‹ Histoire ancienne de l'Orient [Texto impreso]Chapitre 28 sur 98 · SAMSI-RAMAN III, RAMAN-NIRAR III ET LES ROIS FAINÉANTS · texte numérisé non relu

SAMSI-RAMAN III, RAMAN-NIRAR III ET LES ROIS FAINÉANTS

rival, le gardien des sanctuaires^ le porteur du sceptre de justice, qui règne sur tous les pays, le roi dont les dieux ont, de toute éternité, proclamé le nom, le pontife suprême, le restaurateur du temple E*Sarra, le gardien du E-Kur, qui adore tous les dieux de son pays et se montre attentif à exécuter leurs ordres, fils de Salmanasar, roi des quatre régions, le rival de tous les rois, le conquérant de tous les pays; petitfils d'Âssur*nazir-pal, le ravisseur du butin et des trésors de toutes les contrées. »

Samsi-Raman eut un double objectif dans les expéditions militaires qu'il entreprit aussitôt qu'il eût gravi les marches du trône : la conquête du Naïri et celle de la Chaldée ; obligé de courir au plus pressé, il n'eut pas le loisir de tourner ses armes soit contre les Hittites qui s'étaient proclamés indépendants jusque sur l'Euphrale, soit contre la région du Zagros. Le Naïri fut soumis sans grand effort après trois campagnes successives, dirigées soit par Samsi-Raman en personne, soit par son grand échanson, Musakil-Assur qui était, dit l'inscription, « instruit et savant dans l'art de la guerre. » Dans la deuxième campagne, Musakil- Assur pénétra jusqu'à la mer Noire. A Sarsina, fils de Mekdiar, il prend trois cents villes et onze places de guerre ; il en conquiert deux cents autres sur le roi Uspina. « Il extermina leurs guerriers ; il emporta leurs dépouilles et toutes leurs richesses, leurs dieux, leurs fils et leurs filles ; il détruisit leurs villes et les livra aux flammes. A son retour, il tua les hommes de guerre du district de Sunbai, et il imposa comme tribut des chevaux de trait aux rois du Naïri. »

L'année suivante, Samsi-Raman lui-même franchit le Zab supérieur et monta au Nairi. Sur son passage il reçut l'hommage et les présents de Dadi, roi de Hubuskia, de Sarsina, fils de Mekdiar, ainsi que des rois de Sunba, de Van, de Barsua et de Talikla. Au lieu de se soumettre, les gens du pays de Mesa abandonnèrent leurs villes et s'enfuirent dans les montagnes, a Us s'installèrent, dit le texte épigraphique, sur trois pics suspendus au ciel comme des nuages et qu'un oiseau même ne saurait atteindre dans son vol. Je m'élançai à leur poursuite et je parvins à m'emparer de ces pics montagneux. En un jour, je fondis sur eux comme un aigle, j'exterminai la plupart de leurs soldats et je mis la main sur leurs trésors, leurs bœufs, leurs ânes, leurs troupeaux, leurs chevaux de trait et d'autres richesses innombrables. Je détruisis et livrai aux flammes cinq cents bourgs de leur territoire. » A la suite de cet exploit , Samsi-Raman se porta plus à l'est» dans la direction de

la mer Caspienne. En entrant dans le pays de Giratbund, il s'empara de ]a ville de Kinaki et reçut la soumission de Titamaska, roi de Samasaya, et de Kiara, roi de Kar-Sibutaya. Les indigènes épouvantés se concentrèrent dans la ville d'Uras sous les ordres du roi Pirisati ; une grande bataille fut livrée sous les murs de la ville : les Assyriens tuèrent six mille ennemis, et firent prisonniers Pirisati avec douze cents de ses soldats. Après cela, Belgur, gouverneur de Sibar, vint au-devant du vainqueur qui entra dans sa capitale où il fît ériger une stèle qui racontait la conquête du Naïri ; puis, il n*eut pas de bien grandes difficultés à soumettre aussi les pays d'Ëpizi, de Matu, d'Ekummur et enfin d'Arazias, dont le roi Munir-Suarta ne se rendit pourtant qu'après avoir vu son pays ruiné et incendié, et onze cents de ses soldats passés par les armes.

