‹ Histoire ancienne de l'OrientChapitre 26 sur 47 · V. liarucii, cl», vj. — a. V. ls., ch. xu · texte numérisé non relu

V. liarucii, cl», vj. — a. V. ls., ch. xu

LES ASSYRIENS

divinité Bur la terre, et comme tenant directement son autorité des dieux. Dans son palais, qui est en même temps une citadelle, le roi des rois est entouré d’une cour nombreuse, où les eunuques remplissent les premières fonctions. Le chef de ceux-ci exerce une surveillance générale sur tout ce qui vit à la cour. Il suit le roi à la guerre, ainsi que le chef des prêtres et la cour entière, y compris les femmes. Parmi les grands officiers du palais figurent, en outre, le préfet du palais et le chef des gardes, chargés des exécutions capitales, Un conseil des ministres, dont ces personnages faisaient probablement partie, dirige l’administration de l’État sous la haute autorité du roi.

L’empire était divisé en provinces ou satrapies, où commandaient des gouverneurs et des officiers inégaux entre eux oar les titres, le rang, les fonctions, et où les pouvoirs militaires étaient tantôt réunis et tantôt séparés. Un des principaux devoirs des satrapes était le recouvrement des impôts qu’ils percevaient, soit en argent, soit en nature, et sur le produit desquels ils faisaient un prélèvement pour euxmêmes. Ils étaient assistés d’un grand juge et d’un intendant général, à la suite desquels venaient une multitude déjugés et de fonctionnaires subordonnés et répartis dans les divisions et subdivisions des provinces. Tout au bas de la hiérarchie était un administrateur local, qui ne pouvait rien sans l’assentiment d'une espèce de conseil qu’il présidait. Du reste, l’esprit du pouvoir absolu, du despotisme, n’éclatait nulle part plus que dans la justice criminelle. Cette justice était sommaire et les peines atroces.

U y avait aussi à Babylone une classe de prêtres qui, sous la dénomination de Ghaldéens, exerçaient une grande influence sur le gouvernement. « Les Ghaldéens, dit Diodore de Sicile, sont les plus anciens des Babyloniens ; ils forment dans l’Etat une classe semblable à celle des prêtres en Égypte. Institués pour exercer le culte des dieux, ils passaient toute leur vie à méditer les questions philosophiques, et ils se sont acquis une grande réputation dans l’astrologie. Ils se livrent surtout à la science divinatoire et font des prédictions sur l’avenir ; ils essayent de détourner le mal et de procurer

le bien, soit par des purifications, soit par des sacrifices, soit ^ar des enchantements. Ils sont versés dans l’art de prédire l’avenir par le vol des oiseaux, ils expliquent les songes et les prodiges. Expérimentés dans l’inspection des entrailles des victimes, ils passent pour saisir exactement la vérité. Mais toutes ces connaissances ne sont pas enseignées de la même manière que chez les Grecs. La science des Chaldéens est une tradition de famille ; le fils qui en hérite de son père est exempt de toute charge publique. Ayant pour précepteurs leurs parents, ils ont le double avantage d’apprendre toutes ces connaissances sans réserve, et d’ajouter plus de foi aux paroles de leurs maîtres. Habitués au travail dès l’enfance, ils font de grands progrès dans l’étude de l’astrologie, soit à cause de la facilité avec laquelle on apprend à cet âge, soit parce que leur instruction dure plus longtemps.... Les Chaldéens demeurant toujours au même point de la science, reçoivent leurs traditions sans altération; les Grecs, au contraire, ne songeant qu’au gain, créent toujours de nouvelles sectes, se contredisent entre eux sur les doctrines les plus importantes, et jettent le trouble dans l’âme de leurs disciples qui, ballottés dans uné incertitude continuelle, finissent par ne plus croire à rien1. »

Quoique, suivant Diodore, la caste des Chaldéens formât une corporation héréditaire , où les connaissances, les droits, le pouvoir se transmettaient de père en fils, il est à croire que les étrangers pouvaient y être admis, quand ils avaient reçu dès leurs plus jeunes années l’instruction nécessaire. L’histoire de Daniel et de ses compagnons le prouve suffisamment.

