Entre autre», celle des palais de Koiouudjik, de Nimrèud
ments et le bord extérieur du monticule , sont pavées de briques cuites au four, et portant des inscriptions cunéiformes. Les grandes portes qui s’ouvrent sur ces esplanades et qui donnent accès aux principales parties de l’édifice, sont décorées de statues colossales représentant des
taureaux ailés à tête humaine ; la face de ces animaux symboliques est tournée vers l’extérieur, et leur corps est appliqué contre les parois de la porte. La proportion des taureaux, qui est toujours colossale, varie, suivant la largeur et l’importance de la porte, entre quatre ou cinq mè-
LES ASSYRIENS
très. Dix portes ainsi décorées ont été découvertes avec leurs sculptures plus ou moins endommagées. A côté, dans des enfoncements toujours rectangulaires, étaient placés des lions.
Ce qui offre le plus d’intérêt parmi les découvertes faites à Khorsabad, c’est assurément la sculpture. Les façades extérieures du palais, les murs des salles sont décorés de tableaux taillés dans la pierre avec une incroyable profusion,
et exécutés avec une grande habileté. Ces tableaux représentent la vie sociale des Ninivites, sous ses formes les plus variées. Les cérémonies religieuses, les usages domestiques, les conquêtes des rois, l’humiliation, les supplices infligés aux vaincus, tout ce qui constituait enfin l’existence d’un grand peuple dans l’antiquité, vient se refléter sur ces murs dans des reliefs de la plus grande beauté. Ici, ce sont des divinités, des prêtres revêtus de l’emblème du dieu au culte duquel ils sont voués. Plus loin, c’est une procession composée d’une longue suite de personnages offrant au monarque des chars attelés de quatre chevaux, des tables magni-
fiques, des vases à tête de lion, de petites villes portées au bout des doigts comme emblèmes de celles qui sont soumises au grand empire assyrien. Ailleurs, ce sont des scènes de bataille présidées par le roi lui-même, et dans lesquelles figurent les types trèS-reconnaissables des nations vaincues par les Assyriens. Plus loin encore, ce sont des chasses où les différentes espèces de gibier sont représentées avec la plus scrupuleuse fidélité.
Ainsi se trouvent justifiés les récits de Diodore de Sicile parlant, d’après Ctésias, des grands travaux d’ornementation exécutés par Sémiramis à Babylone. « Sur les tours et les murailles, dit-il, on avait représenté toutes sortes d’animaux, parfaitement imités par les couleurs et les reliefs. On y voyait une chasse composée de différents animaux qui avaient plus de 4 coudées de haut. Dans cette chasse, Sémiramis était représentée à cheval, lançant un javelot sur une panthère ; auprès d’elle était Ninus, son époux, frappant un lion d’un coup de lance. » Telles sont précisément quelques-unes des représentations figurées sur les murs des salles du monument de Khorsabad. « Il règne dans tous ces travaux, dit un témoin oculaire, une grande simplicité de formes jointe à une ornementation aussi riche que minutieuse, de la naïveté souvent, toujours de la finesse, enfin dans les contours une excessive pureté, poussée quelquefois jusqu’à la sécheresse. L’art assyrien, ajoute ce témoin, est infiniment plus pur que l'art indien, souvent grotesque et monstrueux; aussi fin, mais plus savant dans tous les détails anatomiques que l’art égyptien, il le surpasse beaucoup dans l’étude de la nature. Quelquefois même le ciseau du sculpteur ninivite n’est pas tellement inférieur à celui de Phidias, qu’on ne puisse risquer entre eux une comparaison. »
Si l'architecture et la sculpture étaient si perfectionnées, la peinture ne l’était guère moins. Un grand nombre de basreliefs, trouvés à Khorsabad, sont coloriés avec beaucoup d’art. Et ce ne sont pas seulement les armes des guerriers, les harnais des chevaux que l’artiste a peints des couleurs les plus vives; les figures elles-mêmes présentent ce carac-
tère. On vient de voir dans Ctésias que cet usage de colorier les objets sculptés, existait à Babylone et nous savons, d’après le témoignage d’Hérodote, que les Assyriens avaient coutume de se teindre la barbe et les cheveux.
La fabrication des émaux paraît avoir été aussi un des éléments importants de l’art assyrien. Invention chaldéenne, l’émail se retrouve à chaque pas au milieu des ruines de Ninive et de Babylone ; cette industrie s’est perpétuée chez les
Colosse de Khorsabad
peuples qui ont remplacé les anciens Ninivites et les Babyloniens : l’émail est encore aujourd’hui le principal ornement des palais et des mosquées de l’Iran.
Cet art assyrien, qui avait produit des monuments si nombreux et des œuvres si remarquables, ne devait pas se renfermer dans les limites de l’empire ; propagé par la conquête
4 . Cette gravure a été faite d’après l’un des deux colosses déposés au musée assyrien du Louvre. Ces deux colosses formaient l’entrée d’une des portes du palais ninivite récemment découvert à Khorsabad.
LES ASSYRIENS
et par le commerce, il pénétra en Asie Mineure dans les îles de la Grèce, en Italie, et fournit aux artistes de ces contrées des modèles à imiter. « Lorsque les Grecs entrèrent en rapport avec les Assyriens, avec les Phéniciens leurs voisins, les Pélasges et les Hellènes, dit un savant antiquaire, avaient tout à apprendre en fait de beaux-arts, et il était naturel qu’ils se laissassent pénétrer par les principes de gens plus habiles et plus expérimentés1. > En effet, les artistes grecs commencèrent par imiter ceux de Ninive, et les plus anciens monuments de la Grèce ont conservé les traces de cette imitation. Les scènes représentées sur les frises, sur les bas-reliefs des temples, des palais, dans l’intérieur des vases peints , des coupes de métal , le choix des ornements, des types, des symboles, tout semble attester l'influence de l’Orient, et celle surtout de l’art assyrien.
Ce n’est pas seulement en Asie Mineure et en Grèce que le
commerce transportait des vases précieux, fabriqués en Assyrie. Les Phéniciens qui, au rapport de Strabon, ven-
I. Notice sur Us monuments antiques du Louvre , par U. Adrien de Longpérier.
daient de la poterie jusque dans les îles Sorlingues, avaient introduit des ouvrages d’art asiatique en Italie; les analogies frappantes qu’on a remarquées entre les vases trouvés à Agylla, et les coupes de bronze récemment découvertes sur les bords du Tigre attestent évidemment l’origine assyrienne des premiers, ou au moins l’influence de l’aft ninivite.
