathe avait sur les lieux, c'est pour sa doctrine qu'il aurait été condamné, Gyrus^ son successeur sur le siège de Bèrée, ayant déposé contre lui une accusation de sabellianisme^. Théodoret, qui écrit un siècle après les événements, parle d'une femme qui aurait faussement accusé l'évêque de l'avoir séduite ^. Athanase donne une autre raison : Eustathe aurait été accusé auprès de l'empereur d'avoir fait quelque affront à sa mère. En ceci il pourrait bien y avoir un fond de vérité. Hélène visita l'Orient au temps d'Eustathe. On savait qu'elle était très dévote à saint
1 Socrate se plaint ici des évéqaes, qui, dit-il, déposent les gens comme impies, sans dire en quoi consiste leur impiété.
2 Socrate, I, 24, tire cela de Georges de Laodicée, arianisant notoire, qui parait reproduire un propos d'Eusèbe d'Emése. Gyrus lui-même aurait été déposé sous le même prétexte doctrinal.
3 Théodoret, I, 20, 21. Le concile aurait admis cette assertion sans autre garantie que le serment de la femme, laquelle plus tard avoua qu« son enfant était bien d'un Eustathe, mais d'un forgeron et non pas de l'évêque. Tout cela est fort suspect et sent la légende.
Lucien, le célèbre prêtre d'Antioche, dont le corps, jeté à la mer devant Nicomédie, avait été porté par les courants — par un dauphin, dit la légende — précisément sur le rivage de Drépane, où l'impératrice était née et où sans doute elle avait une résidence. C'était son martyr à elle; elle lui fit élever une somptueuse basilique. Lucien avait laissé à Antioche des souvenirs litigieux : les ariens l'honoraient extrêmement ; leurs adversaires témoignaient moins d'enthousiasme. Il est possible qu'à ce propos Eustathe ait laissé échapper quelque parole imprudente. Saint Ambroise, plus tard, ne se gênera pas pour dire qu'Hélène avait été fille d'auberge, stabularia, ce qui, vu les usages du temps en fait d'hospitalité, pouvait signifier beaucoup 'de choses. Au temps de Constantin il n'était pas sage de remonter à ces origines.
Je ne voudrais pas affirmer' que le concile ait vu là un cas de déposition et j'accepterais plutôt, pour la sentence ecclésiastique, le motif indiqué par Georges de Laodicée, le sabellianisme. Mais'lles mesures prises par Constantin portent à croire qu'il vit dans cette afi"aire autre chose qu'une question théologique et qu'il prit connaissance des propos tenus sur sa mère. Hélène était impératrice {Augusta) ; il y avait cas de lèse-majesté. Eustathe fut arrêté et conduit devant l'empereur, qui, après avoir entendu sa défense ', l'exila à Trajanopolis en Thrace, puis à Philippes, avec un certain nombre de prêtres et. de diacres. Il mourut peu après*.
i V. C, III, 39.
2 éaint Jérôme, dans son De Vii'is, dit qu'Eustathe fLit exilé à
Il fui malaisé de lui donner un successeur *. Eustathe avait beaucoup de partisans ; il avait aussi des ennemis acharnés, car il s'était montré très sévère contre les adversaires plus ou moins avoués de la condamnaticn d'Arius. Antioche entra en effervescence ; la curie, les magistrats, étaient divisés. Peu s'en fallut que l'on en vint aux mains. Paulin, évêque de Tyr en disponibilité 2, antiochénien d'origine, fut quelque temps à la tête de l'église, peut être comme administrateur provisoire. Il mourut au bout de six mois ; alors un certain Eulalius fut élu évêque; lui aussi dura peu et l'agitation recommença. Constantin envoya à Antioche un comte de son entourage intime. Un calme relatif s'établit : on parvint
Traianopolis et qu'on y voyait encore son 'tombeau. C'est cepena'il lie Philippes (v. les chroniques de Victor et de Théophane) • ;i I los restes d'Eustathe furent rapportés à Antioche, vers 482. S jcrate (IV, 14), suivi par Sozoméne (VI, 13), le fait vivre jusqu'au temps de Valens ; mais il y a ici une confusion. Il n'est plus ja-mais question d'Eustathe dans les documents du temps de Constantin et de Constance, où figurent tant d'évéques de situation analogue ; du reste nous savons par Théodoret (III, 2) qu'Eustathe était mort quand Méléce fut élu évêque d'Antioche (360).
i Sur ceci, v. surtout Eusèbe, V. C. III, 59-62.
