‹ Histoire ancienne de l'OrientChapitre 41 sur 47 · Heeren , d’après Ker-Porler · texte numérisé non relu

Heeren , d’après Ker-Porler

2. « On n’arrive à l'intelligence des leites provenant de Ninive et de Riliytone que par l’interprétation des inscriptions trilingues des Achéinénidcs. » Oppcrt, Expédition scientifique en Mésopotamie, t. XII, cil. p. 4 21

Révolte de l’Ionie (501-494). — Première guerre médique (492-490). — Seconde guerre médique (485-479).

Révolte de l’Ionie (501-404}

Quelques eitoyens des plus riches de Naxos, exilés par le peuple, s’étaient retirés à Milet, dont Aristagoras était gouverneur. Ils supplièrent celui-ci de leur fournir des secours pour les aider à rentrer dans leur patrie. Aristagoras s’adressa à Artapherne, satrape de toutes les côtes maritimes de l’Asie Mineure, et l’engagea à soutenir les Naxiens, en lui représentant que rien ne serait plus facile que de rendre le roi de Perse maître non-seulement de Naxos et des îles qui en dépendent, mais encore de toutes les Cyclades et de l’Eubée. Artapherne y consentit, et lui fournit 200 vaisseaux pour mettre à exécution son projet. Les Perses attaquèrent donc l’ile de Naxos; mais ils la trouvèrent bien fortifiée, et, après avoir assiégé la ville pendant quatre mois, après avoir dépensé tout l’argent qu’ils avaient apporté, ils durent se retirer sur le continent. Aristagoras craignit qu’on ne lui imputât le mauvais succès de cette entreprise, et il prit la résolution de se révolter. Hystiée, son p^ant, que Darius retenait à la cour de Suse, seconda secrètement son projet, et bientôt la plupart des villes grecques furent en armes. Aristagoras se rendit aussitôt à Lacédémone pour y solliciter des secours. Il ne put corrompre le roi Cléomène, mais fut plus heureux à Athènes. Là il invoqua la communauté d’origine qui existait entre les habitants de Milet et

I. Pour plus de détails, voy. V Histoire grecque de M. Duruy, 2» édition, p. 224-20», et surtout Hérodote.

les Athéniens, appuya ses raisons de magnifiques promesses, et persuada l’assemblée, c Ainsi, dit Hérodote, Aristagoras, qui ne put surprendre Gléomène seul, réussit à tromper 30 000 Athéniens ; tant il est plus aisé d’en imposer à beaucoup d’hommes qu’à un seul. »

Les Athéniens se trouvèrent ainsi engagés dans la querelle des villes grecques de l’Asie Mineure avec le grand roi. Ils mirent en mer 20 vaisseaux, et quand ils eurent été joints par le reste des alliés, Aristagoras les fit débarquer et dirigea une expédition contre Sardes, qui se rendit sans résistance, excepté la citadelle, défendue par Artapherne avec une nombreuse garnison. Un soldat ayant mis le feu à une maison, l’incendie se communiqua de proche en proche, et la ville fut réduite en cendres. Le temple de Gy bêle, la grande divinité du pays, fut consumé avec la ville. Cet incendie servit ensuite de prétexte aux Perses pour mettre le feu aux temples de la Grèce. Sur la nouvelle de cette invasion, les Perses accoururent au secours des Lydiens. Us ne trouvèrent plus les Ioniens à Sardes; mais, ayant suivi leurs traces, ils les atteignirent à Éphèse et les battirent. Les Athéniens, découragés par cetéchec, abandonnèrent leurs alliés et revinrent chez eux.

Cependant, Darius avait appris que Sardes avait été brûlée par les Ioniens et les Athéniens; il demanda quel peuple c’était que les Athéniens, et sur ce qu’on lui dit, il prit son arc, y mit une flèche, et la tira vers le ciel, en s’écriant : « O Jupiter! puissé-je me venger des Athéniens ! » Il ordonna ensuite à un de ses officiers de lui répéter à trois reprises, toutes les fois qu’on lui servirait à dîner : « Seigneur, souvenez-vous,des Athéniens ! »

Cependant les Ioniens continuaient la guerre ; ils s’emparèrent de Byzance et de toutes les villes de l’Hellespont, soulevèrent la Carie, et reçurent les secours de l’ile de Cypre révoltée aussi contre Darius. Mais les Cariens et les Cypriotes furent battus, les villes de l’Hellespont reprises et une armée formidable de terre et de mer menaça Milet. Les Ioniens et leurs alliés, ayant réuni 353 galères, à trois rangs de rames, attaquèrent, près de l’île de Lada, la flotte des Perses, forta

de 600 voiles. Ils furent vaincus par la trahison des Samiens; les Perses s’emparèrent ensuite de Milet et transportèrent ses habitants à l’embouchure du Tigre, à Arnpé, sur la mer Erythrée. Hystiée , qui s’était échappé de Suse pour so joindre aux rebelles, fut pris lui-même et mis à mort par Artapherne. Toutes les îles se soumirent, depuis la Thracc et l’Hellespont jusqu’à, l’extrémité de la Carie. Les Phéniciens, jaloux depuis longtemps de la prospérité de l’Ionie, qui seule leur disputait le monopole du commerce de l’Asie avec l’Europe méridionale, laissèrent partout des traces horribles de leur passage.

Première guerre médlque (102-400).

Darius se souvint alors des Athéniens. Mardonius, son gendre, mis à la tête d'une puissante armée de terre et de mer, fut chargé d’envahir la Grèce par la Thrace. Mais la flotte fut détruite en partie par une violente tempête, tandis qu’elle doublait le mont Athos. Les tribus sauvages et belliqueuses de la Thrace surprirent l’armée des Perses, et lui tuèrent un grand nombre de soldats. Mardonius fut contraint de retourner en Asie sans avoir pu mettre le pied en Grèce (492).

Il fallait venger ce nouvel outrage. En 490, Datis et Artapherne traversèrent la mer Égée dont ils soumirent les îles, saccagèrent Érétrie dans l’Eubée, et débarquèrent dans l’Attique avec 110000 hommes. Les Platéens seuls de tous les Grecs osèrent envoyer aux Athéniens 1000 soldats; les Spartiates armèrent des troupes ; mais une loi bizarre les obligeait d’attendre la pleine lune pour se mettre en marche : ils n’arrivèrent qu’ain'ès la victoire. 10 000 guerriers d’Athènes, et les 1000 Platéens étaient allés camper à Marathon. Dix généraux, parmi lesquels étaient Miltiade et Aristide, so partageaient d’abord le commandement qui fut ensuite abandonné au seul Miltiade. La déroute des Perses fut prompte et complète (490).

Darius, occupé à réprimer une révolte en Égypte, laissa à la Grèce plusieurs années de repos ; il avait cependant fait

d’immenses préparatifs contre elle, lorsqu’il mourut en recommandant à son fils Xerxès de ne pas oublier l’injure de Marathon.

seconde guerre médlquc (485- 4 SO).

Au moment où Darius se préparait à attaquer en même temps les Égyptiens, qui s’étaient révoltés, et les Athéniens, dont il avait k tirer vengeance, il s’éleva entre les nrinces, ses fils, de grandes contestations au sujet de la couenne. Il fallait terminer ces différends, parce que les lois détendaient au prince d’entreprendre une expédition sans avoir désigné son successeur. Darius, avant d’être roi, avait eu trois enfants d’une première femme, fille de Gobrias; mais, depuis qu’il était monté sur le trône, il en avait eu quatre d’Atossa, fille de Gyrus. Artabazane était l’aîcé des enfants de la première femme, Xerxès l’aîné de ceux de la seconde. Artabazane croyait avoir des droits incontestables à la couronne. Xerxès rappelait que sa mère, Atossa, était fille de Cyrus, à qui les Perses étaient redevables de leur indépendance, et qu’il était né quand son père était roi et non plus simple particulier. Ces raisons et plus encore l’influence d’Alossa l’emportèrent. Darius nomma Xerxès son successeur.

Le nouveau monarque songea d’abord à pacifier l’Égypte. Il attaqua les rebelles la deuxième année après la mort de Darius, les subjugua, et rendit leur servitude plus dure. Il n’avait d’abord montré aucune intention d’attaquer les Grecs. Mais Mardonius, qui avait un échec à réparer et qui entrevoyait dans une guerre contre la Grèce les moyens de satisfaire son ambition, ne cessa de rappeler à son beau-frère la vengeance que Darius s’était promise. Ses instances, celles des Aleuades, princes de Thessalie, et celles des Pisistratides réfugiés à Suse , décidèrent le nouveau roi, malgré les conseils contraires de son oncle Artaban.

Xerxès employa quatre années à faire des levées et à amasser des provisions ; il se mit en marche dans le courant de la ïinquième avec des forces immenses (480). A peine fut-il

arrivé à Sardes, qu’il envoya des hérauts dans la Grèce demander la terre et l’eau, et ordonner que dans toutes les villes on se préparât à le recevoir. En même temps, il faisait construire un pont sur le détroit de l’Hellespont, afin de passer d’Asie en Europe. Les Phéniciens et les Égyptiens furent chargés de cette tâche. Mais à peine les ponts étaient-ils achevés qu’une affreuse tempête rompit les cordages et brisa les vaisseaux. A cette nouvelle , Xerxès indigné fit donner, dans son imbécile colère, trois cents coups de fouet à la mer et trancher la tête à ceux qui avaient présidé à la construction des ponts. Il fallut recommencer tout ce travail qui dura plusieurs mois, après quoi Xerxès quitta Sardes et s’approcha de la mer. S’il faut en croire Hérodote, les prodiges les plus sinistres éclatèrent à ses yeux ; les mages qui l’accompagnaient interprétèrent favorablement tous ces signes, et il arriva plein de confiance à Abydos. Là, le grand roi voulut contempler l’ensemble de ses forces. On éleva sur un tertre un trône de marbre blanc, d’oh ses regards purent embrasser à la fois ses armées de terre et de mer. On lui donna aussi le spectacle d’un combat naval, dans lequel les Phéniciens de Sidon remportèrent la victoire. Il paraît qu'en voyant l’Hellespont couvert de ses vaisseaux, le rivage entier et les plaines d’ Abydos remplies de ses gens de guerre, il se félicita de son bonheur; mais que peu après il versa des larmes. Artaban , qui l’avait toujours détourné de cette expédition, lui ayant demandé la cause de ce changement : « Lorsque je réfléchis, répondit Xerxès, sur la brièveté de la vie humaine, et que de tant de milliers d’hommes il n'en restera pas un seul dans cent ans, je suis ému de compassion. » Après avoir accompli certaines cérémonies pour se rendre les dieux favorables, les troupes passèrent le détroit; elles mirent sept jours et sept nuits à défiler. On fit ensuite, dans la plaine de Doriscos, le dénombrement de cette armée, qui, suivant Hérodote, s’élevait à près de 1 800 000 hommes. L’histoire ne fournit pas d’autre exemple d’une réunion aussi grande de peuples différents par le costume et par les armes.