Il n’y a rien dans ce que nous venons de dire de l’art ninivite qui ne puisse s’appliquer aux monuments de Babylone. Moins heureuse que sa rivale, la capitale des Ghaldéo- Baby Ioniens est restée jusqu’à ce jour ensevelie sous ses ruines. Mais il n’en est pas moins certain qu’elle l’emportait sur la cité de Ninus par le nombre et la grandeur de ses monuments, de ses palais et de ses temples. Le genre de construction fut le même, ainsi que les matériaux employés, sur les bords de l’Euphrate et du Tigre ; comme à Ninive, les artistes babyloniens couvraient leurs monuments d’inscriptions cunéiformes, de représentations guerrières ou symboliques, de descriptions de chasse et d’autres sujets. Malheureusement tous ces vestiges de la civilisation babylonienne ont disparu ; et, suivant M. Fresnel, chargé, il y quelques années, par le gouvernement français, d’une mission scientifique dans ces contrées, telle est la profondeur des terres qui recouvrent le niveau primitif, qu’il ne faudrait pas creuser à moins de quatre-vingts pieds pour arriver au sol de la Babylone antique. Le plus important résultat qu’aient produit les fouilles exécutées jusqu’à ce jour, a été de déterminer avec plus ou moins de certitude l’emplacement des principaux monuments mentionnés par les historiens de l’antiquité. Ajoutons que ces monuments, qui faisaient l’orgueil de la cité de Nâbuchodonosor, ne sont guère autre chose aujourd’hui que de véritables carrières de briques à l'usage des habitants du pays.
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ÉGYPTE
Le Nil. — Le haut empire jusqu’à l’invasion des Hycsos. — Domination des Hycsos. — Dodécarchie, rois saïtes. — L’Égypte sous les Perses (525-33). — Religion des Égyptiens. — Gouvernement et institutions politiques. — Lois et coutumes. — Littérature, arts et monuments de l’Égypte.
K.e Mil.
Le Nil, c’est toute l’Égÿpte. Aussi le fleuve a-t-il donné au pays don nom primitif, Egyptos *. L’Égypte s’est appelée aussi la terre du fleuve Potamia *. Si le Nil était supprimé, rien ne viendrait rompre l’aride uniformité du désert; en détournant le cours supérieur du fleuve, on anéantirait l’Égypte. L’idée en est venue à un empereur d’Abyssinie, qui vivait au treizième siècle, et plus tard au Portugais Albuquerque. En effet, le Nil, dans toute la partie inférieure de son cours, offre cette particularité remarquable qu’il ne reçoit autfun affluent, et qu’à l’encontre de tous les fleuves, au
1 . Principaux ouvrages à consulter : Hérodote et Diodore; parmi les nombreux ouvrages modernes, nous indiquerons seulement le grand ouvrage do la commission d’Égypte, d'où M. Lenormant a tiré son Musée des antiquités égyptiennes; Champollion-Figeac, Égypte ancienne; Letronne, Mémoire sur la civilisation égyptienne de Psammetichus à Alexandre; Bonsen, Aegyptens stellung in der iPelt-Geschichte.
2. « L’Égypte, dit Hérodote, est un présent du Nil. » Liv. II, cbap. x.
3. Ce n’était cependant pas le véritable nom de l’Égypte qui, suivant Plutarque, dont le témoignage est confirmé par les monuments, était désignée dans les temps les plus anciens sous le nom de Kcm ou Kemi , qui signifie noir. Kemi était la Terre noire; dénomination que suggéra naturellement l’aspect d’un sol formé par les alluvions du Nil, en opposition avec le sol ardent et sablonneux du désert qui borde les deux côtés de la vallée. Celte origine (rouve son explication dans ce passage d’Hérodote : c L’Égypte, dit l’historien grec, ne ressemble ni à l’Arabie qui lui confine, ni  la Libye, ni mémo 4 la Syrie. C’est une terre noire et meuble formée par le limon du Nil, au lieu que le sol de la Libye est rouge et sablonneux, de même que celui de l’Arabie est plus argileux ou plus pierreux. » Liv. II, cbap. xu.
lieu d’augmenter en avançant, il diminue, car il alimente les canaux de dérivation et rien ne lui rend ce qu’il perd ainsi. *
Le Nil est sujet à des débordements périodiques. Cette merveille d’un fleuve sortant de son lit à époques fixes pour fertiliser la terre avait beaucoup frappé les anciens, qui ne savaient pas que toutes les rivières dont les sources ou le cours sont dans la zone torride, présentent un phénomène semblable. Ils avaient recours, pour s’en rendre compte, à mille suppositions bizarres, qu’on peut voir dans Hérodote et Diodore. La véritable cause de ces débordements, soupçonnée par quelques géographes de l’antiquité, comme Ératosthène et Agatharchide, est dans les pluies périodiques qui inondent la haute Abyssinie, d’où le Nil descend.
Le Nil, dit Hérodote, commence à la cataracte, partage l’Égypte en deux et se rend à la mer. Jusqu’à la ville de Gercasore, il n’a qu’un seul canal; mais au-dessous de ce point il se sépare en trois branches, qui prennent trois routes différentes; l’une s’appelle la bouche Pélusienne et va à l’est; l’autre la bouche Ganopique et coule à l’ouest ; la troisième va tout droit, jusqu’à la pointe du Delta, qu’elle partage par le milieu; ce canal se nomme Sébenny tique.
Du canal Sébennytique partent deux autres canaux, qui vont pareillement se décharger dans la mer par deux différentes branches, la Saïtique, et la Mendésienne. La bouche Bolbitine et la bouche Bucolique, nommée aussi Phatnitique, ne sont pas l’ouvrage de la nature, mais des habitants qui les ont creusées.
Le haut empire jusqu'il l’Invasion de» Ilycsos.
L’Égypte est la plus ancienne monarchie du monde. Au temps ou Hérodote visitait cette contrée, les Égyptiens se vantaient d’avoir précédé les autres peuples dans la civilisation. Cette prétention, qui pouvait paraître singulière aux Grecs, se trouve aujourd'hui justifiée par la lecture des inscriptions hiéroglyphiques et par l’étude des monuments. Il est bien
ÉGYPTE. 93
constaté que le royaume d’Égypte ne remonte pas à moins de 3500 à 4000 ans avant l’ère chrétienne. Les plus anciens monuments du pays, les grandes pyramides datent presque de cette époque.
On a cru longtemps que la civilisation égyptienne était originaire d’Éthiopie, et que de là elle s’était propagée peu à peu dans toute l’étendue de la vallée du Nil, en suivant le cours du fleuve. On admettait également que la Haute Égypte ou Thébaïde avait été le berceau de la nation et le plus ancien sanctuaire de la religion égyptienne. Cette opinion, que nous avions nous-même adoptée dans les premières éditions de ce livre, a du être abandonnée le jour où il a été démon- . tré que les monuments de l’Égypte deviennent de plus en plus modernes à mesure qu’on remonte la vallée. Comme les pyramides de Memphis et les tombes qui les entourent sont l’œuvre des rois des cinq premières dynasties, il est clair que c’est l’Égypte Inférieure, et non la Haute Égypte, qui fut le siège primitif de la monarchie. Quant à Thèbes, si célèbre par le nombre et la grandeur de ses temples et de ses palais, elle n’apparaît que plus tard dans l’histoire, et c’est seulement après l’expulsion des Hycsos qu’elle devient définitivement la capitale de l’empire.