2 Paulin avait été, on ne sait pourquoi, remplacé comme évêque de Tyr ; c'est Zenon qui signa, en cette qualité, au concile de Nicée. Eusèbe lui dédia, peu après, semble-t-il, son Onomastique. Dans son ouvrage contre Marcel (I, 4) il dit que l'église d'Antioche l'avait revendiqué comme un bien qui lui appartenait ; les catalogues des évêques d'Antioche s'accordent à placer, avant Eustathe ou après, un Paul ou Paulin, à qui ils assignent cinq ans d'épiscopat ; saint Jérôme, dans sa Chronique, a aussi un Paulin et il le marque avant Eustathe. Théodoret (I, 21) n'en parle pas. Philostorge (III, ]o) est très précis ; il place Paulin immédiatement avant Eulalius et dit qu'il mourut après six.mois de gouvernement.
à réunir un grand nombre de suffrages sur le nom (VKnsèbe de Gésarée. Celui-ci ne tenait guère à quitter, pour l'enfer d'Antioche, son évêché Iranquille et sa commode bibliothèque. Il protesta que les canons de Nicée, conformes au bon usage lecclésiastique, interdisaient les translations. L'empereur le loua fort de sa modestie et de son respect des règles ; il notifia aux évêques syriens qu'ils eussent à choisir un autre candid.it '. Il leur en indiquait lui-même deux, Euphronius, prêtre de Gésarée en Gappadoce, et Georges, actuellement prêtre d'Aréthuse, mais qui avait été jadis ordonné, puis déposé par Alexandre d'Alexandrie 2. On se décida pour Euphrone. G'était un homme du même bord qu'Eulalius et Lusébe. Le siège d'Antioche était gagné pour longtemps aux adversaires du concile de Nicée, aux adversaires latents, bien entendu, car Constantin n'admettait pas qu'on l'attaquât ouvertement.
L'organisateur de cette réaction sourde était Eusébe de Nicomédie. Son exil n'avait duré que trois ans ^ et sans doute lui et son ami Théognis étaient déjà revenus au moment où Eustathe fut déposé (v. 330.) De ce retour, gros de conséquences, les causes ne se laissent pas bien discerner ^. Un revirement complet s'opéra dans les dis-
1 Lettres aux gens d'Antioche, à Eusébe, aux évêques (Théodote, Théodore, Narcisse, Aetius, Alphius et autres), ibid.
2 C'est celui qui devint plus tard évéque de Laodicée.
3 C'est le chiffre de Philostorge.
* Je serais porté à soupçonner que le récit de Rufin (I, 11, v. plus loin) sur le rappel d'Arius, se rapporte en effet à celui d'Eusébe. Constantia n'avait pas de raison spéciale pour s'intéresser
positions de Constantin, près duquel Eusébe de Nicomédie va désormais avoir une autorité considérable ^ Non seulement les deux prélats furent rappelés d'exil, mais on les réinstalla dans leurs évêchés, en écartant les successeurs dont ils avaient été pourvus.
En Egypte le vieil évêque Alexandre mourut le 18 avril 328 2. gon diacre Athanase^ déjà fort en vue et par la
à Arius. Eusèbe, évéque de la résidence impériale, lui devait être connu depuis bien longtemps ; il avait quelque parenté avec la famille impériale. On conçoit très bien que la veuve de Licinius ait été affligée de l'exil d'Eusébe, son père spirituel et ami.
