TRADUCTION
ana
an
samû
ciel
dingir
an
ilu
dieu
mes
mes
ma' du
nombreux
lugal
sar
sarru
roi
mul
mul
kàkkabu
étoile
bîlu
maison
dû
lur
maru
fils
aka
ram
râmu
aimer
On justifie par les textes d'une rédaction suivie cette manière d'envisager les syllabaires. Ainsi, dans les documents bilingues, tandis que la rédaction assyrienne contient le mot samû « ciel », le texte sumérien qui y correspond renferme le mot ana ou anna; si en assyrien nous avons ilu <i dieu », en sumérien nous trouverons dingir; de même le moi sarru « roi » aura pour correspondant lugal.
* Ki pi duppdni u zikuri lqj>iri gabri inai Asur u mat Akkad. Il R. 3G, \ . verso, col. 1. lig. 11-12.
De pareilles observations, toujours confirmées par l'expérience, paraissent bien autoriser h croire que les mots de la première colonne sont des expressions d'un idiome particulier. C'est là une erreur,
SUtuette* ebhldéeiuieB arotialquss eu bronze. (Collection de Smoc, au muiée du t^aTre).
suivant la doctrine haléciste, el ces listes lezicographiques <i ne nous donnent que fUlusion d'une langue sut generis ».
« Nous prétendons, dit S. Guyard, que les partisans de la théorie suméro-accadienne se sont mépris sur la nature des valeurs de la première colonne des syllabaires. Là où ils voient l'expresçion phonétique accadienne ou sumérienne des Idéogrammes con~
tenus dans la colonne centrale, nous voyons simplement Tindication d'une valeur syllabique de ces idéogrammes, envisagés non plus comme idéogrammes mais comme caractères phonétiques, ce qui explique pourquoi, au nombre des valeurs dites accadiennes, nous en rencontrons qui ne sont que le mot assyrien^ écourté, comme adama, venant de Tassyrien adamatu « sang ». Et voici une preuve que nous sommes dans la vérité. Si la première colonne du syllabaire indiquait réellement la prononciation d'une langue, cette prononciation devrait toujours et dans tous les cas se vérifier à Taide des compléments phonétiques des textes dits sumériens ou accadiens. Or, cela n'est pas. Par exemple, certain idéogramme est indiqué dans un syllabaire comme signifiant en assyrien rdmu « aimer » et comme se lisant aka en tant que signe phonétique. Or, dans les textes^ toutes les fois que le susdit idéogramme est employé au sens d'aimer^ il est accompagné du complément phonétique ma, ce qui prouve qu'il faut lui attribuer non la valeur aka, mais une autre valeur ram, qu'il possède en effet, et qui se trouve, on le voit, reproduire l'assyrien rdmu « aimer ». Un autre syllabaire indique pour l'idéogramme qui signifie en assyrien zikaru « mâle » une lecture accadienne^i^. Hélas! les gloses lexicographiques nous enjoignent de lire nita. L'idéogramme du verbe assyrien banu «construire», est lu en accadien du^ selon les syllabaires ; les gloses le lisent ru. L'idéogramme des verbes assyriens alaku « aller » et kânu « établir^ poser », est lu gin dans les syllabaires, et ra dans certaines gloses. Il y a donc parfaite incohérence dans la prétendue lecture de la langue accadienne ou sumérienne, tandis que dans notre interprétation il y a parfaite consistance. Les indications des syllabaires et des gloses signifient simplement : tel idéogramme, envisagé comme caractère syllabique, se lit aka et ram; gis et nita; du et ru; gin et ra, ce qui, d'ailleurs, se vérifie à chaque instant dans les textes phonétiques ^ »
Comme les plus anciens rois de la Chaldée emploient déjà concurremment les deux langues pour la rédaction de leurs inscriptions monumentales, il vient tout naturellement à l'esprit que, si ces princes rédigeaient, non pour être cachées, mais pour être lues par tous, des inscriptions bilingues, c'est qu'ils s'adressaient à des peuples parlant deux langues différentes. Nullement, répondent MM. Halévy et Guywd, pour lesquels le texte dit sumérien ou accadien n'est qu'une épellation artificielle qui n'a jamais été en usage et qui ne constitue pas une langue
* Bévue de VhisL des religiofis. Juin iSSi, p. 13-14 du tirage à part.
