CHAPITRE PREMIER
le Gange et l’Indus. L’Asie occidentale n’a que deux grands fleuves : le Tigre et l’Euphrate, qui vont tomber ensemble dans le golfe Persique. Le lac Aral reçoit le Sihoun ( Jaxartes ), le Djihoun ( Oxus ).
L’Asie n’a de grande île que celle de Ceylan ( Taprobane)\ celles que nous avons déjà nommées, Cyprès, Rhodes et et Samos, sont des dépendances de l’Asie mineure.
Les anciennes divisions géographique de l’Asie étaient : l’Asie mineure, renfermant à l’ouest la Mysie, la Troade, l’Éolide, l’Ionie, la Lydie etlaDoride; au Sud, la Carie, la Lycie, la Pamphylie et la Cilicie ; au nord, la Bithynie, la Paphlagonie, le Pont; au centre, la Phrygie et la Cappadoce. Au delà, en marchant vers l’est et le sud, on trouvait l’Arménie, la Syrie avec la Palestine et la Phénicie; l’Arabie, la Mésopotamie avec l’Assyrie et la Babylonie, la Susiane, la Médie, la Perside, l’Hyrcanie, la Parthiène, la Margiane, la Bactriane, la Sogdiane, le Paropamise, l’Arie, la Drangiane et l’Arachosie, la Carmanie et la Gédrosie. Tous ces pays, l’Arabie exceptée, firent partie de l’empire des Perses et d’Alexandre. L’Inde était divisée en deux parties, en deçà et au delà du Gange; celle-ci allant jusqu’à la mer Orientale. La Sibérie formait la Sarmatie asiatique et la Scythie en deçà et au delà de l’Imaüs (le Bolor). La Chine était le pays des Sères ( Serica ).
Limite* du monde connu de* ancien* a.
Mais les anciens, nous parlons des Grecs et des Romains, étaient loin d’avoir parcouru tout leur continent. Ils en connaissaient à peine le quart. Ptolémée a résumé, dans son livre, au deuxième siècle de notre ère, toute leur sience géographique.
En Afrique, ils n’habitèrent que la zone septentrionale, mais s’avancèrent à l’est jusqu’au cap Prasum (Delgado); à l’ouest, jusqu’au Daradus, ou Sénégal; ils connurent l’exi-
i. Sur celte question, voyez les ouvrages de d’Anville, de Gosselin, de Malte-Brun et de Mannert.
stence du Niger, et explorèrent les îles Fortunées (Canaries). En Asie, ils visitèrent quelques points des côtes d’Arabie; à l’est, ils arrivèrent à peine jusqu’au Gange, et, au nord, s’arrêtèrent au laxarte. Ils s’avancèrent peu dans la Sarmalie européenne, et ne pénétrèrent pas dans la Scandinavie. Us avaient bien quelques vagues notions sur les pays au delà de ces limites; et des individus, des marchands, allèrent certainement beaucoup plus loin. En Germanie, ils franchirent l’Elbe, allèrent chercher l’ambre jaune sur les bords de la Vistule, et pénétrèrent jusqu’à la Duna. Dans la Sarmatie asiatique, qui commençait au Don ( Tanais ), ils remontèrent le Volga et la Kama, au delà desquels on plaçait les fabuleux Hyperboréens. Cent vingt vaisseaux marchands partaient annuellement de la mer Rouge pour l’Inde, et peut-être quelques-uns allaient-ils plus loin, car les denreés de la Chine, la soie, certains parfums, même un fer excellent, arrivaient dans l’empire romain. Bien longtemps auparavant, les caravanes allaient, à travers le continent, chercher ces produits de l’Asie orientale par des routes qui ne variaient point, et dont la Bactriane était le centre.
Origine du genre humain suivant la Genèse. — Race japhétique. — Race chamite. — Race sémitique.
Origine du genre humain suivant la Cienèno.
Mille faits prouvent qu’à des époques pour nous inconnues, notre globe a été violemment tourmenté à sa surface. Tous les anciens peuples ont conservé, dans leur mythologie, un souvenir confus de ces perturbations qui précédèrent l’apparition de l’homme sur la terre, dont quelques-unes
même se continuèrent, dans des proportions restreintes, après sa création. Tels sont les déluges dont on parlait dans la Grèce, dans l'Assyrie et chez les peuples de l’extrême Orient. Mais aucun de ces antiques récits n’a la simple et imposante grandeur de celui de la Genèse, le premier livre sacré des juifs et des chrétiens.
