‹ Histoire ancienne de l'OrientChapitre 40 sur 47 · Agra manyoun , le mauvais esprit · texte numérisé non relu

Agra manyoun , le mauvais esprit

mazdéisme; tout ce qu’il y a de mal vient de son frère Ahriman. Ormuzd a créé l’homme ; mais les peines, les maladies et la mort remontent à Ahriman. Les malheurs publics et particuliers, les guerres et les entreprises désastreuses émanent du mauvais principe ; mais le bonheur, la royauté, la gloire, les honneurs, la santé du corps, la beauté du visage, l’éloquence, les longs jours de la vie, découlent du bon * principe. Tout ce qui n'est pas pur et parfait montre le mélange des deux principes. «Delà l’opposition de deux mondes ennemis : l’un, le monde de la lumière, qui ne produit que du bien ; l’autre, le monde des ténèbres, qui ne produit que du mal. Leur lutte pourtant finira un jour; Ormuzd à la fin l'emportera, et enfermera dans leur sombre séjour, aux enfers, Ahriman et ses daëvas. Un jour, viendra de l’orient un grand prophète qui achèvera l’œuvre que le fidèle mazdéen aura commencée, et qui frappera d’un dernier coup la puissance du prince des ténèbres.

L’attente de ce grand événement était sans doute un puissant motif d’encouragement et de consolation pour le mazdéen, au milieu des misères de cette vie. Mais il en trouvait un autre plus puissant encore dans la croyance à l’immortalité de l’âme. Cette doctrine est hautement proclamée dans le Zend-Avesta, et c’est par ses bonnes œuvres que le mazdéen doit s’ouvrir les portes du ciel.

Une religion d’un spiritualisme aussi prononcé ne pouvait avoir qu’un culte d’une extrême simplicité. On sait, en effet, qu’eÛe n’admettait pas les représentations figurées de la divinité.

« L’usage des Perses, dit Hérodote, n’est pas d’élever aux dieux des statues, des temples, des autels ; ils traitent , au contraire, d’insensés ceux qui le font ; c’est, à mon avis, parce qu’ils ne croient pas, comme les Grecs, que les dieux aient une forme humaine. Us ont coutume de sacrifier sur le sommet des plus hautes montagnes; quand ils veulent immoler une victime, ils ne dressent point d’autel, n’allument point de feu, ne font pas de libations, et ne se servent ni de flûtes, ni de bandelettes sacrées, ni d’orge mêlée avec le sel. Un Perse veut-il offrir un sacrifice à quel-

qu’une des divinités du pays, il conduit la victime dans un lieu pur, et, la tête couverte d’une tiare couronnée le plus ordinairement de myrte, il invoque le dieu. Il n’est pas permis à celui qui offre le sacrifice de faire des vœux pour lui seul en particulier: il faut qu’il prie pour la prospérité du roi et celle de tous les Perses en général. Quand il a placé sur l’herbe les morceaux de la victime, un mage, là présent, entonne un hymne, et le sacrifice est accompli. »

Le feu jouait un grand rôle dans le culte des Perses. G’es« encore aujourd’hui devant le feu sacré que le prêtre des Parsis célèbre les cérémonies religieuses. « Les Perses, dit Hérodote, tiennent le feu pour divin. » Xénophon, en le désignant sous le nom de Vesta, et en l’associant à Mythra, semble reconnaître que les Perses le tenaient pour un dieu. Il ne paraît pas cependant que le mazdéisme primitif ait vu dans le feu autre chose qu’un emblème de la pureté morale, un symbole de la divinité.

La morale de cette religion était simple et pure comme son dogme. Le mazdéen, le fidèle adorateur d’Ormuzd, a pour mission de combattre le mal sous toutes ses formes. Or, la profession la plus favorable à l’accomplissement de cette œuvre est celle de l’agriculteur. Le prêtre, le guerrier et l’agriculteur sont les plus puissants soutiens de la loi mazdéenne; mais parmi les créatures qui sont le plus agréables àOrmuzd, l’agriculteur occupe un des premiers rangs.

« C’est un saint homme, dit Ahoura Mazda, que celui qui s’est construit sur la terre une habitation dans laquelle il entretient le feu, du bétail, sa femme, ses enfants et de bons troupeaux. Celui qui fait produire du blé à la terre, celui qui cultive les fruits des champs, celui-là cultive la pureté ; il avance la loi d’Ormuzd, autant que s’il offrait cent yaçnas (sacrifices). »

La simplicité et la pureté des mœurs engendrent l’amour de la vérité. Aussi « il n’y a rien de si honteux pour le mazdéen que de mentir, et, après le mensonge, que d’avoir des dettes, et cela pour plusieurs raisons, mais surtout parce que, disent les Perses, celui qui a des dettes ment nécessairement. »

Le mazdéisme recommande aussi la douceur envers les hommes, et même envers les animaux.