Les Égyptiens plaçaient à l’origine de leur histoire une période pendant laquelle ils avaient été gouvernés par les dieux. Ménès, disaient-ils, était le premier homme qui eût régné sur eux. Avec cet ancien roi, que quelques-uns ont cru être Misraïm lui-même, commence cette longue suite de dynasties mentionnées par l’historien Manéthon, et qui, depuis Ménès, fondateur de l’empire égyptien, jusqu’à Nectanebo le jeune, le dernier des Pharaons, embrassait une durée, selon les uns, de 3500, et, selon d’autres, de 5440 ans.
Parmi ces dynasties, qui sont au nombre de 30, quelquesunes semblent avoir été contemporaines et collatérales; les autres se sont succédé dans un ordre régulier. Jusqu’ici on n’a pu les recomposer entièrement, ni établir l’identité des noms portés sur les listes des auteurs avec ceux qui sont inscrits sur les monuments. De même, il n’a pas été possible
de donner à la chronologie égyptienne des bases certaines. Malgré les efforts aussi persévérants qu’ingénieux des égyptologues, malgré les lumières inattendues que de récentes découvertes, et, entre antres, celle du Sérapéum, ont jetées sur quelques parties de l’histoire d’Égypte, on n’est pas encore parvenu à asseoir solidement la succession des rois et la durée de leurs règnes. Ce n’est que dans les derniers temps de la monarchie, quand la Grèce entre en contact avec l’Égypte, que les événements peuvent être ramenés à des dates précises. De loin en loin, quelques synchronismes peuvent bien nous servir de points de repère et nous guider au milieu de cet inextricable labyrinthe des dynasties de Manéthon ; mais ici encore les opinions diffèrent et les chiffres varient. Nous devons donc nous borner à embrasser les événements par groupes, à esquisser les faits généraux, à faire connaître les personnages les plus importants; quant à la chronologie, nous nous en tiendrons aux dates le plus récemment adoptées par les savants qui se sont particulièrement occupés de l’Égypte l.
D’après cela, nous croyons voir se dessiner dans l’histoire de l’Égypte trois périodes marquées par des événements considérables et par de grandes révolutions. La première embrasse les temps les plus reculés, et comprend les douze premières dynasties. Des rois puissants régnèrent sur l’Egypte pendant cette période qui commence vers 3500 ans au moins avant Jésus-Christ; c’est celle du haut empire.
Mais au temps de la quatorzième ou quinzième dynastie, une invasion formidable éclate sur la vallée du Nil, et la civilisation égyptienne est menacée d’une destruction complète. C’est l’époque des rois pasteurs, dont la domination rappelle les plus effroyables désastres. C’est celle qu’on a désignée sous le nom de moyen empire.
Cependant la monarchie égyptienne sort de ses ruines, et se relève plus puissante que jamais sous les Pharaons de la
4. Noua suivons surtout l’intéressante notice des Monument s égyptiens du Louvre, publiée par M. de Bougé,
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dix-huitième et de la dix-neuvième dynastie. Le nouvel empire commence vers 1800 ans avant Jésus-Christ, et l’Égypte atteint le plus haut degré de puissance et de prospérité; mais cette brillante époque est bientôt suivie d’une longue décadence ; et la nation égyptienne s’achemine, à travers des alternatives de gloire et d’abaissement, vers la servitude que lui apportent les Perses au sixième siècle.
On trouve très-peu de textes relatifs aux dynasties du haut empire. C’est à quelques cartouches épars sur les monuments que se réduit ce qu’on sait des premiers règnes. Aussi passerons-nous vite sur cette première période, qui s’ouvre par le règne de Menés.
« Ménès, le premier roi d’Égypte, dit Hérodote, fit bâtir, au rapport des prêtres, la ville de Memphis. Le Nil, jusqu’au règne de ce prince, coulait le long de la montagne sablonneuse qui est du côté de la Libye, mais ayant comblé le coude que forme le fleuve du côté du midi, et construit une digue environ à cent stades au-dessus de Memphis, il mit à sec son ancien lit, et lui fit prendre son cours par un nouveau canal, afin qu’il coulât à égale distance des montagnes. Il fit ensuite construire la ville dans l’endroit même d’où il avait détourné ce fleuve et qu’il avait converti en terre ferme. Il éleva aussi dans la même ville un grand et magnifique temple en l’honneur de Vulcain1. »
« Nous ne voyons pas de raisons sérieuses pour douter de la réalité de ces faits, dit M. de Rougé, quoique nous ne connaissions aucun monument contemporain de Ménès. >»
« Nous ne savons rien de précis, ajoute ce savant, sur les deux premières dynasties : le premier monument auquel on puisse assigner un rang certain se place vers la fin .de la troisième dynastie. C’est un bas-relief sculpté à Ouadi Magara; il représente le roi Snéwrou faisant la conquête de la presqu’île de Sinaï, et fondant le premier un établissement égyptien pour exploiter las mines de cuivre de cette localité2. »
1. Voy. Notice sommaire sur le» monuments égyptiens du Loutre, pages el 42.
2, Hérod., liv. II, cliap. xcix.
Dès cette époque, l’Égypte présente le spectacle d'une nation qui semble parvenue à son complet développement. L’état barbare par lequel ont passé la plupart des peuples anciens et modernes, semble n’avoir laissé aucune trace dans son histoire. Dès les premiers siècles de son existence, et sous ses premières dynasties, la société égyptienne est en possession de tous les éléments essentiels de la civilisation. L’art a trouvé sa forme essentielle, et la religion ses principaux dogmes1. Les rois, investis d’un pouvoir presque absolu, peuvent disposer des ressources que leur offrent une contrée déjà riche et une nombreuse population. C’est ainsi qu’ils peuvent élever des monuments de toute sorte, et entreprendre ces expéditions lointaines auxquelles l’Égypte sera redevable de cette prépondérance qu’elle va bientôt exercer. Habitués à ne pas séparer du culte des dieux l’idée de la majesté royale, ils construisent des palais gigantesques; ils couvrent les bords du Nil de temples magnifiques ; ils impriment à toutes leurs œuvres ce caractère de grandeur auquel • on ne trouve rien de comparable dans l’antiquité ni dans les temps modernes.
La quatrième dynastie fut remarquable par le nombre de ses princes et la longue durée de leur règne. Quelques-uns d’entre eux se rendirent célèbres par leurs travaux. Ce sont les auteurs des pyramides de Gizoh, sur lesquels Hérodote nous a laissé d’intéressants détails, tout en se méprenant sur la place qu’ils occupent dans la chronologie égyptienne. « L’un deux, Chéops , dit l’historien d’Halicarnasse, ferma d’abord tous les temples et interdit les sacrifices aux Égyptiens; il les fit, après cela, tous travailler pour lui : les uns furent occupés à fouiller les carrières de la montagne d’Arabie, à traîner de là jusqu’au Nil les pierres qu’on en tirait, et à passer ces pierres sur des bateaux de l’autre côté du fleuve ; d’autres les recevaient et les traînaient jusqu’à la montagne de Libye. On employait tous les trois mois cent mille
i. M. Mariette a trouvé sur les monuments de Sakkarah des légendes religieuses contemporaines de Cbéops, oïl on voit déjà figurer les noms d’Osiris, d’isis, de Nephthys, c’est-à-dire les noms des principales divinités du Panthéon égyptien.