Nous ne pouvons songer ici à assigner une date quelconque à la naissance du genre humain : qu’il nous suffise de dire que l’étude comparée de l’état actuel du globe et des plus anciennes traditions ne permet pas de lui donner plus de six à sept mille ans d’existence. Ainsi disparaissent ces chronologies fabuleuses qui prodiguaient les siècles à certaines nations, telles que les Égyptiens, les Chaldéens, les Indiens, les Chinois. Nous ne chercherons pas non plus a faire connaître le lieu où fut placé le berceau du premier homme. Les commentateurs les plus savants et les plus orthodoxes ont laissé la question indécise. Pour plus d’un motif, nous imiterons leur sage réserve et nous nous en tiendrons à l'opinion commune qui place en Asie l’origine de la première famille humaine et la source de toute civilisation.
Dieu, dit Moïse, créa successivement la lumière, le firmament, la terre, les plantes, le soleil, les poissons, les oiseaux et tous les animaux. Ensuite il fit l’homme. Mais l’homme désobéit dans Éden, et cette désobéissance le condamna au travail et à la douleur. Adam et Ève, le premier couple humain, eurent deux fils; mais Caïn, l’un d’eux, tua son frère Abel et se retira avec les siens à l’orient d’Êden, où il bâtit une ville qu’il appela Enoch, du nom de son premier-né. D’Énoch naquit Laruech, qui lui-même eut plusieurs enfants : Jabel, « le père de ceux qui demeurent dans les tentes et des pasteurs » ; Jubal, inventeur de la musique, Tubalcaïn, qui sut travailler le fer et l’airain.
Adam eut un troisième fils nommé Seth, et Dieu lui donna encore d’autres enfants. Seth vécut neuf cent douze ans et eut une nombreuse famille qui conserva les traditions religieuses jusqu’au temps du déluge, après lequel elles passèrent dans la race de Sem. Les descendants de Seth furent Énos, Gaïnan, Malaléel, Jared, Hénoch, qui marcha pendant
trois cent soixante-cinq ans dans les voies de l’Éternel, et qui fut ravi au ciel; Mathusaïem, qui vécut la plus longue vie, neuf cent soixante-neuf ans, Lamech, enfin Noé, qui fut père de Sem, Gham et Japhet. Chacun d’eux fut la tige d’une postérité nombreuse.
Cependant les hommes se corrompirent et firent le mal. Aussi le Seigneur irrité voulut exterminer leur race. Noé seul trouva grâce devant lui. Dieu lui fit bâtir une arche, dans laquelle il s’enferma avec les siens et sept couples de tous les animaux ; puis le déluge commença. La pluie tomba pendant quarante jours et quarante nuits, et les eaux s’élevèrent de quinze coudées au-dessus des plus hautes montagnes. Durant cinquante jours elles couvrirent la face de la terre; tout périt (2482 av. J. G., 3167, selon les Septante).
Au huitième mois, l’arche s’arrêta sur le mont Ararat. Bientôt les sommets des montagnes commencèrent à paraître. Noé laissa envoler une colombe qui, sur le soir, rentra, tenant dans son bec un rameau d’olivier. A ce signe, le patriarche reconnut que les eaux s’étaient retirées. Après être sorti de l'arche, Noé sacrifia au Seigneur, puis commença à cultiver la terre. Sa postérité fut nombreuse, car il vécut encore trois cent cinquante ans après le déluge; il en avait neuf cent cinquante quand il mourut.
Cependant les hommes s’étaient multipliés dans la plaine de Sennaar, entre le Tigre et l’Euphrate. Nemrod, le puissant Ghasseur devant l’Éternel, était le maître des peuples. Us n’avaient encore qu’une seule langue; et dans leur insolente audace ils se dirent : « Allons, courage, bâtissons une ville et une tour, dont la tête touchera le ciel. » Mais Dieu abattit leur orgueil en confondant leur langage ; et, ne pouvant plus s’entendre les uns les autres, ils se dispersèrent et formèrent les trois races qui ont peuplé le monde : les fils de Gham, en Afrique; les enfants de Sem, en Asie ; la postérité de Japhet, en Europe. Ce fut pour cette raison que cette tour fut appelée Babel, c’est-à-dire la confusion, car c’était là que les langues s’étaient confondues *.
i . Pour les détails, voyez l’ Histoire , sainted 'après la Bible, faisant partie de notre collection
La question des races humaines, étudiées à l’aide de la physiologie et de la linguistique, est un vaste sujet que nous ne pouvons aborder ici '. Nous préférons nous en tenir au texte biblique et aux commentaires que quelques savants hommes y ont ajoutés pour l’éclaircir.