« Il y a, chez les Perses, une loi qui ne permet à personne, pas même au roi, de faire mourir un homme pour un seul crime, ni de punir un de ses esclaves d’une manière trop atroce pour une seule faute. Ils assurent que jamais personne n’a tué ni son père ni sa mère, mais que toutes les fois que de pareils crimes sont arrivés, on découvre que ces enfants sont supposés ou adultérins. Il est, continuent-ils, contre toute vraisemblance qu’un enfant tue les véritables auteurs de ses jours. »

Parmi les animaux utiles à l’homme, il n’en est guère qui lui rendent plus de services que le chien. Aussi la législation le prend-elle sous sa protection. « Il n’y aurait point de sûreté pour les habitations sur la terre créée par Ahoura Mazda, fait remarquer le législateur lui-même, s’il n’y avait pas des chiens qui veillent pour le bétail et pour le village. »

Tels sont les principaux traits de cette doctrine qui régna pendant de loDgs siècles sur les ancêtres des Darius, des Xerxès, et qu’admiraient les Grecs eux-mêmes, si fiers de leurs propres lois.

Elle se modifia, cependant, en traversant les âges ; et la conquête des pays voisins de la Perse introduisit au sein du mazdéisme des éléments nouveaux qui altérèrent son spiritualisme primitif. Elle résista, assez bien à l’influence du polythéisme grec, et, associée sous les Sassanides à la restauration de l’empire, elle jeta encore un vif éclat pendant deux ou trois siècles. Mais elle ne put se défendre contre l’islamisme, et le culte de Zoroastre n’a plus maintenant que de rares sectateurs, les Parsis ou Guèbres répandus aujourd’hui dans le nord-ouest de l’Hindoustan, et dans quelques provinces de la Perse, où ils vivent au milieu des mahométans, comme les Juifs au milieu des nations chrétiennes.

La doctrine de Zoroastre était renfermée, avons-nous dit, dans le Zend-Avesta, dont la partie la plus ancienne était l’œuvre du prophète lui-même, qui l’avait écrite dans la langue désignée sous le nom de zend. Mais, depuis les conquêtes des Achéménides, qui avaient fait sortir la Perse de

son isolement et qui l’avaient mise en rapport avec d’autres peuples, cette langue s’était altérée, et il s’était formé dans l’Empire un nouvel idiome dans lequel les mots sémitiques entraient comme élément principal : cette langue fut le pelhvi, qui atteignit son plus complet développement sous les Sassanides. C’est dans cet idiome qu’a été traduite la plus grande partie du Zend-Avesta. Parmi les derniers sectateurs du mazdéisme, parmi les Guèbres, il en est peu qui le comprennent encore aujourd’hui.

Les conquêtes de Cyrus et de ses successeurs avaient amené une révolution complète dans les mœurs et les habitudes des Perses. Comme il arrive presque toujours, le vainqueur avait subi l’influence des peuples vaincus, et les nouveaux conquérants de l’Asie occidentale avaient vite adopté la civilisation des contrées où ils s’étaient établis. La cour des rois de Perses se modela sur celles d’Ecbatane et de Babylone, et il suffit de lire le livre d’Esther pour se faire une idée de la magnificence et de l’éclat dont aimaient à s’entourer les Achéménides. Aujourd’hui encore, nous pouvons retrouver jusque dans les débris qui jonchent le sol delaPerse les imposants vestiges de leur grandeur passée. Depuis le golfe Persique jusqu’à la Médie, on rencontre des ruines qui révèlent une architecture puissante, et, dans les bas-reliefs, un art plus développé déjà que celui de l’Égypte. C’est aux environs de l’ancienne Persépolis, à Istakhar, que se voient les ruines les plus importantes; elles portent le nom deTschil- Minar, ouïes quarante colonnes, détrôné de Dchemchid, etc. « Une chaîne élevée de rochers en marbre gris, de la plus grande beauté, présente une ouverture en forme semi-circulaire, dont les deux bras enveloppent encore le fond de l’édifice, tandis que le devant avance beaucoup dans la plaine. Le sol est une plate-forme taillée dans le roc et dont les quatre côtés répondent aux quatre points cardinaux ; la position et la nature du terrain, utilisées par l’architecte, donnent à l’édifice l’aspect d’un amphithéâtre qui représente trois terrasses élevées les unes sur les autres. Le tout est construit en marbre tiré des montagnes, et dont les blocs énormes sont réunis, sans chaux ni mortier, d’une manière si admirable, qu’on a

de la peine, avec l’attention la plus iorte, à en découvrir les jointures. »