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hommes à ce travail. Quant au temps pendant lequel le peuple fut ainsi tourmenté, on passa dix années à construire la chaussée par où on devait traîner les pierres. Cette chaussée est un ouvrage] qui n’est guère moins considérable, à mon avis, que la pyramide même. Je ne compte pas le temps qu’on employa aux ouvrages de la colline sur laquelle sont élevées les pyramides, et aux constructions souterraines que fit faire ce roi pour lui servir de sépulture. La pyramide même coûta vingt années de travail.
« Chéops, suivant le récit des Égyptiens, étant mort, son frère Ghéphrem lui succéda et se conduisit comme son prédécesseur; il fit aussi bâtir une pyramide, mais elle n’approche pas de la grandeur de celle de Chéops (je les ai mesurées toutes deux) : elle a en hauteur quarante pieds de moins que la grande pyramide à laquelle elle est contiguë.
« Les mêmes prêtres m’apprirent que Chéphrem régna cinquante-six ans : ainsi les Égyptiens furent accablés cent six ans de toute sorte de maux, et pendant ce temps les temples restèrent fermés.
« Après Chéphrem, Mycérinus monte sur le trône ; mais comme il désapprouvait la conduite de son prédécesseur, il fit rouvrir les temples et rendit au peuple, réduit aux dernières extrémités, la liberté d'offrir des sacrifices. Il laissa aussi une pyramide, mais plus petite que celle de son père. »
La lecture des inscriptions a confirmé, en grande partie le témoignage d’Hérodote. On a retrouvé dans l’intérieur de la grande pyramide le nom de Choufou, qui est évidemment le Chéops de l’historien grec. On a lu également le nom do Schaphra sur un tombeau placé dans le voisinage de la pyramide de Ghéphrem. Quant à celui de Mycérinus, il se lit Menkéra sur le couvercle de son cercueil qui a été retrouvé dans la troisième pyramide *. Ainsi Mycérinus serait le seul de ces rois qui, suivant l’expression de Bossuet, « aurait joui de son tombeau. » Sur ce point encore, les découvertes modernes donnent raison à Hérodote et à Diodore qui rappor-
<. On i cependant quelques doutes sur la date de ce cercueil, dont l’inacription semble appartenir à une époque postérieure.
HIST, D’orient. 7
tent que Chéops et Chéphrem s’étaient rendus si odieux pendant leur vie, que, pour échapper après leur mort aux outrages d’un peuple irrité, ils ordonnèrent à leurs parents de les enterrer secrètement dans un lieu inconnu * .
Nous ne connaissons guère que les noms des rois de la cinquième dynastie ; mais parmi ceux de la sixième figure un prince célèbre, lui aussi, par ses travaux. Il s’agit ici de ce prince Papi-Mairi, qu'on croit être le Mœris des Grecs, celui qui creusa le lac fameux auquel il donna son nom.
Le lac Mœris n’était pas seulement comme les pyramides un prodigieux effort de la puissance humaine; l’immensité du travail et l'énormité de la dépense y étaient justifiées par une utilité incontestable. Ce lac artificiel formé par la main
ï l’homme, à l’aide d’une digue immense, était situé sur le plateau supérieur de l’Heptanomide , le Fayoum moderne ; il était destiné à recevoir l’excédant des eaux du Nil dans les temps de grande inondation, et à les rendre à l’Égypte Inférieure dans les temps de sécheresse. Les restes considérables de celte immense levée ont été retrouvés dans ces derniers imps, ainsi que les ruines de deux grands massifs pyramidaux qui ne peuvent être que les deux pyramides dont parle Hérodote, et qui s'élevaient du sein du lac surmontées de statues colossales *.
Cette dynastie se termine par la reine Nitocris, surnommée par les Égyptiens la belle aux joues roses. D’après Manéthon, c’est elle qui acheva la pyramide de Mycérinus, dont elle voulait faire son tombeau.
La période qui s’étend entre la fin de la sixième dynastie et le commencement de la douzième est peut-être, de toutes les époques de l’histoire d'Égypte, celle qui offre le pli.3 de
1. On a retrouvé dans le voisinage des pyramides au fond d'un puits pli. sieurs statues brisées, toutes semblables entre clics et portant le cartoucho rie Chéphrem. « Nul doute, dit M. Renan, que ce ne soient-ià les statues du fondateur. Quelques-unes dans un moment de révolution, auront été renversées et précipitées dans ce puits, »
a. Un habile ingénieur, M. Linant, a retrouvé sur une étendue de plusieurs milles, entre le Birkel-el-keroûn et la vallée du Nil, les restes d’une large digue d’une construction très-ancienne. C’est cet emplacement que M. Linant regarde comme ayant dû être occupé par le lac Mœris.
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difficultés. Les lacunes que présentent les listes de Manéthon, l’absence de monuments contemporains, ne permettent guère h l’historien de s’orienter dans ce désert où se trouvent renfermées les septième, huitième, neuvième et dixième dynasties. Les deux premières ont été de courte durée; quant à la neuvième et à la dixième, on sait qu’elles ont régné à Héracléopolis. La onzième est un peu mieux connue, et les rois de cette dynastie, qui sur les monuments portent le nom de Nantew ou Antew, paraissent avoir joué un rôle glorieux. On a trouvé à Thèbes les tombeaux de ces princes, et le musée du Louvre possède deux de leurs cercueüs.
Avec la douzième dynastie commence pour l’Egypte une nouvelle période de grandeur. Le pays, partagé sous les dynasties précédentes entre plusieurs États, est replacé sous la main d’un seul prince; et Thèbes, où un roi de la onzième dynastie établit le siège de son gouvernement, devient la capitale de l’empire.
Plusieurs princes ont illustré la douzième dynastie par leurs conquêtes au dehors, et par les monuments dont l’Egypte s’embellit sous leur règne. Les plus célèbres d’entre eux sont Amenemhé I" et Sesourtasen I", qui semblent avoir régné simultanément, puis Amenemhé III et Sesourtasen III. Tandis que, sur la colonne d’Héliopolis dont il est l’auteur, Sesourtasen Ier prend le titre de souverain de la Haute et de la Basse Égypte, il est désigné sur un autre monument, placé près de la deuxième cataracte, comme vainqueur des peuples armés de l’arc. Ailleurs, des captifs asiatiques attestent les victoires de ee pharaon dans l’Asie occidentale. Ce prince passe aussi pour le premier fondateur du palais de Karnak, continué depuis, et agrandi par tant de princes.
Le règne de Sesourtasen III fut encore plus glorieux. Ce prince recula les frontières de ses États jusqu’à Semneh au sud de la seconde cataracte, et il acheva la conquête de la Nubie. C'est ce conquérant que Manéthon nomme Sésostris, et qui, dans les siècles postérieurs, fut confondu avec le grand Pharaon de la dix-neuvième dynastie, Ramsès. Les Grecs , à leur tour, réunirent sur la tête d’on seul et même
personnage les conquêtes de ces anciens rois ; et c’est ainsi que se forma le Sésostris de la tradition classique.