Race jnpliétique.
C’est dans le dixième chapitre de la Genèse qu’il faut aller chercher le tableau le plus ancien, le plus intéressant et le plus complet du monde primitif. Nous n’avons pas la prétention de discuter ici toutes les questions que soulève un tel document. ; mais nous devons constater, au moins, d’une manière générale, les rapports de filiation, de parenté, de voisinage, qui ont été reconnus par la science et la tradition, entre les membres divers de la grande famille humaine.
Suivant l’historien sacré, Japhet, dont le nom signifie extension, sans doute parce que sa postérité couvrit une immense étendue de pays, eut sept fils : Gomer, Magog, Madaï, Thubal, Mosoch , Thyras et Javan.
Gomer représente les familles primitivement établies sur la rive septentrionale du Pont-Euxin et au nord de la Grèce. C’est d’elles que devaient sortir un jour ces peuples si connus des historiens grecs et romains sous le nom de Gimmériens, de Gimbres et de Kimris. Qui ne sait que ces barbares furent, pendant des siècles, la terreur de l’Asie et de l’Europe, et qu’ils firent trembler Rome même dans tout l’éclat de £ puissance ?
Magog est presque toujours associé à Gog dans l’Écriture sainte. Les allusions si fréquentes des prophètes hébreux aux iucursions, aux ravages des fils de Gog et de Magog nous autorisent suffisamment h voir aussi en eux des tribus du nord. On les a souvent assimilés aux Mussagètes et aux Gèles. L’historien Josèphe, fidèle à la tradition constante de sa nation, les confond avec les Scythes.
1 . Ce sujet sera d'ailleurs traité, avec les développements nécessaires, dans un des volumes de notre collection.
La synonymie de Madaï et des Modes n’est pas moins certaine. On peut être surpris de trouver le nom des Modes dans le tableau de Moïse, sept à huit siècles avant leur apparition dans l’histoire. Mais le rapprochement des traditions orientales et du récit biblique ne nous laisse aucun doute sur l’extrême antiquité des Mèdes.
La suite de la généalogie de Japhet comprend les noms de Thubal , Mosoch et Thyras. L’identité de Thubal et des Tibaréniens est parfaitement établie; ee peuple habitait les montagnes voisines de la Golchide. Par Mosoch les interprètes les plus autorisés désignent les Mosches d’Hérodote, qui occupaient le territoire compris entre le terrain des Tibaréniens et la Phrygie. Thyras ne peut être que la Thrace. Les historiens grecs nous affirment d’ailleurs que les Thraces étaient originaires de l’Asie Mineure, et que partis de la Bithynie, à une époque inconnue, ils étaient veuus, à travers l’Hellespont, chercher des demeures dans les contrées situées à l’est de la Macédoine.
Javan ou Joun est le père des Ioniens et des Grecs. Sortis des contrées méridionales de l’Asie mineure, les fils de Javan s’étendirent sur les côtes et dans les îles de la mer Égée et de la mer de Chypre.
De ces Ioniens primitifs vinrent Elisah, Tarshih, Kétim et Dodanim. Elisah est l’Hellas, c’est-à-dire la Grèce. Le nom de Dodanim désigne les Rhodiens. Kétim est la ville de Gitium, ou plutôt l’île de Chypre tout entière. Tarshih , malgré les interprétations contraires , ne peut être que le pays de Tarse en Gilicie. Le nom de Tarse se place naturellement à côté de ceux de Chypre et de Rhodes. Tous ces pays sont contigus sur la carte, comme dans la liste de la Genèse, et tous sont maritimes ou insulaires, ce qui fait dire à l’auteur sacré que les fils de Javan se répandirent dans les îles des nations.
Rare chamite.
Charn ou plutôt Ham, dont le nom veut dire chaleur, rappelle la grande race dont les peuples de la Phénicie, de l’Kgypte, de l’Éthiopie étaient primitivement descendus.