A la tête de la hiérarchie sacerdotale était une sorte de grand rabbin ou d’archimage qui accompagnait le roi partout, même à la guerre, et qui d’ordinaire exerçait dans les conseils un assez grand ascendant. C’est ainsi qu’après la mort du père de Nabuchodonosor le chef des Chaldéens administra les affaires jusqu’à l’arrivée de ce prince. f

Voici, d’après le livre de Daniel, quelles étaient les attri- 1

t . Liv. II, cbap. xxix.

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butions des Ghaldéens ; elles répondaient vraisemblablement à autant de classes distinctes et plus ou moins élevées dans la hiérarchie. H y avait les scribes sacrés, interprètes des écritures ; les tireurs d’horoscopes ou interprètes des astres ; les magiciens ou ceux qui prononçaient les formules magiques; les conjurateurs ou ceux qui avaient le pouvoir de conjurer les puissances malignes. Cette science divinatoire leur assurait une immense influence et les rendait, pour ainsi dire, maîtres de la destinée de chacun. Ils annonçaient ordinairement dans des almanachs, dont l’usage remonte peut-être jusqu’à eux, tout ce que nos almanachs populaires annoncent encore aujourd’hui : les accidents de la température, les catastrophes physiques et les grands événements de l’histoire. Les Chaldéens ne résidaient pas uniquement dans Babylone, ils étaient disséminés dans la Babylonie entière; ils avaient en divers lieux des écoles plus ou moins florissantes : au rapport de Strabon, celle de Borsippa était une des plus célèbres.

Continuellement occupés, sous leur ciel sans nuages, à observer les astres dans un intérêt tout à la fois politique, scientifique et religieux, les Chaldéens avaient des observations qui remontent à plus de quatre mille ans de nous, si l’on en juge par celles que Callisthène envoya, dit-on, de Babylone à Aristote, et qui dataient de 1903 ans avant Alexandre1. Ils étaient parvenus à déterminer le mouvement moyen journalier de la lune, dont le cours fut pour eux le principe de la mesure du temps ; et par la période de 223 lunaisons qu’ils reconnurent, ils arrivèrent à prédire les éclipses de lime. La plus anciennement calculée, celle du 10 mars 72J avant Jésus-Christ, leur est due, et leurs calculs ne diffèren» des nôtres que de quelques minutes. Moins habiles à cal-<Ht. culer les éclipses de soleil, qui offrent de plus grandes dif-

-l. Un des membres les plus distingués de l'Université, M. H. Martin, doyen de la Faculté des lettres de Rennes, a élevé des doutes très-sérieux sur les prétendues dates des observations envoyées en Grèce par Callisthène. Il résulte du mémoire lu par ce savant professeur le 21 février 1862 à l’Académie des inscriptions et belles-lettres que ni Aristote, ni Uipparque, ni Ptolémée n’ont connu d’observations chaldécnnes antérieures & l’ère de Nabonassar.

Acuités, ils n’osaient, dit Diodore, les prédire. En déterminant les points équinoxiaux et solsticiaux, ils avaient, du même coup, trouvé à peu près l’année vraie avec ses quatre saisons, et divisé l’écliptique en douze parties égales, ce qui les mena à cette construction tout à la fois astronomique et symbolique qu’on appelle zodiaque, vraisemblablement inventée dans le cours du huitième siècle avant Jésus- Christ.

Commerce.

Babylone était naturellement appelée , par sa situation géographique, à une grande prospérité commerciale. Placée au point de jonction de la haute Asie et de l’Asie inférieure, à portée de deux grands fleuves qui la mettaient en communication avec le golfe Persique et la mer des Indes, elle devait être de bonne heure l’entrepôt des caravanes de l’Orient et de l’Occident, et en même temps le rendez-vous des navigateurs venus des cités de l’Afrique, de l’Arabie et de l’Inde. Tout atteste, en effet, que cette ville fut dès la plus haute antiquité un des principaux centres du commerce de l'Orient.

