‹ Histoire ancienne de l'Orient [Texto impreso]Chapitre 26 sur 98 · RÈRNE DE SALMANASAR III (8Î7 A 8Î · texte numérisé non relu

RÈRNE DE SALMANASAR III (8Î7 A 8Î

700 chars, 7,000 cavaliers, 10,000 archers de Irkulina de Hamath; 2,000 chars et 10,000 archers d'Ahabbu de Sirlaï (Achab, roi d'Israël); 500 hommes de Gua; 1,000 hommes deMusur*, 10 chars et 10,000 hommes du pays d'Irkanatu; 200 hommes de Malinbaal, roi d'Arvad (Aruadu); 200 hommes du paysd'Usanatu; 900 chars et 10, 000 hommes d'Adonibaal, roi de Sisana; 1,000 chameaux de Gendib, roi d'Arabie; 1 ,000 hommes de Basa, fils de Ruhut, du pays d'Amuni (r Ammonite). » C'était donc en tout une armée de 63,000 fantassins, 8,200 cavaliers et 5,000 chars de guerre qui se mirent en ligne pour repousser l'agression assyrienne. Les petites principautés chananéennes avaient compris enfin qu'elles devaient oublier leurs jalousies mesquines et leurs querelles étroites pour courir au danger qui les menaçait toutes à la fois. Dans la liste qui précède, nous voyons figurer Achab, roi d'Israël, qui vint avec son contingent se ranger sous les ordres de Ben-Adar l'irréconciliable ennemi d'Israël : c'est la première fois que les Hébreux vont se trouver en contact avec les Assyriens, et il est assez singulier de constater que l'Écriture sainte fait à peine allusion à celle redoutable guerre*.

Le choc dut être terrible et le carnage effroyable. La bataille se livra sous les murs de Karkar dont l'emplacement n'est pas bien déterminé. Salmanasar finit par l'emporter, mais au prix de cruels sacrifices, car les confédérés, obligés de battre en retraite, reculèrent lentement sans se laisser entamer depuis Karkar jusqu'à Gilza; à la fin, ce fut une débandade générale, et Salmanasar se vante de s'être précipité sur eux comme le dieu Raman, et de leur avoir tué 14,000 hommes. « Je les poursuivis jusqu'au delà de l'Oronte, dit-il^ et je n'ai eu qu'à recueillir sur mon chemin leurs chars, leurs cavaliers et leurs chevaux. »

Pourtant, Ben-Adar parvint à rallier les débris de son armée et même à recruter de nouvelles troupes, grâce au répit que lui laissa Salmanasar, car le roi d'Assyrie s'était trouvé, par les pertes qu'il avait subies^ dans l'impossibilité de profiter de sa victoire. La guerre recommença donc plus terrible encore qu'auparavant; elle se termina par une mêlée décisive dans laquelle Ben-Adar laissa 20,500 hommes sur le champ de bataille. Pour ne pas tomber vivant entre les mains de l'ennemi, le malheureux roi de Damas s'enfuit du côté de la mer et s'embarqua avec

* Ce n'esl pas l'Égyple, comme Tonl cru à tort quelques auteurs.

■ V. l'abbé Vigouroux, La Bible et les découvertes modernes, t. IV, p. 38-39.

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ses principaux officiers. Salmanasar se vante d'être monté lui-même avec son armée sur des vaisseaux et de l'avoir poursuivi au milieu des flots, mais il ae put l'atteindre et fut obligé de regagner la côte.