Suivant la Cenèse, Cham eut quatre fils : Kousch , Misraïm , Phut et Chanaan. L’identité de Kousch et des Éthiopiens est certaine ; les inscriptions hiéroglyphiques désignent toujours les peuples du haut Nil, au sud de la Nubie, par le nom de Kousch.
Dans les livres hébreux, Misraïm désigne constamment l’Égypte, et de nos jours encore les Arabes appliquent le n om de Misr soi t à la capitale de l’Egypte , soi t à l 'Égypte en ti è re .
L'identité de Phut avec les peuples qui habitaient les côtes septentrionales de l’Afrique n’est pas établie d’une manière aussi certaine. Il paraît cependant, de l’aveu des critiques les plus compétents, que ce mot pris dans sa plus grande extension s’applique aux Libyens.
Sous le nom de Chanaan sont, compris les Phéniciens et tous les peuples qui occupaient la terre de ce nom depuis Gaza jusqu’à Sodome et Gomorrhe, c’est-à-dire le payscompris entre la mer Méditerranée et la mer Morte.
De ces différents chefs sortirent un certain nombre de tribus dont il n’est pas toujours facile de déterminer la position.
Race sémitique.
Les peuples issus de Sem occupaient le pays qui s’étend depuis la haute Mésopotamie jusqu’à l’extrémité de la péninsule Arabique, et depuis les bords de la Méditerranée jusque par delà le Tigre.
Le premier-né de Sem est Elam, qui représente les Élyméens de la Perse. Toutefois, si les Elamites sont les Perses des Grecs, il faudrait admettre qu’ils furent absorbés par les populations ariennes, lorsqu’elles se répandirent dans le sud de l’Asie.
Le deuxième fils de Sem est Assur, le chef de cette Dation puissante qui, sous le nom d’Assyriens, exerça une si puissante influence sur les destinées de l’Asie occidentale.
Le troisième, Arphaxad, répond à la contrée montagneuse de l'Arménie, que Ptolémée désigne sous le nom d’Arrapachitis. Ce nom qui signifie home du Chaldèen semble indiquer que les Ghaldéens s’étaient étendus jusque-là.
Le quatrième, Lucl, représente les plus anciens habitants de la Lydie. Il est probable que ce peuple habitait originairement le voisinage de l’Assyrie et de la Mésopotamie, d’où, par suite d’un déplacement ultérieur, il vint se fixer à l’extrémité occidentale de l’Asie. Ce qui justifie cette conjecture, c’est que de récentes découvertes ont révélé chez les anciens Lydiens de nombreuses traces d’origine sémitique.
Le cinquième, Ararn, est la personnification de la grande nation araméenne ou syrienne, qui couvrait tout le pays situé entre la mer Méditerranée et l’Euphrate. Il y avait même des Araméens dans la haute Mésopotamie, jusqu’aux limites septentrionales des Chaldéens. Aussi les Hébreux divisaientils l’Aram en plusieurs régions. 1° L’Aram Naharim, l’Aram des fleuves, le pays situé entre l’Euphrate et le Tigre, et désigné par les Grecs sous le nom de Âlésopotamie ; 2° L’Aram propre ou le pays de Damas et son territoire ; 3° L’Aram Sobah'qui, suivant quelques-uns, désigne le pays où s’éleva depuis le royaume de Palmyre.
Dans la généalogie des enfants de Sem, nous trouvons, outre les Assyriens, certaines familles qui parvinrent à un grand renom. Ainsi Arphaxad est père de Salé, qui engendra à son tour Ileber, père des tribus hébraïques.