1 Après Tillemont et bien d'autres je me crois obligé d'écarter ici la lettre que Socrate (I, 14) nous donne comme écrite par Eusèbe et Théognis aux évéques les plus considérables (toïç xopuçaîoiî Twv ènKTxdTtwv) pour les exciter à demander leur rappel d'exil. Voir la discussion dans Tillemont, t. VI, p. 810. 'D'autre part il n'est pas aisé d'expliquer la genèse de ce texte. Peut-être Socrate se sera-t-il trompé sur ses auteurs. Elle conviendrait assez aux évéques Secnndus et Théonas ; en tout cas elle suppose Arius réhabilité par les évéques, ce qui n'eut lieu qu'en 335.
2 Contre cette date, fournie par les lettres pascales et leur Chronique, semble protester un texte de saint Athanase, Ap. c. Ar., 59) où il est dit qu'Alexandre mourut cinq mois à peine après le concile de Nicée. En y regardant de prés il me semble que cet intervalle est indiqué à partir non du concile de Nicée, mais de la réception des Mélétiens. Entre la décision de Nicée et la fin du schiouio au Egypte il a pu s'écouler un certain temps, et il semble bien (v. ci-dessus, p. 156) qu'il y ait eu, après le concile, de nouvelles discussions sur ce sujet. Ces sortes d'affaires sont toujours très délicates à régler. J'admettrais donc que le schisme ait encore traîné jus(jue vers la lin do 327. Cf. Eusébe, V. C, III, 23. Sur les objections faites à cette date, v. Gerhard Lœschcke, Rheinisches Muséum, 1906. p. 45-49.
3 Sur l'histoire de saint Athanase, en dehors de ces Apologies et de son « Histoire aux moines ». il nous reste deux documents
confiance que lui témoignait Alexandre et par le rôle qu'il avait joué à Nicée, fut acclamé aussitôt et consacré le 7 juin*. « C'est un homme probe, vertueux, un bon » chrétien, un ascète, un véritable évèque » ! Tels étaient les cris de la foule. Il faut remarquer la qualité d'ascète. Elle valut à Athanase, destiné à tant de luttes, l'appui
chronologiques de grande importance, la Chronique des lettres festales (pascales) et ce qu'on a nommé l'Historia acephala. Le recueil des lettres pascales d'Athanase nous est parvenu, incomplet, dans un manuscrit syriaque. Sur ce texte deux versions, en latin (Mai, Nova PP. bibl., t. VI, p. 1 ; Migne, P. G., t. XXVI, p. 1351) et en allemand (Larsow, Die Festbriefe des heil. Athanasius, 1852), ont été faites ; elles laissent beaucoup à désirer. En tète de chaque lettre sont marquées, avec la date pascale, diverses indications chronologiques; puis tous ces préambules chronologiques sont repris en une antre rédaction et réunis en tête du recueil des lettres. Dans cette autre rédaction, qui nous est parvenue au complet, figurent çà et'là des notes historiques. h'Historia acephala a été publiée d'abord par Maffei, d'après une collection canonique latine conservée à Vérone {VeronensisGO), la collection dite du diacre Théodose (Migne, P. G., t. XXVI. p. 1443; édition bien meilleure par Batiffol, dans les Mélanges Cabnères, t. I, 1899, p. 100). Il est évident, et Mgr Baliffol l'a bien établi Byzantinische Zeitschrifl,, t. X, 1901, p. 130 et suiv.), que d'autres parties de la collection théodosienne se rattachent au fragment de Maffei et dérivent avec lui d'une sorte de dossier apologi' tique, établi sous l'inspiration d'Athanase, en 367, puis continué jusqu'à sa mort. Mgr Batiffol a proposé Byz. Zeilschr., "^. c), d'identifier ce dossier avec le Synodicow d'Athanase mentionné dans Socrate (I, 13); ceci est fort contestable. Sur ces deux documents, V. E. Schwartz, Zur Geschichte des Athanasius, dans les iVachrichten de Gœttingen, 190 't, p. 333 et suiv.