« En tête de l’armée, dit Hérodote , dont nous abrégeons le

pittoresque et intéressant récit, étaient les Perses. Ils avaient des bonnets de feutre qu’on appelle tiares, des tuniques de diverses couleurs et garnies de manches, des cuirasses de fer travaillées en écailles de poissons, et de longs hautsde-chausses qui leur couvraient les jambes. Ils portaient une espèce de bouclier qu’on appelle gerrhes, avec un carquois au-dessous, de courts javelots, de grands arcs, des flèches de canne, et, outre cela, un poignard suspendu à la ceinture.

Ils étaient commandés par Otanès, père d’Amestris, femme de Xerxès.

« Les Mèdes marchaient vêtus et armés de même. Ils avaient à leur tête Tigrane , de la maison des Achéménides. Les Gissiens étaient armés et habillés comme les Perses ; mais, au lieu de tiares, ils portaient des mitres. Anaphès, fils d’Otanès, les commandait. Les Hyrcaniens avaient aussi la même armure que les Perses, et reconnaissaient pour général Migapanès.

« Les Assyriens avaient des casques tissus d’une façon extraordinaire. Leurs boucliers, leurs javelots et leurs poignards ressemblaient à peu près à ceux des Égyptiens. Ils portaient, en outre, des massues de bois hérissées de nœuds de fer et des cuirasses de lin. Les Ghaldéens faisaient corps avec eux; les uns et les autres étaient commandés par Otaspès.

« Le casque des Bactriens approchait de celui des Mèdes. Leurs arcs étaient de canne, à la mode de leur pays et leurs dards fort courts. Les Saces avaient des bonnets foulés et terminés en pointe droite, des hauts-de-chausses, des arcs, des poignards et des haches. Hystaspe, fils de Darius et d’Atossa, commandait les Bactriens et les Saces.

« Les Indiens portaient des habits de coton, des arcs de canne, et des flèches aussi armées d’une pointe de fer. Ges peuples servaient sous Pharnazathrès, fils d’Artabatès. Les arcs des Ariens ressemblaient à ceux des Mèdes, et le reste ” de leur armure à celle des Bactriens. Ils étaient commandés par Sisamnès, fils d’Hydarnès.

« Les Parthes, les Chorasmiens, les Sogdiens, les Gandariens et les Dadyces étaient armés comme les Bactriens. Ar-

labase commandait les Parthes et les Chorasmiens ; Azanès, les Sogdiens ; Artyphius, les Gandariens et les Dadyces.

« Les Gaspiens étaient vêtus d’une saie de peaux de chèvres. Ils avaient des arcs et des flèches de canne, à la mode de leur pays, et des cimeterres. Ariomardès les commandait. Les Sarangéens avaient des habits de couleur éclatante; leur chaussure, en forme de bottines, montait jusqu’aux genoux ; leurs arcs et leurs javelots étaient à la façon des Mèdes. Phérendatès était leur commandant. Les Pactyices avaient aussi une saie de peaux de chèvres, et pour armes des arcs et des poignards. Ils étaient commandés par Artyntès.

« Les Outiens, les Myciens et les Paricaniens étaient armés comme les Pactyices. Arsaménès, fils de Darius, commandait les Outiens et les Myciens, et Syromitrès, les Paricaniens.

« Les habits des Arabes étaient amples et retroussés avec dçs ceintures. Ils portaient au côté droit des arcs très-longs. Les Éthiopiens, vêtus de peaux de léopard et de lion, avaient des arcs de branches de palmier de quatre coudées au moins, et de longues flèches de canne à l’extrémité desquelles était une pierre pointue. Ils avaient de plus des javelots armés de cornes de chevreuils travaillées comme un fer de lance, et des massues pleines de nœuds. Quand ils vont au combat, ils se frottent la moitié du corps avec du plâtre, et l’autre moitié avec du vermillon. Les Éthiopiens et les Arabes étaient sous les ordres d’Arsamès, fils de Darius.

Les Éthiopiens orientaux servaient avec les Indiens. Ils avaient sur la tête des peaux de front de cheval enlevées avec la crinière et les oreilles. Les oreilles se tenaient droites, et la crinière servait d’aigrette. Leurs boucliers étaient faits avec des peaux de grues.

« Les Libyens avaient des habits de peaux et des javelots durcis au feu.

« Les casques des Paphlagoniens étaient faits de tissus ; leurs boucliers étaient petits, ainsi que leurs piques. Ils avaient des dards et des poignards.

« Les Lygiens, les Matianiens, les Mariandyniens et les Gappadociens étaient armés comme les Paphlagoniens.

« L’armure des Phrygiens approchait beaucoup de celle des Paphlagoniens. Les Arméniens étaient armés comme les Phrygiens, dont ils sont une colonie.

« L’armure des Lydiens ressemblait, à peu de chose près, à celle des Grecs. Les Mysiens avaient des casques à la façon de leur pays, avec de petits boucliers et des javelots durcis au feu. Les uns et les autres avaient pour chef Artapheme, fils de celui qui avait commandé avec Datis la première expédition en Grèce.

« Les Thraces d'Asie (les Bithyniens) avaient sur la tête des peaux de renards, pour habillement une tunique, et pardessus une robe de diverses couleurs très-ample, avec des brodequins de peaux de jeunes chevreuils. Ils portaient des javelots, des boucliers légers et de petits poignards.

« Les Cabaliens-Méoniens et les Lasoniens étaient armés et vêtus comme les Giliciens. Les Mysiens avaient de courtes piques, des habits attachés avec des agrafes , des casques de peau, et quelques-uns des arcs à la lycienne. Les Mosches portaient des casques de bois, de petits boucliers et des piques dont la hampe était petite et le fer grand.

« Les Tibaréniens, les Macrons et les Mosynœques étaient armés à la façon des Mosches. Les Mares portaient des casques et de petits boucliers de cuir avec des javelots. Les habitants de la Golchide avaient des casques de bois, de petits boucliers de peaux de bœuf crues, de courtes piques et des épées. Les Alarodiens et les Sapires étaient armés à la façon des Golchidiens. »

Tels étaient, avec ceux qui étaient venus des îles de la mer Erythrée, les peuples qui composaient l’infanterie. Outre cette immense armée, il y avait un corps d’élite composé de 10 000 hommes qu’on appelait les Immortels. Ils surpassaient toutes les autres troupes par leur magnificence et par leur courage. H en était de même des Perses, dont l'armure et lei vêtements brillaient d’une multitude d’ornements en or. Leurs femmes les suivaient dans des chariots couverts, et ils avaient un grand nombre de domestiques richement vêtus.

La cavalerie était de 80 000 chevaux ; il y avait en outre HIST. d’obient. 25

une multitude de chameaux et de chariots. Quant k la flotte, elle se composait de 1207 trirèmes fournies par les peuples maritimes, c’est-à-dire par les Phéniciens, qui en avaient donné 300, les Égyptiens 200, les Cypriens 150. Le reste venait des Giliciens, des Pamphyliens, des Lyciens, des Garions, des Ioniens et des Doriens.

Le dénombrement achevé, et l’armée rangée en bataille, Xerxès en fit la revue. Il parcourut k cheval, l’une après l’autre, toutes les lignes de la cavalerie et de l’infanterie. La revue des troupes de terre finie, il monta sur un vaisseau sidonien, où il s’assit sous un pavillon d’étoffe d’or. Après avoir tout examiné, il fit venir Démarate, et lui demanda s’il pensait que les Grecs oseraient lui résister : « Les Grecs, répondit Démarate , ont été élevés à l’école de la pauvreté : ils n’écouteront jamais vos propositions. Les Lacédémoniens, pour ne parler que de ceux-là, iront à votre rencontre, et vous présenteront la bataille, quand même tout le reste des Grecs prendrait parti pour vous. Leur armée ne fût-elle que de 1000 hommes, fût-elle de moins encore, ils vous combattront. — Quoi, lui répondit Xerxès, 1 000 hommes livreraient bataille à une armée si nombreuse ? J’ai bien peur qu’il n’y ait dans ce propos beaucoup de jactance et de vaine gloire. Il y a parmi mes gardes des Perses qui se battraient contre trois Grecs à la fois. Si ces gens avaient un maître, la crainte pourrait leur inspirer du courage , et contraints par les coups de fouet, ils marcheraient , quoique en petit nombre, contre des troupes plus nombreuses. — La loi, répliqua Démarate, est pour eux un maître absolu; ils la redoutent beaucoup plus que vos sujets ne vous craignent. Ils obéissent k ses ordres; et ces ordres, toujours les mêmes, leur défendent la fuite, quelque nombreuse que soit l’armée ennemie, et leur commandent de vaincre ou de mourir. Du reste, si mes discours ne sont pas justifiés par l’événement, je consens k garder le silence le reste de ma vie. »

Xerxès, au lieu de se fâcher, se mit à rire; puis il donna ses ordres, et l’armée, divisée en trois corps, partit pour la Grèce, forçant tous les peuples qu’elle rencontra sur sa route k l’accompagner dans son expédition. Sur les bords du

Strymon, les mages firent un sacrifice de chevaux blancs, dont les entrailles présagèrent d’heureux succès. Au passage appelé les Neuf-Voies, ils enterrèrent tout vifs autant de jeunes garçons et de jeunes filles des habitants du pays.

Une telle armée devait ruiner les pays qu’elle traversait. « Aussi, dit Hérodote, il y eut des peuples qui furent réduits à une si grande misère , qu’ils furent obligés d’abandonner leurs villes et de s’expatrier. »

Pendant que l’armée de terre s’avançait ainsi du côté de la Macédoine, la flotte, au lieu de doubler le mont Athos, le traversait au moyen d’un canal laborieusement construit, et arrivait près des embouchures du Pénée. Le grand roi féjourna quelques jours en Piérie ; c’est là que les hérauts qu’il avait envoyés en Grèce le rejoignirent. « Les uns revinrent, dit Hérodote, les mains vides ; les autres avec la terre et l’eau. » Parmi les peuples qui avaient fait leur soumission étaient les Thessaliens, les Dolopes, les Ænianes, les Perrhèbes, les Locriens , les Magnètes, les Méliens, les Achéens de la Pthiolide, les Thébains et le reste des Béotiens, excepté les Thespiens et les Platéens. Les Grecs qui. s’étaient ligués pour repousser l’invasion barbare se lièrent entre eux par un serment ainsi conçu : « Ceux qui, étant Grecs, se sont donnés aux Perses, sans y être forcés par la nécessité, payeront au dieu de Delphes , après le rétablissement des affaires, la dixième partie de leurs biens. »

Les hérauts de Xerxès n’allèrent ni à Athènes ni à Sparte. Darius en avait envoyé précédemment à ces villes ; mais les Athéniens les avaient jetés dans le Barathre, et les Lacédémoniens dans un puits, où ils leur dirent de prendre de la terre et de l’eau, et de les porter à leur roi.

