‹ Histoire ancienne de l'OrientChapitre 44 sur 47 · ÉTATS SECONDAIRES FORMÉS DU DÉMEMBREMENT DE L'EMPIRE D'ALEXANDRE · texte numérisé non relu

ÉTATS SECONDAIRES FORMÉS DU DÉMEMBREMENT DE L'EMPIRE D'ALEXANDRE

Royaume de Pergame (283-129). — Royaume de BithyDie (huitième siècle-75) . — Les Galates (278-25). — La Cappadoce (septième siècle- 18 ap. J. C.) — Le Pont (sixième siècle-63). — L’Arménie (190 av. J. C.-428 ap.). — La Bactriane (254-126).

Boyaame de Pergame (t83-ft9).

La ville de Pergame s’élevait dans la Mysie, sur une colline au-dessus du confluent du Citios et du Caïcos, qui débouchent à peu de distance dans le golfe d’Élée. Pergame fut obscure et sans importance jusqu’au temps des successeurs d’Alexandre. Après la bataille d’Ipsus, elle entra dans le lot de Lysimaque, qui commença sa grandeur par les travaux qu’il y fit exécuter. Lorsque la guerre éclata entre ce prince

1 . Nous avons déjà parlé des Juifs qui s’a(Trancbirenl de la domination syrienne et formèrent un' État qui, après avoir porté différents noms et éprouvé Men des vicissitudes, disparut dans une dernière et terrible catastrophe (voyez si-dessus) . Nous n'y reviendrons pas ici.

BIST, d’orient. 34

et Séleuous, le roi de Thrace confia la garde de Pergame et d’une partie de ses trésors à son lieutenant Philétère. Celuici profita des embarras de son maître pour se révolter, et fonda ainsi, en l’année 283, un nouvel Etat qui porta le nom de sa capitale. La force de la place, les immenses richesses dont Philétère disposait, et l’appui intéressé du roi de Syrie favorisèrent l’usurpateur. Mais Lysimaque mort, Philétère avait à redouter Séleucus, maître de toutes les provinces de son rival. Le meurtre du vieux roi le délivra encore de ce danger; et Antiochus Soter se trouva, à son avènement, entouré de trop de périls pour entreprendre la réduction de Pergame. Philétère resta vingt ans maître paisible de ses domaines.

Son neveu Eumène lui succéda (263). Menacé par le roi de Syrie, il s’unit aux autres petits princes de l’Asie Mineure, leva une nombreuse armée de mercenaires et battit les Syriens près de Sardes. Cette victoire était la consécration du nouvel État.

Le cousin d’Eumène, Attale I" (241) fut exposé à un autre péril. Les Galates, dont nous parlerons plus loin, l’attaquèrent ; mais il gagna sur eux une grande victoire, après laquelle il prit le titre de roi. Ennemi de la Macédoine par la position géographique de ses États, il rechercha l’alliance des Romains et les aida dans leur guerre contre Philippe. En Asie, la politique lui conseillait d’affaiblir le puissant empire des Séleucides; pourtant il soutint Antiochus le Grand contre Àchéos, usurpateur des provinces syriennes de l’Asie Mineure, mais qui l’avait lui-même menacé, et qui, s’il fût resté vainqueur, aurait certainement cherché à mettre la main sur Pergame. Ainsi, durant son long règne, Attale se faisait l’allié des deux puissants États de ce temps, des Romains et de la Syrie. Il recueillit de cette politique habile gloire et profit. Ses domaines s’agrandirent, et son goût pour les lettres et les arts jeta sur le nouveau royaume un éclat qui porta au loin sa renommée.

Cependant les événements se précipitaient en Occident. Rome, délivrée d’Annibal et de Carthage, tournait vers l’Orient ses regards avides. La Grèce fut sa première proie. Eu-

mène II, l’aîné des fils d'Attale, et qui lui succéda en 197, suivit la politique de son père. Il amena des secours à Flamininus, dans la guerre contre le tyran de Sparte, Nabis ; et prévoyant que Rome, provoquée par le roi de Syrie, ne s’arrêterait pas en Grèce, il refusa de s'unir aux destinées d’Antiochus le Grand et d’épouser sa fille. Il resserra au contraire son alliance avec les Romains qui, après la bataille de Magnésie, récompensèrent sa fidélité en lui donnant une grande partie des possessions d’Antiochus en deçà du Taurus. Lorsque Annibal, réfugié auprès de Prusias, roi de Bithynie, excita ce prince contre l’ami des Romains, ils le défendirent encore, et Flamininus, pour délivrer Eumène et Rome d’inquiétude, alla demander à Prusias la tête du héros carthaginois. En retour, Eumène dénonça à Rome les préparatifs de Persée qui, pour se venger, essaya de le faire assassiner. Des meurtriers apostés à Delphes sur son chemin le laissèrent pour mort sur la place. Le bruit de cette mort se répandit jusqu’à Pergame, où Attale, son frère, se hâtant trop, prit la couronne et épousa la reine. Eumène reparut bientôt; et Attale descendit du trône, sans qu’une tragédie ensanglantât cette maison. Ami des Romains,- vainqueur du roi de Pont, Phamace, et allié du roi de Syrie, Àntiochus Épiphane, qui lui devait sa couronne, Eumène était devenu un puissant monarque, trop puissant pour ne pas s’inquiéter à son tour de voir les Romains s’approcher de l’Asie. Content d’avoir humilié Persée, il eût voulu empêcher la chute du royaume de Macédoine. Le refroidissement de son zèle le rendit suspect au sénat, et il fut lui-même un instant menacé. Il acheva pourtant paisiblement son long et glorieux règne de trentehuit ans (159).

