‹ Histoire ancienne de l'OrientChapitre 25 sur 47 · I. l.es Rais, ch. xvu, v · texte numérisé non relu

I. l.es Rais, ch. xvu, v

LES ASSYRIENS

dent de leur bon ou de leur mauvais destin. Les changements qui surviennent dans l’atmosphère sont autant de signes de bonheur ou de malheur pour les pays et les nations, aussi bien que pour les rois ou les individus. Les astres deviennent ainsi les interprètes des volontés divines, ou, pour mieux dire, des arrêts du destin. »

Le plus considérable et le plus influent de ces astres, celui qui circule au plus haut des deux , reçut le nom de El ou Bel , qui lui devint commun avec le soleil et avec l’antique et suprême divinité des peuples sémitiques. Les autres planètes du système chaldéen étaient Mars, Vénus, Mercure et Jupiter ; Mars était désigné par eux sous le nom de Nergal ; Vénus est la même que Nana, Nanain dans les livres saints. Mercure était appelé Nébo, dont le nom se rencontre dans la composition d’une foule de noms assyriens. Jupiter est le même que Bel Gad.

Avec le soleil et la lune , avec les cinq planètes et les divinités qui les régissent, prirent place dans ce système les douze maîtres ou conseillers des dieux dont chacun préside à un mois de l’année et à un des douze signes du zodiaque. Puis à ces divinités principales se rattachaient d’autres puissances distribuées dans un ordre tout à fait scientifique et religieux, et entrant comme élément principal dans le culte des Ghaldéens. Ce panthéisme sidérique était répandu nonseulement dans l’empire assyrien, mais encore dans les pays voisins où il pénétra profondément les croyances nationales. C’est ainsi que, suivant le témoignage du livre des Rois, les Juifs , qui avaient si souvent été mis en contact par la guerre avec les Assyriens, offraient de l'encens au soleil, à la lune, aux douze signes du zodiaque et à toute l’armée du ciel. Nous savons aussi que les princes de Juda avaient consacré des chevaux au soleil, à l’imitation des monarques d'Assyrie.

Ce système était trop savant, trop compliqué, on le comprend, pour qu’il pût répondre aux besoins grossiers, aux passions sensuelles de la foule. Tout nous prouve, en effet, que le naturalisme jouait un grand rôle dans le culte de Babylone. Les récits des historiens profanes, ceux des prophètes

hébreux, les monuments provenant des ruines de cette grande cité, tels que les cylindres, les pierres gravées , témoignent de la quantité et de la variété des idoles qu’on adorait dans ce pays. Le grand dieu et la grande déesse de la nature.étaient,' chez les Babyloniens, Bel ou Baal et Beltis ou Mylitta, le Jupiter et la Vénus des Grecs. Bel avait son temple à Babylone ; c’était, nous l’avons dit, le même monument que la tour de Babel agrandie, enrichie par la magnificence et la piété des rois chaldéens. Mylitta avait aussi le sien, au centre même de Babylone, et une coutume infâme obligeait chaque femme du pays à y sacrifier sa pudeur, en se livrant, une fois en sa vie, à un étranger.

Hérodote, qui vit le temple de Bel dans le cours du cinquième siècle avant J. C., en a laissé la description suivante. « G’ est, dit le curieux voyageur grec, un carré régulier, qui a deux stades en tous sens (ou en kilomètres, 0,27). On voit au milieu une tour massive, qui a un stade, tant en longueur qu’en largeur (en kilomètres, 0,135) ; sur cette tour s’en élève une autre, et sur cette seconde encore une autre, et ainsi de suite, de sorte que l’on en compte jusqu’à huit. Dans la dernière tour est une chapelle, dans cette chapelle un lit bien garni, et près de ce lit une table d’or. On n’y voit point de statues; personne n’y passe la nuit, à moins que ce ne soit une femme du pays que le dieu désigne.