Bea-Adar en liberté, c'était de nouveau la guerre à courte échéance : le vieux roi contre lequel la fortune s'acharnait avec tant de cruauté sur la fin de sa carrière, seVessouvenait trop de son ancienne puissance pour ne pas chercher jusqu'au bout à en* ressaisir les lambeaux ; et son

iW LE SECOND EMPIRE ASSYRIEN JUSQU'AUX SARGONIDES

&me eut été brisée par ramertume s'il n'eut conservé l'espoir de la ven* geancev 'quand il songeait à l'effondrement subit de l'empire hittite qu'il avait r&vé et déjà réalisé en partie lorsqu'étaient survenus les Assyriens. Salmanasar sera donc encore une fois contraint de revenir arroser de sang les pentes fertiles du Liban et la belle vallée de l'Oronte. Pour l'heure, il fut obligé de rentrer subitement en Mésopotamie où des révoltes locales lui procurèrent des lauriers plus faciles à cueillir. Ce fut d^abord Habini^ gouverneur de Tul-Abne, sur un affluent du Habour, qui subit bien vite la peine de sa témérité, puis quelques principicules du haut Tigre qui obligèrent Salmanasar à une promenade dans ces parages où il se fit ériger une nouvelle statue.

Le roi d'Assyrie n'était pas rentré à Ninive qu'un événement fortuit attira ses regards d'un autre côté et lui fournit une merveilleuse occasion de conquête. II y a longtemps que Babylone ne joue plus qu'un rôle secondaire dans les affaires de la Mésopotamie, et son histoire est restée dans une obscurité presque absolue depuis le jour où Marduknadin-ahi, tenant en échec la puissance assyrienne, s'était montré sous les murs d'Ellassar. C'est à peine si, de temps à autre, les chroniques des rois d'Assyrie en parlent comme d'une puissance déchue qu'on ne respecte guère jue par tradition ou par une sorte de superstitieuse terreur. Babylone ne paraissait plus qu'un cadavre, mais c'était le cadavre à peine attiédi d'un géant qui avait fait trembler le monde et qui aurait peut-être pu ressusciter. Tout en le convoitant, Salmanasar n'osait donc, pas plus que ses prédécesseurs, l'approcher de trop près, lorsqu'une circonstance vint favoriser ses secrets desseins. A cette époque, le roi de Babylone s'appelait Maduk-inhadin ; il avait un frère illégitime du nom de Marduk-bel-usate qui essaya de lui ravir le trône, et était parvenu, à force d'intrigues, à se trouver à la tête d'un parti puissant. La guerre civile éclata et favorisa le rebelle; alors, Mardukinnadin, désespéré, alla mendier le secours du roi d'Assyrie. Salmanasar s'empressa d'accourir et d'occuper d'abord la ville de Me-Turnat, à la jonction du Tornadolus et du Tigre. Quelque temps après, il s'avança dans l'intérieur du pays d'Accad et s'empara de la ville de Ganati, puis sous prétexte de protéger son allié, il envahit la Chaldée tout entière et entra dans Babylone. « Marduk-bel-usate, dit-il, fut terrifié par la puissance d'Assur, mon seigneur ; pour sauver sa vie, il s'enfuit dans les montagnes. Je m'acharnai à sa poursuite et le fis passer par les armes avec

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ses partisans. Alors, je me suis rendu dans les temples des dieux et j'ai offert des sacrifices dans les villes de Babylone, de Borsippaetde Gulha; j'ai élevé des autels en leur honneur, puis, je suis descendu en Chaidée dont J'ai occupé les villes ; j'ai imposé des tributs à tous les rois de ce pays et j'ai étendu ma gloire jusqu'à la mer. » Cette prise de possession de la Chaldée par les Assyriens ne fut pourtant qu'éphémère ; Babylone reconquit une ombre d'indépendance à la faveur des embarras qui appelèrent Salmanasar sur un autre terrain^ et nous verrons les successeurs de ce prince entreprendre de nouveau contre elle des expéditions à main armée.