« Telles sont, ajoute en terminant son tableau, que nous abrégeons, l’auteur de la Genèse, les familles des enfants de Noé selon les diverses nations qui en sont sorties, et c’est de ces familles que se sont formés les divers peuples qui se sont répandus sur la terre après le déluge. »
Si maintenant nous voulons ramener aux trois grande divisions représentées par Sem, Cham et Japhet les différents peuples issus de leurs descendants, indiquer, au moins d’une manière générale, leurs plus anciennes migrations et leurs établissements primitifs, nous constatons les faits suivants : I. Chamites. — Il paraît certain que la race chamite a peuplé l’Asie avant les enfants de Sem, qui l’en ont chassée. Antérieurs aux Chaldéens et aux Assyriens dans la Mésopotamie, où ils fondent le royaume de Babylone, aux Hébreux dans la Palestine, les Chamites ont devancé les Aryas ou Ariens dans la Perse et dans l’Inde. Dès les temps les plus
BIST. ü’oment. 2
reculés, à une époque relativement voisine du déluge, on voit les descendants de Gham s’établir en Éthiopie et dans la vallée du Nil, comme l’indiquent les noms de Kush et de Misr appliqués à ces deux contrées. Puis, franchissant le golfe qui sépare l’Afrique de l’Asie, ils couvrent de leurs colonies les côtes de la péninsule Arabique, s’étendent le long du golfe Persique, sur les côtes de la Garmanie, de la Gédrosie et pénètrent jusqu’aux embouchures de l’Indus. Les Chamites peuplent les deux rives de ce fleuve, envahissent l’Inde centrale, s’avancent jusqu’au pied de l’Indoukoh et fondent d’autres colonies sur les deux versants de cette grande chaîne de montagnes. Le nom de Kousch donné dans les traditions orientales aux régions voisines de l’Oxus, désignées par quelques-uns comme le berceau des races humaines, semble prouver que les Chamites précédèrent aussi dans ce pays les peuples de race arienne.
Ces données sur les établissements des Chamites, consignées dans la Bible , reproduites sur les monuments de la haute Égypte et dans les poèmes antiques de l’Inde , reçoivent leur confirmation des récits postérieurs des écrivains grecs. Homère parle, en effet, des Éthiopiens de l’Orient; et Hérodote, dans la nomenclature des peuples dont se composait l’armée de Xerxès , nous montre des Éthiopiens servant dans le même corps que les Indiens. Or, les Éthiopiens d’Afrique nous étant représentés comme les descendants des Kousch, fils de Cham, les Éthiopiens d’Orient n’avaient sans doute pas une autre origine.
Mais tandis que les Chamites étendaient ainsi leur puissance sur l’Afrique et sur l’Asie méridionale , ils rencontrèrent deux autres races qui entrèrent en lutte avec eux, les vainquirent et s’emparèrent des pays qu’ils occupaient. Les Sémites les remplacèrent dans la Ghaldée, dans l'Assyrie, dans la Palestine et dans l’Arabie ; les Ariens dans l’Inde et dans le midi de l’Asie. Les descendants du fils maudit ne maintinrent leur puissance qu’en Afrique et particulièrement en Égypte, où s’éleva la plus florissante de leurs colonies.
H. Japètites. — On s’accorde à reconnaître parmi les des-
cendantsde Japhet, eu Europe, Jes Grecs et les Romains, les Germains, les Celtes, les Scythes ou Slaves ; en Asie les Perses, les Mèdes, les Bactriens et les tribus nobles de l’Inde. Ces derniers peuples, réunis sous le nom d’Aryas, étendirent, à une époque reculée, leur domination sur une partie de l’Orient. Hérodote, qui les confond avec les Mèdes, nous les montre régnant avant eux dans toute la haute Asie. Strabon, de son côté, donne le nom d’Arvane à cette vaste région comprise entre les montagnes de la Perse et l’Indus, d’une part ; et, de l’autre, entre l’Oxus et la mer Erythrée ; il ajoute que tous les peuples de cette contrée parlaient la même langue, ce qui attestait leur commune origine.
D’aaciennes traditions nous montrent les Ariens établis d’abord dans les contrées arrosées par l’Oxus et le Iaxarte . c’est-à-dire dans la Bactriane et la Sogdiane. Une branche de cette famille se dirige de bonne heure vers le midi, s’avance graduellement jusque dans l’Indoukoh et le Penjab, après avoir détruit ou subjugué les populations indigènes. L’autre s’établit dans le pays qui s’étend entre la mer Caspienne et le Tigre, et dans les montagnes de la Médie et de la Perse. On les voit même se mêler aux Assyriens et les dominer pendant plusieurs siècles.