Amenemhé III, son successeur, fut le fondateur de ce fameux labyrinthe, le plus grand de tous les monuments de l’antiquité. On en voit encore aujourd’hui les restes dans le Fayoum, où M. Lepsius a retrouvé le nom et le tombeau de ce prince sous lequel la domination égyptienne s’étendait sur la Lybie, la presqu’île du Sinaï et la Nubie entière.
Cette prospérité se maintint longtemps encore sous la treisième dynastie. La présence dans la Basse Égypte d’un certain nombre de monuments des rois de cette dynastie , nommés Sébekhotep, nous prouve que l’Égypte, sous leur règne, était encore florissante et libre. On a trouvé également dans l'île d’Argo, au fond de l’Éthiopie, d’immenses colosses qui n’ont pu être élevés que dans un temps de souveraineté glorieuse et paisible1. Mais au milieu des divisions qui éclatèrent vers la fin de cette dynastie, l'Égypte s’affaiblit et devint la proie des étrangers. C’est alors qu’eut lieu l’invasion des peuples pasteurs.
Domination dea Uycaoa.
La période qui suit est celle qu’on désigne ordinairement sous le nom de moyen empire ou empire intermédiaire ; elle renferme l’occupation de la vallée inférieure du Nil par les pasteurs, et la lutte entreprise par les Égyptiens pour les expulser. Elle serait, par conséquent, du plus haut intérêt, si l’insuffisance des notions historiques et l’absence de monuments ne nous condamnaient à une ignorance presque complète sur la plus grande partie de cette période.
Ce fut au temps d’un roi appelé Amon-Timaos qu’éclata cette formidable invasion, qui arrêta le développement de la civilisation égyptienne et faillit la détruire.
« En ce même temps, dit Manéthon, Dieu étant irrité contre nous, il vint du côté de l’Orient une race d’hommes
4. Quelque»-on» de ce* monument* sont an Louvre, entre autre* la figure en granité rose haute de trois mètres, la figure de Sébekhotep III.
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ignobles, mais remplis d’audace, laquelle fit une irruption soudaine dans ce pays, qu’elle soumit sans combat et avec la plus grande facilité. D’abord ccs étrangers, ayant saisi les chefs, traitèrent de la manière la plus cruelle les villes et les habitants, et renversèrent les temples des dieux. Leur conduite envers les Égyptiens fut la plus barbare, tuant les uns et réduisant à une dure servitude les enfants et les femmes des autres. Ils se donnèrent ensuite un roi nouveau, qui s’établit dans Memphis. Celui-ci plaça des garnisons dans les lieux les plus convenables, et soumit au tribut la province supérieure et la province inférieure. H fortifia surtout la frontière orientale, se défiant de quelque invasion. Ayant remarqué de ce côté une ville avantageusement située, qui s’appelait Avaris, il la fortifia et y plaça une garnison de deux cent quarante mille hommes armés; chaque été il y venait pour payer la solde et pour exercer cette multitude , afin d’inspirer de l’effroi aux étrangers. Salatis et ses successeurs firent aux Égyptiens une guerre d’extermination. Toute cette race portait le nom d’Hycsos, c’est-à-dire rois pasteurs, car dans la langue sacrée ik signifie roi, et dans le dialecte commun sos signifie pasteurs. »
L’origine de ces pasteurs a été pour les savants un sujet de discussion. L’historien Josèphe, pour exalter l’antiquité de sa nation, les considère comme Juifs, et il en conclut que les ancêtres de sa race ont régné longtemps sur l’Égypte. Ghampollion pensait que les pasteurs représentés sur les monuments égyptiens comme une race d’hommes à peau blanche, à cheveux blonds ou roux et à yeux bleus, étaient un peuple du nord de l’Asie appartenant à la race scythique. Ces deux opinions ont dû être depuis abandonnées, et on est revenu à celle de Manéthon, qui ne voit dans ces pasteurs qu'une horde de peuples sémitiques, Phéniciens et Arabes. Selon toute vraisemblance, ces pasteurs sont ceux que les inscriptions mentionnent sous le nom de Chétas, et dont le nom reparaît souvent dans l’histoire des rois de la dix-neuvième dynastie.
L’invasion des peuples pasteurs amena une interruption violente dans la série des monuments égyptiens, et les docu-
ments nous manquent pour déterminer l’époque où elle eut lieu et pour en calculer la durée. Ce qui paraît probable, e’est que les pasteurs régnèrent sùr l’Égypte pendant quatre à cinq siècles, et que cette époque de dure servitude correspond aux quatorzième, quinzième, seizième et dix-septième dynasties (de 2200 à 1800 ans av. J. G.).
La domination des rois pasteurs ne se fit sentir à l’Égypte que par les matix de toute sorte qu’elle entraîna à sa suites C’est à peine Si dans le pays qu’ils occupèrent, on a pu retrouver un seul monument antérieur à leur arrivée *.
Heureusement leut fureur se renferma dans la Moyenne, et dans la Basse Égypte. La Thébaïde fut préservée; et e’est là que les princes indigènes conservèrent le précieux dépôt des traditions et delà civilisation nationales; là se réfugièrent les ennemis de la domination étrangère, là enfin s’organisa là résistâflce.
Après des siècles de souffrance, les rois de Thèbes, dont les noms commencent à reparaître dès la dix-séptième dynastie, donnèrent le signal de la lutte et, avec le secours des autres princes demeurés indépendants, commencèrent contre les envahisseurs une guerre à mort qui se termina par l’expulsion de ces detniers. Amosis, le chef delà dix-huitième dynastie, leur enleva la plus grande partie de l’Égypte, les renferma dans Avaris, où ils avaient entassé leurs richesses, s’en empara et délivra définitivement le pays. Après avoir exterminé les pasteurs, disent les monuments, ce roi par-
t . Il paraît cependant, d’après de récentes découvertes de M. Mariette, qtro là domination des peuples pasteurs fut moins désastreuse que ne le prétend Manélhon, et qu’ils finirent par subir eux-mêmes l’influence de cette civilisation qu’ils avaient vaincue, tes taonumcnts retrouvés dans les ruines d'Avaris et qui nous représentent quelques-uns des rois hycsos, semblent prouver que, sous leur règne, l’art égyptien ne s’était pas sensiblement affaibli. L’un d’eux, Apophis, dit le savant égyptologue, énonce par son seul titre de soleil , fils du soleil , sa croyance au dogme tout égyptien dn dieu qoi s’engendre lni-méme. Sous son règne, l’écriture hiéroglyphique est officiellement adoptée, et avec elle tous les symboles de la mythologie égyptienne; seulement, on associa au culte des dieux du pays celui de Snlekh, le dieu national des pasteurs, et encore les pasteurs y mirent-ils tant de précaution que, en présentant le nouveau venu aux Égyptiens, ils lui donnèrent, non pas ses traits originaux , mais ceux d’une divinité égyptienne, etc. , etc. C Lettre de M. Mariette à M. de Bougé sur les fouilles de Tunis.)
