L'INVASION ÉLAMITE
et des Accads. A Ur, il fit construire un temple à la déesse de la montagne, il restaura les remparts de la ville et travailla comme les rois de race chaldéenne à Tachèvement de la grande pyramide. Dans un autre texte, Eri-Aku se vante d'avoir remis en honneur les anciennes ^ètes de la ville d'Eridu que la conquête avait sans doute interrompues, d^avoir réparé le grand temple E-Anna, d'avoir enfin restauré les sanctuaires de Sin et de Samas. Cette inscription parait avoir été rédigée du vivant de Kudur-Mapuk, alors que ce prince avait abdiqué, car elle nous apprend qu'Eri-Aku s'efforce de suivre religieusement les traces de son père et qu'il « a construit ce temple et quatre autres pour la conservation de ses jours et la préservation de ceux de Kudur-Mapuk, son père, qui l'a engendré. »
Avec Eri-Aku s'arrêtent les informations que nous pouvons puiser dans les documents cunéiformes sous la domination élamite en Ghaldée. Mais le quatorzième chapitre de la Genèse contient un récit qui se rattache directement à celte domination qui parait avoir pris fin avec Ghodorlahomor ou Kudur-Lagamer, ppurTappeler de son nom susien. Souverain, comme tous ses prédécesseurs, d'une partie de la Mésopotamie, ce prince avait projeté une expédition lointaine à l'ouest du désert de Syrie, qui devait le rendre maître de toute l'Asie occidentale : il avait entrepris de fonder l'empire immense que les monarques assyriens ne réussiront à réaliser que quinze siècles plus tard. Ce rêve prématuré devait être la cause de sa perte et entraîner la chute du royaume que lui avaient transmis ses pères. 11 s'avança à travers la Syrie jusqu'à Sodome et à Gomorrhe, entraînant à sa suite les rois ses vassaux : Amraphel, roi de Sennaar, c'est-à-dire, en assyrien,
Imur-pal, roi de Sumer ; Ariok (Eri-Aku), roi de Larsa ; et Tirgal « roi
des Goïm, » c'est-à-dire roi des nomades du désert. « (1 arriva, dit le texte biblique, au temps d' Amraphel, roi de Sennaar,
d' Ariok, roi de Larsa, de Ghodorlahomor, roi des Élamites et de Tidal>
roi des Goïm^ « Qu'ils firent la guerre contre Bera, roi de Sodome, contre Birsa, roi
de Gomorrhe, contre Sineab, roi d'Adama, contre Seméber^ roi de
Séboïm, et contre le roi de Bêla appelé Sohar ; cdls se rassemblèrent tous dans la vallée de Siddim, maintenant la mer
salée.
<( Us avaient pendant douze ans subi le joug de Ghodorlahomor^ mais la
treizième année ils se révoltèrent.
<( La quatorzième année, Chodorlahomor vint avec les rois, ses vassaux; et ils battirent les Réphaïm en Astaroth de Karnaïm, les Zouzim en Ham, les Emim dans la plaine de Kiriataïm,
« Et les Khorim dans leur montagne de Séhir, vers la plaine de Paran qui domine le désert.
« Puis, ils s'en retournèrent et vinrent à En de Mischapt, c'est-à-dire Qadesch, et ils battirent tout le pays des Amaléqim et des Amorim, habitants du Khasason-Tamar.
« Alors, le roi de Sodome, le roi de Gomorrhe, le roi d'Adma, le roi de Séboïm et le roi de Bêla, appelé Sohar, sortirent et rangèrent en bataille leurs troupes dans la vallée de Siddim,
(( Contre Chodorlahomor, roi d'Élam, contre Tidai, roi des Goïm, contre Amraphel, roi de Sennaar, et contre Ariok, roi de Larsa ; ils étaient quatre rois contre cinq.
« Il y avait dans la vallée de Siddim de nombreux puits de bitume ; les rois de Sodome et de Gomorrhe s'enfuirent et y tombèrent, et ceux de leurs gens qui échappèrent se réfugièrent dans la montagne.
« Les envahisseurs prirent alors toutes les richesses de Sodome et de Gomorrhe et tous leurs vivres, puis ils se retirèrent.
c( Us prirent aussi Lot, le neveu d'Abram, qui demeurait à Sodome, et tout son bien, et ils partirent.
(( Un fuyard vint avertir Abram, Hébreu qui séjournait dans le terrain de parcours de Mamré, d'Amori, frère d'Escol et de Aner, qui avaient fait alliance avec Abram.
a Quand Âbram eut appris que son neveu avait été fait prisonnier, il arma trois cent dix-huit de ses esclaves, nés dans sa maison, et il poursuivit les rois jusqu'à Dan.