III. Sémites. — Nous connaissons mieux les Sémites que les peuples dont nous venons de parler ; de toutes ces races de l’ancien monde, seuls ils possèdent une histoire \ mêlés intimement à nos propres destinées, ils ont exercé sur les peuples de l’Occident la plus décisive influence. C'est dans les montagnes de l’Assyrie occidentale, dans les plaines de la haute Mésopotamie qu’il faut aller chercher leurs premiers établissements. De là, leurs tribus longtemps nomades se répandirent au sud dans la péninsule Arabique, et à l’ouest dans la Syrie et l’Asie Mineure où ils se mêlèrent avec des peuples de race japétique; peu à peu ils refoulèrent en Afrique les descendants de Cham et fondèrent des États puissants sous les Assyriens, les Chaldéens et les Juifs. Les représentants les pins purs de cette race sont les Hébreux et les Arabes,
Un des résultats les plus remarquables du triomphe des races ariennes et sémitiques fut la substitution d’une civilisation plus haute et plus épurée à celle que les Ghamites avaient importée eu Asie, et qui disparut en grande partie avec eux. Ceux-ci perdirent leurs idiomes qui furent remplacés par les langues ariennes et sémitiques, beaucoup plus parfaites et plus propres à reproduire toutes les formes de la pensée humaine.
11 résulte de ce que nous venons de dire que l’histoire de la civilisation orientale peut se ramener à celle de trois grandes races profondément distinctes de mœurs, de langue et d’esprit : 1° la race japétique ou indo-européenne embrassant, comme nous l’avons dit, les classes nobles de l’Inde, celles de la Perse, du Caucase, de l’Europe entière ; 2° la race sémitique, comprenant les populations de l’Asie occidentale et méridionale, depuis l’Euphrate jusqu’à la mer Méditerranée; 3® la race chamite, représentée par les peuples de l’Afrique et surtout par les Égyptiens et les Éthiopiens. Toutefois, les Phéniciens et les Carthaginois, leurs descendants, ayant fortement subi l’influence de la race sémitique, peuvent par cela même être confondus avec cette dernière. L’étude attentive des traditions historiques , la comparaison des langues et l’examen des caractères physiologiques montrent la confraternité des différents peuples issus de chacune de ces races. On sait, par exemple, que la langue sacrée de l’Inde, le sanscrit, présente avec les idiomes de la Perse, de la Grèce et de l’Italie ancienne une frappante conformité et que cette langue, au moins dans ses éléments fondamentaux, a régné depuis l’Inde jusqu’à la Scandinavie. Il a été ainsi démontré que les Indiens, les Perses, les Germains, les Grecs, ont une origine commune, et l’identité de la race japétique avec celle que les modernes ont appelée indo-germanique a été démontrée avec la plus parfaite évidence *.
De même chez les descendants de Sem, la langue est le
t . Voyez sur cette question des races le savant ouvrage de M. A. Maury, Ut V. /■ <• et V Homme,
lien commun entre les Chaldéens, les Syriens, les Hébreux, les Arabes auxquels il faut ajouter les Phéniciens. On ne sera pas surpris de cette communauté de langage entre les Phéniciens et les peuples sémitiques, si l’on sait que les tribus appartenant à ces deux branches de la famille humaine furent amalgamées, confondues, si l’on se rappelle . surtout que les Phéniciens, descendants de Chanaan, subirent de bonne heure la domination des Sémites. Longtemps on a cru que les Egyptiens eurent un idiome à part, mais les rapports nombreux que les modernes constatent entre la langue hébraïque et la langue égyptienne, semblent faire rentrer aussi cette dernière dans le système des langues sémitiques.
La descendance de Sem, de Cham et de Japhet forme bien la grande division de la race blanche ou caucasique qui a peuplé l’Asie occidentale, toute l’Europe et le nord de l’Afrique. Mais il y a encore deux autres races, la race jaune ou mongolique qui a toujours habité l’est et le nord de l’Asie, et la race noire qui s’est concentrée dans l’Afrique. L’une, la race noire, n’a pas d’histoire, et la race jaune à laquelle appartiennent les Mongols et les Chinois est restée en dehors du mouvement de la civilisation générale. Ces deux branches de la famille humaine seront donc exclues de notre travail qui ne s’étendra même pas à tous les peuples de la race caucasique, car les Indiens , malgré leur civilisation brillante et la proche parenté de leur langue avec tous nos idiomes, n’ont pas conservé de monuments certains de leur histoire. Aussi n’y a-t-il guère à s’éloigner, pendant une moitié de l’histoire universelle, des bords de la Méditerranée. C’est sur cette mer et dans les pays qu’elle baigne que se sont décidées les destinées des péuples anciens et des États du moyen âge.