Au comble du succès, Samsi-Raman résolut de provoquer une démonstration solennelle de sa puissance en mandant auprès de lui tous les rois du Naïri, pour les contraindre à faire, en masse, acte de soumission et de vassalité. Ils arrivèrent des pays les plus lointains, au nombre de vingt-six, et se rencontrèrent au camp assyrien. Samsi^ Raman dut tressaillir d'orgueil quand il se vit entouré de cette cour de rois, accourus des bords de la mer Noire comme de ceux de la Caspienne, pour lui rendre hommage et lui jurer fidélité ; aussi, il énumère pompeusement tous leurs noms et il ajoute : « Grâce à la bienveillance d'Assur, de Samas et de Raman, les dieux qui me protègent, je leur imposai pour toujours un tribut de chevaux dressés au joug. » Ce n'est qu'après avoir étalé à leurs yeux l'éclat de sa magnificence et la puissance de son invincible armée qu'il quitta le pays de Naïri où il ne revint plus : la soumission et la paix étaient de ce côté désormais assurées pour quelque temps.

Nous voici, à présent, parvenus à un nouvel épisode de la guerre entre Babyloniens et Assyriens, guerre sans merci qui ne pourra se terminer que par la ruine de l'une des deux grandes capitales qui se disputent la prépondérance dans le bassin du Tigre et de l'Euphrate. L'une des deux tuera l'autre^ car l'empire doit être sans partage ; mais ce duel de géants, cette lutte atroce de deux peuples frères qui s'égorgent pour dominer, est loin encore de finir. Dans les premiers assauts, Babylone l'emportait; maintenant, c'est Ninive, et à l'époque de Samsi-Raman on pouvait croire que le sort des armes lui serait définitivement favorable.

Au mois d'avril de sa quatrième année de règne, Samsi-Raman se

SAMSI-RAMAN III, UAMAN-NIRAR lU ET LES ROIS FAINÉANTS 209

mit en marche pour le pays de Kar-Dunias. 11 franchit le Zab inférieur auprès de Zaddi et de Zaban, se donna, en passant dans les montagnes, la distraction d'une partie de chasse dans laquelle il tua trois lions, puis il soumit le canton d'Ebîh et entra dans Me-Turnat. Les habitants de cette ville étaient de la race d'A^sur ; aussi le roi d'Assyrie spécifie bien qu'il eut garde de les réduire en esclavage : ceux qui furent déportés dans le nord, « furent traités^ dit-il, comme des habitants de mon pays. » La \ille d'Ame fut pillée et brûlée, puis le pays de Yatman, la ville d'UI^ duyaet vingt autres. Dans une première bataille rangée, les Chaldéens eurent plus de trois cents tués et la ville de Kiribti succomba après une résistance acharnée. « Alors, dit l'inscription, les gens du pays d'Accad craignirent ma puissance et le choc de mes armes dont le succès est sans égal. Us se retranchèrent dans la place de Dur-Papsukal qui forme une lie au milieu du fleuve. J'ai pris cette ville forte et j'ai passé par les armes treize mille de leurs guerriers. Leur sang avait teint les eaux du fleuve ; je fis une pyramide de leurs cadavres ; trois mille prisonniers tombèrent entre mes mains. »

