‹ Histoire ancienne de l'OrientChapitre 20 sur 47 · Voy. les inscriptions de Nabuchodonosor, ibid · texte numérisé non relu

Voy. les inscriptions de Nabuchodonosor, ibid

3. Le grand mur de Babylone, suivant M. Opperl, renfermait un espace de 5t3 kilomètres carrés, c’est-à-dire un territoire grand comme le département de la Seine cl quinze fois l’étendue de la ville de Paris en 1859, sept fois celle de la même capitale en 1800.

Le second mur renfermait un espace de 290 kilomètres carrés, beaucoup plus grand que la ville de Londres.

Il faut appliquer à Babylone ce que nous avons dit de Ninive. La ville n’était pas habitée tout entière. Quinle-O.urce ne parle que de 90 stades de pourtour couverts de maisons; le reste était cultivé et pouvait, pendant longtemps, fournir les moyens d’éviter une famine. C’est en parlant de Babylone qn’Aristote, voulant donner une idée exacte d’une ville telle qu’il la concevait, a dit (Poht., iu, 1) : a Ce n’est pas par les murs qu’on fait une ville. On n’aurait alors qu’à entourer le Péloponnèse d’un mur. Semblahle à une telle ville est Babylone et toute autre ville dont le pourtour renferme plutôt un peuple qu’une cité. »

dont l’enceinte est grande et bien fortifiée ; l’autre, par le lieu consacré à Jupiter Bélus, dont les portes sont d’airain, et qui subsiste encore actuellement. »

Tous ces travaux dont parle Hérodote, et qui avaient fait de Babylone la plus célèbre capitale du monde, n’étaient pas l’œuvre d’un seul règne. « Babylone, ajoute l’historien grec, a eu beaucoup de rois. Ce sont eux qui ont environné cette ville de murailles, et qui l’ont embellie par les temples qu’ils y ont élevés. Parmi ces princes on compte deux reines. La première précéda l’autre de cinq générations^ elle s’appelait Sémiramis. Elle fit faire ces digues remarquables qui retiennent l’Euphrate dans son lit, et l’empêchent d'inonder la campagne. La seconde reine nommée Nitocris fut, à mon avis, plus prudente que la première. »

« Parmi plusieurs ouvrages dignes de mémoire, dont je vais parler, elle fit celui-ci. Ayant remarqué que les Mèdes, devenus puissants, ne pouvaient rester en repos, qu’ils s’étaient rendus maîtres de plusieurs villes, et entre autres de Kinive, elle se fortifia d’avance contre eux autant qu’elle le put. Premièrement, elle fit creuser des canaux au-dessus de Babylone; par ce moyen, l’Euphrate, qui traverse la ville par le milieu, de droit qu’il était auparavant devint oblique et tortueux, au point qu’il passe trois fois par Ardéricca, bourgade d’Assyrie ; et encore maintenant ceux qui se transportent de cette mer-ci à Babylone rencontrent, en descendant l’Euphrate, ce bourg trois fois en trois jours.

« Elle fit faire ensuite de chaque côté une levée digne d’admiration, tant pour sa largeur que pour sa hauteur, bie»loin au-dessus de Babylone, et à une petite distance du fleuve, elle fit creuser un lac destiné à recevoir les eaux du fleuve quand il vient à se déborder. Il avait quatre cent vingt stades de tour : quant à la profondeur, on le creusa jusqu’à ce qu’on trouvât l’eau. La terre qu’on en tira servit à relever les bords de la rivière. Ce lac achevé, on en revêtit les bords de pierre. Ces deux ouvrages, savoir l’Euphrate rendu tortueux et le lac, avaient pour but de ralentir le cours de ce fleuve en brisant son impétuosité par un grand nombre de sinuosités, et d’obliger ceux qui se rendraient par eau à Ba-

LES ASSYRIENS

bylone d’y aller en faisant plusieurs détours, et de les forcer, au sortir de ces détours, à entrer dans un lac immense. Elle fit faire ces travaux dans la partie de ses États les plus expoés à l’irruption des Mèdes, et du côté où ils ont moins de chemin à faire pour entrer sur les terres, afin que, n’ayant point de commerce avec les Assyriens, ils ne pussent prendre aucune connaissance de ses affaires.