(( Ayant partagé ses troupes, il se jeta sur eux pendant la nuit, lui et ses hommes ; il les battit et il les poursuivit jusqu'à Khobar, à gauche de Dammeseq (Damas).
« 11 reprit tout le butin, et ï*amena Lot, son neveu, avec ses biens, les femmes et le peuple. »
Là s'arrête le texte biblique qui se contente de relater le danger qu'avait couru un instant la tribu d'Abraham et le triomphe du grand patriarche. Repoussé jusqu'en Assyrie, Chodorlahomor conserva-t-il l'empire delaChaldée? On peut croire que l'échec que lui infligea Abraham auprès de Damas, en donnant le signal d'un soulèvement général, fut le premier symptôme de la catastrophe finale qui rendit à la Chaldée son
indépendance. Mais avec des lambeaux de textes, mis bout à bout sans qu'on puisse leur trouver des points de suture biens certains, il est difficile de bâtir autre chose que de fragiles hypothèses. Toutefois si nous ne connaissons encore presque rien de Thistoire de la domination élamite en Chaldée, nous nous rendons pourtant déjà compte du caractère et de la forme qu'elle revêtit. Ainsi que le fera plus tard Cyrus entrant à Babylone, les sanctuaires des anciens dieux furent respectés et embellis comme parle passé ; les dynasties locales furent probablement maintenues on offrant des garanties de fidélité dans la servitude ; les villes qui refusèrent de se soumettre reçurent des gouverneurs susiens, mais ceux-ci rédigèrent leurs inscriptions dans la langue de la Chaldée, et ils paraissent s'être constamment efforcés de se concilier la faveur des dieux chaldéens comme de véritables souverains nationaux. Il sembla au bout de peu de temps, que rien n'était changé, sauf les maîtres du pays; mais les Chaldéens n'oublièrent jamais que ces maîtres représentaient le joug étranger, et ils le secouèrent dès que les circonstances devinrent favorables.
A la suite des rois Élamites, Bérose enregistre deux dynasties avant d'arriver à celle qu'il appelle dynastie arabe. La première, dont il n'indique pas la nationalité, comprend onze rois formant ensemble une période de deux cent quarante-huit ans, qu'on place de 2224 à 1976 avant Jésus-Christ. La seconde, qu'il donne comme chaldéenne, a quarante-neuf rois ayant occupé le trône pendant quatre cent cinquantehuit ans, de 1976 à 1518. Mais il est probable qu'un certain nombre de ces princes ont régné simultanément dans différentes villes de la Chaldée» car les documents cunéiformes nous font connaître, comme par le passé, plusieurs dynasties locales dont l'histoire ne peut encore être reconstituée que par lambeaux. Ce que l'on en sait, pourtant, suffit à nous donner la certitude que la constitution politique de la Chaldée n'avait pas été modifiée, malgré les guerres et les révolutions que ce pays dut avoir à supporter : c'est toujours le même morcellement en principautés indépendantes ou vassales les unes des autres. Tout au plus est-il possible de remarquer l'apparition au premier plan de cités qui deviennent capitales importantes, tandis qu'auparavant elles n'étaient pas même mentionnées comme villes secondaires. Ainsi en est-il, par
exemple, de Nipur et de Nisin qui ont brillé, à ce moment, d'un certain éclat. D'autre part les anciens royaumies de Larsa, d'Ur, de Babylone continuent à subsister, tout en perdant de temps en temps leur auto* nomie. Un certain nombre de souverains exercent leur autorité sur plusieurs de ces villes à la fois, soit à titre de rois, soit comme palésis ou gouverneurs, de sorte qu'il est souvent fort difficile de savoir quelle est la vraie capitale et quel est le lieu de résidence royale.
A Moughéir et à Senkereh on a trouvé des briques de construction estampées au nom d'un roi qui s'appelle Sin-idinnam, fils d'un prince dont le nom mutilé commence par les deux syllabes Ga-sin... Sinidinnam prend le titre de roi d'Ur, roi de Larsa, roi des Sumers et des Accads, de sorte qu'on peut croire qu'il dominait sur la plus grande partie de laChaldée. 11 se glorifie d'avoir fait réparer et embellir les temples d'Ur et de Larsa et d'avoir fait creuser le canal Kibigana, dans le but d'arroser et de fertiliser le pays : c'est le commencement du réseau d'irrigation que compléteront plus tard Hammurabi et Nabuchodonosor. A Larsa, il ne manqua pas d'ajouter encore aux ornements dont ses prédécesseurs chaldéens ou élamites avaient enrichi le temple de Samas ; on rétablit les fêtes solennelles célébrées jadis en l'honneur du dieu qu'il appelle « le souverain de la vie, le chef du ciel, le prince des génies. » Le rëgne de Sin-idinnam parait avoir été une période de restauration et de relèvement national; l'agriculture prit un développement qu'elle n'avait pas connu jusque-là; on vit renaître avec la sécurité, la confiance publique troublée par les dernières guerres^ et nous possédons un certain nombre de contrats d'intérêt privé qui datent du règne de ce prince.