Attale II, son frère, comprenant que la lutte avec Rome était impossible, se résigna à cultiver avec soin l’amitié du sénat. D aida les légions dans leurs campagnes contre le faux Philippe et les Achéens, et même contribua à la prise de Corinthe. Aussi fut-il laissé libre de frapper en Asie tous ses adversaires? R conquit la Cappadoce qu’il rendit à Ariarathe VII ; et Prusias de Bithynie, ayant pénétré jusque sous les murs de Pergame, en fut chassé par les commissaires

romains qui lui imposèrent une paix onéreuse. Le poison, probablement, termina sa vie à quatre-vingt-deux ans, en 138. Le meurtrier, son neveu, Attale III, lui succéda. Attaqué par le roi de Bithynie, il se serait emparé de ses Etats sans l’intervention du sénat qui s’opposa à ce nouvel agrandissement du royaume de Pergame. Attale ne méritait pas l’honneur d’une victoire. Monté au trône par un crime, il s’y soutint par des crimes. Ses amis, ses parents furent victimes des études meurtrières qu’il poursuivait sur les plantes vénéneuses. C’était sur ceux qui l’approchaient qu’il expérimentait les effets du poison. On le crut atteint de folie. Son testament parut justifier cette pensée. Il légua ses biens aux Romains qui comprirent le royaume dans les legs (133). Un fils naturel d’Eumène, Aristonic, réclama l’héritage (131), tint tête aux Romains pendant deux campagnes, et tua leur général Licinius Crassus. Mais Perpenna et Aquilius en eurent raison (129). U fut mené à Rome et mis à mort après le triomphe.

Ce royaume n’avait vécu qu’un siècle et demi, mais mérite une place à part au milieu des États nés du démembrement de l’empire d’Alexandre, par la protection qu’il donna aux arts et aux lettres. Pergame devint la ville la plus magnifique de l’Asie. Sa bibliothèque rivalisa avec celle d’Alexandrie, et son nom se retrouve encore dans celui de la substance qui servit à nous conserver tant de chefs-d’œuvre, le parchemin ( pergameum ) inventé à Pergame pour remplacer le papyrus que les Ptolémées ne laissaient plus sortir d'Égypte.

Royaume de Rtthynle (huitième olèele-Vft).

La Bithynie, province située au nord de l’Asie Mineure, s’étendait le long de la Propontide, du Bosphore de Thrace etdel’Euxin, entre le Rhindacos et le Parthénios. Ses habitants étaient Thraces d’origine et avaient conquis le pays au vin* siècle avant notre ère, sur les Bébryces dont ils effacèrent le nom. Ils subirent, deux siècles plus mrd, la domination de Crésus, puis celle de son vainqueur qui, toutefois, laissa aux Bithyniens leurs chefs indigènes. Darius leur im-

posa un tribut de 100 talents et les comprit dans la troisième satrapie qui avait pour capitale Dascylinn. A mesure que les faibles liens qui tenaient l’empire réuni, se relâchèrent, les rois de Bithynie montrèrent une obéissance moins docile. Durant la guerre du Péloponèse et dans les combats qui suivirent , leur pays fut à plusieurs reprises le théâtre des hostilités. Ils essayèrent d’arrêter la marche des Dix Mille, et défirent même le général lacédémonien Dercyllidas. Alexandre passa à l’ouest de la Bithynie. Tandis qu’il s’enfonçait en Asie, un de ses lieutenants se fit battre par le roi de ce pays, Bias, qui conserva sa couronne indépendante jusqu’à sa mort arrivée en 328. Son fils Bœtès fut mieux servi encore par les querelles des successeurs du conquérant. Il remporta grand nombre de victoires, mais sans agrandir notablement ses domaines.

Son fils Nicomède Ier commença son règne (281) parle meurtre de ses frères. Un d’eux, Zybœas, échappa, et avec l’assistance d’Antiochus Soter enleva en peu de temps à Nicomède la moitié de ses États. Ce fut alors que ce prince appela en Asie les Gaulois qui erraient dans la Thrace après avoir ravagé la Grèce et la Macédoine (278). Ce secours fut efficace ; Nicomède fonda une ville de son nom qui devint la capitale du royaume et qui subsiste encore.

Avant de mourir, vers l’an 249, Nicomède avait désigné pour son successeur un de ses fils, Prusias. Le frère aîné de ce prince, Ziélas réclama, les armes à la main, contre ce choix, et, aidé des Gaulois, fut vainqueur. Mais pour n’avoir pas à payer leur assistance, il voulut égorger leur chef dans un festin. Ceux-ci le prévinrent. Prusias, alors, reconnu roi par tout le peuple, soutint, en 222, Rhodes contre Byzance, et essaya, mais en vain, de mettre la main sur la riche colonie grecque d’Hé raclée, dont les domaines s’étendaient à travers la Bithynie. Son fils Prusias II, auprès duquel Annibal se retira, fit contre Eumène de Pergame une guerre d’abord heureuse, mais que l’intervention de Rome termina à son détriment. Après la chute de Persée en 168, il vint étaler à Rome même la servilité et la lâche terreur de tous les rois de l’Asie occidentale. Une nouvelle guerre contre Attale, en

153, fut encore arrêtée par le sénat. Son fils Nicomède l’assassina, en 148.

Le nouveau prince rechercha l’alliance de Mithridate et épousa sa sœur, mais se brouilla avec lui pour la possession de la Paphlagonie et de la Gappadoce. Rome, qui voulait tenir le roi de Pont en bride, s’interposa cette fois en faveur du roi de Bithynie. Nicomède II eut le sort qu’il avait fait à son père. Un de ses fils, Socrate, l’assassina. Le meurtrier fut obligé de fuir, et Nicomède III occupa le trône. Mais Mithridate soutint Socrate son neveu; il fallut que Home intervînt à trois reprises pour conserver à Nicomède la couronne. Le dernier général qui la lui remit sur la tête était Sylia (85). Il mourut dix ans après, léguant son royaume aux Romains (75).

le* Oalates

On a vu qu’un roi de Bithynie avait, en 278, appelé de la Thrace plusieurs hordes gauloises, venues des bords du Danube‘.Elles s’établirent presque au centre de l’Asie Mineure, dans les bassins de l’Halys et du Sangarios : les Tolistoboïes occupaient Pessinunte et Gordion, les Tectosages Ancyre, les Trocmes Tavion. Chacune de ces tribus se subdivisa en quatre districts ou tétrarchies, commandées par un tétrarque. Ces douze chefs électifs et temporaires composaient le conseil suprême de la nation.

