‹ Histoire ancienne de l'Orient [Texto impreso]Chapitre 15 sur 98 · L'EMPIRE KOUSCHITE DE NEMROD · texte numérisé non relu

L'EMPIRE KOUSCHITE DE NEMROD

i( Obéis-moi, ô Isdubar, et sois mon époux :

je serai ta compagne et tu me le seras de même.

Tu seras mon mari et je serai ta femme,

Je te conduirai sur un char d'alb&lre et d'or,

dont les essieux sont d'or, et dont les timons resplendissent;

tu y attelleras, comme des jumeaux, de grands coursiers,

pour aller dans notre maison odorante de bois de cèdre.

Quand tu entreras dans notre maison^

J'aurai préparé (mes esclaves) ; ils te baiseront les pieds.

Au-dessous de toi, ramperont les rois, anciens et puissants,

ils t'apporteront comme tribut, les produits des monts et des vallées.

(Dans les é tables) tes brebis mettront bas des jumeaux.

De lui-même le mulet demandera sa charge ;

ton cheval enlèvera ton char sans s'arrêter ;

ton taureau dans le joug n'admettra point de rival. »

Isdubar résiste aux sollicitations d'Istar qu'il accable de reproches ; la déesse va se plaindre à Ânu et à Anunit, son père et sa mère, du refus dédaigneux du héros auquel elle va déclarer la guerre. Isdubar s'apprête à se défendre contre le taureau céleste qu'elle envoie contre lui.

n rassembla trois cents héros

pour remplacer Ea-Bani, s'il était tué.

Il fit deux rangées pour la mêlée

et une rangée contre le taureau céleste.

Contre cette troisième rangée, celui-ci poussa ses cornes.

Mais Ea-Bani vainquit sa force ;

Ea-Bani perça le corps du taureau

et le saisit par devant;

dans la voûte de sa nuque, il enfonça son arme.

Ea-Bani ouvrit la bouche et parla,

et dit ceci au héros Isdubar :

'< Mon compagnon d'armes, nous avons réussi,

car nous avons détruit l'ennemi.

Mon compagnon, considères-en les suites

et crains la puissance d'Istar.

Dissèque les membres du taureau...

Istar monta sur le mur d'Uruk,

déchira son vêtement et proféra cette malédiction :

« Malheur à Isdubar qui m'a outragée et qui a tué le taureau céleste. »

La lutte recommence et Isdubar réussit à soulever contre Istar les habitants de la ville d'Uruk (Ërech). Ce qui suit cet épisode est perdu. Il est probable, comme le pense M. Oppert qui a le plus récemment traduit le morceau qui précède *, qu'Istar déçue dans sa lutte contre Isdubar, prend la résolution de chercher dans l'Enfer, où est retenu son fils et

' Fragments mythologiques, p. 3 et suiv.

mari Tammuz, l'amour qu'elle ne peut plus rencontrer sur la terre. Ce voyage aux Eafers nous est entièrement conservé el il en sera parlé dans une autre partie de ce livre. Quand le texte concernant Isdubar reprend avec une certaine continuité, le héros règne depuis longtemps déjà; il est tombé malade et « craint la mort, le dernier ennemi de l'homme. » Dans cette inquiétude, il résout d'aller chercher Xisu-

Taureau ailé & face humaiDC.

Ihrus, à qui les dieux, en le sauvant du déluge, avaient accordé le privilège de l'immortalité sans passer par la mort, afin de savoir de lui commentilest devenu immortel, et par quels moyens lui-même pourrait parvenir à la même faveur. Après avoir erré longtemps, Isdubar rencontre un personnage qui parait porter le nom de Ur-Bel, c'est-à-dire « lumière du dieu Bel » ; ils naviguent ensemble sur l'Euphrate pendant un mois et quinze jours, au terme desquels' ils arrivent dans un pays situé près de l'embouchure du fleuve, au milieu des marais oîi réside Xisuthrus. Ne pouvant traverser le fleuve qui sépare tes mortels de l'im-

L'EMPIRE KOUSCniTE DE NEMROD

mortel et qu'une puissance supérieure rend infrenchissable, Isdubar appelle Xisuthrus et lui adresse la redoutable question sur la vie et la mort. Il ne reste plus que la fin de la réponse de Xisuthrus qui proclame l'universalité de la mort pour les hommes : « La déesse Mamit, déesse de la destinée, leur a fixé leur sort fatal; elle a déterminé ta mort et la vie, mais le jour de la mort est inconnu. » Ces mots, qui terminent le discours de Xisuthrus, conduisent à | la fin de la dixième tablette.

La onzième commence par une nouvelle question dlsdubar qui demande à Xisuthrus comment il est devenu immortel ; Xisuthrus, dans sa réponse, raconte l'histoire du déluge et donne sa piété comme la cause qui l'a préservé du cataclysme. C'est ce récit du déluge dont il a été question dans lepremier volume de cet ouvrage'. A la suite de cet épisode, il reste, de cette épopée, un grand nombre de lignes malheureusement si mutilées qu'il est impossible d'en tirer un sens suivi. On voit seulement qu'il y est question de longs voyages par terre, dont on précise l'étendue; on y parle aussi d'une lutte avec un lion.

Ce grand morceau poétique, racontant l'histoire légendaire de Nemrod, méritait d'être analysé longuement; la suite racontait probablement la construction de la tour des langues, attribuée de nos jours encore, dans les traditions orientales, à Nemrod. Ce n'est

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