« Des escaliers de marbre conduisent des terrasses inférieures aux terrasses supérieures; ils sont si larges et si commodes, que dix cavaliers, placés sur un même rang, pourraient les monter. L’escalier de la première terrasse conduisait à un portique dont il ne reste que quatre pilastres, qui formaient, deux à deux, l’entrée au nord et au sud. Deux animaux fabuleux, d’une forme colossale, sont taillés dans chacun de ces pilastres, et semblent être les gardiens des portes. Entre les pilastres se trouvent quatre colonnes, tout le reste est en ruine; De cette première terrasse on monte par de semblables escaliers, quoique moins larges, à la seconde terrasse qui contenait quatre colonnades différentes, dont il existe encore un certain nombre de colonnesi Elles sont cannelées, hautes de 17 mètres, et si grosses, que trois hommes peuvent à peine les embrasser. De doubles têtes d’animaux, réunis par la nuque, remplacent les chapiteaux. Elles laissent entre elles un creux où il y avait probablement des solives qui supportaient un toit plat ; de sorte que le tout formait un grand péristyle. Par ce péristyle on arrive enfin à plusieurs édifices isolés ; l’un, qui est le plus grand, est sur le même plan; les autres, plus reculés, forment, réunis, comme une troisième terrasse. Ils contiennent tous quantité de chambres de différentes grandeurs, et qui paraissent avoir été habitées. L’intérieur de ce monument offre une foule de représentations figurées qui inspirent à l’antiquaire un intérêt d'autant plus vif, qu’elles se rapportent à la destination de ces édifices. Nous avons mentionné les animaux fabuleux qu’on voit à l’entrée en guise de gardiens. Les parois des escaliers sont couvertes de plusieurs figures humaines qui paraissent représenter une procession, et qui se distinguent l’une de l’autre par les costumes et par les attributs les plus variés. Les parois et entrées des édifices du fond ne sont pas moins riches en bas-reliefs. On y voit des personnages de rang élevé, avec leur suite et leurs insignes, ou des combats d’animaux sauvages ou d’animaux fabuleux, entre eux ou contre des hommes.

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« Dans le mur du rocher d’où sort la plate-forme qui sert de fondement à l’édifice, on aperçoit deux grands tombeaux. Une façade considérablement élevée au-dessus du sol, et derrière laquelle se trouve une chambre carrée, est taillée dans le roc même. Il a fallu, pour y parvenir, pratiquer une ouverture, et toutes les recherches pour trouver l’ancienne entrée sont restées sans succès ; le roc a été taillé à pic pour rendre le monument tout à fait inaccessible*. *

On trouve dans la plaine d’Istakhar d’autres ruines, dont les plus importantes sont à Nakch-i-Roustam. Plus au nord, sur la route d’Ispahaa, Ker-Porter a cru reconnaître le tombeau de Cyrus et l’emplacement de Pasargade. — Tels qu’ils sont, les restes de ces monuments suffisent pour nous taire apprécier le degré de perfection que les arts avaient atteint, en Perse, au temps desAchéménides. Ils sont en même temps une nouvelle preuve de l’influence que la civilisation assyrienne exerça sur cette contrée. Il est certain, en effet, que les palais des rois de Perse furent construits sur le modèle de ceux de Ninive et de Babylone. Les ornements qui les décorent ne diffèrent en rien des sculptures assyriennes. Des figures colossales de taureaux ailés à face humaine étaient placées, comme dans les capitales de la Babylonie et de l’Assyrie, à l’entrée des résidences royales. Le reste de l’ornementation ne s’éloigne guère de ce qu’on voit sur les murs des cités assyriennes. Les inscriptions cunéiformes rappellent celles que présentent les palais de Ninive et de Babylone ; elles en ont donné l’intelligence et facilité la lecture * ; enfin, la civilisation médo-persane, telle que nous la connaissons par les auteurs sacrés et profanes et par les monuments, est une civilisation purement assyrienne.

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