Il fallait fermer aux barbares l’entrée du pays ; les Étals grecs réunis à l’isthme de Corinthe prirent la résolution do garder le défilé des Thermopyles, par lequel on passait de la Thessalie dans la Grèce centrale. On envoya l’armée navale dans l’Artemision, sur les côtes de l’Eubée.

Tandis que la flotte de Xerxès partait de la ville de Tlierme, 10 vaisseaux, excellents voiliers, cinglèrent droit à

l'île de Sciathos, où les Grecs avaient trois vaisseaux en observation : un de Trézène, un d’Égine et un d’Athènes. Ceux-ci, apercevant de loin l’ennemi, prirent la fuite. Les barbares se mirent à leur poursuite, enlevèrent d’abord le vaisseau trézénien et égorgèrent à la proue le plus bel homme de l’équipage. La trirème d’Égine leur causa quelque embarras par la valeur de Pythès, un de ceux qui la défendaient Le vaisseau pris, Pythès ne cessa pas de combattre jusqu’à ce qu’il tomba à demi mort. Les Perses , étonnés de son courage, le pansèrent avec de la myrrhe, l’enveloppèrent de bandelettes, et, de retour au camp, le montrèrent à toute l’armée avec admiration. Quant au vaisseau athénien, il alla s’échouer à l’embouchure du Pénée. Lorsque les Grecs, stationnés dans l’Artemision, apprirent l’approche de l’ennemi, ils furent tellement épouvantés qu’ils abandonnèrent l’Artemision, et se retirèrent à Chalcis pour garder le passage de l’Euripe. Ils laissèrent néanmoins des sentinelles sur les hauteurs de l’Eubée, afin d’observer l’ennemi.

Cependant, la flotte de Xerxès abordait aux rivages de la Magnésie. Arrivée à la hauteur de Sépias, elle fut assaillie par une violente tempête qui engloutit quatre cents vaisseaux et une innombrable multitude d’hommes. De son côté, Xerxès, avec l’armée de terre, ayant traversé la Macédoine et la Thessalie, était venu camper près de la ville de Trachis. A quelque distance de là étaient les Thermopyles, où l’attendaient les Grecs. Léonidas gardait le passage avec trois cents Spartiates et cinq mille Grecs. Xerxès, en ayant été informé par ses éclaireurs, ne pouvait croire qu’ils osassent affronter la bataille. Il laissa passer quatre jours espérant que les Grecs prendraient la fuite. Le cinquième, comme ils ne se retiraient pas, il envoya contre eux un détachement de Mèdes et de Ciliciens, avec ordre de les faire prisonniers et de les lui amener. Les Mèdes fondirent avec impétuosité sur les Grecs, mais il en périt un grand nombre. De nouvelles troupes vinrent à la charge, et le combat dura tout le jour. Le roi lui-même vit alors clairement qu’il avait beaucoup d’hommes, mais peu de soldats. Les Mèdes se voyant si rudement repoussés, se retirèrent, et les Perses prirent leur place. G’était la troupe des

Immortels qui allait se mesurer avec les soldats de Léonidas. Elle éprouva le même sort, les Spartiates en détruisirent la plus grande partie.

Le roi commençait à éprouver quelque embarras, lorsque Éphialte lui découvrit un sentier qui tournait la montagne , ce qui permettait aux Perses d’envelopper les braves compagnons de Léonidas. Celui-ci renvoya une partie des Grecs qui l’accompagnaient, afin de ne pas les exposer à une mort certaine ; puis, s’avançant jusqu’à l’endroit le plus large du défilé, il engagea de nouveau le combat, décidé lui et tous les siens non plus à vaincre, mais à mourir. Léonidas tomba après avoir fait des prodiges de valeur. Un combat sanglant s’engagea sur son coprs ; les Grecs mirent quatre fois en fuite les ennemis et conservèrent l’avantage jusqu’à l’arrivée des troupes conduites par Éphialte. Les Perses ensevelirent ces braves sous un monceau de traits.

Telle fut l’issue du mémorable combat des Thermopyles. Xerxès apprit qu’une poignée d’hommes libres défendant leur patrie valait des millions d’esclaves. L’armée navale du roi de Perse rencontra partout la même résistance. Près de la rade d’Artemision , les Grecs, après avoir lutté tout un jour contre des forces bien supérieures , prirent 30 vaisseaux aux barbares. Puis une tempête survint, qui jeta une partie de la flotte persique sur les écueils de l’Eubée. Quelques jours après, le combat recommença, et la perte fut encore considérable du côté des barbares. Sur ces entrefaites arriva la nouvelle de la mort de Léonidas. Les Grecs alors prirent la résolution de se retirer vers le Péloponnèse ; ils s’arrêtèrent à Salamine.

Cependant l’armée de terre avait pénétré de la Trachinie dans la Doride, puis dans la Phocide, où tout fut mis à feu et à sang. L’armée barbare se partagea ensuite en deux corps dont le plus considérable s’achemina vers Athènes sous la conduite de Xerxès, et entra en Béotie. L’autre marcha avec des guides vers Delphes, pour en ravir les trésors. Mais les Grecs ont depuis raconté qu’au moment où les barbares approchaient du temple de Minerve, la foudre tomba sur eux, et que des quartiers de roche, se détachant du sommet du

Parnasse, en tuèrent un grand nombre. Ceux qui échappèrent s’enfuirent jusqu’en Béotie, croyant, dans leur effroi, avoir vu deux guerriers d’une taille extraordinaire qui les poursuivaient et les frappaient. Xerxès, de son côté, était arrivé dans l’Attique, après avoir livré aux flammes Thespies et Platée, qui avaient refusé d’embrasser ses intérêts. Son armée campa sur une colline en face de la citadelle d’Athènes, qu’elle attaqua aussitôt. Quelques vieillards qui la défendaient furent bientôt accablés et égorgés. La citadelle fut réduite en cendres.

Lorsque les Grecs, assemblés à Salamine, apprirent la prise d’Athènes, ils en furent tellement consternés, que quelques-uns des généraux voulaient qu’on reculât jusqu’à l’isthme de Corinthe, pour couvrir le Péloponnèse. Thémistocle combattit cette résolution, qui, si elle eût été exécutée, aurait fait perdre aux Grecs l’occasion de combattre dans un lieu favorable, et eût amené inévitablement la ruine du pays. Son avis l’emporta, et on résolut d’attendre l’ennemi où l’on se trouvait.

Dans le camp des Perses on agitait aussi la question de savoir si on se battrait sur mer. Malgré des avis contraires, Xerxès se prononça dans ce sens , et aussitôt la flotte vint se ranger devant Salamine. Un jour se passa encore en délibérations irritantes sur la flotte grecque ; Thémistocle y mit fin en faisant avertir secrètement Xerxès que les Grecs allaient se disperser et éterniser la guerre, s’il ne les enveloppait pour empêcher leur fuite. Ce stratagème réussit. La mêlée fut terrible. Les barbares combattaient avec confusion, sans discipline, sans tactique, à l’exception des Phéniciens qui étaient rangés vis-à-vis des Athéniens, et des Ioniens qui faisaient, face aux Lacédémoniens. Thémistocle avait habilement donné aux Grecs l’avantage du vent. La ligne perse fut bientôt rompue, mise en désordre et toute la flotte forcée de fuir. Ariabignès, frère de Xerxès, général de l’armée navale, périt avec un grand nombre de personnages de distinction. La perte des Grecs ne fut pas considérable. Us se disposaient à une seconde victoire, comptant que le roi livrerait une nouvelle bataille avec ce qui lui restait de vais-

seaux. Mais Xerxès craignit qu’ils ne songeassent à faire voile vers l’Hellespont, pour lui enlever ses moyens de retraite, en rompant les ponts qu’il avait fait construire , et il j résolut dé se retirer en toute hâte dans ses États. Afin de j donner le change aux Grecs, il fit tous les préparatifs d’une nouvelle action, et quelques jours après U se dirigea, par terre, vers l’Hellespont, laissant Mardonius en Grèce aveo 300 000 hommes. Il arriva en quarante-cinq jours au détroit, n’ayant plus avec lui qu’une très-petite partie de ceux qui naguère avaient si joyeusement franchi ce passage (480).

Mardonius hiverna en Thessalie. Avant de recommencer la guerre au printemps, il chercha à entraîner les Athéniens dans son parti. Il leur fit porter par Alexandre, roi de Macédoine, des propositions d’alliance. Les Athéniens lui répondirent : « Ne cherchez pas à nous persuader de faire alliance avec les barbares, jamais vous n’y parviendrez. Allez reporter à Mardonius la réponse des Athéniens : Tant que le soleil fournira sa carrière accoutumée, nous ne ferons pas d’alliance avec Xerxès ; mais, pleins de confiance dans la protection des dieux et des héros dont, sans aucun respect, il a brûlé les temples et les statues, nous irons à sa rencontre et le repousserons courageusement. »

Cêtte réponse détermina Mardonius à se remettre en mouvement; l’armée des Perses rentra en Béotie, et bientôt après dans l’Attique, d’où les Athéniens s’étaient encore enfuis, à Salamine et sur leurs vaisseaux. Mardonius s’empara pour la seconde fois de la ville déserte, dix mois après la première occupation par Xerxès.

Mais la nouvelle de l’approche des Péloponnésiens détermina le général perse à quitter l'Attique et à se replier sur la Béotie, où son immense cavalerie pouvait se déployer librement, et où Thèbes était prête à le recevoir. En sortant d’Athènes, il y mit le feu et fit abattre tout ce qui subsistait encore, murs et édifices, sacrés ou profanes. Rentré en Béotie, il se retrancha le long de l’Asope, en face de Platée. L’armée grecque vint camper auprès de cette ville, au pied du mont Githéron.

Mardonius voyant que les Grecs ne descendaient pas dans

la plaine, envoya contre eux toute la cavalerie commandée par Masistios, personnage d’une grande distinction. Cette cavalerie attaqua les Grecs avec vigueur et leur fit beaucoup de mal. En même temps elle les accablait d’insultes et leur reprochait de n’être que des femmes. Les Grecs répondirent à ces injures par un énergique effort. Masistios fut tué. Sa mort répandit le deuil et la consternation parmi les Perses. Cependant les Grecs abandonnèrent leur position pour se rapprocher de Platée, dont le territoire offrait plus de commodité à cause de l’abondance de ses eaux. Lorsqu’ils y furent arrivés, ils se rangèrent par nations près de la fontaine de Gargaphie et d’un temple consacré à un héros platéen, les uns sur des collines peu élevées, les autres dans la plaine. Les troupes grecques réunies s’élevaient à 11 1 000 soldats. L’armée des barbares montait à 300 000 hommes, sans compter 50 000 Grecs alliés.