Les populations chananéennes domptées mais non soumises, relevaient déjà la tète et commençaient à redevenir menaçantes ; Ben-Âdar et Irkulina étaient encore les instigateurs de ce mouvement, mais nous avons moins de détails sur cette prise d'armes que sur les guerres précédentes. Cinq fois Salmanasar passe l'Euphrate avec une armée de 120,000 combattants. Dans une bataille, il tua 10,000 hommes à l'ennemi et il prit successivement près de deux cents villes ou bourgs, qui furent pillés et livrés aux flammes, et cependant il ne parvint pas à disperser définitivement la coalition hittite. Ses succès furent-ils aussi incontestés qu'il l'affirme lui-même? On en pourrait douter, car Ben-Adar, nous le savons par le texte biblique, continua à régnera Damas, sans être plus inquiété, et il consuma les dernières années de sa vie à faire la guerre contre Israël. Ce fut un de ses officiers, Hazaël^ qui se fit roi à sa place, à l'époque même où Jéhu montait sur le trône de Samarie en remplacement d'Achab.

Salmanasar ne se fit pas faute de profiler des désordres qui bouleversèrent à ce moment les pays chananéens et que nous raconterons dans une autre partie de cet ouvrage. Dans sa dix-huitième campagne, il franchit l'Euphrate pour la seizième fois et se précipita sur la Syrie. « Hazaël, roi du pays d'Aram, dit-il, s'était fié dans la force de ses armées ; il avait rassemblé ses guerriers en grand nombre ; il avait soumis la terre de Sanir et le versant des montagnes du Liban ; j'ai combattu contre lui, je lui ai tué 18,000 hommes, pris 1,121 chars, 470 cavaliers et tous ses bagages. Il s'enfuit pour sauver sa vie. Je me mis à sa poursuite jusque vers la ville de Damas, sa capitale ; j'ai coupé les plantations de ses jardins. Je suis parti de là dans les montagnes du Hauran, où j'ai détruit, ravagé et brûlé quantité de villes, et j'en ai emporté des dépouilles sans nombre. » Salmanasar poursuivit sa

Le^ portes de brooie du pelais de Saluanatar ' . 1 Ces portes, un des plus importants et des plus curieux monuments qui nous Boient parvenus de l'antiquité assyrienne, représentent en bas-relieta de brome, une partie des conquêtes de Salmnnasar. Trouvées par M. H. Rassam, à Balawal, au nord de Niroroud, elles sont aujourd'hui au Brîtish Muséum.

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marche jusqu'à la frontière du pays de Balirari, où il s'arrêta pour y élever un monument à sa propre gloire. Ce fut alors qu'il reçut les tribus de Gebal (Byblos)^ de Tyr, de Sidon et de Jéhu, roi d'IsraëL

Dans les années qui suivirent, le roi d'Assyrie se montra dans le pays de Tabal, probablement les Tibaréniens voisins des Moschiens, dans les régions cappadociennes, puis, il revint encore deux fois sur les côtes de la Méditerranée, dans sa 25"" et sa 26*" campagne. Si les tribus hittites du sud restaient dans le devoir, il avaità cœur de punir les Hittites du nord qui avaient toujours pris une part active à la rébellion et n'étaient pas encore tombés directement sous son courroux : c'étaient les populations qui habitaient le versant nord-ouest de l'Âmanus et les vidées de la Cilicie. Là, régnaient Hattê, roi du pays de Kasam, et Arami, fils d'Arakzi, dont une des villes principales était Muru, qui fut emportée d'assaut et démolie. Tanakum et Timur subirent le même sort. Puis, ayant traversé les montagnes du pays de Lamina, Salmanasar entra dans la ville de Tarse dont les habitants l'accueillirent en suppliants. La renommée de ses exploits était parvenue jusqu'aux oreilles de ces populations lointaines qui furent tout étonnées de sa magnanimité quand il se contenta, après avoir accepté de riches présents, de leur imposer pour roi Kirri, fils de Hattê, qui jura d'être fidèle. C'était la première fois que les Assyriens pénétraient en Asie- Mineure, et bien que Salmanasar n'y fit qu*une courte apparition, les fameuses piles de Syrie étaient forcées et un horizon jusque-là inconnu s'ouvrait aux rois de Ninive : c'étaient des peuples nouveaux à conquérir, un butin incalculable qu'il suffisait d'étendre la main pour s'en rendre maître.