LES ASSYRIENS
Babytone et Niûive. Première» dynasties babyloniennes. Le premier empire d’Assyrie. Ninus, Sémiramis, Sardanapale. — Démembrement. — Second empire assyrien. — Empire ehaldéo-babylonien. Nabuchodonosor. — Religion. — Gouvernement. — Commerce. — Art assyrien.
Babylone et lflnlve. Première* dynastie* babylonienne*. l.e premier empire d’Awsyrlc. alnus, «emlraml*, Hurtlanupale. Dcmembrement.
Il y a des contrées qui semblent destinées parla Providence à servir de rendez-vous aux nations. Ce fut le sort de cette vaste plaine située entre le Tigre et l’Euphrate, à laquelle îss Grecs avaient donné le nom de Mésopotamie. C’est là, en effet, que se sont rencontrées toutes les races de l’ancien monde, et que, depuis Nemrod, jusqu’aux successeurs de Mahomet, elles se sont disputé l’empire de l’Asie. C’est là aussi que commence l'histoire des sociétés humaines. Écoutons la Bible :
« La terre n’avait d’abord qu’une langue et une manière de parler.
* Mais les peuples étant venus de l’Orient, trouvèrent une campagne dans le pays de Sennaar et ils y habitèrent.
< Et ils se dirent les uns aux autres : » Venez, bâtissons-nous « une ville et une tour dont le sommet s’élève jusqu’au ciel « pour rendre notre nom célèbre. »
« Mais le Seigneur confondit leur langage, de sorte qu’ils ne purent plus s’entendre. Alors ils cessèrent de bâtir cette ville et ils se dispersèrent par toute la terre.
« C’est pour cette raison que cette ville fut appelée Babel, c’est-à-dire la confusion, parce que c?est là qu’eut lieu la confusion des langues. »
LES ASSYRIENS
La tour de Babel devint bientôt le noyau des populations environnantes et le centre d’un petit État qui fut gouverné par un chef de race chamite *. « Nemrod, dit l’Écriture, fut un fort chasseur devant le Seigneur; il commença à être puissant sur la terre. La ville capitale de son royaume fut Babel, outre celle d’Arach, Achad et Chalanné, dans le pays de Sennaar. »
« De ce pays sortit Assur, qui bâtit Ninive, la ville de Rhohobot et Chalé. »
« Il bâtit aussi la grande ville de Resen entre Ninive et Chalé. »
Tels furent les humbles commencements des deux empires qui devaient plus tard jouer un si grand rôle dans l’histoire de l’Orient.
A cette invasion des Kouschites dans la Babylonie, à h fondation d’un petit royaume sur les bords de l’Euphrate, correspondent vraisemblablement l’émigration d’un autre fils de Cham et l’établissement d’un autre État dans la vallée du Nil. C’est du moins ce que semblent indiquer la haute antiquité de la monarchie égyptienne et le nom de Misr (Misraïru) donné constamment à l’Égypte dans les inscriptions assyriennes et pharaoniques.
Nous ne savons rien des successeurs de Nemrod, ni de ces premiers Sémites qui, refoulés au nord par le conquérant de la Bible, allèrent s’établir, sous la conduite d’Assur, dans les bourgades ci-dessus mentionnées. Ce qu’il nous est permis d’entrevoir à travers les traditions plus ou moins fabuleuses des annales babyloniennes, c’est que les deux cités forment 4 d’abord deux États distincts et séparés. Mais, tandis que les Ninivites ne possèdent que le pays montueux situé au sud de l’Arménie et de la Médie, les Babyloniens s’étendent dans les vastes plaines situées entre le golfe Persique, le
1. Il est bien démontré que l’énorme massif de terre et de briques qui s’é. lève à deux heures de la rive occidentale de l’Euphrate, et que la tradition locale désigne sous le nom de Birs-Nimroûd, représente la tour de Babel, devenue ensuite le temple de Bel. Ce monticule de décombres que couronnent les restes encore très-élevés d’un mur de briques, domine la plaivc d’une hauteur totale de 4 5;i pieds 6 pouces anglais, près de 47 mètres.
désert de Syrie et les montagnes du Nord. La population s’accroît rapidement sur un sol fertile et favorisé par un beau climat; les villes se multiplient, les sciences et les arts se développent ; l’astronomie prend naissance sous un ciel splendide; en même temps s’établit sur les ruines des croyances primitives ce culte du soleil et des autres corps célestes, qui devait servir de fondement à la religion de ces contrées. Les Chaldéens1, de bonne heure organisés comme caste supérieure, commencent à recueillir ces connaissances mystérieuses sur lesquelles devait reposer leur longue puissance.