Il y avait déjà plusieurs jours qu’on était en présence, et l'action ne s’engageait point, parce que des deux côtés les présages n’étaient point favorables ; enfin Mardonius, fatigué de ces lenteurs, fit passer l’Asope à ses soldats et les lança contre les Grecs. Lorsque les autres généraux barbares virent les Perses s’ébranler, ils arrachèrent leurs étendards, et les suivirent confusément sans garder leurs rangs, en poussant de grands cris. La bataille de Platée commença.

Pausanias se voyant pressé, à l’aile qu’il commandait, par la cavalerie ennemie, appela à son secours les Athénien?. Ceux-ci s’étaient déjà mis en mouvement, lorsqu’ils furen' eux-mêmes attaqués par les Grecs de l’armée du roi et con traints de s’arrêter pour leur faire tête. Pausanias avait longtemps retenu l’ardeur des siens; quand il donna le signal, les Lacédémoniens marchèrent impétueusement à l’ennemi. Les barbares, mal armés et sans discipline, furent aisément mis en désordre, malgré l’audace et le courage de quelquesuns d’entre eux, surtout des Perses. On les voyait saisir les lances des Grecs, et les briser entre leurs mains. Mais comme ils se jetaient un à un ou par groupe isolé sur les Spartiates, ceux-ci les taillaient en pièces sans beaucoup de peine. Tant que vécut Mardonius, ils se défendirent vaillam-

ment. Mais après sa mort, lorsque les plus braves de l’armée, au milieu desquels il combattait, eurent été renversés, le reste tourna le dos et abandonna la victoire aux Lacédémoniens. « A cette journée, dit Hérodote, les Spartiates vengèrent la mort de Léonidas sur Mardonius, et Pausanias, fils de Gléombrote, remporta la plus belle victoire dont il ait encore été fait mention. »

Cependant les Perses étaient réfugiés derrière la forte enceinte de leur camp. Les autres corps barbares vinrent les y joindre. Pour les Grecs alliés du grand roi, ils furent aussi mis en fuite par les Athéniens, après une vive résistance. Alors les vainqueurs coururent au retranchement. Les Athéniens, plus habiles que les Spartiates dans l’attaque d’une place, renversèrent une partie du rempart, et aussitôt les Grecs se précipitèrent en foule dans le camp. Les Perses furent si effrayés de tant d’audace, qu'ils se laissèrent tuer presque sans résistance, et que de 300000 hommes qu’ils étaient, il n’y en eut pas 3000 qui échappèrent, si l’on excepte les 40 000 avec lesquels Artabaze, prévoyant l’issue de la bataille, s’était sauvé au commencement de l’action (479).

Le même jour que les barbares furent vaincus à Platée, ils le furent aussi à Mycale en Ionie. Les Perses ayant appris que la flotte des Grecs songeait à les attaquer, s’étaient rapprochés du rivage, afin de se mettre sous la protection des troupes de terre, qui campaient à Mycale, où Xerxès les avait laissées pour garder l’Ionie. Les Grecs, commandés par Léotychidas, les suivirent dans ces parages, et descendirent à terre, quand ils les virent se réfugier dans leur camp. En ce moment même, le bruit d’une victoire remportée par les Grecs, sous les ordres de Pausanias, se répandit dans l’armée et excita encore son courage. Les barbares durent céder à l’énergie de l’attaque. La plupart d’entre eux furent tués dans le combat ou dans la fuite ; leurs vaisseaux furent brûlés, et l’Ionie enlevée encore une fois au grand roi. Plus de 40 000 Perses avaient péri.

A la nouvelle du double désastre de Platée et de Mycale, Xerxès laissa ce qui lui restait de forces à Sardes pour con-

tinuer la guerre ; lui-même, dans le plus grand trouble, prit le chemin de Suse.

Telle fat cette mémorable guerre, qui dura deux ans, et attesta d’une manière si éclatante la supériorité de la race grecque. Les Perses apprirent que leurs adversaires étaient invincibles sur le champ de bataille ; mais s’ils durent renoncer à toute tentative pour les soumettre par la force, ils cherchèrent à les asservir par l’intrigue et la corruption. Ce n’est pas impunément que les Grecs furent mis en contact avec cet Orient si riche et si voluptueux. Ces trésors trouvés après la bataille dans le camp des Perses, ces tentes- tissues d’or et d’argent, ces lits dorés, argentés, ces cratères, ces coupes, ces chars brillants, ces bracelets, ces colliers, tout cet appareil du luxe oriental, devenu leur proie, altéra leur simplicité antique , excita leur convoitise , éveilla chez eux des passions fatales, qui tuèrent les anciennes mœurs, enfantèrent de déplorables rivalités, amenèrent des trahisons honteuses et vengèrent, en partie, les humiliations que la Perse avait subies en livrant les vainqueurs à l’influence corruptrice des vaincus.

La première victime de cette corruption fatale fut Pausamas, le vainqueur même de Platée. Il avait été chargé de poursuivre, avec Aristide, la guerre contre les Perses; à la tête de 80 galères, fournies par le Péloponnèse et par la Grèce centrale, il vint aborder dans l’île de Gypre et en expulsa toutes les garnisons persiques. Se dirigeant ensuite vers l’Hellespont, il tua ou chassa les barbares qui occupaient Byzance, et rendit à cette ville la liberté. G’est alors qu’il se laissa gagner par le satrape Artabaze, moyennanf une forte somme d’argent et l’espérance d’épouser une fille de Xerxès. En même temps, cet homme, qui avait montré autrefois tant d’éloignement pour les mœurs des Perses, imitait leur mollesse et leur luxe, traitait durement les alliés et leur rendait son commandement insupportable. Le châtiment ne se fit pas longtemps attendre : Pausanias, convaincu de trahison, n’échappa à une condamnation certaine qu’en se réfugiant dans un temple de Minerve où on le laissa mourir de faim.

Pausanias entraîna Thémistocle dans sa chute; les Lacé-

démoniens accusèrent celui-ci d’avoir trempé dans la trahison qui devait livrer la Grèce à Xerxès. Thémistocle, déjà exilé d’Athènes, s’enfuit d’Argos à la cour d’Admète, roi des Molosses, d’où il se rendit en Perse. Le grand roi lui fit un magnifique accueil; il lui donna un grand nombre d’esclaves, lui abandonna trois villes, chargées de pourvoir à l’entretien de sa table: Magnésie, sur les rives du Méandre, près de plaines fertiles en blé, pour son pain ; Myonte, au bord d’une mer poissonneuse, pour le luxe de ses repas, et Lampsaque, riche en vignobles, pour son vin. Xerxès ne comblait l’exilé de tant de faveurs que parce qu'il espérait en faire un instrument de ses vengeances contre les Grecs. Suivant quelques historiens, il avait résolu d’envahir de nouveau la Grèce, et il proposa à Thémistocle le commandement de ses armées. L’Athénien se rendit aux désirs du roi, qui s’engagea par serment à ne pas marcher sans lui contre les Grecs ; un taureau fut égorgé pour la confirmation de ce serment ; Thémistocle but une coupe pleine du sang de la victime, et expira sur-le-champ *. Cette mort, ajoute-t-on, fit renoncer Xerxès à son entreprise; et le vainqueur de Salamine laissa par sa mort la plus belle défense de sa vie, et la preuve du dévouement avec lequel il âvait servi sa patrie.

On a déjà vu Psammenit mourir ainsi, suivant Hérodote. Il est inutile de dire que le sang de taureau n’a aucune propriété vénéneuse particulière.

LA PERSE DEPUIS LES GUERRES MÉDIQUE8 JUSQU’A L’EXPÉDITION D’ALEXANDRE (479-334).

Depuis la bataille de Platée jusqu’au traité de Cimon (479-449). — Depuis le traité do Cimon jusqu’à l’expédition des Dix mille (449-400).

— Depuis l’expédition des Dix mille jusqu’à la paix d’Antalcidas (400- 387). — Depuis le traité d’Antalcidas jusqu’à la mort d’Artaxerxès (387-358). — Depuis la mort d’Artaxerxès jusqu’à l’expédition d’Aexandre (358-334).

Députa la bataille de Platée jusqu’au traité de Cimon (11D-11»).

Les guerres médiques portèrent à l’empire perse un coup dont il ne se releva jamais. L’histoire de cet empire, depuis la fin du règne de Xerxès, jusqu’à la mort de Darius Godoman, n’est qu’un long tissu de révolutions intérieures et de guerres malheureuses. Le prestige qui entourait cette grande puissance depuis les victoires de Oyrus étant détruit, le lien qui réunissait les diverses parties de l’empire se relâcha de jour en jour, et les révoltes des peuples vaincus coïncidant avec les attaques des Grecs anéantirent peu à peu ses ressources et préparèrent les conquêtes d’Agésilas et d’Alexandre. Les divisions des Grecs qui ouvrirent la porte aux intrigues du grand roi et lui permirent d’intervenir dans les affaires de la Grèce, retardèrent seules la ruine de l’empire. Mais le jour où toutes les forces helléniques seront réunies entre les mains d’Alexandre, cette vaste monarchie se trouvera livrée sans défense aux attaques de son redoutable adversaire.

Les grands faits qui dominent cette période sont donc I* la continuation de la guerre des Grecs contre les Perses et l’a- ' haissement continu de l’empire; 2° l’intervention du grand roi dans les querelles des peuples grecs; à l’effet de les af-

faiblir les uns par les autres ; 3° les insurrections des provinces qui tendent k se séparer de l'empire pour rétablir leur ancienne indépendance; 4° enfin les révolutions de palais, qui enfantent les guerres civiles, détruisent la loi de succession, et minent peu à peu le gouvernement.

Cimon fut le héros de la nouvelle période des guerres médiques qui s’ouvre en 477 et se ferme en 449. Encouragés par les grandes victoires qu’ils venaient de remporter, les Grecs entreprirent de chasser les Perses de toute la mer Égée, et d’assurer l’indépendance decette Grèce asiatique, la première cause et le premier théâtre de cette guerre. En 476, les Grecs détruisirent en Thrace les derniers restes de l’invasion. Le Perse Bogès commandait un corps de troupes dans la ville thrace d’Êion; attaqué en 476, il déploya dans cette dernière lutte une activité et un courage qu'aucun de ses compatriotes n’avait encore montrés. Après avoir longtemps soutenu les efforts des assiégeants, Bogès, voyant toute sa résistance inutile, se donna la mort plutôt que de subir la captivité. Ses esclaves et ses soldats imitèrent l’exemple de leur intrépide chef; ils jetèrent dans les eaux du Strymon leur or, leur argent et leurs effets précieux, puis allumèrent un immense bûcher où, après avoir égorgé leurs femmes et leurs enfants, ils se précipitèrent eux-mêmes au milieu des flammes. Éion prise, tout se soumit sur cette côte aux armes victorieuses de Gimon.