Avant de se condamner à la vie sédentaire, ces hordes batailleuses et encore sans demeure fixe avaient parcouru et pillé toute l’Asie Mineure. Il nous reste un témoignage de leurs violences dans la plainte funèbre de trois sœurs milésiennes qui se donnèrent la mort pour échapper à leurs outrages. Le roi de Syrie, Antiochus, essaya d’en délivrer la péninsule. Il vint attaquer à l’improviste, au pied du Taurus, l’armée des Tectosages, et grâce à ses éléphants, gagna une victoire qui lui valut le surnom de Sauveur (277). Les Gaulois furent rejetés et renfermés par lui dans la Phrygie. Les

1. Voyez dan» l 'Histoire grecque de M. Duruy, p. 693, le récit de l’invasion gauloise en Grèce.

guerres qui éclatèrent entre les princes d’Asie empêchèrent Antiochus d’achever son ouvrage, et les barbares continuèrent, les uns de faire payer tribut aux villes, même aux rois ; les autres d’aller, comme mercenaires, servir dans toutes les cours et dans toutes les armées. Ils se mirent à la solde du plus offrant. « Tels étaient, dit Justin, la terreur de leur nom et le bonheur constant de leurs armes, que nul roi, sur son trône, ne s’y croyait en sûreté, et que nul roi déchu n’espérait d’y remonter, s’ils n’avaient pour eux le bras des Gaulois. » Mais il ne fallait pas toujours compter sur leur fidélité. 4000 d’entre eux complotèrent, en l’absence de Ptolémée Philadelphe, de piller son trésor et de s’emparer de la basse Égypte. En 243, ceux qu’Antiochus Hiérax avait levés, se saisirent de lui, et pour racheter sa vie, il dut livrer toutes ses richesses. Mais en 241 le roi de Pergame, Attale, gagna une grande victoire sur les Tolistoboïes et les Trocmes qui furent contraints d’aller rejoindre leurs frères sur les bords de l’Halys. Le pays qu’ils occupèrent devint la Galatie.

Celle réunion des trois tribus gauloises leur rendit leur force première. Deux rois de Syrie périrent en les attaquant, et quand la folle expédition d’Antiochus en Grèce attira les Romains en Asie, les Galates y avaient encore un nom redouté. Aussi, après la bataille de Magnésie (190) les Romains ne voulurent pas quitter l’Asie Mineure qu’ils n’eussent détruit le seul État capable de leur inspirer quelque inquiétude. Le consul Manlius Yulso attaqua les Galates, et les força sur les montagnes où ils s’étaient réfugiés (189); mais content d’avoir abaissé leur renommée par cette prompte défaite, il ne leur imposa que d’assez douces conditions. Condamnés à la paix, les Galates entrèrent dans cette civilisation grecque qui ies pressait de toutes parts et qui les amollit. Ici s’arrête leur histoire nationale; elle meurt avec leur véritable indépendance. Libres en apparence et se gouvernant d’après leurs propres lois, ils n’en étaient pas moins placés sous cet humiliant protectorat de Rome, qui conduisait inévitablement à la servitude. Quand Mithridate parut, les Galates semblèrent se réveiller et vouloir secouer le joug. Ils s’unirent au roi de Pont, mais sa tyrannie et ses violences les rejetèrent dans

le parti de Rome, qui leur laissa pourtant leurs chefs nationaux, dont l’un, Déjotarus, reçut du sénat le titre de roi. Ce ne fut que sous Auguste que la Galatiefut réduite en province romaine (25).

IA Cappadoce («eptlème alèfle-18 «p. a. O.)

Le nom de Cappadoce, pris dans sa signification la plus étendue, désigne la partie de l’Asie Mineure située à l’orient du fleuve Halys, et qui s’étend de la chaîne du Taurus, sur les frontières de la Gilicie, jusqu’au Pont-Euxin vers le nord, et jusqu’à l’Euphrate vers l'orient. C’est un vaste plateau formant une plaine immense sans arbres, sans eau, et imprégnée de substances salines qui arrêtent le développement de la végétation. L’été y est brûlant, l'hiver rigoureux. La capitale fut Césarée, aujourd’hui Kaisariéh. Les Grecs nommaient, au temps d’Hérodote, les peuples de ce pays Leucosyriens ou Syriens blancs, mais les Perses les appelaient Gappadociens, nom sous lequel ils sont connus.

Avant la domination des Perses, ces Syriens étaient sujets des Mèdes ; puis ils furent soumis par Cyrus, qui divisa le pays en deux satrapies : l'une voisine de la mer ou du Pont-Euxin; l’autre plus méridionale et s’étendant jusqu’au Taurus, qui conserva le nom de Cappadoce. Cette division subsista sous les Macédoniens, et plus tard encore, au temps des Romains, on donnait le nom de Cappadoce maritime au pays qui fut ensuite appelé simplement le Pont.

Suivant Polybe, les rois de la Cappadoce pontique se disaient descendants de l’un de sept seigneurs perses conjurés contre Smerdis, et avaient toujours possédé depuis ce temps la satrapie héréditaire que Darius leur avait dornée. Ceux de la Cappadoce méridionale avaient la même prétention; seulement ils remontaient plus haut encore que le temps de la conjuration. Le premier de ces anciens rois qui soit connu est un Pharnace, époux d’Atossa, princesse achéménide. Il doit avoir régné au septième siècle avant J. C.

On trouve ensuite, après un certain intervalle, pour lequel les renseignements nous manquent, Anaphas, le même qu’Otanès, auteur de la conspiration qui renversa le faux Smerdis. C’est lui qui proposa d’abolir le gouvernement monarchique en Perse, et qui, n’ayant pu faire prévaloir son opinion, déclara qu’il était prêt à renoncer à toute prétention au trône, pourvu qu’on le laissât jouir tranquillement, lui et sa postérité, de ses possessions. C’était le gouvernement indépendant du royaume de Cappadoce.

