V. Hérod., liv. I, ch. cxiiit
Ce fut vraisemblement pour prévenir ces exactions que Darius régla le tribut, soit en argent, soit en nature, que chaque nation devait lui payer tous les ans. Ces impôts firent dire aux Perses que Darius était un marchand, Gambyse un maître et Cyrus un père ; le premier, parce qu’il faisait argent de tout; le deuxième, parce qu’il était dur et négligent; le troisième, parce qu’il était doux, et qu’il avait fait à ses sujets le plus de bien qu’il avait pu. Voici comment Darius avait réparti l’impôt entre les vingt satrapies de son empire.
Les Ioniens, les Magnètes d’Asie, les Éoliens, les Gariens, les Lyciens, les Milyens, les Pamphyliens composaient la première satrapie, et payaient ensemble 400 talents d’argent.
Les Mysiens, les Lydiens, les Lazoniens, les Cabaliens, les Hygenniens étaient taxés à 500 talents et formaient la deuxième satrapie.
Les Hellespontiens, les Phrygiens, les Thraces d’Asie, les Paphlagoniens, les Mariandyniens et les Syriens formaient la troisième satrapie et payaient 360 talents.
Les Giliciens donnaient tous les jours un cheval blanc, 360 en tout, et 500 talents d’argent, dont 140 se distribuaient à la cavalerie, qui formait la garnison de ce pays :les 360 autres talents entraient dans les coffres de Darius ; c’était la quatrième satrapie.
La suivante s’étendait depuis les frontières de la Cilicie jusqu’à celles de l’Égypte, mais ne comprenait pas le pays des Arabes, qui était exempt de tout tribut. Cette satrapie, qui renfermait ainsi toute la Syrie, la Phénicie, la Palestine et l’île de Chypre, payait 350 talents.
De l’Égypte, des Libyens voisins d’Égypte, des villes de Cyrène et de Barcé, qui étaient comprises dans le gouvernement de l’Égypte, il revenait au roi un tribut de 700 talents, sans compter le produit de la pêche du lac Mœris et 700 talents en blé ; car on en fournissait 120 000 mesures aux Perses en garnison dans le château blanc de Memphis, et aux troupes qui étaient à leur solde. Cette satrapie était la sixième.
La septième comprenait les Sattagydes, les Gandariens, les Dadices et les Aparytes. Ces nations étaient du même gouvernement et payaient 170 talents. Suse et le reste du •*, pays des Cissiens formaient le huitième gouvernement, et rendaient au roi 300 talents.
* De Babylone et du reste de l’Assyrie, il lui revenait 1000 talents d’argent et 500 jeunes eunuques; c’était la neuvième satrapie. D’Ecbatane et du reste de la Médie, des Paricaniens et des Orthocorybants, qui faisaient le dixième guovernement, il tirait 450 talents. Les Caspiens, les Pausices, les Darites composaient le onzième gouvernement; ils payaient ensemble 200 talens. Tout le pays, depuis les Bactriens jusqu’aux Œgles , formait la douzième satrapie , et rendait un tribut de 360 talents.
Le treizième département payait 400 talents. Il s’étendait depuis la Pactyie, l'Arménie et les pays voisins jusqu’au Pont-Euxin. Les Sagartiens, les Sarangéens, les Thamanéens , les Myciens et les peuples qui habitent les îles de la mer Éry thrée, payaient un tribut de 600 talents ; ils étaient compris dans la quatorzième satrapie. La quinzième renfermait les Saces, qui donnaient 200 talents. Les Parthes, les Ghorasmiens, les Sogdiens et les Ariens étaient taxés à 300 talents. Cette satrapie était la seizième.
Les Paricaniens et les Éthiopiens asiatiques rendaient 400 talents; ils composaient le dix-septième gouvernement. Le dix-huitième renfermait les Matianiens, les Sapires et les Alarodiens. Ils étaient taxés à 200 talents. Les Mosches, les Tibaréniens, les Macrons, les Mosynœques, les Mardes payaient 300 talents; ils formaient le dix-neuvième département. Les Indiens payaient autant à eux seuls que tous les autres ensemble, et ils étaient taxés à 360 talents de paillettes d’or ; c’était le vingtième gouvernement. En réunissant toutes ces sommes, on verra que Darius retirait par an un tribut de 14 560 talents euboïques. La Perse, on le voit, était la seule province qui ne fût point mise au rang des pays tributaires. Ses peuples se bornaient à payer un don gratuit.