Babylone recevait les produits des différentes contrées de l’Asie, et vendait en retour à celles-ci ceux de son industrie particulière. Parmi les objets qu’elle fabriquait en grande quantité dans ses nombreuses manufactures, les tissus de laine et de lin occupaient le principal rang. Les robes et îes tapis n’étaient fabriqués nulle part avec une plus grande Snesseetavec de plus vives couleurs qu’à Babylone. Ces manufactures si renommées ne se trouvaient pas seulement dans la capitale de l’empire, mais encore dans d’autres villes et bourgs de la Baby Ionie. Suivant Diodore de Sicile, Sémiramis avait établi sur les bords de l’Euphrate et du Tigre un grand nombre d’entrepôts destinés à recevoir, soit les produits du pays, soit ceux des contrées étrangères. Au temps de Strabon, les plus importantes manufactures de lin étaient à Borsippa, ville située à 10 myriamètres au-dessous de Babylone.

Outre les robes et les tapis, les Babyloniens confcction-

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naient aussi avec beaucoup d'art et de soin des objets de luxe, tels qûe des armes ciselées, des meubles, des bijoux, des amulettes, des pierres taillées, désignées sous le nom de cylindres babyloniens, et dont les symboles variés finiront sans doute par nous faire connaître plus intimement cette vieille civilisation.

j En échange de ces objets, Babylone recevait des diverses contrées de l'Asie tous les produits nécessaires aux besoins et au luxe d’une grande capitale. L’Arménie lui envoyait ses vins par l’Euphrate, dont Hérodote a décrit la navigation d’une manière si intéressante. L’Inde lui fournissait des pierres précieuses et ses grands chiens, dont le goût était si répandu en Baby Ionie et en Perse, que Tritantémis, satrape de Babylone, avait consacré à l’entretien de ces animaux quatre villes ou bourgades de son gouvernement, et qu’il avait, en retour, exempté ces villes de tout autre tribut. De ce pays, ainsi que de la Perse, venaient aussi des étoffes de laine d’un grand prix. De l’Arabie et de l’Ethiopie, on lui apportait les parfums, les épices, l’or, l’ivoire et l’ébène.

Babylone était en communication avec les différentes régions qui lui fournissaient leurs produits par plusieurs grandes routes auxquelles elle servait de point de jonction. L’une de ces routes, partant de Babylone même, se dirigeait au nord, passait par Ecbatane, capitale de la Médie, puis, se prolongeant à l’est, traversait la ville de Rhagœ, franchissait le fameux défilé des Portes Caspiennes, d’où elle descendait dans l’Hyrcanie, et de là se rendait par Hécatompylos jusqu’à la ville qui fut appelée plus tard Alexandrie d’Arie. A Alexandrie, elle se divisait en deux branches, dont l’une prenait la direction du nord vers la Bactriane, et l’autre inclinait vers le sud et conduisait dans l’Inde par la Drangiane et l’Arachosie, en passant par les villes de Prophtasia, d’Arachotos et d’Ortospana. Là elle se divisait de nouveau en trois chemins, et c’est pour cela que ce point est appelé par les géographes de l’antiquité le trivium de la Bactriane. Le premier, se dirigeant à l’est et en droite ligne, s’avançait dans l’Inde en traversant les villes de Peu-

céla et de Taxila. De Taxila, la roule, tournant au sud, traversait l’Hydaspe, l’Hyphase, et de là allait jusqu’amconfluent du Gange et du Jomanès à Palibothra. Le second arrivait au même terme, en traversant l’Arachosie; le troisième, remontant au nord, entrait dans la Bactriane, et se continuait par Maracanda jusqu’au Iaxarte.