Dix ans plus tard, ce même général, placé à la tête d’une flotte de 300 navires, fit voile vers la Carie, où toutes les villes d’origine grecque abandonnèrent le grand roi. Il assiégea et prit d’assaut celles des indigènes qui avaient des garnisons perses. Plusieurs villes de la Cilicie tombèrent aussi en son pouvoir. Pour arrêter ces progrès menaçants, Xerxès fit sortir des ports de la Phénicie 400 galères. Une partie de cette flotte, commandée par Tithrauste, vint stationnner dans leB eaux de Cypre. Cimon n’en fut pas plus tôt informé qu’il l’alla provoquer. Après un combat acharné, les Athéniens remportèrent la victoire. Us coulèrent à fond un très-grand nombre de navires ennemis, et en prirent plus de cent avec leurs équipages.

faites des Perses avaient eu leur contre-coup sur les bords du Nil. Les Égyptiens, informés de la mort de Xerxès et des troubles que cet événement avait excités dans l'empire, jugèrent le moment propice pour recouvrer leur indépendance, i Ils expulsèrent le gouverneur perse, élurent pour roi Inaros 1 de Maréa (460), et s’adressèrent à Athènes, qui décréta aussitôt un secours de 300 trirèmes. Artaxerxès, pour étouffer cette révolte, rassembla une armée de 300 000 hommes, dont il confia le commandement à Achéménès, son oncle paternel. Arrivé en Égypte, Achéménès établit son camp dans le voisinage du Nil. Mais la bataille qui s’engagea entre lui et les Égyptiens, soutenus par leurs alliés, se termina par sa complète défaite. Artaxerxès chercha à opérer une utile diversion, en envoyant des agents en Grèce avec de l’or pour engager Sparte à déclarer la guerre à Athènes. Les Lacédémoniens n’acceptèrent, pour cette fois, ni les propositions, ni les présents des Perses. Artaxerxès fut réduit à mettre sur pied une nouvelle armée, que commandèrent Àrtabaze et Mégabize, deux hommes distingués par leur valeur.

Les généraux perses, avertis par l’issue de la première bataille, se gardèrent bien d’attaquer de front l’armée ennemie. La flotte athénienne était à l’ancre dans l’île Prosopitis, les Perses détournèrent par des canaux l’un des deux bras du fleuve, et mirent ainsi les navires à sec. Les Égyptiens, épouvantés, firent leur paix avec les Perses. Les Athéniens, abandonnés de leurs alliés, et voyant leurs navires devenus inutiles, les incendièrent pour les empêcher de tomber entre les mains de l’ennemi, et se préparèrent à mourir glorieusement. Les généraux perses redoutèrent leur désespoir et conclurent un traité qui permettait aux Athéniens de se retirer, sans danger, de l’Égypte (455).

Cette expédition des Athéniens avait arrêté un instant le cours de leurs conquêtes. Us n’avaient pu s’emparer de l’ile ' de Cypre. Vers 450, Cimon reçut le commandement d’une nouvelle flotte de 200 vaisseaux, et répara par des succès éclatants les revers que ses compatriotes venaient d’essuyer. Après s’être emparé de Malos et de Cition, il vint mettre le siège devant Sal amine, la capitale de l’île. Artaxerxès, qui compre-

nait que la prise de cette place entraînerait infailliblement la perte de l’île entière, demanda la paix. Elle lui fut accordée aux conditions suivantes : « Les colonies grecques, d’Asie seront indépendantes de la Perse. Les armées du grand roi n’approcheront pas à la distance de trois journées de la côte occidentale. Aucun vaisseau perse ne se montrera entre les roches cyanées et les îles chélidoniennes; » c’est-à-dire depuis l’extrémité du Bosphore de Thrace jusqu’au promontoire de la Pamphylie. A ces conditions, les Athéniens et leurs alliés consentirent à ramener leurs flottes, et à ne plus inquiéter les sujets de la Perse. Telle fut la fin de cette mémorable guerre, qui, depuis l’incendie de Sardes, avait été continuée pendant cinquante-deux ans presque sans interruption. Gimon était mort avant la conclusion de ce glorieux traité, qu’il avait préparé par ses victoires.

Depuis le traité de Clmon Jusqu’à l’expédition des Dix mille

« Après Gimon, dit Plutarque, rien de grand ne se fit, ou ne fut tenté contre les barbares. Les Grecs se tournèrent contre eux-mêmes, à l’avantage de la Perse et pour le malheur de la Grèce. » Tout s'acheminait, en effet, vers cette guerre fatale du Péloponnèse qui allait user les forces de la Grèce, consoler le grand roi des humiliations qu’il avait subies, et lui assurer, à l’aide de l’intrigue et de la corruption, une influence qu’il n’avait jamais pu obtenir par la force des armes.

Artaxerxès mourut en 425, ne laissant qu’un fils légitime, Xerxès II; Sept autres étaient nés de femmes qui ne.tenaient à la cour qu’un rang inférieur. Mais ils ne laissaient pas d’être redoutables par les emplois qu’ils remplissaient dans les provinces, par leur ambition et leurs intrigues. A peine Xerxès eut-il pris possession de la couronne qu’il fut tué par Sogdien, l’un d’eux.

Le nouveau souverain commença son règne par un acte * de sagesse ; il fit lapider le perfide ministre qui l’avait aidé à renverser Xerxès. Ensuite ü chercha à attirer à sa cour sou

frère Ochus, qui gouvernait l’Hyrcanie. Mais Ochus résista, - j et le chef de la cavalerie, les satrapes d’Égypte et d’Arménie passèrent de son côté. Ochus se vit ainsi proclamer roi sous le nom de Darius II. Sous ce prince l’empire entra en pleine décadence. Les satrapes devinrent dans leurs provinces des souverains indépendants; une femme, Parysatis, et trois eunuques, gouvernèrent exclusivement l’esprit du roi, et l’armée royale n’eut plus pour noyau que des troupes mercenaires grecques. Nous ne rapportons point les cruautés, les trahisons, les assassinats, les mutilations racontés par Ctésias, qui vint en Perse sous le règne suivant. La reine, épouse de Darius, celle-là même qui le dirigeait dans ses cruelles actions, raconta depuis à Ctésias que de treize fils, il ne lui en était resté que quatre.

Quelques nations tributaires s’agitèrent encore sous ce règne. Il y eut un mouvement sérieux chez les Mèdes, et une révolte des Égyptiens. Darius ne put parvenir à dompter ceux-ci, et reconnut leur chef Amyr'tée comme roi d’Égypte vers 314.

C’était le temps où la guerre du Péloponnèse embrasait la Grèce entière. Les Perses en profitèrent pour affaiblir leurs ennemis les uns par les autres, en secourant tantôt Sparte, tantôt Athènes, suivant les circonstances. L’homme qui pratiqua le plus habilement cette politique fut Tissapherne, satrape d’Asie Mineure. « Ce barbare, dit Plutarque, ne se piquait ni de franchise ni de droiture ; fourbe et dissimulé, la méchanceté dans les autres était un titre à sa prédilection. En outre, il était plus ennemi des Grecs qu’aucun autre Perse. » Tissapherne soutint d’abord les Lacédémoniens contre Athènes, qui avait le plus de titres à la haine des Perses ; mais les désastres de cette ville et l’arrivée d’Alcibiade à sa cour changèrent ses dispositions. « Alcibiade se mit à décrier les Spartiates auprès du satrape, et le dis- ' suada de leur donner des secours assez puissants pour détruire entièrement les Athéniens. Il lui conseillait de secourir J faiblement les premiers, de laisser les deux neuples s’affai- ^ blir mutuellement, afin qu’après les avoir épuisés l’un par l’autre, il fût facile au roi de les soumettre. »

HIST. d’orient. 26

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J by Googli

Tissapherne suivit ce conseil, et au lieu d’envoyer sa flotte au secours des Lacédémoniens, alors prépondérants, il la mit au service d’Athènes. Alcibiade rétablit promptement la domination athénienne dans la mer Égée, et rentra quelque temps après triomphant dans sa patrie. Ces succès étaient trop grands ; ils rejetèrent les Perses dans l’alliance de Sparte. Lysandre, qui venait d’être placé à la tête des armées Spartiates, se rendit auprès de Cyrus le Jeune , récemment nommé gouverneur d’une partie de l’Asie Mineure ; il le flatta, s’empara habilement de son esprit et lui fit accorder, pour la paye des équipages de Sparte, trois oboles par homme, c’est-à-dire plus qu’Athènes ne donnait à ses rameurs, de sorte que ceux-ci désertèrent en foule. Aussi Lysandre put-il battre l’Athénien Antiochus à la hauteur d’Êphèse. Il fut quelque temps après remplacé par Gallicratidas, Spartiate sévère, brave, mais incapable de rechercher par dps bassesses l’alliance du roi. Deux fois cependant il 86 présenta au palais du jeune Gyrus ; accueilli par les rires dédaigneux des courtisans, il s’en retourna en chargeant de malédictions ceux qui les premiers s étaient mis dans la dépendance des barbares , et , s’adressant à ceux qui étaient auprès de lui, i1 jura que, dès qu’il serait de retour à Sparte, il mettrait tout en œuvre pour réconcilier les Grecs entre eux et les rendre redoutables à leurs vrais ennemis.

Malheureusement Gallicratidas succomba, et ses vœux patriotiques restèrent sans exécution. Lysandre reçut un nouveau commandement, et recouvra si bien son empire sur le jeune Cyrus qu’il en obtint des sommes considérables. Ce fut avec ces seGours qu’il organisa la flotte qui , à Ægos -Potamos, mit fin à la guerre du Péloponnèse (405).

Cette même année Darius II mourut, laissant deux fils : Artaxerxès, qui devait lui succéder, et le jeune Gyrus, qui n’avait si puissamment contribué aux victoires de Lysandre que pour obtenir les secours de Sparte dans le dessein qu’il méditait déjà. Gyrus, qui connaissait la prédilection de sa mère Parysatis pour lui, fondait sur cet amour l’espérance

d’être préféré à son frère pour la couronne. Mais le crédit de Parysatis fut impuissant; Artaxerxès II monta sur le trône. Cyrus, comme s’il eût été dépouillé d’un droit, ne respira plus alors que vengeance et songea à renverser son frère. Son palais devint l’asile des mécontents; un premier complot qu’il trama contre Artaxerxès fut découvert. Condamné à mort, il ne dut son salut qu’à l’intervention de sa mère; Mais ce pardon, au lieu de l’apaiser, l’irrita, et tandis que sa mère continuait de protéger son parti à la cour, il prépara dans son gouvernement les moyens de se rendre maître de l’empire. Il leva des troupes sous prétexte de les conduire contre les brigands de la Gilicie, et il essaya de se procurer le secours de ces Grecs dont il avait apprécié le courage. Les agents qu’il envoya dans le Péloponnèse enrôlèrent pour lui 13 000 Grecs, qui vinrent se joindre à Sardes aux 70000 Asiatiques dont se composait déjà son armée (401).