Après lui on trouve Anaphas II, frère d'Amestris, femme de Xerxès, puis Datame au temps de Darius II, qui périt dans les guerres civiles dont cette époque de l’histoire de la Perse est remplie (420). Datame eut pour fils et pour successeur Ariamnès, prince célèbre par son courage et par ses exploits, et qui fut également tué dans une guerre civile. Son règne, suivant Diodore, avait duré cinquante ans. Il fut remplacé par son fils Ariarathe Ier , dont la vie nous est tout à fait inconnue. Celui-ci avait un frère nommé Oropherne, qui se distingua dans la guerre d’Ochus contre les Égyptiens. Ariarathe I*r, qui l’aimait beaucoup et qui n’avait point de fils, adopta son neveu et le déclara son héritier ; c’est Ariarathe II, dont le règne coïncide avec l’expédition d’Alexandre en Asie. Le conquérant macédonien, pressé de combattre Darius, lui avait laissé ses États. Mais à sa mort, la Cappadoce fut dévolue à Eumène et soumise par Perdiccas, qui fit ignominieusement mettre en croix Ariarathe et toute sa famille. Eumène se mit aussitôt en possession de ce pays : mais il en fut dépouillé par Antigone, qui le conserva jusqu’à la bataille d’Ipsus. La Cappadoce fut alors incorporée aux États de Séleucus jusqu’au moment où Ariarathe III, avec le secours du roi d’Arménie, reconquit sur les Macédoniens le royaume de ses pères. Son fils Ariamnès associa de bonne heure au gouvernement Ariarathe IV, encore enfant, et le maria avec Stratonice, fille d’Antiochus Théos. Son règne fut tout aussi obscur que celui de son père.

Ariarathe V, son successeur, occupa le trône de 220 à 166. Il s’allia également avec la maison des Séleucides en épousant une fille d’Antiochus le Grand. Ce fut sous son règne

que s'établirent les premières relations entre la Gappadoce et les Romains, après la victoire de Magnésie qui plaça l’Asie Mineure sous l’influence romaine. De tous les États d« la presqu’île la Gappadoce fut celui qui gagna le plus à cette alliance.

Ariarathe VI, en raison peut-être de ses nouveaux rapports avec Rome, n’attacha pas autant d’importance que quelques-uns de ses prédécesseurs à l’alliance des Séleucides. Il refusa même de donner sa sœur à Démétrius Soter, qui dans son dépit essaya de le renverser du trône au profit d’un fils supposé d’Ariarathe V, nommé Oropherne. L’intervention des Romains en faveur du roi de Gappadoce sauva ce prince. Oropherne, du reste, montra peu de reconnaissance envers le roi de Syrie ; il prit parti pour les habitants d’Antioche soulevés contre Démétrius, et entreprit de chasser de son royaume celui qui voulait lui en donner un. Démétrius, instruit de ses intrigues, lui fit grâce de la vie, pour qu’Ariarathe eût toujours un adversaire à redouter ; mais il le fit garder à vue dans Séleucie. Ariarathe, de son côté, appuya la révolte d’Antioche et seconda Alexandre Bala , qui finit par enlever à Démétrius le trône et la vie. Quand les Romains voulurent chasser de Pergame Aristonic , il leur fournit des secours, paya lui-même de sa personne et périt dans cette guerre. Les Romains reconnurent ses services en ajoutant aux États de ses enfants la Lycaonie et la Cilicie.

Ariarathe avait laissé six fils très-jeunes encore sous la tutelle de leur mère, Laodice ; cette marâtre fit périr les cinq premiers par le poison, afin de conserver plus longtemps le gouvernement de l’État. Un d’eux fut sauvé par la vigilance de ses proches, et resta seul maître du trône , sous le nom d’Ariarathe VII, le peuple ayant puni la scélératesse de Laodice, en la massacrant. Il épousa Laodice, sœur du roi de Pont, Mithridate, lequel le fit quelque temps après assassiner. Nieomède, roi de Bithynie, profita du moment où la Gappadoce était sans roi pour l’attaquer. Mithridate, à la nouvelle de cette invasion, prétexta la tendresse fraternelle, et envoya des secours à sa sœur pour expulser Nieomède.

Mais déjà Laodice avait traité avec ce prince et l’avait épousé. Mithridate chassa de la Cappadoce les garnisons de Nicomède et rendit le royaume à son neveu le fils du dernier roi. Cette générosité cachait une perfidie sanglante. En effet, quelques mois après, il feignit de vouloir rétablir dans sa patrie Gordios , qui lui avait servi d’instrument contre Ariarathe VII. Il espérait , si le jeune roi s’y opposait, avoir un prétexte pour lui déclarer la guerre, ou, s’il y consentait, se défaire du fils comme il s’était défait du père, par la même main. Ses intentions furent devinées, et Ariarathe VIII leva une armée considérable pour repousser le meurtrier de son père. Il était soutenu par quelques-uns des princes voisins que l’ambition du roi de Pont inquiétait. Mithridate fit demander à son neveu une conférence à laquelle il se rendit lui-même armé d’un poignard caché dans sa ceinture. Quand les deux princes furent en présence , Mithridate prit à part Ariarathe VIII comme pour l’entretenir secrètement , et le poignarda à la vue des deux armées. Aussitôt il envahit la Cappadoce, mit son propre fils, âgé de huit ans, sur le trône, lui donna le nom des rois nationaux, Ariarathe, et confia la régence à Gordios.