Telles étaient les grandes divisions administratives etfinan-
cières de l’empire au temps de Darius. Cette organisation fut modifiée dans la suite et perfectionnée; mais elle subsista, dans ses circonscriptions principales, jusqu’à la conquête de l’Asie par Alexandre.
C’était le roi qui nommait et révoquait les satrapes. La moindre désobéissance était regardée comme une rébellion et entraînait presque toujours la perte du coupable. Le plus simple soupçon suffisait pour perdre un satrape; le roi envoyait un exprès chargé de ses pleins pouvoirs, qui remettait aux gardes l’ordre de tuer le sujet rebelle, ce qui s’exécutait immédiatement. Dans le principe, le pouvoir civil était séparé du pouvoir militaire.
Pour établir des communications rapides entre les différentes provinces de l'empire, on avait établi des courriers répartis par stations, distantes entre elles d’une journée de chemin, qui portaient les ordres du roi aux satrapes, et les dépêches de ceux-ci à la cour. Cette institution, qui favorisait singulièrement l’action du pouvoir central, était encore une des innovations de Darius.
Mais, quelles que fussent les précautions prises par les rois de Perse pour surveiller les satrapes et les plier à l’obéissance, ils ne purent prévenir les révoltes fréquentes, les guerres civiles qui désolèrent l’empire dans ses derniers temps. La réunion du pouvoir militaire et du pouvoir civil dans leurs mains, contrairement à ce que Cyrus avait institué, et l’agrandissement de leurs gouvernements rendit l’insubordination plus facile. Les satrapes finirent par se considérer comme de véritables princes souverains, et leurs provinces ne furent plus pour eux des pays confiés à leur administration, mais des domaines à exploiter. Dès lors le pouvoir central s’affaiblit en s’avilissant, et la chute prompte de l’empire, au temps d’Alexandre, montra la faiblesse du lien politique qui en réunissait les différentes parties.
Religion de» Perses.
Les Perses attribuaient leurs institutions religieuses à un ancien législateur nommé Zoroastre. A quelle époque vivait BIST, d’orient. ?4
ce personnage fameux dans les traditions de l’Orient? Quel fut le lieu de sa naissance, le berceau de ses doctrines? On ne saurait le dire. Les uns le font contemporain de Darius; les autres le placent du quinzième au vingtième siècle avant J. G. Suivant ceux-ci, Zoroastre était Bactrien ; ceux-là le disent Mède d'origine, et ils prétendent qu’il aurait d’abord prêché sa religion en Médie; mais l’opposition qu’il rencontra dans ce pays l’obligea à émigrer en Bactriane, où il trouva de nombreux et zélés partisans. Toutefois, là aussi le prophète aurait rencontré de la résistance, et la nouvelle doctrine aurait été repoussée par une partie de la population. C’est alors qu’aurait eu lieu la grande séparation des tribus ariennes, dont les unes se seraient dirigées vers l’Inde, où elles se sont définitivement établies; tandis que les autres, appuyées par certains chefs de tribus, et entre autres par Viçtaspa, ami de Zoroastre, auraient fait triompher le zoroastrisme nonseulement en Bactriane, mais encore dans la Médie et dans la Perse.
Quelle que soit l’opinion qu’on adopte sur ces diverses questions, il est certain que la doctrine de Zoroastre remontait à une très-haute antiquité. C’est du moins ce que semble attester l’état moral de la société à laquelle elle s’adresse, société touie primitive encore, et qui diffère essentiellement de celle que gouvernèrent Cyrus et ses successeurs.
Le Mazdéisme *, c’est le nom qu’on donne à cette doctrine, est une des religions les plus pures qui soient nées en Asie avant le christianisme. Elle est renfermée dans le Zend-Avesta , le code sacré des Perses, attribué à Zoroastre lui-même; mais dont il ne nous reste malheureusement que des fragments, traduits dans une langue* qui n’est pas celle dont s’est servi le prophète. Une tendance marquée vers le monothéisme, une répugnance profonde pour toute représentation matérielle de la divinité, une morale élevée et pratique en même temps, un culte d’une extrême simplicité, tels sont les caractères esseu-