Le roi de Babylone, Marduk-balat-irib, ne parait pas avoir encore, jusqu'ici, pris une part directe à la lutte; il n'entra en lice que lorsqu'il était déjà trop tard. « Marduk-balat-irib eut confiance dans la puissance de ses armées. Il avait sous ses ordres des hommes de Chaldée, du pays d'Elam, des pays de Namri et d'Arum u : ses troupes étaient sans nombre. Il s'avança pour me livrer bataille jusqu'à Daban, aux portes de Dur-Papsukal ; il rangea ses bataillons. J'acceptai le combat et je le mis en déroute; je lui tuai 5,000 hommes; 2,000 prisonniers tombèrent entre mes mains ; je pris aussi 200 chars, 200 cavaliers, Tétendard royal et tous les bagages du camp. » Ce passage est du plus haut intérêt, car il nous montre toute une coalition des peuples du sud et de l'est groupée autour du roi dé Babylone pour résister à l'invasion assyrienne. Malheureusement^ nous ne savons quelle fut l'issue définitive de cette guerre, ni si Babylone elle-même fut forcée d'ouvrir ses portes au vainqueur, car le texte de la stèle s'arrête ici brusquement, comme si le lapicideest été interrompu par quelque circonstance imprévue. La liste des limmUj le seul document qui nous renseigne laconiquement sur les huit dernières années du règne de Samsi-Raman, mentionne encore deux expéditions de ce prince en Chaldée, mais sans indiquer ni l'issue ni le moindre détail. Qui sait même si Samsi-Raman ne périt point dans la lutte? Si l'on ne peut à cet égard que formuler une con-

jecture, il reste toutefois positif que Babylone ne succomba pas complètement, car la guerre se prolonge, incessante et acharnée, sous les successeurs de Samsi-Raman.

Ce fut d'abord Raman-Nirar III qui continua les conquêtes de son père, et qui, durant ses trente ans de règne, porta l'empire d'Assyrie à une

Archer assyrien conduisant an prisonnier de guerre. (Bas-relief de Nimroud.)

extension qu'il n'avait jamais connue jusque-là, et qui dépassa même les limites de Salmanasar. Il est regrettable que nous n*ayons encore jusqu'ici du règne de ce prince, qu'une brève énumération de ses conquêtes ; mais elle suffit toutefois à nous laisser entrevoir que Raman- Nirar ne demeura pas un seul jour dans le repos, et que chacune de ses années fut marquée par une campagne victorieuse, tantôt à l'est, du côté de la mer du soleil levant, c'est-à-dire la mer Caspienne, tantôt an cou-

SAMSI-RAMAX lil, RAMAN-NIRAR III ET LES ROIS FAINÉANTS 211

chant jusqu'à la Méditerranée, tantôt vers le sud jusqu'au golfe Pc rsique. A Test et au nord-est, il parcourut en triomphateur les pays d*Elam, d'iUippi, de Karhar, d'Arazias, de Misu, de Madaï (la Médie propre), de Giratbund, de Munna, de Barsua, d'Allabria, d'Abdadan et d'Andia. A Touest, à partir de TEuphrate, ses armées envahirent successivement le pays des Hittites, puis la Phénicie, y compris Tyr et Sidon, le pays d'Omri, c'est-à-dire le royaume d'Israël, l'Idumée, enfin le pays des Philislins qui, sous le nom de Palasta (Palestine), apparaît pour la première fois dans les textes cunéiformes, et qui fut razzié jusqu'à la grande mer du soleil couchant. Le royaume de Damas, bien affaibli depuis le temps de Ben-Adar et de Hazaël, succomba à son tour. Raman- Nirar entra dans Damas et fit prisonnier le roi Mariah qui embrassa en suppliant les genoux du roi d'Assyrie : « La crainte immense d'Assur, mon seigneur, le frappa; il prit mes genoux et fit sa soumission. Je lui imposai comme tribut deux mille trois cents talents d'argent, vingt talents dW, trois cents talents de cuivre, cinq mille talents de fer, des étoffes de laine et de lin ; je pris un lit d'ivoire, un siège d'ivoire, une table élevée, ses meubles et son trésor qui était immense, et tout ce qui se trouvait à Damas sa capitale et dans son palais. )>

Nous ne connaissons pas d'autres circonstances de ces guerres dont le résultat immédiat fut de rendre au royaume d'Assyrie son ancienne splendeur et la prédominance sur la Syrie tout entière ; cependant la table des limmu parait faire croire que Raman-Nirar ne fit qu'une expédition du côté de la Méditerranée, et que ses conquêtes n'y furent qu'éphémères tandis, qu'il pénétra, au contraire, jusqu'à trois fois dans le pays de Van, et qu'il envahit une dizaine de fois le Naïri et les cantons du nord-est. Enfin, il porta un coup fatal à la puissance babylonienne en subjuguant la Chaldée : il fut assez heureux pour entrer dans Babylone et sacrifier sur les autels de Bel, de Nabu et de Nergal. Il confia le gouvernement de la Chaldée à sa femme, la reine Sammuramat qui résidait à Babylone et qui, contrairement aux usages assyriens, parait avoir joué un rôle historique : c'est peut-être ce rôle qui, défiguré par la tradition grecque, aura été l'origine première de la légende de Sémiramis.