Mais les Gappadociens ne supportèrent pas longtemps la tyrannie et les cruautés du roi de Pont. Ils appelèrent au trône le frère de leur roi, Ariarathe IX. Mithridate aussitôt lui déclare la guerre, le défait, le chasse de la Cappadoce (9à) ; et le jeune prince tombe malade de chagrin et meurt. Nicomède alors, craignant que Mithridate n’envahît aussi la Bithynie, envoya un ambassadeur à Rome pour revendiquer auprès du sénat le trône de Cappadoce. Il y envoya aussi Laodice, femme d’ Ariarathe, pour attester, ce qui était faux, qu’elle avait eu trois fils.. Mithridate, avec non moins d’impudence, chargea Gordios d’affirmer au sénat que l’enfant placé par lui sur le trône de Cappadoce était bien le fils de cet Ariarathe tué en portant des secours aux Romains dans leur guerre contre Aristonic. Mais le sénat, comprenant au zèle de ces rois qu’ils voulaient s’approprier, sous dos noms supposés, les États d’autrui , ôta la Cappadoce à Mithridate, la Paphlagonie à Nicomède, et déclara les deux peuples in-

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dépendants. Les Gappadociens repoussèrent ce bienfait et dirent qu’ils ne pouvaient se passer d’un roi. Le sénat leur donna Ariobarzane.

Mithridate, renonçant pour quelque temps à agir directement, lança sur la Cappadoce le roi d’Arménie, Tigrane, qui rendit la couronne au fils du roi de Pont. Ariobarzane s’enfuit à Rome avec ses richesses. Rétabli plusieurs fois sur son trône, ce ne fut qu’après la chute de Mithridate que le protégé des Romains put se considérer comme tranquille possesseur de la Cappadoce. En l’année 63, il céda le trône à Ariobarzane II; mais alors s’approchaient les guerres civiles qui préparaient, la ruine de la république ; il fallut que les rois de l’Asie prissent un parti entre les redoutables adversaires. Ariobarzane II s’attacha à la fortune de César, dont il obtint un agrandissement de territoire. Il en fut puni par Brutus et Cassius qui ordonnèrent sa mort. En 34, son frère Ariobarzane III fut à son tour tué par Antoine , qui donna pour roi aux Gappadociens Archélaos. Cet Archélaos régna, cinquante ans. Malheureusement il offensa Tibère, en ne lui rendant aucun hommage pendant son séjour à Rhodes, et il se laissa attirer en Italie par une lettre, où Livie, sans dissimuler les ressentiments de son fils, offrait à Archélaos son pardon, à condition qu’il viendrait le demander. Il craignit quelque violence s’il refusait. Reçu, à Rome, par le prince avec dureté, et bientôt traduit devant le sénat, il éprouva un saisissement tel qu’il mourut quelque temps après, peut-être volontairement. La Cappadoce fut réduite en province romaine. Tibère déclara qu’avec le revenu de ce royaume on pouvait diminuer l’impôt appelé le centième ; il le réduisit en effet de moitié. L’année suivante, 18 ans après J. C. , l’empereur envoya en Cappadoce un gouverneur avec le titre de légat. Un peu plus tard, cette province fat gouvernée par un simple intendant des domaines ou procu rator.

lits Pont (sixième siècle-® S).

Les rois de Pont ou de la Cappadoce maritime faisaient remonter l’origine de leur dynastie jusqu’à l’un des seigneurs

perses qui renversèrent le mage Smerdis. Ils prétendaient descendre d’Achéménès et se disaient comme les rois de Perse, Achéménides. Le chef de leur race était Artabaze, qui avait obtenu la satrapie héréditaire des pays voisins du Pont-Euxin. Cet Artabaze, au rapport d'Hérodote, trouva la mort à la bataille de Salamine (480). Il eut pour successeur Rhodobatès qui lui-même fut remplacé par Mithridate Ier, contemporain d'Artaxerxès Memnon contre lequel il se révolta. Vaincu par ce prince, il dut son pardon à la médiation de Tissapherne. Peu après, il voulut se rendre maître d’Héraclée, ville grecque de la Bithynie. Cléarque, qui en fut dans la suite tyran, avait promis de la lui livrer; il y était à peine entré qu’il fut fait prisonnier, et il ne recouvra sa liberté qu’en donnant une forte rançon. Ce satrape n’était sans doute pas étranger à la langue et aux arts de la Grèce, puisqu’il fit élever dans l’enceinte de l’Académie d’Athènes une statue de Platon qui était consacrée aux muses. Ariobarzane fut, à ce qu’il paraît, le fils et le successeur de Mithridate I".

Mithridate H, fils d’Ariobarzane , gouvernait le Pont à l’époque du passage d’Alexandre en Asie. Il vint trouver le conquérant en Carie, après la prise d’Halicamasse, et le suivit dans son expédition contre la Perse. Il conserva, sous ce prince, la possession de sa satrapie, et, après sa mort, il embrassa le parti d’Eumène, le défenseur le plus dévoué de la famille d’Alexandre. Eumène ayant succombé, le Pont se trouva compris dans les provinces qui obéissaient à Antigone. Celui-ci, troublé par un songe, voulut faire périr Mithridate, qui, averti à temps par Démétrius, put s’enfuir en Paphlagonie où il se rendit maître des principales forteresses du pays. Il y fut bientôt joint par ses amis, et secondé par eux, fit une irruption dans la Cappadoce, en soumit une partie, reconquit les États qu’il tenait de ses ancêtres et força Antigone de l’en laisser tranquille possesseur. C’est à cette époque qu’il faut véritablement faire remonter l’origine du royaume de Pont, qui jusqu’alors n'avait été qu’un simple gouvernement.

Les succès de Mithridate dans la Paphlagonie et dans la

Cappadoce lui firent donner le surnom de Ctistès ou fondateur. Longtemps après sa première lutte avec Antigone, il eut à soutenir une nouvelle guerre contre ce prince pour avoir contracté alliance avec Gassandre , fils d’Antipater. Moins heureux cette fois , il tomba entre les mains de son rival qui le fit mourir (302).