1 Ses adversaires osèrent plus tard incideiiter sur son élection. Ils sont réfutés par le concile égyptien de 340 (Athan., Apol. c. Ar., 6), qui cite une lettre adressée aux empereurs par les opposants, la même sans doute qui a été sous les yeux de Sozoméne (II, 17). Il va de soi, du reste, qu'Athanase n'ait pas eu les suffrages des partisans d'Arius, de Méléce et autres schismatiques.
des solitaires d'Egypte, qui commençaient à être, en ce pays, une puissance religieuse. Mais c'est avant tout sur lui-même qu'il pouvait compter. Outre les qualités du pasteur accompli. Dieu lui avait donné un esprit clair, un œil bien ouvert sur la tradition chrélienne, sur les événements, sur les hommes ; et avec cela un caractère hautement indomptable, tempéré par une parfaite bonne grâce, mais incapable de faiblir devant qui ou quoi que ce soit. L'orthodoxie de Nicée avait trouvé son homme. Déjà menacée à cette heure, elle devait traverser des crises redoutables. On put croire à certains moments qu'elle n'avait plus d'autre soutien qu'Athanase. C'était assez. Athanase eut contre lui l'empire et sa police, les conciles, l'épiscopat : la partie était enccre égale tant qu'un tel homme restait debout.
Ce n'était ni un illettré ni un savant de profession. Au moment où on l'élut évêque il avait déjà publié deux livres d'apologétique *, remarquablement tournés, clairs surtout. Mais il laissait volontiers à d'autres le soin de débrouiller les énigmes philosophiques et d'explorer les secrets de l'érudition. Il lui suffisait de savoir écrire et de ne pas perdre les documents qui l'intéressaient. De ce talent et de ce soin, ses adversaires se trouvèrent mal.
La lutte s'engagea de bonne heure. Au commence-
1 Les deux traités xo6' 'EXXtivwv et Tvepl £vav6f,wiTT|(jeco;. Dans le premier il montre l'inanité du paganisme, dans l'autre il présente la justification du christianisme; l'authenticité de ces livres n'a été contestée qu'avec de mauvaises raisons.
ment de l'année 330 il se trouvait déjà éloigné de ses fidèles et cela par la mauvaise volonté des « hérétiques ». Il s'en plaint dans son mandement pascal, sans spécifier à quelles intrigues il avait affaire. La petite église mélétienne s'était ralliée à l'évêque Alexandre, aux conditions formuléesjpar le concile de Nicée. Alexandre mort ', elle ne s'accommoda pas d'Athanase et des tiraillements se firent sentir. Le chef des Mélétiens était, depuis la mort de Mélèce, un certain Jean Arkaph, évêque de Memphis. Les partisans qu'Arius avait laissés à Alexandrie s'agitaient de leur côté. Au commencement de l'année 331, quand il lui fallut éciire la lettre pastorale - par laquelle les évêques d'Alexandrie avaient coutume d'annoncer la fête de Pâques, il était de nouveau éloigné de son troupeau, cette fois encore, du fait des « hérétiques ))^ Athanase mettait à leur rentrée dans l'Eglise des conditions qui leur semblaient excessives ; Eusèbe de Nicomédie les appuyait de loin et faisait tenir au. jeune évêque des instances écrites et des menaces verbales. Il fit en sorte que Constantin lui ordonnât de recevoir ceux qui le demandaient, sous peine d'être lui-même écarté d'A-
i Cinq mois après l'union (Athanase, Apol. c. Ar., 59), qui eut lieu ainsi vers la fin de l'année 327. Il y eut entre la fin du concile de Nicée et la réunion des Mélétiens, un intervalle d'environ deux ans.