« Dans ce temple de Babylone, il y a une autre chapelle en bas où l’on voit une grande statue d’or qui représente Jupiter assis. Près de cette statue est encore une table d’or. On voit , hors de cette chapelle, un autel d’or, et un autre autel très-grand, sur lequel on immole du bétail. Les Ghaldéens brûlent aussi, sur ce grand autel, tous les ans,* à la fête de ce dieu, 1000 talents pesant d’encens. »

Tous ces renseignements se trouvent confirmés par le prophète Daniel, qui nous fournit d’intéressants détails sur le culte de Bel. Suivant l’écrivain sacré, soixante-dix prêtres étaient attachés au service du temple, et tous les jours on offrait au dieu douze grandes mesures de farine du plus pur froment, quarante brebis et six grands vases de vin. II y

LES ASSYRIENS

avait aussi dans ce temple un grand dragon que les Babyloniens adoraient, et que Daniel lui-même tua sous les yeux du roi.

Un tel culte devait exciter une profonde horreur chez les adorateurs de Jéhovah. De 1k leurs véhémentes invectives contre toutes ces idoles. De là ces éloquentes apostrophes des prophètes, qui offrent en même temps la peinture si vive de ce culte tout matériel, et qui n'était guère qu’une exploitation permanente de la superstition populaire au profit de la caste sacerdotale. '

« Vous verrez à Babylone, dit l’un d’eux, des dieux d’or et d’argent, que l’on porte sur les épaules, et qui se font craindre par les nations.

« On emploie l’or pour ces dieux , comme on le fait pour une jeune fille qui aime la parure. On met sur leur tête des couronnes d’or, mais il arrive quelquefois que les prêtres de ces dieux leur dérobent l’or et l’argent, et s’en servent pour eux-mêmes. Us en donnent même à des femmes impudiques qu’ils entretiennent et après que ces mêmes femmes le leur ont rendu, ils en parent encore leurs dieux; ils couvrent d’habits ces dieux d’argent, d’or, de bois , comme on en revêt des hommes.

« L’un de ces dieux porte un sceptre , comme un homme qui a le gouvernement d’une province. L’autre a une épée ou une hache à la main, mais il ne peut s’en servir pour se défendre contre les -voleurs.

« Us allument devant eux des lampes, et en plus grand nombre que pour eux-mêmes; mais ces dieux n’en peuvent voir aucune, et ils sont comme des poutres dans une maison.

« Us disent que les reptiles qui sortent de la terre leur lèchent le cœur par respect, lorsqu’ils les rongent effectivement, eux et leurs habits.

« Les prêtres vendent les offrandes et en disposent comme il leur plaît; leurs femmes en prennent aussi tout ce qu’elles veulent et les mettent en réserve, sans en rien donner aux pauvres et aux mendiants.

« Ces prêtres ôtent à leurs dieux les vêtements qu’on

leur a donnés, et ils en habillent leurs femmes et leurs enfants.

« On voit aussi chez eux des femmes liées de voeux infâmes, et de cordons qui en sont le symbole. Elles sont assises dans les chemins, brûlant pour leurs dieux des noyaux d’olive »

Une telle corruption frappa vivement les prophètes hébreux, et leur fit prévoir l’inévitable ruine de cet empire en apparence si fort.

c Cette Babylone, s’écrie Isaïe, si distinguée entre les royaumes du monde, dont l’éclat inspirait tant d’orgueil aux Chaldéens, sera détruite comme Sodome et Gomorrhe, que le Seigneur a renversées1. »

Et le décret que les Chaldéens n’avaient pas su lire dans le ciel s’accomplit, La ville de Bel, déchue de son rang de capitale, vit 6es honneurs passer à des cités nouvelles. La solitude et le silence régnèrent où habitait naguère un peuple immense, et la reine de l’Orient ne fut même plus une bourgade obscure, mais un monceau de ruines.

Quant à ces prêtres si savants du dieu Bel, ils se dispersèrent dans le monde grec, puis dans le monde romain, et y portèrent avec leur nom cette fausse science de l’astrologie qui régna sur les esprits jusqu’au seizième siècle de l’ère chrétienne.

GoaTernemeni.

Nous ne connaissons qu’imparfaitement la constitution des empires Assyrien et Chaldéo-Babylonien. Ce qui paraît hors de doute, c’est que, à Babylone comme à Ninive, le pouvoir du souverain était absolu. Le roi des rois, ainsi qu’il est désigné sur les monuments, réunissait en lui le double caractère de monarque et de chef de la religion. Les souverains de Ninive s’intitulent toujours Vicaires des dieux , et Nabuchodonosor, dans l’inscription de Borsippa, est nommé le chef des prêtres. En Assyrie donc et en Babylonie, ainsi qu’en Égypte, le prince était regardé comme le représentant de la

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