Partie de Sardes en Lydie, l’armée traversa la Phrygie, la Cappadoce, la Syrie; ce ne fut qu’à son arrivée à Thapsaque, sur l’Euphrate, que Cyrus déclara ouvertement ses desseins. Les soldats se mirent à murmurer, croyant qu’on les menait à l’extrémité de l’empire. « On disait que le chemin jusqu’à Bnctres était de quatre mois, et que le nombre de troupes que le roi avait rassemblées montait à 400 000 hommes. Ces bruits excitèrent une grande indignation parmi les soldats, qui voulaient massacrer leurs chefs comme des traîtres. Cyrus les apaisa en leur accordant une augmentation de solde. Dès lors il ne rencontra plus d’obstacles et parvint jusqu’à peu de distance de Babylone, dans un lieu nommé Cunaxa.

Artaxerxès avait, de son côté, rassemblé des troupes de toutes les parties de ses vastes Etats. Lorsqu’elles approchèrent, dit Xénophon, on aperçut une poussière semblable à un nuage blanc qui s’abattit bientôt sur toute la plaine. Dès qu’on put joindre l’ennemi, les Grecs entonnèrent l’hymme du combat, et s’ébranlèrent. Leur impétuosité fut telle que les Perses prirent la fuite. Les deux frères, s’étant rencontrés dans la mêlée, se battirent avec acharnement, et le roi,

blessé d’un coup de javelot, ne fut sauvé que par le dévouement de ceux qui l’entouraient. Mais Cyrus fut tué par un soldat inconnu, et sa mort entraîna la déroute des siens.

Les Grecs, perdus au milieu de cet immense empire, semblaient voués à une mort certaine. Néanmoins ils firent bonne contenance, et Artaxerxès sachant bien à quoi s’en tenir sur leur courage, fut le premier à proposer une trêve qui fut acceptée et jurée de part et d’autre. Tissapherne fut chargé par son maître de fournir aux Grecs tout ce qui leur serait nécessaire jusqu’à leur retour dans leur patrie.

Cette trêve cachait un piège. Les barbares nourrissaient contre ces valeureux Grecs la haine la plus profonde et en même temps la plus lâche. Sous prétexte de régler les différends à l’amiable, ils invitèrent Cléarque et les principaux chefs à une entrevue. Ceux-ci s’y rendirent avec une escorte de 200 hommes. Lorsqu’ils furent arrivés à la tente de Tissapherne, on fit entrer les généraux Proxène de Béotie, Ménon de Thessalie, Agias d’Arcadie, Cléarque de Lacédémone et Socrate d’Achaïe. Les capitaines restèrent à la porte. Peu après , au même signal , on arrêta ceux qui étaient dans la tente, on tailla en pièces ceux qui étaient dehors, et des cavaliers courant çà et là dans la plaine, tuèrent tous les Grecs qu’ils rencontrèrent. Ceux qu’on avait arrêtés furent menés au roi qui leur fit trancher la tête.

Cette perfidie répandit la consternation parmi les Grecs. Toutefois, ils ne perdirent pas courage, et entraînés par l’éloquence persuasive d’un Athénien nommé Xénophon, qui n’était ni général, ni capitaine, ni soldat, mais qui servait en qualité de volontaire , ils nommèrent immédiatement d’autres chefs, et résolurent de se frayer un chemin à travers les barbares et de retourner dans leur patrie. Alors commença cette mémorable retraite qui dura seize mois et que Xénophon a décrite. Elle s’opéra par une marche de 2400 kilomètres à travers des déserts, des montagnes, des fleuves, et en combattant constamment soit les armées du roi

de Perse, soit les peuples ennemis. 6000 seulement survécurent à tant de fatigues et de dangers et repassèrent en Europe. Ils n’y restèrent pas longtemps ; la plupart d’entre eux, entraînés sans doute parle désir de se venger du roi de Perse, allèrent s’unir aux Lacédémoniens qui faisaient alors la guerre au grand roi (399).

Depuis l’expédition des Dix mille jusqu’à In paix d’Antalcldas (4M4S1).

Artaxerxès, après la mort de son frère, avait confié à Tissapherne le gouvernement de toutes les satrapies maritimes, avec la mission de punir au moins les Grecs asiatiques. Ceuxci, tremblant pour leur indépendance, envoyèrent des députés aux Lacédémoniens, qui promirent des secours, et même engagèrent Tissapherne à ne point attaquer les Grecs. Mais déjà il avait commencé la guerre par le siège de Cyme.

Les Lacédémoniens firent alors partir Thymbron avec 5000 hommes. Arrivé en Asie, il enrôla les débris de l’armée des Dix mille et commença les hostilités par la prise de Magnésie. Mais l’échec qu’il éprouva sous les murs de Larisse lui fit ôter le commandement. Il fut remplacé par Dercyllidas qui prit plusieurs villes de la Mysie , puis conclut une trêve avec le satrape Pharnabaze, et conduisit son armée dans la Chersonèse qu’infestaient les barbares de la Thrace. H délivra ce pays, et construisit d’une mer à l’autre un mur destiné à protéger les Ghersonésiens contre de nouvelles incursions.

Pendant la trêve récemment conclue avec les Lacédémoniens, Pharnabaze s’était rendu auprès du roi de Perse et le persuada de s’allier aux Athéniens. Artaxerxès revint donc à l’ancienne politique qui consistait à abaisser les puissances de la Grèce l’une par l’autre, et offrit à Conon le commandement de toutes les forces maritimes de son empire. Tandis que le général athénien rassemblait ses vaisseaux sur les côtes de la Gilicie, Pharnabaze et Tissapherne réunissaient les troupes de leurs satrapies, et mettaient sur pied 30 000 hommes qu’ils dirigeaient sur Ephèse.

Instruit de l’ap proche des Perses, Dercyllidas marcha contre eux avec 7000 hommes. Lorsque les deux armées se trouvèrent en présence, les chefs, au lieu de combattre, convinrent d’un armistice, pendant lequel Phamabaze devait envoyer prendre les ordres du roi, pour conclure un traité de paix ' définitif.

C’est alors que Lysandre, après avoir assuré le trône à Agésilas, lui fit donner le commandement de l’armée d’Asie. Agésilas était le plus grand homme que possédât la Grèce à cette époque. La simplicité de ses mœurs, la bienveillance de son caractère qui contrastait si singulièrement avee la hauteur, la dureté de quelques-uns de ses prédécesseurs, lui eurent bientôt concilié l’estime et l’affection des villes d’Asie. A l’approche de ce redoutable adversaire, Tissapherne réunit 1 0 000 hommes de cavalerie, 50 000 d’infanterie, et alla à la rencontre des Lacédémoniens qui, après avoir ravagé laPhrygie et la Carie, s’avançaient sur la Lydie. Une embuscade placée à propos par Agésilas et que les Perses ne surent pas éviter amena pour eux un désastre. Les Grecs tuèrent plus de 6000 hommes, firent un plus grand nombre de prisonniers et un butin considérable. Tissapherne effrayé se retira à Sardes, et Agésilas fut libre de s’avancer vers les satrapies supérieures; mais ne pouvant obtenir dans les sacrifices des augures favorables , il ramena son armée vers les bords de la mer. Artaxerxès, fort irrité de cette défaite , fut pressé par sa mère de punir Tissapherne. Parysatis ne pouvait pardonner au satrape d’avoir dénoncé son fils Cyrus, lorsque ce dernier entreprit son expédition contre son frère. Le roi confia donc à Tithrauste le commandement de l’armée et lui donna l’ordre d’arrêter Tissapherne en même temps qu’il fit prévenir par écrit les villes et les satrapes d’obéir au nouveau gouverneur. Arrivé à Colosses en Phrygie, Tithrauste surprit Tissapherne au bain, lui coupa la tête et l’envoya au roi. Puis il entama une conférence avec Agésilas et conclut une trêve de six mois.

Jamais l’empire n’avait été plus sérieusement menacé, lorsqu’une ligue formée en Grèce contre la domination tyrannique des Lacédémoniens força ceux-ci à rappeler Agé-

silas. En même temps Conon, qui commandait la flotte des Perses, était allé trouver le grand roi à Babylone, pour l’assurer de son zèle ; il s’engageait à combattre les Spartiates sur mer partout où il les rencontrerait, si le roi était disposé à lui fournir 1’argent et les munitions nécessaires pour cette entreprise. Artaxerxès, charmé que les Grecs voulussent bien se charger de le délivrer ainsi d’un dangereux ennemi, le combla d’éloges et de présents, lui fit délivrer les sommes d’argent qu’il demanda, et lui donna pour collègue Pharnabaze.

Tandis qu’ Agésilas ramenait son armée en Europe et livrait aux ennemis l’indécise bataille de Coronée, Sparte perdait l’empire de la mer ; Conon et Pharnabaze remportaient sur la flotte làcédémonienne une grande victoire à la hauteur de Cnide et enlevaient 45 galères. Aussitôt les habitants de Gos et de Téos chassèrent les garnisons lacédémoniennes. Il en fut de même à Ephèse, à Mitylène, et à Prythrée. Toutes les villes suivirent ce mouvement, rétablirent leur ancien gouvernement et firent alliance avec Conon.

Pharnabaze fit voile alors pour les Cyclades avec Conon ; il aborda à l’île de Cythère, s’en rendit maître sur-le-champ, et, après y avoir laissé une garnison suffisante, se porta sur Corinthe. Débarqué dans cette ville, il eut une conférence avec les députés de la ligue contre Sparte. Il conclut avec eux un traité d’alliance, mit à leur disposition des sommes d’argent, puis repartit pour l’Asie, tandis que Conon entrait dans le Pirée avec 80 trirèmes et promettait à ses concitoyens de reconstruire l’enceinte d’Athènes. Cette enceinte, ainsi que la longue muraille qui s’étendait du Pirée à la ville, avait été démolie. Conon rassembla une multitude d’ouvriers qu’il prit à ses gages ; aidés par les gens de la flotte qu’on leur adjoignit, ils parvinrent promptement à relever la plus grande partie des murailles (390). Mais Téribaze, qui commandait en Asie les troupes de terre, devint jaloux de la fortune de Gonon ; sous prétexte qu’il employait les forces du roi à soumettre aux Athéniens les villes de la Grèce, il le fit arrêter, conduire à Sardes, et le mit aux fiers dans une maison où il fut peut-être assassiné.