Mais cette civilisation devait être arrêtée plus d’une fois dans son essor; et plusieurs siècles s’écoulent pendant lesquels des invasions parties du nord et du midi amènent successivement en Mésopotamie des races nouvelles et de nouvelles dynasties.
Ce sont d’abord les Ariens de race japétique, qui expulsent les rois Chamites de la descendance de Nemrod et régnent sur la Mésopotamie pendant 224 ans. A cet établissement d’une dynastie médique à Babylone , mentionné par Bérose, se rattache un nom célèbre dans les traditions de l’Orient, celui de Zoroastre, chef des Baclriens, conquérant et législateur tout à la fois, et dont les doctrines religieuses propagées par la guerre, laissèrent dans les contrées voisines du Tigre et de l’Euphraté, et particulièrement en Perse et en Médie, une si profonde empreinte.
Mais, vers 2200 avant notre ère, la domination arienne est renversée à son tour par les Scythes ouTouraniens. Telle est du moins l’opinion d’un savant Assyriologue qui croit pouvoir placer, à cette époque, la plus ancienne de ces invasions
t . Les Chaldéens habitaient primitivement le pays d'Ur, patrie des ancêtres d’Abraham, dans le voisinage de ces montagnes désignées par les géographes classiques sous le nom de Karduchi, Gorduæi, et habitées aujourd’hui par les tribus kurdes. A quelle époque se rendirent-ils maîtres de la Babylonie? Comment y fondêrent-ils une domination politique assez forte pour se maintenir pendant une longue suite de siècles à travers les révolutions que le pays eut à subir? Comment enfin ce nom de Chaldéens désigna-t-il d'une manière toute spéciale la partie savante de la nation? Ce sont autant de questions auxquelles l’histoire n'a pas encore fourni de réponse satisfaisante.
LES ASSYRIENS
qu’on vit se renouveler si souvent dans les siècles postérieurs. Si on en croit M. Oppert, l’influence de ces peuples fut considérable, car ils importèrent en Mésopotamie et en Syrie cette écriture cunéiforme, dont l’interprétation sera une des gloires de notre temps.
Le représentant ingénieux de cette opinion a cru reconnaître une origine touranienne dans le nom de ce roi d’Élam, Khodorlahomor qui , au temps d’ Abraham , pille les villes de Sodome et de Gomorrhe , et fait prisonnier Loth, le neveu du patriarche1. Nous n’avons pas à discuter ici la valeur de ces idées ; nous dirons seulement que ce qui nous paraît résulter du texte même de la Bible, c’est qu’au temps où Abraham, obéissant à l’inspiration divine et fuyant les superstitions de la Ghaldée, se dirigeait vers le pays de Ghanaan, la Mésopotamie était partagée entre plusieurs petits États, dont aucun ne semble avoir été assez puissant pour absorber les autres. Ces rois, que l’Écriture sainte nous montre ligués avec Khodorlahomor contre la Pentapole, sont Amraphel, roi de Sennaar ou de Babylonie, Arioch, roi d’Ellasar, et Thidal, roi des nations *.
Un peu plus tard, vers le vingtième siècle avant Jésus- Christ, on voit s’élever à Babylone une domination nouvelle, celle des Sémites ou Chaldéens. Un monument de Tiglat Piléser mentionne deux de leurs rois, Samsi-Hou et Ismidagan. L’expédition française de Mésopotamie a également recueilli le nom d’un prince nommé Naramsin, qu’on nous représente comme ayant construit des temples et des palais. Enfin, nous avons une inscription du roi babylonien Hammourabi, qui paraît avoir régné vers 1800 ans av. J. C. Malheureusement, ces documents ne jettent presque aucun jour sur l’histoire de Babylone..
La puissance prépondérante en Asie, à cette époque, c’est l’Égypte. C’est le temps, en effet, où la puissance égyptienne, qui vient de se relever sous les Pharaons de la
X. Voir dans les Archives des missions scientifiques le rapport adressé i S Exe. M. le ministre de l’Instruction publique et des cultes, p. 2)8.