La reine Sammuramat se trouve mentionnée au cours d'une inscription pieuse, gravée sur la statue du dieu Nabu que fil élever Bel-liassiilum , gouverneur de Kalah, pour attirer la protection divine sur Raman- Nirar et sur sa femme. La prière est dédiée « au seigneur suprême

de son maître, à Nabu, le protecteur de Raman-Nirar, roi du pays d'Assur; le prolecteur de Sammuramal, l'épouse du palais, la souveraine. »

On ne se douterait guère, quand on parcourt la liste des provinces soumises au sceptre de Raman-Nirar III, et que Ton voit TOrient tout entier apporter le tribut au monarque de Ninive, que Tempire assyrien est sur le point de subir une épouvantable Crise qui va le conduire à deux doigis de sa perte. Cet édifice immense, sans cesse reconstruit depuis la base jusqu'au sommet, s'écroulait toujours au moment où les architectes s'apprêtaient à en poser le couronnement. La Providence se jouait de ces orgueilleux monarques qui, dans l'ivresse du triomphe, se proclamaient rois des quatre régions du monde, et qui aspiraient à poser les bornes de leur empire, là où finit la terre ellemême. C'était comme le renouvellement périodique de l'histoire de la tour de Babel : la confusion régnait toujours dans l'empire assyrien, et les éléments hétérogènes avec lesquels on cherchait à le constituer ne pouvaient avoir ni cohésion ni durée. On ne saurait élever une montagne enamassant les sables du désert que le vent emporte et disperse au fur et à mesure, et ces tribus à demi nomades pour la plupart, qu'on voulait fondre et rapprocher, étaient plus mobiles encore que les tourbillons de poussière sur lesquels elles posaient leurs tentes. De la mer Caspienne à la Méditerranée, de la mer Noire au golfe Persique, Raman-Nirar a promené ses armes victorieuses : les Hittites comme les gens du Naïri , les Chaldéens comme les tribus de la Médie, ont senti le poids de la redoutable main qui s'est appesantie sur eux, et voici tout à coup que cette main s'évanouit comme un fantôme et que les nations s'aperçoivent que Tempire d'Assyrie agonise et va mourir. Rien n'est venu jusqu'ici clairement expliquer cet affaissement soudain qui pourtant ne nous surprend pas. C'est un Salmanasar, lelV du nom, qui succède à Raman-Nirar : la table des limmu nous dit qu'il fit quelques expéditions lointaines, essayant d'empêcher l'empire de tomber en décomposition. Cinq fois il envahit l'Ararat, une fois il se porte sur Damas, et deux ou trois de ses autres marches militaires sont dirigées vers le nord-est, du côté du pays de Namri : ce sont les seules indications que nous ayons sur ce règne qui ne fut pas sans gloire^

Après Salmanasar IV, vient Assur-dan^l, contre lequel toutes les provinces se soulèvent, et qui est impuissant à faire face à tous ses

SAMSI-RAMAN m, RAMAN-NIRAR m et les rois fainéants 213

ennemia à la fois. Insurrection dans la ville de Libzu ; ins^urrection à Arrapha , presque aux portes de l'Assyrie ; insurrection au pays de Guzana, la Gauzanitis classique, en pleine Mésopotamie ; et par surcroît des épidémies et des signes dans le ciel : le soleil s*éclipsa*. Assurdan-il II laissa le trône à Assur-nirar II qui le garda huit ans (752 à 745), et la huitième année, après avoir inscrit le nom de Nergal-nasir, la table des Hmmu ajoute ces simples mots : « Révolte dans la ville de Kalah. » Assur-nirar disparaît dans cette révolution.