parlée : « c'est de la même façon qu'en français la formule chimique HO se lira en langue vulgaire « composé d'hydrogène et d'oxygène, eau » et s'épellera ache-o. »
Ainsi^ les textes qu'on était déjà habitué à regarder comme conçus en langue suméro-accadienne, ne seraient pas autre chose qu'une cryptographie des textes assyriens correspondants, à la manière d'une formule chimique ; et ceux qui soutiennent celte théorie bien étrange au premier abord , s'efforcent de démontrer que les éléments de cette cryptographie sont empruntés au vocabulaire assyrien, tout comme les mot» du texte assyrien proprement dit. Dans cet ordre d'idées, on doit reconnallre que le système de MM. Halévy et Guyard est étayé sur un ensemble d'observations dont la science doit tenir compte. Si la thèse générale semble un paradoxe, elle renferme bien des aperçus ingénieux, et les éminents'linguistes qui la soutiennent ont relevé parfois des faits étranges et difBcilement explicables dans l'hypothèse du suméro-accadien non sémitique'. Par exemple : dans le texte suméro-accadien on a le mot GAL « grand, » tandis que le correspondant assyrien est rabu quî"a le'même sens; or, GAL, dit M. Halévy, n'est autre chose que le mot purement assyrien et sémitique gallu qui vient de la racine galalu « être grand/» Le suméro-accadien AGGA correspond dans les textes bilingues, à l'assyrien dannu « puissant », et n'est qu'une déformation légère du mot assyrien aggu « fort, violent », dérivé de la racine agagu « se mettre en colère. » Parfois la rédaction du texte suméro-accadien donne lieu à de véritables rébus : ainsi, pour exprimer le sens de (( palais » ; on écrit E-GAL, mot composé de l'idéogramme E qui, en assyrien, se lit bitu « maison », et de l'idéogramme GAL^ qui, en assyrien se lit rabu « grand » ; de sorte qu'il semble, d'une part, que le rédacteur ait voulu, en écrivant « maison grande », rappeler l'idée de « palais » en même temps que, d'autre part, le complexe E-GAL' dont il s'est servi pour exprimer cette idée, était homophone avec le mot assyrien sémitique ekallu qui signifie aussi « palais. » Ce qui est non moins étrange que ces singuliers rébus, c'est qu'il arrive souvent que le mot sumérien a exactement les mêmes sens variés et multiples que le mot assyrien qui en est la traduction ; il en suit parallèlement les transformations, de telle sorte qu'il paraît en être le calque
' Ces pages étaient imprimées avant la mort si regrettable de M. Stanislas Guyard (septenbre 1884). Aujourd'hui comme en 1874, M. Halévy se trcJuva seul à soutenir par ses écrits la thèse anti-sumérienne.
partout identique au modèle : ce qui ne devrait pas se produire dans rhypolhèse de deux langues étrangères Tune à l'autre.
Mais ce que Ton peut reprocher à la théorie de MM. Halévy et Guyard, c'est de s'être bornée jusqu'ici à d'ingénieuses et subtiles remarques sur les signes du syllabaire et sur des mots choisis à dessein dans le vocabulaire. Le jour où l'on parviendra à appliquer le système préconisé, à un texte dans son ensemble, et à formuler les lois ou au moins quelquesuns des principes de celte prétendue cryptographie, il n'y aura plus à soutenir l'existence enChaldée d'une langue indépendante de l'assyrien. Mais on n'en est point encore arrivé là, et il est permis de douter qu'on y parvienne jamais.