Quelques-uns de ses successeurs joignent à leurs titres ordinaires celui de rois de Nisin, et c'est principalement dans les ruines d'Ur et d'Eridu qu'on a recueilli les briques de construction de ces princes dont oh connaît à peine les noms, mais qui régnaient sur tout le pays de Sumer et une partie de celui d'Accad. Ce sont : Amar-Sin, roi constructeur comme tous les princes chaldéens; il ajoute au protocole en usage avant lui le titre de « roi des quatre régions, roi suprême » ; — Gamil-Adar dont les noms pompeux sont les suivants : « glorieux souverain de Nipur, gouverneur d'Ur, pasteur d'Eridu, seigneur d'Uruk, roi de Nisin, roi des Sumers et des Accads, le favori, les délices des yeux de la déesse Nanà » ; — Libit-Anunit, qui porte un vocable composé d'éléments féminins, et qui se vante d'avoir élevé le temple E-Milkil à la déesse Nanà;
LA SECONDE CONFEDERA'ÇION CIULDËENNE 09
— Isbi-Zikar, connu seulement par un fragment qui le nomme roi de Nisin ; — enfin Isme-Dagan.
Nous ne savons point exactement dans quel ordre se sont succédé ces princes, ni même l'étendue approximative des lacunes qui peuvent les séparer les uns des autres. Quant à Isme-Dagan, nous connaissons son fils qui s'appelle Gungunum. Un cône en terre. cuite énumëre les pieuses constructions de ce souverain : « Au dieu Samas, le pasleur vigilant, l'IIluminateur de ta terre, le fda de la grande déesse, pour la conservation de ses jours, Gungunum, le mâle puissant, le roi de tout le pays d'Ur, le seigneur d'Uruk, le pasteur d'Ur, fils d'Isme- Dagan, roi de Sumer et d'Accad, a construit les temples E-Hiliani et E-Gina, sa demeure de prédilection; il les a embellis pour que Samas préserve ses jours. » D'autres textes nous informent que ce roi fit également élever des temples en l'honneur d'Anu et de Sîn.
Cylindre de Gamil-Sia'.
he prince dont on peut conjecturalement placer le règne après Gungunum porte un nom qu'on a proposé d'articuler Gamil-Sin ; on a son cylindre-cachet sur lequel il s'intitule « mâle puissant, roi d'Ur, roi des quatre régions. » Sur un galet de basalte dans lequel on a pratiqué une cavité ronde qui servait de matrice au pivot de la porte d'un temple, 00 lit une dédicace au nom de Gamil-Sin, roi d'Ur et roi de Nipur.
Une inscription de Moughéir donne le nom d'un roi qui fait probablement partie de la même dynastie : c'est Nur-Ramao, qui s'intitule pasleur d'Ur et roi de Larsa. Trois des temples d'Ur, le E-Rubmah, le E-Minuni et le E-Galzib, dédiés à Sin et à Ningal, fprent particulièrement l'objet du culte de ce prince. Un contrat d'intérêt privé porte une date ainsi énoncée : « Mois de Tebil, de l'année dans laquelle le roi Nur-Raman a décoré de lames d'or un trône splendide en l'honneur de Samas. »
■ D'après J. Menant, Recherches sur la Glyptique orientale, t. 1, p. 131.