Salmanasar ne revint plus en Syrie; il préféra courir à des conquêtes plus faciles et qui lui coûtassent moins cher. Sur la fin de son règne, le nord et l'est attirent plus particulièrement ses regards. Dans sa vingtquatrième campagne, il passe, vers les sources du Zab inférieur, la chaîne des monts Zagros que ses pères avaient toujours regardée comme infranchissable et il rançonne les pays de Namri, de Karhar et de Barsua. Huit ans auparavant, il avait déjà fait une pointe jusqu'au Namri, dont il avait chassé le roi Marduk-Mudammik, pour mettre à sa place Yanzu, fils de Hamban; mais l'ingrat Yanzu ayant voulu se proclamer indépendant, attira l'orage sur son pays. Toutes ses villes furent prises, les unes après les autres^ et lui-même n'échappa qu'à grand peine au roi d'Assyrie, qui rançonna également le pays de Barsua en imposant

tribut à ses vingt-sept rois. Les régions d'Amadai, Aruzias, Tarzanabi furent aussi dépouillées; enfin, au pays de Karhar, Yanzu fut fait prisonnier et emmené en esclavage avec toute sa famille.

Les autres expéditions de Salmanasar furent toutes dirigées contre le pays de Nairi ; déjà vieux et fatigué, le roi d'Assyrie envoya dans cette région le grand turtan de son armée, Dayan-Assur qui battit, dans une première expédition, Siduri, roi d'Urarthu (Ararat), prit les forteresses du canton de Zamani, la ville d'Ambar et franchit le fleuve Arzania, qui est probablement TAraxe. Trois ans plus tard, Dayan-Assur passe le Zab supérieur, traverse les districts de Hubuskia et de Madahir et déclare la guerre à Udaki, roi de Van, en attaquant sa ville de Zirta; puis, c'est le tour de Sulusun, roi de Harru, d'Artasari, roi de Surdira^ enfin du pays de Barsua qu'on a souvent confondu avec la Perse. L'année suivante, le lieutenant du roi d'Assyrie retourne dans les mêmes régions ; il impose en passant un tribut à Data, préfet de Hu* buskia, marche contre le Muzasir t)ù il s'empare de Zapari et de quarante-six autres villes. Les pays d'Urarthu, de Kirzani, Haran, Sargana, Andia succombent ensuite les uns après les autres. Tournant vers l'est, Dayan-Assur gagne, en passant par le Barsua, la région montagneuse de Namri dont les tribus sont toujours en insurrection. 11 brûle deux cent cinquante villes et s'avance vers le sud jusqu'au Halvan, probablement la Ghalonitis des géographes classiques, au nord du Gyndès.

Ici s'arrêtent les annales de Salmanasar qui nous conduisent jusqu'à la trente et unième année de son règne. Épuisé par tant de fatigues et de courses à travers l'Asie, le vieux roi qui était parvenu à constituer et à conserver intact un empire immense, eut la douleur de voir les quatre dernières années de son règne empoisonnées par la révolte de son fils atné et par la guerre civile. Il fallait aux Assyriens un prince toujours vigoureux et marchant à leur tête pour les mener au pillage : des murmures éclatèrent de toutes parts quand Salmanasar fut obligé de rester au fond de son palais; Assur-danin-pal, jaloux de voir le commandement des armées entre les mains du grand turtan, et trouvant que son père vivait trop longtemps, exploita ces mécontentements en appelant les Assyriens eux-mêmes à la révolte. Vingt sept villes du pays d'Assur, parmi lesquelles Ellassar, Amida, Arbèles, Tul-Abne se déclarèrent pour le rebelle et la soldatesque affamée suivit son parti. Kalah et Ninive restèrent seules fidèles à Salmanasar qui confîa les

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