2 Lettre n" 3. La chronique en tète de ces lettres lui fait expédier celle-ci pendant son voyage de la cour [comitatus] à Alexandrie ; mais il doit y avoir confusion, à ce sujet, entre la lettre de 331 et celle de 332,
s Toùç îtepl "Apsiov dit saint Athanase (/. c.) ; il ne peut être ici question d'Arius en personne et de ses compagnons d'exil.
no CHAPITRE Y
lexandrie*. Que ces menaces eussent reçu un commen cément d'exécution ou que quelque émeute lui eût conseillé de se retirer momentanément, il est certain qu'il dut s'éloigner de sa ville épiscopale. Il écrivit à l'empereur pour justifier son attitude; mais les Mélétiens entrèrent en lice. Trois de leurs évèques, Ision, Eudaemon et Callinique 2, s'en allèrent à la cour porter plainte contre lui. Il avait, disaient-ils, imposé aux Egyptiens un tribut de chemises de lin. Deux de ses prêtres, Apis et Macaire, qui se trouvaient a la cour, réfutèrent l'accusation ; mais l'empereur manda à l'évêque de se rendre auprès de lui. Deux autres accusations se produisirent alors. Le prêtre Macaire avait, sous la responsabilité de son évêque, brisé un calice dans une tournée pastorale en Maréote. Athanase lui-même avait envoyé une grosse somme à un certain Pbiiomène, soupçonné de mauvaises intentions à l'égard de la personne impériale. Ceci surtout était tués grave.
Athanase avait à Nicomédie un ami st^ir et puissant, le préfet du prétoire Ablavius. Il se justifia : ses accusateurs furent chassés de la cour, et lui-même, a()rès avoir souffert de l'hiver, put rentrer à Alexandrie avant
1 Athanase (Apol. c. Ar., S9) nous a conservé un fragment de cette lettre impériale; il dit qu'elle fut apportée par les « palatins » Syncletius et Gaudentius. S'il n'y a pas ici un lapsus mémoriae, il faudra admettre que ces officiers firent deux fois le voyage, car nous les trouverons plus tard porteurs d'autres lettres impériales.
2 Apol. c. Ar., 60; cf. lettre festale n» 4; dans cette pièce, il joint aux trois autres accusateurs t le ridicule Hiéracammon, qui, » honteux de son nom, se fait appeler Euloge ».
EUSÈBE ET ATUANASE 171
la Pùque de 332 K II y rapportait une lettre impériale où, après une longue homélie sur la concorde, se trouvaient quelques inots de recommandation pour la personne de l'évêque, sans qu'aucun blâme précis fût infligé à ses accusateurs 2. Athanase reprit le gouvernement de son église et le cours de ses visites métropolitaines^. Constantin maintenait encore, non seulement sa fidélité au concile de Nicée, mais aussi son absolue réprobation d'Arius, de ses adhérents et de ses fauteurs. Il lui fallait en Orient un christianisme pacifique et uniforme. Peu après la déposition d'Eustathe, il édicta* des mesures rigoureuses contre les vieux dissidents, Novatieus, Valentiniens, Marcionites, Paulianistes Montanistes, et, en général, contre tous les hérétiques, interdisant leurs réunions et confisquant leurs lieux de culte.- En 332 ou 333, des employés de la secrétairerie impériale {magislriani), Syncletius et Gaudentius, apportèrent à Alexandrie deux lettres impériales adressées l'une aux évèques et aux fidèles % l'autre à Arius et aux Ariens ^
• La Chronique des fettres festales, qui avance ce voyage d'un an, en indique une bien singulière cause; les ennemis d'Athanase l'avaient accusé d'avoir été fait évéque trop jeune. C'est là tout ce qu'elle connaît en fait d'accusations. Le mieux est de s'en rapporter à l'Apologie contre les Ariens.
2 Apol. c. Ar., 61, 62.
3 En 329-330, il visita la Thébaïde : en 331-332, les provinces libyennes (Pentapole, oasis d'Ammon) ; en 333-334, la Basse-Egypte (Chronique des lettres festales).