Rim-Sin est le dernier souverain que les documents cunéiformes mentionnent avec le titre de roi de Larsa. Il se dit sur une inscription votive de Moughéir : « pasteur du pays de Nipur, seigneur d'Ur, roi de Larsa, roi des Sumers et des Accads, adorateur des dieux Anu, Bel et Raman, qui ont confié à ses mains le sceptre d'Uruk. » 11 dominait donc sur la plus grande partie de la Ghaldée et son règne parait avoir été long et prospère, comme un grand nombre de contrats privés portent à le croire. Sur quelques-uns d'entre eux on retrouve le souvenir d'événements mémorables accomplis sous ce prince : il en est, par exemple, qui sont datés ds Tannée « où les soldats des dieux Anu, Bel et Raman ont pris la ville royale de Nisin. » Peut-être cette ville, dont on ignore remplacement, fut-elle conquise sur les Élamites qui s*y seraient retranchés comme dans leur dernier boulevard en Ghaldée. Toujours est-il que la prise de Nisin, qui était un acheminement dans la ^oie de la centralisation de la Ghaldée sous un sceptre unique, puisqu'elle supprimait une des dynasties locales du pays^ fut considérée par les Ghaldéens comme un événement national qui servit longtemps de point de départ pour la supputation des années. Ge sont encore des dates de contrats qui nous apprennent que Rim-Sin prit les villes de ^ Kisuri et de Dur-Il, situées sur la frontière du pays d'Elam; qu'il plaça deux remarquables statues de bronze dans le temple Ë-Parra, sans doute en reconnaissance de ses victoires; enfin qu'il fit creuser de nombreux canaux et régulariser le cours du Tigre. Cette prospérité de la basse Ghaldée fut peut-être cause de sa perte, car elle excita la jalousie et les convoitises des souverains qui s'étaient maintenus indépendants dans le nord du pays d'Accad ; leur puissance avait grandi dans l'ombre, et ils n'avaient qu'à se laisser aller au gré des ondes du Tigre et de TEuphrate pour se trouver transportés, sans nul effort, dans un pays plus fertile que le leur> et habité par un peuple frère qui parlait la même langue : Babylone aspirait déjà à absorber la Ghaldée toute entière, et Rim-Sin est le dernier roi de l'indépendance du sud.
A l'époque de Rîm-Sin, il y avait déjà fort longtemps que la dynastie royale, qui avait le siège de sa puissance à Babylone, gouvernait paisiblement tout le nord du pays d'Accad. Une tablette cunéiforme nous a conservé les noms de ces princes dans l'ordre chronologique; elle compte onze rois qu'il faut probablement regarder comme les on2e princes de la troisième dynastie de Bérose. Ge sont :
Sumu-abi
qui
règne
1 15 ans (vers l'an 1800 av. J.-C.)
Siimnla-ilu
Zabu
Abil-Sin
Sin-muballil
Hammurabi
Samsu-iluna
Kbisun
Ammi-ditâna
Ammi-di-dugga
Samsu-ditana
formant ensemble une période de trois cent quatre ans (de 1800 à i 500).
Une inscription de Nabonid raconte que le troisième roi de cette dynastie, Zabu^ avait réparé les deux temples de Sippara, le temple du Jour dédié à Samas et le E-Ulbar consacré à la déesse Anunit. Sou fils Abil-Sin est mentionné dans un fragment mutilé d'une tablette historique ^ mais on ne sait rien de son règne.
Le véritable fondateur de la grandeur de Babylone fut Hammurabi qui régna environ de 1700 à 1645 avant noire ère, et dont nous possédons de nombreuses inscriptions, rédigées les unes en assyrien, les autres en suméro-accadien. Par suite de quelles circonstances parvint-il à dominer sur toute la Chaldée ; c'est ce qu'il est bien difficile de dire : de certains passages de ses inscriptions on peut conclure toutefois qu'il fit à main armée la conquête de Sumer et qu'il renversa par la force les petits États qui essayaient de se maintenir dans ce pays. « Les dieux Raman et Bel^ dit-il^ m'ont donné les peuples de Sumer et d'Accad à gouverner; ils ont rempli ma main des tributs prélevés sur eux. J'ai fait creuser le canal Nahar-Hammurabi, la bénédiction des habitants de la Babylonie. Ce canal irrigue les terres des Sumers et des Accads ; j'ai dirigé les eaux de ses branches secondaires dans des plaines désertes, je les ai faites se déverser dans des canaux desséchés^ de manière à fournir des eaux intarissables aux peuples de Sumer et d'Accad. J'ai réparti dans de nombreux villages les habitants des pays de Sumer et d'Accad ; j'ai transformé les plaines désertes en terres fécondes ; je leur ai donné la fertilité el l'abondance ; j'en ai fait un séjour de bonheur. » A l'entrée du grand canal, il fit élever une forteresse .qu'il appela Dur-Sin-
* niR. 38, col. u, 1. 64.
muballit en mémoire de son pfere ; ]es bastions de ce château-forl destiné à fermerla roule de la Chaldée aux invasions étrangères, étaient, paratlil, imposants comme des montagnes.
La construction de cette place de guerre a, sans donle, quelque