Peuples ennemis des Égyptiens,
courut en vainqueur, du nord au midi, la vallée du Nil. Alors commença la troisième période de l'empire égyptien, celle du nouvel empire, qui s’étend de la dix-huitième dynastie à la trentième et dernière.
Cette période de l’histoire égyptienne, qui est la plus féconde en événements, est aussi la plus riche en documents de toute sorte. Elle s’ouvre vers 1800 avant notre ère par deux grandes dynasties, la dix-huitième et la dix-neuvième, qui donnèrent à l’Égvpte ses plus glorieux monarques et à l’art égyptien ses plus beaux monuments.
Au vainqueur des peuples pasteurs, à Amosis succéda Aménophis I", qui acheva la délivrance de l'Égypte et rétablit au nord et au sud la domination égyptienne ébranlée, sinon détruite par l’invasion. En poursuivant les peuples pasteurs, les Pharaons avaient pénétré jusqu’aux frontières de la Mésopotamie ; là ils trouvèrent des Etats riches et puissants dont la conquête tenta leur ambition. Les souverains de la dix-huitième dynastie tournèrent contre ces contrées l’esprit belliqueux que la guerre de l’indépendance avait développé au sein de la nation. Sous Thoutmosis I", Thoutmosis II, et Thoutmosis III, les armées égyptiennes se répandirent en Asie, et après une brillante victoire remportée par ce dernier près de Mageddo, les rois des Rotennous ', ceux de Sennaar et de Ninive, furent rendus tributaires. A l’extrémité méridionale de l’empire, les Ethiopiens furent également soumis. Ces brillantes victoires furent retracées en style officiel sur les murs du palais de Karnak , où cent quinze prisonniers asiatiques et cent quinze prisonniers africains, avec leurs noms écrits dans deux cent quatre-vingts cartouches, représentent autant de tribus] ou de régions asiatiques et africaines soumises par Thoutmosis. C’est aussi l’époque où l’art égyptien atteint sa perfection, où s’achèvent par les soins d’ Aménophis Ier, de Thoutmosis I" et de leurs successeurs, ces palais de Karnak, de Medin-et-Abou et ces édifices fameux qui excitent encore aujourd’hui l’enthousiasme
4. Ces peuples, dont il est souvent fait mention sur les monuments, habitaient les parties élevées de la Syrie et de la Palestine.
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des voyageurs. De toutes parts les temples renversés par les pasteurs se relèvent, les villes se rebâtissent et l'Égypte forte et unie est plus glorieuse et plus puissante que jamais.
Cette prospérité se maintint sous Aménophis II , sous Thoutmosis II jusqu’au règne d’Aménophis III, qui fut aussi un prince guerrier; c’est celui que les Grecs ont désigné sous le nom de Memnon, et dont le colosse brisé résonnait dans la plaine de Thèbes, au lever du soleil.
La succession directe de la famille royale fut interrompue vers' la fin de la dix-huitième dynastie. Les monuments font connaître plusieurs rois de cette période, qui, plus tard, ne furent pas compris dans les listes. Parmi ces rois, considérés comme illégitimes, il faut citer, en particulier, un usurpateur qui se fit appeler Aménophis IV, qui, durant un règne de douze années, entreprit de changer les institutions civiles et religieuses du pays. Il se construisit une nouvelle capitale, établit de nouveaux usages, et ne visa à rien moins qu’à abolir le système religieux des Égyptiens, pour y substituer le culte du soleil. Aussi la mémoire de ce prince fut-elle maudite, et, après sa mort, son nom fut effacé de la liste des souverains nationaux.
A la faveur des troubles de l’Égypte, l’Asie avait secoué le joug, et la domination égyptienne s’était affaiblie au dehors; mais avec la dix-neuvième dynastie montèrent sur le trône deux grands hommes, qui restaurèrent le pouvoir et étendirent les conquêtes de l’Égypte plus loin que leurs prédécesseurs.
Rhamsès Ier, qui peut être considéré comme le chef de la dix-neuvième dynastie, a laissé peu de traces dans l’histoire ; mais son fils, Séti I" ou Séthos, surnommé Méri-en- Phtah (chéri de Phtah), fut un des plus fameux conquérants de l’ancienne Égypte. Il renouvela les exploits des Thoutmosis contre les Arabes du désert, les Syriens, les Assyriens, et soumit les Éthiopiens qui s’étaient révoltés. C’est ce prince dont les exploits sont sculptés dans la grande salle hypostyle de Karnak, où ils forment, comme l’a dit M. Ampère, une séthéide sculptée et vivante.
Les listes des peuples soumis par Séthos représentent une
étendue de pays au moins égale aux plus brillantes conquêtes de Thoutmosis. Non-seulement les Khétas, mais laMésopotamie, le Sennaar, les Rotennous y figurent. En Afrique, les Nubiens, les Lybiens sont également inscrits parmi les tributaires.
Mais Séthos fut encore surpassé par son fils, Rhamsès II Meiamoun, dont les exploits se confondirent avec ceux de son père. La gloire de ce prince fut si grande, qu’elle absorba celle de tous les anciens rois, et que son nom est devenu le plus puissant symbole de la grandeur égyptienne. C’est lui que les Grecs désignèrent sous le nom de Sésostris ; c’est ce même monarque dont les prêtres égyptiens, au temps de Tacite, montraient avec orgueil les conquêtes partout gravées sur les murs de Thèbes. La poésie s’était emparée de ses exploits , et les avait retracés en style pompeux sur les murailles du temple de Karnak. Quelques fragments de cette grandiose épopée sont parvenus jusqu’à nous.
Quelque exagération qu’on suppose dans l’histoire officielle de ce prince, Rhamsès II paraît avoir été réellement un grand homme de guerre; pendant un règne de soixantehuit ans, il promena en Europe et en Asie ses armes victorieuses, couvrit l’Égypte de ses monuments, perfectionna l'administration , ajouta enfin à ses succès militaires toutes les grandeurs de la paix.
Suivant Diodore de Sicile, Rhamsès-Sésostris avait été merveilleusement préparé par son éducation au rôle de conquérant. Dès son enfance, son père avait réuni autour de lui les enfants nés le même jour, et lui avait fait faire, ainsi qu’à ses jeunes compagnons, l’apprentissage de la guerre par de rudes exercices, par de longues courses, par des luttes continuelles contre les animaux du désert et contre ses sauvages habitants. Après la mort de son père, Sésostris aspira à d’autres exploits et rêva d’autres cenquêtes. L’Éthiopie fut la première contrée qu’il soumit. Il lui imposa un tribut en or, en ébène et en dents d’éléphant. Ensuite il équipa sur le golfe Arabique une Hotte de quatre cents vaisseaux longs, les premiers de ce genre que l’Égypte eût vus. Tandis que cette flotte subjuguait les rivages de la mer Erythrée, Sésos-
Statue de Ramsès Mêiumuum
tris, à la tête de son armée de terre, envahissait l’Asie. Les peuples de cette contrée s’étaient révoltés , et avaient formé contre l’Égypte une vaste confédération dont le chef était le prince de Chétas. C’est ainsi que sont désignés sur les monuments les peuples de l’Asie occidentale , Phéniciens, Cananéens, Arabes, etc. Rhamsès faillit périr dans cette guerre lointaine. Entouré de deux mille cinq cents chars et séparé de son armée, il se vit surpris par les Chétas, dont ses espions lui avaient mal indiqué la position. Sorti victorieux d’un pareil péril, il força, par plusieurs défaites successives, les chefs des Chétas à lui demander la paix. Le traité qui intervint fut gravé sur une muraille de Thèbes, qui nous en a conservé des fragments importants.