Une autre route mettait Babylone en relation avec les pays riverains de la Méditerranée. Elle se dirigeait droit au nord dans la Mésopotamie, arrivait à l’Euphrate, près d’Anthemusia, et de là tournait à l’ouest vers la mer. Une deuxième route commençait à Suse, remontait au nord vers l’Arménie qu’elle traversait dans sa partie méridionale, franchissait l’Euphrate, parcourait la Gilicie et entrait, par le défilé des Pyles Giliciennes, dans la Cappadoce. De là elle se rendait en Phrygie et aboutissait à Sardes dans la Lydie. « Sur toute cette route, il y avait, dit Hérodote, qui l’avait parcourue en grande partie, des maisons royales, ou stathmes, qui servaient à loger les voyageurs avec toute leur suite. » C’étaient les caravansérails d’aujourd’hui. On comptait, ajoute l’historien grec, onze cents stations depuis Sardes jusqu’à Suse. Cette route est encore celle que suivent maintenant les caravanes qui partent de Smyrne pour Ispahan.

L’Euphrate était la voie naturelle du commerce que Babylone entretenait avec l’Arménie et avec les pays du Caucase. Les bateaux qui servaient au transport des marchandises étaient, au rapport d’Hérodote, faits avec des peaux et de forme ronde. On les abandonnait au cours du fleuve; lorsqu’on était arrivé à Babylone, et qu’on avait vendu ses marchandises, on roulait les peaux qui avaient servi de bateaux, et on les emportait avec soi en reprenant la voie de terre.

De grands travaux avaient été entrepris en vue de faciliter la navigation du fleuve ; des digues avaient été élevées pour contenir ses eaux et les empêcher de se répandre dans l'intérieur des terres; des canaux sillonnaient le pays dans tous les sens et portaient partout la fécondité, ou faisaient communiquer les divers cantons de la Mésopotamie entre eux.

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Quelques-uns de ces canaux, entre autres le canal royal ou Naarmalcha, étaient si larges et si profonds, qu’ils pouvaient porter des bâtiments marchands. Au moyen de ces dérivations nombreuses, on avait ralenti le cours du fleuve et brisé sou impétuosité. Ce système de canalisation avait un autre but : il servait encore à défendre le pays contre les invasions des peuples voisins.

La capitale de l'empire possédait aussi, au temps de sa prospérité, une puissante marine ; ses vaisseaux allaient chercher à travers le golfe Persique les denrées précieuses du midi, les produits de l’Arabie et de l’Inde. Si l’on en croit Strabon, les Babyloniens avaient des comptoirs, des colonies dans ces parages; et G-errha, un des plus riches entrepôts du monde, était, suivant le célèbre géographe, une colonie de Ghaldéens. Les perles si riches et si abondantes du golfe Persique, les magnifiques plantations de l’ile de Tylos ne pouvaient manquer d’attirer leurs marchands. De cette île provenaient ces cannes légères si fort recherchées dans toute l’Assyrie. C’est ainsi que les denrées, les produitsj de l’Asie et de l'Afrique affluaient à Babylone et que de là ils se répandaient dans toutes les parties de l’Empire.

Art assyrien.

Les arts n’étaient guère moins développés en Assyrie que le commerce et l’industrie ; et l’architecture, la peinture, le dessin, la sculpture, y avaient atteint un très-haut degré de perfection. Les récits des historiens anciens, confirmés par les découvertes modernes, attestent que le génie assyrien avait su, à Ninive aussi bien qu’à Babylone, élever de superbes monuments, où il avait répandu à profusion les ornements soit en statues, soit en bas-reliefs, en peintures et en dessins de toute sorte. Babylone est restée presque tout entière ensevelie sous ses ruines; et nous n’avons, pour connaître sa civilisation sous ses diverses formes, que les récits dont nous venons de parler. Mais voilà que tout à coup sa vieille rivale, son ennemie, Ninive, qui semblait depuis hist. d’orient. 6

tant de siècles n’avoir laissé aucune trace de son existence, vient de reparaître à nos yeux dans quelques-uns des monuments de sa splendeur. Elle a reparu avec Bes arts, sa langue, ses mœurs, sa civilisation enfin ; et il est permis d’espérer que, par l’interprétation des innombrables inscriptions cunéiformes1 qui couvrent ses monuments, la science

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