« Ce fut ainsi que celte princesse fortifia son pays; quand ces ouvrages furent achevés, voici ceux qu’elle y ajouta : Babylone est divisée en deux parties, et l’Euphrate la traverse par le milieu. Sous les rois précédents, quand on voulait aller d’un côté de la ville à l’autre, il fallait nécessairement passer le fleuve en bateau, ce qui était, à mon avis, fort incommode. Nitocris y pourvut; le lac qu’elle creusa pour obvier aux débordements du fleuve lui permit d’ajouter a ce travail un autre ouvrage qui a éternisé sa mémoire.

« Elle fit tailler de grandes pierres ; et lorsqu’elles furent prêtes à être mises en œuvre, et que le lac eut été creusé, elle détourna les eaux de l’Euphrate dans ce lac. Pendant qu’il se remplissait, l’ancien lit du fleuve demeura à sec. Ce fut «dors qu’on en revêtit les bords de briques cuites en dedans de la ville, ainsi que les descentes qui conduisent des petites portes à la rivière ; et l’on s’y prit comme l’on avait fait pour construire le mur : on bâtit aussi au milieu de la ville un pont avec les pierres qu’on avait tirées des carrières, et on les lia ensemble avec du fer et du plomb. Pendant le jour on y passait sur des pièces de bois carrées qu’on retirait le soir, de crainte que les habitants n’allassent de l’un et de l’autre côté du fleuve, pour se voler réciproquement. Lors- v qu’on eut fait passer dans le lac les eaux du fleuve, on travailla au pont. Le pont achevé, on fit rentrer l’Euphrate dans son ancien lit; et ce fut alors que les Babyloniens s’aperçurent de l’utilité du lac, et qu’ils reconnurent la commodité du pont1. »

Depuis Sémiramis, tous les rois qui avaient occupé le trône de Babylone, avaient travaillé à l’agrandissement et à l’embel-

(. Hérod., liv. I, chap. clxxxv.

lissement de cette ville. Devenue le siège de l’empire ninivite, au moins par la résidence temporaire d’Assar-Addon qui y amena captif le roi de Juda Manassès, la cité chaldéenne grandit de jour en jour, jusqu’au moment où, par la destruction de Ninive, elle devint la capitale d’un nouvel empire. C’est alors que Nabopolassar commença la construction de la grande enceinte, qui devait être continuée et achevée par Nabuchodonosor.

Suivant M. Oppert, Nitocris, épouse de ce satrape de Babylone, aurait pris une part active à ces travaux , et ^ n’est pas invraisemblable que les entreprises qu’IIérodote attribue k cette princesse soient les mêmes dont le roi Nabuchodonosor fait honneur à son père déjà affaibli par l’àge, selon Bérose. « Cette opinion, ajoute M. Oppert, nous parait d’autant plus plausible que le père de l’histoire ne fait pas de Nitocris l’auteur des murailles, mais simplement des travaux hydrauliques dont le destructeur de Jérusalem attribue l’exécution à Nabopolassar1. »

Quoi qu’il en soit, Nabuchodonosor continua, en la surpassant, l’œuvre de son prédécesseur. Sous son règne, Babylone devint la première ville du monde. Une cité nouvelle s’éleva sur la rive orientale de l’Euphrate, en face de la vieille cité de Nemrod. Un nouveau palais fut construit, beaucoup plus somptueux que l’ancien s; et dans la vaste enceinte de ce palais, le roi lit élever et planter comme une montagne artificielle ces fameux jardins suspendus qui devaient rappeler k la reine Amytis, Mède d’origine, les pittoresques aspects de son pays3. Les grands murs commencés sous Nabopolassar furent achevés, et des incriptiom, commémoratives qu’on a récemment retrouvées durent trans mettre à la postérité le souvenir de ce gigantesque travail.

« Imgur-Bel et Nivitti -Bel, les grandes enceintes de Babylone, je les ai bâties en carré.... J’ai construit en paroi escar-

4. Rapport adressé à S. Ere. il. le ministre de l’instruction publique, Archives des liassions scientifiques , p. 223.

2. On croit reconnaître Remplacement de ce palais dans le tumulus de Kasr (le château), un des débris les plus considérables de l’ancienne Rabylone.

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