Les annales assyriennes sont discrètes sur les tragiques événements qui préparèrent une pareille catastrophe. Cependant, à plusieurs reprises, elles enregistrent sous le règne d'Assur-nirar cette mention : (i Paix dans le pays, » ce qui était loin de faire le compte des légions assyriennes accoutumées à vivre de rapines et de pillage. On murmurait partout contre le prince indolent qui s'enfermait dans son palais pour se rassasier de jouissances de toutes sortes : ce n'était pas impunément qu'on avait excité chez le peuple d'Assur ces appétits sanguinaires qui demandaient maintenant à être satisfaits comme par le passé. Aussi, la mémoire des princes fainéants qui se succédèrent alors sur le trône de Ninive fut-elle maudite par les Assyriens, et l'écho de cette réprobation est arrivé jusqu'aux Grecs, sous la forme d'une légende accréditée par Ctésias, et aussi historiquement fausse que la légende de Ninus et de Sémiramia : Assur-nirar est le Sardanapale des Grecs, type à jamais fameux du prince voluptueux et efféminé, et ses débauches auraient amené, racontent les auteurs classiques, une première destruction de Ninive.

Sardanapale, au dire de la légende, s'était plongé dans les débauches du harem et ne sortait plus de son palais, renonçant à toute vie virile et guerrière. Il régnait ainsi depuis sept ans, et le mécontentement allait toujours croissant, le désir d'indépendance se propageait parmi les provinces encore soumises, le lien de leur obéissance se relâchait chaque année davantage et devenait plus près de se rompre, quand Arbace, chef des contingents mèdes de l'armée et Mède de nation lui-même, eut l'occasion de voir, au fond du palais de Ninive, le roi vêtu en femme, le fuseau à la main, cachant derrière les clôtures du harem

* Panni les chronologistes, les uns placent cette éclipse de soleil le 13 juin 809, et les autres, le 13 juin 763 avant notre ère, de sorte que sa constatation ne saurait guère, jusqu'ici, servir de base à une chronologie rigoureuse. (V. G. Smith. Aïident History from the Monuments, p. 72.)

la lâche oisiveté de sa vie voluptueuse. 11 jugea que Ton aurait facilement raison d'un prince aussi dégradé, qui serait incapable de renouveler les traditions vaillantes de ses ancêtres ; le temps lui parut donc venu, pour les provinces que la force des armes retenait seule, de secouer définitivement le joug du despotisme assyrien. Arbace communiqua ses pensées et ses projets au prince alors placé à la tête de Babylone^ le Chaldéen Phul, surnommé Balazu (le terrible), ce que les Grecs ont rendu par Bélésis ; celui-ci y adbéra avec Fempressement que Ton pouvait attendre de cette nation des Babyloniens dont on avait vu les soulèvements se renouveler périodiquement. Arbace et Balazu se concertèrent avec les autres chefs des contingents étrangers, avec les princes vassaux des pays qui aspiraient à Tindépendance ; tous résolurent de renverser Sardanapale. Arbace s'engagea à soulever les Mèdes et les Perses, tandis que Balazu insurgerait Babylonc et laChaldée. Au bout de Tannée, les chefs rassemblèrent leurs soldats au nombre de quarante mille, en Assyrie, sous prétexte de relever, selon Tusage, les troupes qui y avaient fait le service Tannée précédente. Une fois là, les soldats se mirent en état de rébellion ouverte. La tablette du Musée Britannique nous apprend que ce fut à Kalah que commença Finsurreclion.

Sardanapale, pourrit la fable, tiré brusquement de ses débauches par un péril qu'il n'avait pas su prévoir, se montra tout à coup plein d'activité et de courage; il se mit à la tête des troupes proprement assyriennes, qui lui restaient fidèles, affronta les rebelles et les battit complètement à trois reprises successives. Déjà les conjurés commençaient à désespérer du succès, lorsque Phul, appelant la superstition au secours d'une cause qui paraissait perdue, leur déclara que s'ils voulaient tenir encore cinq jours, les dieux, dont il avait consulté la volonté en observant les astres, leur assureraient infailliblement la victoire.