Nous n'énumérerons pas ici les arguments nombreux qil'on oppose à la thèse que nous venons d'exposer en. toute conscience et sincérité ; il en est un, pourtant, que nous ne pouvons passer entièrement sous silence parce qu'il nous parait topique : il a été formulé pour la première fois, dès 1854, par M. Oppert, qui y trouve la preuve que le syllabaire cunéiforme a été emprunté parles Assyriens aux Sumers et aux Accads qui l'ont inventé. Eu assyrien, il arrive le plus souvent que l'expression phonétique d'un signe n'a aucun rapport avec sa valeur idéographique. Ainsi, le signe qui se lit phonétiquement ha est l'idéogramme de nunu (( poisson » ; le signe pi est l'idéogramme de xiznu « oreille » ; le signe zchi^ celui de enu « œil » ; le signe arf, celui de abu « père » ; le signe flw, celui de ilu « dieu ». Cette absence de concordance prouve que les Assyriens n'ont pas inventé eux-mêmes les valeurs phonétiques et idéographiques des signes, mais qu'ils les ont simplement adaptées à leur langue en les empruntant à un autre idiome. En d'autres termes, pourquoi le mot assyrien ilu « dieu », est-il écrit par le signe an^ sinon parce que AN est le nom de la divinité dans la langue des inventeurs de récriture cunéiforme? Le mot assyrien abu « père », s'écrit par le signe arf, parce que dans la langue à laquelle ce signe est emprunté, AD est le mot même qui signifie « père ».* On voit que les Assyriens, en s'appropriant un syllabaire étranger, ont conservé avec la valeur phonétique de chaque signe, la notion idéographique qui y était attachée. Or, c'est précisément dans les textes suméro-accadiens que l'on constate que « Dieu » se dit AN ; que « père » se dit AD ; que « poisson » se dit HA, etc. •C'est dans cette langue seule que l'on retrouve une concordance constante entre les valeurs phonétiques et idéographiques d'un même signe, d'où cette double conclusion que cette langue existe
et qu'elle est celle du peuple qui a créé le syllabaire cunéiforme.
Il importe de remarquer d'autre part que, si Ton s'en rapporte aux derniers travaux des assyriologues, les textes suméro-accadieus ne constituent pas un vain cliquetis de sons plus ou moins barbares, sans liaison ni harmonie dans leur structure interne ou dans l'arrangement de la phrase. Il parait bien exister, en un mot, une.grammaire et une syntaxe, et les travaux de Fr. Lenormant en ces matières ont valu à notre illustre maître, le titre de créateur de la philologie suméro-accadienne. Les Assyriens eux-mêmes ont pris la peine de rédiger, sans doute à l'usage de leurs écoles, des tablettes grammaticales où sont alignés les paradigmes des déclinaisons et des conjugaisons suméroaccadiennes, mises en parallèle avec les flexions assyriennes correspondantes. On y trouve des phénomènes d'agglutination et d'encapsulatiôn analogues à ceux qui caractérisent les langues du groupe ougro-finnois. La syntaxe ne paraît pas moins bien établie sur des lois invariables que la formation des différentes parties du discours. Par exemple, l'adjectif suit toujours son substantif; le nom accompagné d'un adjectif reste indécliné, et l'adjectif reçoit seul les particules agglutinatives qui caractérisent le nombre, le genre ainsi que les pronoms afflxes ; il arrive delà sorte que le substantif et son adjectif forment pour ainsi dire un seul et même mot et se déclinent en bloc : on dit an gal-ene « les dieux grands », tandis qu'en assyrien, les deux mots se déclinent toujours séparément et s'accordent en genre et en nombre : ilane rabute. Le verbe se place, sauf de rares exceptions, à la fin de la phrase, après son sujet et son régime. Enfin, un membre de phrase tout entier est susceptible de prendre une postposition, comme s'il ne constituait qu'un seul mot: c'est ce qu'on appelle, dans les langues touraniennes, l'agglutination poly synthétique : rien de tout cela en assyrien.
Le suméro-accadien serait donc une langue agglutinative dont le génie est essentiellement distinct de celui des langues sémitiques, et il parait rationnel de chercher à classer cet idiome parmi les langues touraniennes; on a fait des rapprochements comme les suivants, qui concordent avec celte théorie :