Mithridate III, son fils et son successeur, agrandit le royaume de Pont d’une partie de la Cappadoce et de la Paphlagonie; il secourut aussi la ville d’Héraclée contre Séleucus Nicator, roi de Syrie, et mourut après un règne de trente-six ans. Mithridate IV était jeune lorsqu’il monta sur le trône ; les Galates voulurent profiter de cette circonstance pour lui enlever son royaume ; mais les secours que les Grecs d’Héraclée lui fournirent le mirent en état de les repousser. Ce prince fut ensuite obligé de soutenir une guerre contre Séleucus Gallinicos, roi de Syrie, qui fut entièrement défait et à qui pour obtenir la paix il donna sa sœur Mithridate en mariage, avec quelques provinces en dot.

Son fils Mithridate V lui succéda. Nous ne connaissons guère de ce prince que sa guerre contre Sinope. Il s’empara de toutes les autres villes grecques en Paphlagonie ; mais celle-ci, défendue par sa position avantageuse, lui résista vigoureusement. Il traita avec elle et avec ses alliés les Rhodiens, auxquels il envoya dans la suite de grandes sommes d’argent pour réparer les dommages qu’un tremblement de terre causa dans leur ville. Mithridate V maria Laodice sa fille à Antiochus le Grand, roi de Syrie.

Pharnace, qui lui succéda (84), fut plus heureux contre Sinope. Il conquit cette ville et en fit sa capitale. Une attaque contre Eumène, roi de Pergame, amena l’intervention des Romains. Pharnace fut forcé d’abandonner la Paphlagonie qui devint un royaume particulier.

Mithridate VI (157), averti par ce revers, ne s’occupa que de rester constamment l’allié de Rome. Il lui fournit mémo quelques secours pendant la troisième guerre punique ; et lorsque la mort d’Attale ouvrit la succession des rois de Pergame, il se montra le plus empressé de tous les rois de l’Asie Mineure à soutenir les Romains contre Aristonic, fils

naturel d’Attale. Les défaites que les Romains éprouvèrent ne purent le détacher de leur alliance; il en fut récompensé, après la guerre, par la cession de la grande Phrygie que lui fit le proconsul Manius Aquilius, moyennant une somme d’argent. Après un règne long et paisible, Mithridate fut assassiné par un de ses favoris, l’an 123 avant J. G. Il laissait deux fils, dont l’aîné fut un des plus grands monarques dont l’histoire fasse mention.

Mithridate VII, surnommé Eupator , succéda à son père. Quoique bien jeune encore, il entreprit de gouverner par lui-même. Mais les ambitions qui s’agitaient autour de lui s’effrayèrent de cette résolution, et le jeune Mithridate se vit exposé à toutes sortes d’intrigues et d’embûches de la part des grands. Craignant qu’on n’eût recours au poison pour se débarrasser de lui, il étudia l’histoire naturelle des plantes afin d’en connaître les propriétés, et de trouver les moyens de se mettre à l’abri de leurs atteintes. Il se familiarisa si bien, dit-on, avec ces substances mortelles, qu’il n’eut plus rien dans la suite à en redouter. Pour échapper aux pièges qu’on pouvait lui tendre, il resta pendant sept ans constamment hors de son palais, ne reposant jamais sous un toit, ni à la ville, ni à la campagne; il s’adonna à la chasse, aux exercices violents, et acquit ainsi une vigueur, une force qui lui permirent de supporter les plus rudes fatigues. Il voulut ensuite connaître par lui-même l’état des contrées voisines : il quitta son royaume avec quelques compaguons seulement, et parcourut sans se faire connaître tous les pays qui environnaient le Pont. A son retour, il eut à punir une conspiration tramée par l’infidèle Laodice, sa femme ; les principaux auteurs du complot périrent.

Le temps d’agir lui paraissant enfin venu, il tourna d’abord ses efforts contre les Scythes qui habitaient au nord du Pont-Euxin, et qui étaient une menace continuelle pour les peuples civilisés de l’Asie. Le roi du Bosphore cimmérien accepta volontiers son concours; la ville de Chersonésos, pressée par ces barbares, ne voulut même plus d’autre souverain que lui. Les Scythes furent repoussés, et le roi du Bosphore, soit défaut de courage, soit crainte de Mithridate

lui-même, lui céda volontairement ses États. Cette acquisition importante lui donna d’un seul coup les riches trésors qu’un commerce très-actif accumulait dans les colonies grecques de ces contrées, et une immense facilité pour recruter ses armées, parmi ces mêmes barbares qu’il avait vaincus (118).

Ces acquisitions faites au nord de l’Euxin, il revint à l’Asie Mineure et de concert avec Nicomède II, roi de Bithynie, il entra dans la Paphlagonie qui venait d’être déclarée libre par les Romains. Il s’en rendit maître et la partagea avec son allié. Le sénat le somma d’évacuer cette province; il ne daigna pas même répondre au message. Quelque temps après, Nicomède attaqua la Cappadoce ; Mithridate défendit Ariarathe VII, qui en était le souverain, puis le fit assassiner. Ariarathe VIII, que le roi de Pont avait lui-même placé sur le trône de Cappadoce, eut le même sort (107). Un décret du sénat rendit l’indépendance aux Cappadociens. Ceux-ci, habitués à vivre sous un gouvernement monarchique, demandèrent un roi (99). Mithridate crut assurer le trône à son agent Gordios, mais Sylla fit reconnaître Ariobarzane.