Ce traitement infligé à Conon amena la disgrâce de Téribaze; Artaxerxès, qui ne trouvait pas les Lacédémoniens suffisamment humiliés, le remplaça par Struthas, qui leur fit la guerre avec succès. Mais Athènes à peine sortie de ses ruines rêvait déjà lo rétablissement de son empire. Thrasybulç , un de ses généraux, força plusieurs villes à rentrer dans son alliance et à lui payer tribut. Au nombre de ces villes était Aspende; ses habitants profitèrent d’une nuit pour tomber sur les Athéniens et tuer Thrasybule. Les Perses virent le danger de trop relever Athènes et écoutèrent les propositions des Lacédémoniens. Aussi bien une formidable révolte venait d’éclater dans l’fie de Cypre, et Artaxerxès avait besoin de réunir toutes ses forces contre elle.

Depuis quelque temps, les Lacédémoniens avaient envoyé à la cour du grand roi un négociateur habile pour le détacher de l’alliance d'Athènes, c’était Antalcidas. Il avait été d’abord assez froidement accueilli; « car le roi Artaxerxès haïssait à mort tous les Lacédémoniens et les estimait les plus effrontés hommes du monde. » Mais Antalcidas déploya une telle souplesse, qu’il finit par se faire agréer du grand roi. « Celui-ci lui fit la meilleure chère dont il se put aviser; un jour, dit-on, le roi prit un chapeau de fleurs qu’il trempa dans une huile de parfum la plus précieuse et la plus odorante que l’on eût apprêtée pour le festin, et l’envoya à Antalcidas, tellement que tout le monde s’émerveilla de voir si grande faveur que le roi lui faisait, mais aussi était-ce un homme tel qu'il fallait pour vivre entre les délices et superfluités persiennes, et qui méritait que l’on lui envoyât un tel chapeau, attendu qu’il avait bien eu le cœur de danser au bal devant les Perses, auquel il contrefaisait par dérision Léonidas et Callicratidas, deux des plus vaillants hommes qui furent oncques en toute laGrèce. »

Antalcidas, au surplus, devait plaire au roi de Perse, car les Lacédémoniens, disait-il, étaient disposés à concourir à la grandeur de l’empire. Téribaze rentré en grâce auprès d’ Artaxerxès, joignit son influence à celle du négociateur, et bientôt un traité de paix fut conclu. Il portait que les villes

grecques de l’Asie, avec les îles de Cypre et de Clazomène seraient sujettes de la Perse, qu’il serait permis à Athènes de conserver sa juridiction sur les îles de Lemnos, d’Imbros, de Scyros, mais que toutes les autres républiques se gouverneraient par leurs propres lois. Tout peuple qui refuserait de se soumettre à ces conditions encourrait l’indignation du grand roi, qui, réuni aux Spartiates, leur ferait la guerre par terre et par mer.

Pour que cette dernière condition ne fût pas illusoire, Antalcidas monta une flotte perse de 80 navires, et Agésilas se tint prêt à marcher au premier signal contre les cités rebelles. Ges démonstrations suffirent pour intimider Thèbes, Athènes et Argos ; de toutes parts on licencia les flottes et les armées.

Le traité d’Antalcidas, conclu pour satisfaire aux vœux égoïstes et aux vengeances particulières de Sparte, rétablit non-seulement la domination du grand roi sur les colonies grecques de l’Asie Mineure, mais il lui rendit encore l’empire de la mer, et il prolongea l’agonie d’un empire qui ne se soutenait plus que par la rivalité de ses ennemis.

Depot* le traité d’Antalcidas Juaqu'à la mort d'Artaxerxès (3SÏ-358).

Le traité d’Antalcidas avait été conclu avec d’autant plus d’à propos pour le roi de Perse, avons-nous dit, qu’il avait alors une guerre formidable sur les bras. Le roi de Cypre, Evagoras, avait, en effet, obtenu d’Acoris, roi d’Égypte, comme lui révolté contre l’empire, des secours considérables ; et Hécatomnos, souverain de Carie, avec lequel il entretenait des intelligences secrètes, lui avait fait passer une somme d’argent pour la paye des soldats étrangers. « Evagoras était maître de la plupart des villes de Gypre, et dans la Phénicie il possédait Tyr et quelques autres cités. 11 avait une flotte de 90 trirèmes dont 20 fournies par les Tyriens, et 70 par les Cypriotes. Son armée de terre se composait de plus de 6000 hommes et d’un grand nombre de troupes alliées. Bien pourvu d’argent, il avait pris à sa solde

beaucoup de mercenaires. Un roi des Arabes, et quelques autres princes mécontents de la Perse lui avaient envoyé des troupes.

Artaxerxès, pour arrêter cet ébranlement des provinces occidentales, mit sur pied des forces considérables. L’armée se composa de 300 000 hommes, y compris la cavalerie ; il équipa plus de 300 trirèmes, et confia le commandement des troupes de terre à Orontès, son gendre, celui de la flotte à Téribaze. Ces deux chefs vinrent aborder en Cypre, et conduisirent activement la guerre. Evagoras, incapable de leur faire tête, lança sur la mer un grand nombre de bâtiments corsaires qui prirent ou coulèrent à fond les convois des Perses. Aussi la disette se fit-elle bientôt sentir dans leur camp. Les mercenaires se révoltèrent, et ce ne fut qu’avec peine que les généraux parvinrent à apaiser la rébellion. Evagoras n’en souffrait point, car Acoris lui avait envoyé du blé, de l’argent et toutes sortes de munitions. Mais il commit l’imprudence de risquer un combat naval; il fut vaincu et Gition tomba aux mains des Perses.

Evagoras laissa alors à son fils Pythagoras le commandement de ses forces, et avec 10 trirèmes parvint, une nuit, à s’échapper de Salamine. Il aborda en Égypte, et obtint du roi qu’il pousserait plus vigoureusement la guerre. A son retour, il trouva Salamine si vivement pressée qu’il fut obligé de parlementer. Téribaze déclara qu’il ne cesserait les hostilités qu’à la condition qu’Evagoras évacuât toutes les villes de Cypre, à l'exception de Salamine, où il conserverait l’autorité souveraine, en payant tribut au roi de Perse, et en lui obéissant comme un esclave à son maître.

Evagoras accepta cos conditions, quelque dures qu’elles fussent, sauf la dernière; il déclara qu’il serait soumis comme un roi peut l’être à un roi. Téribaze n’y donna pas son consentement. Alors Orontès , le second général des Perses, écrivit secrètement une lettre à Artaxerxès dans laquelle il accusait Téribaze de n’avoir pas pris d’assaut Salamine quand il le pouvait, d'avoir reçu des parlementaires et eu des conférences avec l’ennemi, enfin de s’être concilié, dans une intention de révolte, l’affection des comman-

dants de troupes par des distinctions honorifiques, par des présents et par des promesses. Le roi répondit à Orontès d'arrêter Téribaze et de le lui envoyer. Cet ordre fut exécuté ; Téribaze, conduit devant le roi, demanda à être jugé, mais il fut pour le moment mis en prison ; et comme le roi était alors en guerre avec les Gadusiens, son jugement lut ajourné.

Orontès, qui avait seul maintenant le commandement des troupes, voyant qu’Evagoras avait repris courage, et que les soldats, mécontents de l'arrestation de Téribaze, montraient de l’insubordination, rouvrit les négociations avec les assiégés et conclut la paix aux conditions proposées. Ainsi un petit prince grec avait tenu en échec pendant dix ans toutes les forces de l’empire (376).

L’arrestation de Téribaze amena la révolte de son gendre Gao. Celui-ci entraîna les capitaines qui commandaient sous lui, fit alliance avec Acoris et pressa les Lacédémoniens, en leur promettant de fortes sommes d’argent, d’attaquer le roi. A ce moment, les Spartiates, honteux enfin du traité d’Antalcidas et de l’abandon des cités asiatiques, voulaient se laver de cette tache et cherchaient un prétexte plausible pour déclarer la guerre à Artaxerxès. Ils acceptèrent avec joie l’alliance que Gao leur offrait. Mais la mort de ce personnage, qui périt assassiné, empêcha l’exécution de l'entreprise. Les Lacédémoniens renoncèrent à tout projet sur l’Asie, et reportèrent leur ambition sur la Grèce.

La guerre d’Égypte avait commencé en même temps que celle de Cypre. En 377, Artaxerxès fit contre Acoris une tentative qui ne réussit pas, et qu’il reprit quand Evagoras eut fait sa soumission. Résolu cette fois à frapper un grand coup, il attira, par l’appât d’une forte solde, tous ceux des Grecs qui avaient du courage à vendre, et réunit 20 000 mercenaires à la tête desquels fut placé l’Athénien Iphicrate. Le satrape Phamabaze avait déjà passé plusieurs années en préparatifs, menaçant sans cesse et n’étant jamais prêt. * Je m’étonne, lui dit un jour Iphicrate, que vous soyez si prompt à parler et si lent à agir. » A quoi Pharnabaze répondit : « Je suis maître de mes paroles, mais le roi est maître de

mes actes. » Enfin, au commencement du printemps de l’année 374, l’armée et la flotte perses s’avancèrent vers l’Égypte. Neetanébo I", alors roi des Égyptiens, fit garder tous les passages qui donnaient accès dans ses États, construisit une forteresse sur chacune des bouches du Nil, et attendit l’ennemi de pied ferme. Les Perses cependant parvinrent h forcer la bouche Mendésienne, enveloppèrent les Égyptiens et les taillèrent en pièces. Iphicrate s’empara même du fort qui gardait de ce côté l’entrée du pays.

Mais après ce succès, il s’éleva entre les généraux perses une querelle qui fit avorter l’expédition. Iphicrate , sachant que Memphis était sans défense, proposa de marcher immédiatement sur cette ville, avant que les Égyptiens y eussent concentré leurs troupes. Ce plan parut trop audacieux pour ne pas cacher quelque trame secrète. On craignit qu’Iphicrate ne voulût s’emparer de l’Egypte pour son propre compte. Pendant que la calomnie discréditait ainsi ce grand capitaine, les Égyptiens, qui avaient eu le temps de se reconnaître, envoyaient à Memphis une garnison suffisante, puis l’inondation venant seconder leurs efforts, les Perses furent obligés d’évacuer l’Égypte. Iphicrate, pour ne pas s’exposer au sort de Conon, jugea prudent de quitter secrètement le camp des Perses. Pharnabaze le poursuivit de ses haines jusque dans sa patrie , et envoya des députés qui l’accusèrent d’avoir fait manquer l’expédition d’Égypte. Les Athéniens répondirent que s’ils le trouvaient coupable ils le puniraient ; ils lui confièrent le commandement de leur flotte.