Suivant Hérodote, qui n’est ici que l’écho des récits exagérés des prêtres égyptiens, d’autres expéditions portèrent au loin le nom du conquérant. L’historien grec rapporte qu’il s’avança jusqu’au delà du Gange; que, remontant ensuite vers le nord, il soumit les tribus scythiques jusqu’au Tanaïs, établit dans l’isthme qui sépare la mer Noire de la mer Caspienne une colonie qui fonda l’État de Colchos, passa en Asie Mineure, où il laissa de ses victoires des monuments qu’on voyait encore au temps d’Hérodote, et pénétra jusqu’en Thrace, où la disette, la rigueur du climat , la difficulté des lieux mirent un terme à ses triomphes. Au bout de neuf ans, Sésostris revint dans ses États, traînant à sa suite une foule de captifs, chargé d’immenses dépouilles et couvert de gloire.
Son retour dans la vallée du Nil fut signalé par une nouvelle série d’importants travaux. D’une part, il s’efforça d’améliorer, par de bonnes institutions, la condition du peuple égyptien ; de l’autre, il voulut immortaliser ses exploits et sa reconnaissance envers les dieux par de superbes monuments.
De nouveaux temples furent élevés et enrichis de dons magnifiques ; celui de Phtah, à Memphis, fut orné de deux colosses monolithes de trente coudées de haut, qui le représentaient lui-même avec sa royale épouse. Il régularisa ensuite et perfectionna l’administration du pays; il divisa le
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territoire en trente-six districts appelés nomes ; à chacun desquels il préposa un monarque, chargé du recouvrement des impôts et des autres services. Il fit exécuter, depuis Memphis jusqu’à la mer, de nouveaux canaux qui répandirent dans tout le pays la fécondité, qui facilitèrent ies communications intérieures et servirent en même temps à le défendre contre les irruptions du dehors. Un autre moyen non moins puissant contre les incursions toujours renaissantes des nomades de l’Arabie, fut une muraille qu’il bâtit depuis Péluse jusqu’à Héliopolis sur un espace de 120 kilomètres. On dit même qu’il eut l’idée d’ouvrir un canal de communication de la mer Rouge à la Méditerranée par le Nil, entreprise souvent commencée et qui ne fut menée à fin qu’au temps des Ptolémées.
Sésostris employa à toutes ces grandes constructions les nombreux captifs qu’il avait ramenés dans ses États. On conjecture avec quelque raison que les Juifs, établis en Égypte depuis Abraham, supportèrent leur part de ces rudes travaux. L’Écriture sainte rapporte, en effet, qu’au temps de Moïse il y avait un roi qui força les Israélites à bâtir la ville de Rhamsès, dans la Basse Égypte. La Bible ajoute qu’après un long règne ce roi mourut. Ces circonstances semblent s’appliquer tout naturellement à Rhamsès, qui régna soixante-huit ans, et qui fit construire dans la Basse Égypte une ville à laquelle il donna son nom.
Les Égyptiens attribuaient à Sésostris, outre une foule d’établissements, le partage de la population en castes, la distribution des terres les plus fertiles entre les guerriers, ce qui devait assurer leur existence et leur permettre de se livrer exclusivement à la profession des armes ; la création d’une espèce de cadastre et l’arpentage annuel des terres, afin de régler l'impôt d’une manière équitable. Mais toutes ces institutions étaient évidemment antérieures à Sésostris, et il est probable que, dans son administration politique et civile, comme dans sa vie militaire, il aura surpassé et fait oublier ses prédécesseur». Sésostris, en effet, fut considéré par les Égyptiens comme un nouvel Osiris, comme le héros national par excellence. Des monuments nombreux attestent
encore aujourd’hui sa gloire réelle et justifient l’enthousiasme dont il fut l’objet. Cette gloire et cet enthousiasme ne firent que s’accroître avec les siècles; et lorsque, mille ou neuf cents ans après sa mort, Darius, devenu maître de l’Égypte, voulut que sa propre statue fût placée devant celle de Sésostris, à Memphis, le grand prêtre de Phtha s’y opposa, en disant que les actions du roi de Perse n’avaient pas encore égalé celles du monarque égyptien. Darius, ajoute-t-on, pardonna cette généreuse résistance inspirée par le [sentiment de la grandeur nationale.
Il règne une assez grande obscurité sur la période qui s’étend depuis le règne de Ménéphtah I", fils de Rhamsès II, jusqu’à l’événement de la vingtième dynastie. On y trouve la trace de révolutions qui doivent être liées avec la seconde invasion des pasteurs, et peut-être avec la crise qui amena la sortie des Hébreux. Il y eut, dit M. de Bougé, des divisions dans la famille du grand Rhamsès; deux souverains dont on retrouve la mémoire rapportée sur les monuments de Thèbes, Ménéphtah II et Amen Mésés enlevèrent le trône à l’héritier légitime, Séti II, fils de Ménéphtah I". A ces luttes intestines, si favorables aux incursions étrangères, vint se joindre une nouvelle guerre des peuples pasteurs, qui renouvela pour l’Égypte les maux de la première invasion. C’est du moins ce qui résulte d’un passage de Manéthon, que nous a transmis Josèphe, et qui nous offre une curieuse version égyptienne de la sortie d’Égypte ; en voici le résumé.
Il restait de l’ancienne invasion des pasteurs un certain nombre de tribus qui s’étaient cantonnées dans la Basse Égypte, et qui, sous le nom d’impurs, étaient en hostilité permanente avec les populations égyptiennes. Aménophis, voulant en délivrer ses États, les relégua dans les carrières, à l’orient du Nil. Avaris, l’ancienne forteresse des rois pasteurs, leur fut assignée pour principale retraite ; là ils se constituèrent en corps de nation, sous le commandement d’un prêtre d’Héliopolis nommé Osarsiph, qui leur
< . V. sur cç poitjt la Notice sur les monuments égyptiens du Louvre . par M. de Rougé, p. <7, <8.