Mithridate pressentait une lutte prochaine avec les Romains auxquels il ne pardonnait pas de lui avoir enlevé, à son avènement, la grande Phrygie et d’avoir fait échouer ses prétentions sur la Cappadoce. Dans cette prévision, il tourna ses regards vers l’Orient et engagea dans ses projets Tigrane, roi d’Arménie. Tigrane, heureux de jouer le rôle de roi der rois dont il avait pris le titre, chassa Ariobarzane au profit du roi de Pont (97). Vers le même temps, Mithridate portait ses armes dans la Golchide, pénétrait au delà du mont Caucase, et soumettait un grand nombre de tribus scythiques. A la mort de Nicomède, roi de Bithynie, il s’empara de ses États (93) auxquels il joignit la Phrygie, de telle sorte que le roi de Pont était presque le maître de l’Asie Mineure. La mort de Tigrane, son allié, suspendit pour quelque temps ses entreprises ; il fut même obligé d’évacuer la Cappadoce et la Bithynie où furent rétablis Ariobarzane et Nicomède. Mais, quand il eut renouvelé son alliance avec le roi d’Ar-

ÉTATS SECONDAIRES : LE PONT. 54b

ménie, le grand Tigrane qui devint son gendre, tout en négociant avec les Romains pour gagner du temps, il s’assura des Gaulois d’Asie, envoya des émissaires chez les Scythes, chez les Cimmériens , chez les Bastarnes ; et bientôt 300 000 hommes furent réunis sous ses drapeaux , 400 vaisseaux dans ses ports. Gomme soutien de ces forces formidables, il eut encore toutes les haines que la domination de Rome excitait en Asie. Alors il jeta le masque, et Pélopidas fut chargé d’aller porter ses griefs aux gouverneurs romains, c’est-à-dire une déclaration de guerre.

Le sénat congédia Pélopidas, en signifiant à Mithridate, avec sa fierté ordinaire, de respecter Nicomède et de restituer la Cappadoce à Ariobarzane. Les hostilités éclatèrent aussitôt. Nicomède fut complètement battu sur les bords de l’Amnias. Le proconsul Gassius et ses lieutenants ne furent pas plus heureux. L’un d’eux, Aquilius, fut obligé de s’enfuir jusqu’à Pergame ; Oppius fut rejeté dans les montagnes de la Pamphylie , et la flotte romaine, chargée de défendre l’entrée du Pont-Euxin, fut détruite. Mithridate, partout vainqueur, était accueilli avec enthousiasme par les populations asiatiques qui voyaient en lui un libérateur. Pour mieux lier tous ces peuples à sa cause, il adressa aux gouverneurs et aux magistrats des villes des ordres secrets, qu’ils ne devaient exécuter que dans un délai fixé ; dans un même jour, à la même heure, 100 000 Italiens furent immolés. Un pareil crime mettait un abîme entre Mithridate et la république romaine. Le roi de Pont, pour surveiller de plus près les opérations de la guerre, vint s’établir à Éphèse, puis à Pergame, d’où il imprima le mouvement à toutes ses forces. 1 50 000 hommes se dirigèrent sur la Grèce, sous tes ordres d’Archélaos, pendant que Taxile et Arcathias marchaient sur la Thrace, d’où ils devaient, après avoir conquis la Thessalie et la Macédoine, rejoindre Archélaos. Partout les peuples grecs s’insurgèrent contre la domination romaine ; le Péloponèse, aussi bien que la Grèce centrale, se soumit au roi de Pont.

Cependant Sylla, qu’un sénatus- consulte avait chargé d'aller combattre Mithridate, arrive au printemps de l’année BIST. d’orieht. 35 "

suivante (87) à la tête de cinq légions. Athènes, que défend le philosophe Aristion, est assiégée et prise ; Archélaos, qui n’a pu sauver cette ville, transporte ses troupes sur un autre point, et opère sa jonction avec Taxile. Ce général, alors à la tête de 120 000 hommes, passe en Béotie, et attaque Sylla près de Ghéronée. Le résultat est celui que les immenses armées de l’Orient ont jusqu’ici trouvé en Grèce, une défaite désastreuse. Archélaos est forcé de se retirer à Ghalcis en Eubée.

Ges victoires avaient leur contre-coup en Asie , où elles commençaient une réaction puissante en faveur des Romains. Sur plusieurs points éclatèrent des insurrections que Mithridate réprima cruellement, au risque de perdre sa popularité et de soulever contre lui des haines furieuses. Néanmoins, une nouvelle armée passa en Europe, sous le commandement de Dorylaos; elle fut ensevelie par Sylla dans les marais d’Orchomène. Mithridate, chassé de la Grèce, vit bientôt les Romains en Asie. Fimbria l’assiégea dans Pitane. Le roi serait tombé entre ses mains si Lucullus , commandant de la flotte de Sylla, eût voulu l’aider dans cette entreprise. Le roi de Pont eut le temps de s’échapper. Mais il se hâta de négocier la paix. Il eut même une entrevue avec Sylla, à Dardanum, en Troade ; il consentit à livrer 80 de ses vaisseaux, à payer les frais de la guerre, et à laisser remonter eur leurs trônes Nicomède et Ariobarzane. De toutes ses conquêtes il ne lui était laissé que la Paphlagonie et une partie de la Gappadoce (85).

Il était temps que Mithridate rentrât dans ses États, car des révoltes éclataient de toutes parts, dans le Bosphore, dans la Golchide, où son fils s’était fait proclamer roi. Du moins Mithridate le crut, et lui fit trancher la tête. Gomme il ne se pressait pas de rendre à Ariobarzane la Gappadoce, Murena, que Sylla avait laissé en Asie, envahit la partie du pays que le roi de Pont avait retenue. Mais celui-ci rejeta de l’autre côté de l’Halys l’officier romain, que Sylla désavoua. La médiation de Gabinius rétablit la paix entre Mithridate et Ariobarzane.

Mithridate passa quelques aimées à réparer ses pertes et

à préparer une nouvelle guerre. Quand il se crut en mesui’e de recommencer la lutte, il engagea Tigrane à envahir la Gappadoce. En même temps il s’entendait avec Sertorius, qui occupait les forces de la république en Espagne, et il renouait ses alliances avec les peuples barbares du Caucase, de la Scythieet des bords du Danube (75). Il se trouva bientôt à la tête d'une armée de plus de 1 00 000 combattants.