Quelques années plus tard, la guerre recommença. Tachos, qui régnait alors en Égypte, engagea les Lacédémoniens à embrasser son parti. Les Spartiates étaient mécontents d’Artaxerxès, parce que son intervention toute récente avait fait comprendre les Messéniens dans le traité de paix général que les Grecs avaient conclu en 367. Cette ligue força de nouveau le grand roi h faire d’immenses préparatifs. Il lui fallait tout à la fois tenir tête au roi d’Égypte, aux villes grecques de l’Asie, aux Lacédémoniens et à leurs alliés, ainsi qu’aux satrapes et généraux qui commandaient sur les

côtes, et qui s’étaient jetés dans ce vaste mouvement. Parmi ces derniers, on remarquait surtout Ariobarzane, satrape de Phrygie ; Mausole, souverain de la Carie ; Orontès, satrape de la Mysie ; Autophradatès, satrape de la Lydie; enfin, les Lyciens, les Pisidiens, les Pamphyliens, les Ciliciens ; puis les Syriens, les Phéniciens, presque tous les habitants, en un mot, des côtes occidentales. Ce soulèvement fut si général que le roi perdit la moitié de ses revenus, et que le reste ne suffisait pas pour subvenir aux frais de la guerre.

Les rebelles choisirent Orontès pour généralissime. Dès qu’il fut investi du commandement et qu’il eut reçu des sommes considérables pour payer d'avance à 20 000 hommes une année de solde, il trahit ceux qui s’étaient confiés à lui. Se flattant que le roi le comblerait de présents et lui donnerait toute la satrapie maritime en récompense de sa défection, il fit d’abord arrêter ceux qui lui avaient apporté l’argent et les envoya prisonniers à Artaxerxès. Ensuite il livra aux émissaires du roi un grand nombre de villes et les troupes étrangères.

Il se fit dans la Cappadoce une trahison semblable, qui présentait cependant quelques circonstances particulières. Artabaze, général du roi, entra dans la Cappadoce à la tête d’une forte armée; Datame, satrape de cette province, marcha contre lui, après avoir rassemblé une cavalerie nombreuse et 20 000 hommes de troupes étrangères. Mais le beau-père de Datame, Mithrobarzane, oui voulait rentrer er grâce auprès du roi, passa à l’ennenih avec le corps de cavalerie qu’il commandait. Aussitôt Datame appela ses mercenaires sous les armes, et se mit à la poursuite des déserteurs, les atteignit au moment même où ils allaient joindre l’armée royale, et attaqua tout à la fois les fugitifs et les troupes d’ Artabaze. Celui-ci, surpris de tout ce bruit, soupçonna que la défection du beau-père de Datame n’était qu’un piège, et ordonna à ses soldats de tailler en pièces les cavaliers transfuges. Datame sortit victorieux de cette affaire, mais à quelque temps de là le roi se défit par un assassinat de ce rebelle redoutable.

Cependant Tachos avait équipé à grands frais 200 trirèmes

et pris à sa solde 10 000 hommes d’élite qu’il avait fait venir delà Grèce; il avait en outre 80 000 fantassins égyptiens. Ce corps des mercenaires avait pour chef le roi de Sparte. Agésilas. L’armée s’était déjà mise en mouvement et était arrivée en Phénicie, lorsque le roi apprit qu'une insurrection éclatait derrière lui en Égypte et que son fils Neetanébo était l’âme du mouvement. Tachos, saisi de frayeur, n’hésita pas à se rendre auprès du roi de Perse et à implorer son pardon. Artaxerxès non-seulement lui pardonna, mais encore lui confia le commandement des troupes' destinées à marcher contre les Égyptiens.

Artaxerxès ne vit pas la fin de cette guerre ; il mourut après un règne de quarante-trois ans. Malgré les révoltes fréquentes qui troublèrent l’empire, les provinces furent, en général, assez heureuses sous ce prince pour que, en souvenir de la douceur de son administration, on ordonnât que tous les rois ses successeurs prissent le surnom d’ Artaxerxès.

Depuis la mort d’Xrtaxmèi jnaqu'à l'expédition d’Alexandre (3SS-334),

Le règne de son successeur Ochus ou Artaxerxès III présente les mêmes caractères. Au dedans des révoltes; au dehors des intrigues en Grèce. En Égypte, la guerre continua entre Tachos et Neetanébo II, qui l’emporta avec le secours d’Agésilas. Dans l’Asie Mineure un des satrapes, Artabaze, prit les armes; et, n’ayant qu’une faible armée à opposer aux 70 000 hommes que le roi faisait marcher contre lui, il sollicita les secours de Gharès, qui commandait les Athéniens, alors occupés à réduire les îles de Ghios, de Rhodes et de Gos, liguées contre eux. Gharès accepta les propositions d’Artabaze, mit son armée à sa disposition, et battit celle du grand roi. Artabaze récompensa le général athénien en lui donnant de fortes sommes d’argent avec lesquelles il pourvut à l’entretien de son armée (356). Le roi de Perse écrivit aux Athéniens pour se plaindre de Gharès, qui fut désavoué. A ses plaintes il avait joint la menace d’envoyer contre eux une flotte de 300 voiles.

Qehus n’était monté sur le trône qu’après avoir assessiné deux de ses frères. Il ne s’y crut point affermi tant qu’il resterait un membre de la famille royale. Le massacre de 180 victimes suffit à peine pour rassurer son ambition. Après avoir consolidé ainsi son pouvoir par la terreur, Ochus se renferma au fond de son palais, se déchargeant sur ses généraux du soin de contenir les peuples révoltés. Mais l’impéritie de ceux-ci et la mollesse du roi n’étaient propres qu’à encourager les tentatives d’indépendance. Les rois de Phénicie et de Gypre suivirent l’exemple des Égyptiens, et levèrent aussi le drapeau de la révolte. Ochus sortit enfin de sa mollesse, et se mit lui-même à la tète de ses armées.

La révolte avait pris en Phénicie un caractère grave. Sidon, qui avait donné le signal de l’indépendance, s’entendait avec l’Égypte, et Nectanébo avait envoyé à son secours un grand nombre de mercenaires. Ochus, parti de Babylone avec l’armée, appela encore à lui les satrapes de la Syrie et de la Cilicie. Mais Tennis, roi de Sidon, battit complètement les troupes royales. Elles furent plus heureuses en Cypre. Gomme cette île avait joui d’une longue paix, le pays était riche; aussi une multitude dejnercenaires, attirés par l’appât du gain, accoururent pour prendre service dans l’armée perse. Les Cypriotes, écrasés par des forces supérieures, durent se soumettre. Protagoras, roi de Salamine, osa seul soutenir un siège. Evagoras, qui réclama la souveraineté de cette ville comme un bien de ses ancêtres, le pressa vigoureusement ; mais calomnié auprès du roi de Perse, il fut obligé de renoncer à l’espoir de recouvrer son héritage. Protagoras, s’étant soumis volontairement, conserva son gouvernement.

La réduction de Cypre entraîna celle de la Phénicie. Tennis, roi de Sidon, s’engagea à servir le roi contre l’Égypte. Ochus tenait beaucoup à faire cesser la longue rébellion de cette province ; il envoya des députés dans les principales villes de la Grèce pour les inviter à prendre part à l’expédition. Les Athéniens et les Lacédémoniens répondirent qu’ils voulaient bien conserver l’amitié des Perses, mais qu’ils ne pouvaient leur fournir aucun secours. Les Thébains et les

Argiens envoyèrent 3000 soldats. Les Grecs d’Asie donnèrent 6000 hommes.

Ochus ayant rallié toutes ses forces, s’avança vers Péluse. Le roi d’Égypte, enivré des succès qu’il avait remportés précédemment, oublia qu’il les devait à deux généraux grecs; il se crut lui-même un habile capitaine, et ne voulut partager le commandement avec personne. Sa présomption et son impéritie le perdirent. L’armée égyptienne fut complètement vaincue sous les murs de Péluse (344). Cette ville, qui était la clef de l'Égypte, se rendit et sa soumission amena celle du reste du pays. Nectanébo II s'enfuit en Éthiopie avec ses richesses. Ochus prit possession de l’Égypte, démantela les villes les plus considérables, profana les temples, insulta la religion en tuant le bœuf sacré et en mettant un âne à la place d’Apis. Il enleva les livres des prêtres qu’il fit transporter en Grèce, et, après avoir nommé Phérendate gouverneur d’Égypte, retourna à Babylone.

C’était surtout au Rhodien Mentor et à l’eunuque Bagoas qu’Ochus était redevable de ses succès. Tous deux furent magnifiquement récompensés. Mentor reçut le commandement des provinces de l’Asie Mineure, et Bagoas le gouvernement des satrapies de la haute Asie. Ce dernier, fort de son alliance avec Mentor, acquit bientôt une si haute autorité qu’il devint en quelque sorte maître de l’empire. Ochus s’était rendu odieux à ses sujets par 6es violences. Bagoas exploita à son profit cette haine et le fit empoisonner par son médecin.

Bagoas plaça ensuite sur le trône Arsès, le plus jeune des fils du roi, et fit assassiner tous .ses frères, afin de tenir sous sa dépendance et dans l’isolement un monarque à peine adoescent. Le jeune roi, indigné de ces crimes, manifesta l’intention d’en punir l’auteur; Bagoas le prévint, et tua Arsès dans la troisième année de son règne. La famille royale étant ainsi éteinte, et personne ne se présentant dans l'ordre naturel de succession, Bagoas fit monter sur le trône un de ses amis nommé Darius. Ce Darius était fils d’Arsamès et petitfils d’Ostanès, qui était frère d’Artaxerxès. Sou premier acte fut de se débarrasser de Bagoas qui conspirait déjà contre

lui. Il le fit venir comme pour lui accorder une faveur, et lui présenta une coupe ; elle était pleine de poison.

Darius était digne de porter le sceptre. Il passait pour le plus brave des Perses. Mais il arrivait au trône au moment même de l’avènement d’Alexandre. Le dernier jour de l’empire était venu.

Élatde l’empire perse. — Batailles du Granique (334) et d’issus (333).— Bataille d’Arb&les (331); conquête de tout l’empire. — Résultats de la conquête d’Alexandre, fondation de villes, colonies, etc.

^tat de l’empire perse.

Lorsque l’empire perse fut attaqué par Alexandre, il était depuis longtemps en pleine décadence. Au nombre des causes qui amenèrent cette ruine prématurée, il faut d’abord ■placer son immense étendue qui ne permettait guère au grand roi d’établir partout une autorité forte et régulière. Les véritables souverains des provinces éloignées étaient les satrapes, auxquels les rois avaient peu à peu abandonné la plus grande partie du gouvernement. Depuis que le pouvoir militaire et le pouvoir civil étaient confondus dans leurs mains, depuis que leurs gouvernements avaient été agrandis par la réunion de plusieurs satrapies, depuis qu’ils s’étaient habitués à conserver plusieurs années de suite le commandement des provinces qui leur étaient confiées, ils se regardaient moins comme les représentants du pouvoir central, que comme des princes à peu près indépendants. Si le souverain voulait leur retirer sa confiance et les dépouiller de leurs

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