En effet, quelques jours après, un corps considérable que le roi avait appelé à son secours, des provinces voisines de la mer Caspienne, passa en arrivant du côté des insurgés et leur donna la victoire. Sardanapale, alors, se renferma dans Ninive, bien déterminé à s'y défendre jusqu'à la mort. Le siège dura deux ans, car les murs de la ville défiaient les machines et il fallut la réduire par la famine. Sardanapale ne redoutait rien, confiant dans un oracle qui avait déclaré que Ninive ne serait jamais prise, à moins que le fleuve ne devînt son ennemi. Mais la

SAMSI-nAMAN 111, RAMAN-NIRAR 11] ET LES ROIS FAINÉANTS Î15

troisième année il tomba des pluies si abondantes que les eaux du Tigre inondèrent une partie de la ville et renversèrent une muraille de ses fortifications sur une étendue de 20 stades. Alors le roi, persuadé que Toracle était accompli, désespéra de son salut, et pour ne pas tomber vivant aux mains de Tennemi, il fît dresser dans son palais un immense bûcher, sur lequel il plaça son or, son argent, ses vêtements royaux; puis, s'enfermant avec ses femmes et ses eunuques dans une chambre construite au milieu du bûcher, il disparut dans les flammes*,

Ninive ouvrit ses portes aux assiégeants ; mais cette soumission tardive ne sauva pas l'orgueilleuse cité. Elle fut pillée, livrée aux flammes, puis rasée avec un soin haineux dans lequel on peut voir quelles colères les implacables sévérités des conquérants assyriens avaient amassées dans le cœur des peuples qu'ils avaient soumis. Les Mèdes et les Babyloniens ne laissèrent pas pierre sur pierre des remparts, du palais, des temples ou des maisons de la cité qui, pendant deux siècles, avait dominé sur toute l'Asie antérieure. L'histoire, d'après ce conte grec, n'ofTre pas un second exemple d'une destruction aussi radicale. L'empire assyrien fut renversé comme sa capitale, et les peuples qui avaient pris part à la révolte formèrent des États indépendants, les Mèdes sous Arbace, les Babyloniens sous Phul ou Balazu, les gens de Suse sous le roi Sutruk-Nahunta. Quant à l'Assyrie, réduite à la condition d'esclavage où elle avait tenu les autres contrées, elle devint pour quelque temps une dépendance de Babylone.

Il est aujourd'hui historiquement certain que cette première chute de Ninive n'est qu'une fable sans fondement, et que cette alliance des Mèdes avec les Babyloniens n'a pu exister à cette époque, non plus

* Il 8*e8l groupé autour du nom de Sardanapale, comme autour de celui de Nemrod et de Sémiramis, une série de légendes puériles, sur lesquelles il serait hors de propos d'insister ici. Nous citerons cependant, celle qui altribue à Sardanapale, la fondation des villes de Tarse et d*Ancbiale, en Cilicie : c*est là que la tradition grecque plaçait son tombeau, et voici à ce sujet, ce que rapporte Strabon :

(( Un peu au-dessus de la mer, est Anchiale, fondée par Sardanapale, comme nous l'apprend Aristobule. C'est là qu*est le monument de Sardanapale et sa statue en pierre qui agite les doigts de la main droite comme pour leur faire rendre un son; on y lit inscription suivante, en caractères assyriens : Sardanapalef fils d^Anacyndaraxe, a bdli Anchiale ei Tarse en un seul jour : mange, bois, joue, sans t'inquiéter du reste. Voilà ce que répétait la statue. Chœrile a aussi rappelé ces mêmes choses, et de plus, les vers suivants sont devenus populaires : <t Je possède ce que j*ai mangé et tous les plaisirs que m'a procuré ma passion assouvie, et cependant j'en laisse et des meilleurs. »

Les monnaies de Tarse à Tépoque de la domination romaine, représentent cette prétendue statue de Sardanapale.

Page 1