Au premier bruit des menées hostiles du roi de Pont, le sénat avait envoyé les deux consuls en Asie. Cotta avait le gouvernement de la Bithynie ; Lucullus était chargé de défendre la Cilicie. Le roi de Pont en personne se porta sur la Bithynie (73), que son dernier roi avait léguée aux Romains, et la soumit tout entière, tandis qu’un de ses généraux, Diophane, tenait Lucullus enfermé dans la province qu’il était chargé de défendre. La forte place de Cyzique était très-affectionnée aux Romains. Mithridate vint l’assiéger. Mais Lucullus, qui était parvenu à se dégager, accourait, ramenant dans l’alliance de Rome les villes qui s’en étaient détachées. Par d’habiles dispositions il coupa les vivres au roi de Pont, qui fut obligé de lever le siège et de se retirer dans ses Etats. Tandis qu’il fuyait à la hâte pour mettre son royaume en état de défense, Lucullus tailla son armée en pièces sur les bords du Granique, puis sur le Rhyndacos, et vint à son tour assiéger Amise, une des plus fortes places du pays. Mithridate avait armé de nouvelles bandes de barbares, et attendait l’ennemi, à la tête de 40 000 hommes, sur les frontières de son royaume. Quelques combats partiels suffirent pour dissiper ces troupes; Mithridate même eût été pris, s’il n’eût eu la présence d’esprit d’arrêter les soldats romains en perçant les sacs remplis d’orque ses mulets portaient derrière lui. Le désastre cette fois lui parut si complet, qu’il envoya à ses femmes, renfermées dans Phamacia, l’ordre de mourir. Parmi elles se trouvait l’Ionienne Monime, qui essaya de s’étrangler avec le bandeau royal ; il se rompit. « Fatal diadème, tu m’as toujours été inutile ; que ne me sers-tu aujourd’hui en m’aidant à mourir! » Et elle s’offrit avec courage au glaive qui l’immola.

Cependant les villes du Pont, Héraclée, Sinope, se reu

daienî. Les Tibaréniens, les Chalybes, les peuples de la petite Arménie étaient soumis. Amise, bravement défendue par l’ingénieur grec Callimaque, céda enfin, et sa soumission amena celle de tout le royaume (69). Michridate s’était enfui en Arménie chez Tigrane, son gendre. Lucullus demanda son extradition : Tigrane congédia l’ambassadeur avec mépris. Aussitôt le général romain se dirigea sur les provinces de l’Euphrate récemment conquises par le roi d’Arménie. Tigrane croyait Lucullus à Éphèse ; il fit décapiter celui qui lui apporta la nouvelle de l’arrivée des Romains. Quand il ne put plus douter de leur approche, il donna ordre à Mitrobarzane d’arrêter le général ennemi et de le lui amener mort ou vif. Mitrobarzane fut vaincu et tué. Tigrane alors vint luimême, malgré les conseils de Mithridate, présenter la bataille à Lucullus. Il fut complètement battu, et sa défaite entraîna la prise de Tigranocerte. Mais les embarras qui survinrent à Lucullus, la mutinerie de ses soldats, les intrigues des publicains dont il avait sévèrement réprimé les brigandages, ne lui permirent pas de tirer parti de ces avantages. Mithridate profita de ce repos forcé auquel ces émeutes condamnaient son adversaire pour rentrer dans son royaume; il envahit encore une fois la Cappadoce , et menaça d’expulser les Romains de l’Asie entière (67).

Sur ces entrefaites, Lucullus fut remplacé par Pompée. Le roi de Pont envoya demander au nouveau général à quelles conditions on lui accorderait la paix. La réponse fut telle que Mithridate jura de combattre les Romains jusqu’au dernier soupir. La lutte recommença; les deux armées en vinrent aux mains sur les bords du Lycos. Celle de Mithridate fut anéantie. Le vieux roi voulut se réfugier de nouveau auprès de Tigrane, qui refusa de le recevoir ; il s’enfuit alors vers le Caucase, chez les Albaniens et les Ibères, puis passa à Dioscurias (65). Là cet Annibal asiatique conçut le projet gigantesque d’entraîner les barbares avec lui sur l’Italie. Les Scythes semblaient disposés à le suivre, et les Gaulois l’attendaient au pied des Alpes ; mais la grandeur de l’entreprise effraya ses soldats. Voyant alors qu'il ne peut compter sur son armée, il entreprend de marier ses filles avec les principaux chefs des

Scythes pour en obtenir des secours. Mais on conspire contre lui jusque dans sa famille. Déjà Macharès, qu’il avait fait roi du Bosphore, n’avait pas craint de s’allier aux Romains. Un autre de ses fils, Pharnace, son héritier désigné, fomente l’esprit de révolte et se fait proclamer roi. Mithridate, pour échapper à la honte d’être livré aux Romains, essaye de s'empoisonner; mais, comme il s’était, depuis sa jeunesse, prémuni par l’habitude contre les poisons, ce moyen est impuissant; il faut qu’un Gaulois lui prête son arme pour mourir. « Il n’y eut plus dans l’Orient de roi comme Mithridate. Ce géant, cet homme indestructible aux fatigues comme au poison, qui parlait les langues savantes et barbares, laissa une longue mémoire. Aujourd’hui, non loin d’Odessa, on montre un siège laissé dans le rocher qui domine la mer, et on l’appelle le trône de Mithridate. »

Le Pont fut déclaré province romaine (63).

L’Arménie («90 av. jr. C.-4*» ap.) *.

L’Arménie n’a joué qu’un rôle secondaire dans les affaires de l’Asie. Ce pays semble avoir été destiné à une éternelle servitude, car dans presque tous les temps il a été soumis à la domination étrangère.

Les plus récentes découvertes de l’érudition moderne nous représentent les Arméniens comme issus de la grande famille Arienne, qui, à une époque très-reculée de l’histoire, occupa la plus grande partie de l’Asie orientale. Si l’on en croit les antiques traditions conservées dans le livre de Moïse de Khoren, ils comptaient une suite de rois qui remontaient jusqu’à Japhet, fils de Noé. Malgré les grands exploits attribués à ces princes problématiques, on les voit, vers le quinzième siècle avant notre ère, compris avec les Assyriens dans la liste des peuples tributaires des dix-huitième et dix-neuvième dynasties égyptiennes. Des sculptures murales les représentent, au moment de leur captivité sur les bords du Nil, travaillant à la construction des grands édifices élevés par

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