Captifs bâtissant un ternpie.
donna des lois entièrement opposées à celles des Égyptiens. Puis, ayant relevé les fortifications d’Avaris, ils portèrent la guerre dans l’Égypte, qui fut envahie par une armée de 200 000 hommes. Aménophis, se rappelant une ancienne tradition qui annonçait que l’Égypte tomberait pour treize ans au pouvoir des Impurs, fut frappé d’épouvante. Il emporta avec lui les images des dieux, et s’enfuit dans l’Éthiopie avec son armée et une multitude d'Égyptiens. Pendant les treize années que dura celte retraite, ces Impurs firent essuyer à l’Égypte la plus effroyable tyrannie ; non-seulement ils brûlèrent les villes et les bourgs, pillèrent et saccagèrent les temples; mais ils firent cuire les animaux sacrés, obligeant leurs prêtres et leurs prophètes à les immoler euxmêmes, et chassant ces prêtres après les avoir dépouillés. On dit que cet Osarsiph, qui bouleversa ainsi les coutumes de l’Égypte, changea son nom en celui de Moïse. Manéthon ajoute que le roi Aménophis et son fils Séthi revinrent d’Éthiopie, combattirent les Impurs et les pasteurs, en tuèrent beaucoup et poursuivirent le reste jusqu’aux: frontières de Syrie.
Cet Aménophis n’est autre probablement que Ménéphtah Ier, dont nous avons parlé plus haut. Quant à la sortie des Juifs, que les Égyptiens confondirent à dessein sans doute avec l’expulsion des pasteurs, elle dut être naturellement présentée par leurs annalistes sous les couleurs les plus propres
dissimuler le grand désastre de la mer Rouge1.
A Séthi II, le vainqueur des Impurs, succéda Ramsès III, qui fut aussi un grand conquérant, et qui inaugura par de brillants exploits l’avénement de la vingtième dynastie. « Il faudrait, dit M. de Rougé, un volume entier pour entreprendre l’appréciation de ce grand règne. » Qu’il nous suf-
<• On a remarqué depuis longtemps, dit M. Rougé, que la portion du récit de Manéthon par Josèphe, et concernant une dernière invasion des pasteurs, récit que les Égyptiens appliquaient à la sortie des Hébreux paraissait convenir à merveille au temps de Ménéphtah 1er et de Séthi II. On y voit, en effet, un Aménophis (Ménéphta I") et son fils Séthos obligé de fuir dans son enfance au fond de l'Éthiopie, d’où il revint plus tard en vainqueur expulser tes ennemis.
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fise de dire ici que les envahisseurs lurent définitivement vaincus, que les résistances intérieures qui avaient survécu aux troubles de l’époque furent comprimées, et que les victoires remportées par ce prince sur terre et sur mer relevèrent l’ascendant des rois d’Égypte en Éthiopie, en Libye et en Asie*. Le palais de Médin-et-Abou, commencé parles Thoutmosis, agrandi par Ramsès III, témoigne de la splendeur de l’art égyptien sous son règne (vers 1300 ans av. l’ère chrétienne).
Plusieurs des fils de Rhamsès ni occupèrent le trône après lui, et portèrent vaillamment l’héritage de gloire que leur avait légué leur père. Sous leurs règnes, qui remplissent la XX* dynastie, l’Égypte maintint sa suprématie sur les rives de l’Euphrate, et une inscription nous montre les Rotennous et les Aamous* prosternés devant Ramsès IV et lui offrant le tribut. Le règne de Ramsès V ne fut pas non plus sans gloire, et une stèle gravée à. • Silsilis s’exprime ainsi sur son compte. « Le Nil, sous son règne, a multiplié ses dons; il a rempli les temples des dieux des travaux de son nom. . . . Il a satisfait les dieux par de bonnes lois Il a remis
« Ces nombreuses expéditions en Asie avaient, dit M. de Rougé, établi des relations intimes entre les nations asiatiques et les Égyptiens. Les princes d’Asie s’étaient parfois alliés aux Pharaons, et Rhamsès-Sésostris avait luimême épousé la fille du prince des Chétus. Ces rapports ne pouvaient manquer d’exercer quelque influence sur les arts, sur la religion et sur les mœurs des deux contrées. On voyait, dit M. de Rougé dans sa curieuse Notice des monuments égyptiens du I.cuvre, on voyait les Asiatiques venir jusqu’en Égypte, soit pour faire le commerce, soit pour consulter les médecius égyptiens, dont la science était déjà renommée, probablement les magiciens qui luttèrent avec Moïse. On monument trouvé à Thèbes nous montre un prince de la Mésopotamie qui envoie chercher solennellement un dieu thébain pour venir au secours de sa fille, possédée d’un esprit malin. A la suite de ces alliances, quelques divinités asiatiques avaient été admises dans le Panthéon égyptien, et la Vénus des bords de l’Euphrate eut à Thèbes un temple et des prêtres qui l’invoquaient sous les noms d’Atesch et d’Anatha. D’u* autre côté, on a retrouvé à Khorsabad un grand nombre de monuments oit l’imitation du style égyptien se trahit par les sujets, les costumes et les orne menls qu’avaient popularisés les artistes de Memphis. Cette domination de plus de cinq siècles que l’Égypte exerça sur l'Asie centrale, est un fait historique des plus importants; c’est de là que dérivent une fonle de rapports entre les populations d’Égypte, de l'Assyrie et de la Phénicie. »
2. Les Aamous comprenaient la race jaune asiatique, dans une dénomination générale, comme les Rotennons comprenaient les tribus placées à l’oue^ de la Mésopotamie.
dans tontes les conditions, comme ils étaient auparavant, les grands et les petits, pleins de joie, acclamant son nom. Lorsqu’il se couche, il conçoit des bienfaits pour son peuple; lors-* qu’il s’éveille, il les enfante, comme le dieu son père1. »
Ramsès VIII a laissé aussi de beaux souvenirs, et des fouilles pratiquées en 1853 par M. Mariette, sur l’emplacement de Memphis, ont mis au jour des architraves immenses, des colonnes monolithes de quarante pieds de hauteur, qui attestent la puissance de ce roi et la tranquillité de l’Egypte sous son règne.
L’époque de ces Rhamsès ne fut donc pas tout à fait une époque de décadence, et la pompe des tombes privées atteste, au contraire, que sous leur règne, la prospérité publique fut loin d’être à son déclin *.
Mais la décadence de la maison royale, sous les successeurs de Ramsès VIII, excita l'ambition de la caste sacerdotale, qui, à la faveur de la faiblesse des princes régnants, chercha à s’emparer du trône. Déjà, sous Ramsès VIII, une première tentative d’usurpation se reconnaît dans les bas-reliefs du temple de Chons à Thèbes ; un peu plus tard, le grand prêtre d’Hammon, Her-Hor, se met lui-même à la tête de la conspiration, et, après Rhamsès XII, il apparaît sur les monuments la tête ornée de la double couronne royale, et devient ainsi le fondateur de la vingt-unième dynastie*.
La domination des grands prêtres toutefois ne paraît pas s’être étendue à l’Égypte entière. Tandis que Her-Hor et ses successeurs Pianchi et Pinétem Ier occupaient le trône de Thèbes, une dynastie nouvelle s’élevait à Tanis, et continuait dans la Rasse Égypte la lignée des souverains légitimes. Smendès, le chef réel de cette dynastie, ne tarda pas à entrer en lutte avec les usurpateurs, et il parvint à rétablir, au moins momentanément, son pouvoir sur la Théhaïde.
1 . M. de Rougé, Journal asiatique, 5e série, t. XII, v. 46, aoûl, sept. 1858.