SAMSI-RAMAN III, RAMAN-NIRAR III ET LES ROIS FAINÉANTS
qu'Arbace et Bélésis. Les fouilles modernes n'ont rien mis au jour qui put être un indice de cette grande catastrophe. Ce qui est néanmoins positif, c'est que pendant les derniers règnes, la puissance ninivite subit une éclipse qui eût pu lui être fatale, en permettant à tous ses vassaux de reconquérir l'indépendance qu'on leur avait tant de fois et si cruellement ravie. Mais cette éclipse ne fut que passagère et ne dura pas plus d'une trentaine d'années ; elle n'eut pas pour Ninive les conséquences désastreuses qu'on aurait pu craindre, parce que les peuples rendus à la liberté ne surent profiter de leur affranchissement que pour s'abîmer dans les guerres civiles. Ce fut sans doute à Tépoque de cet affaissement momentané de la puissance assyrienne qu'il faut rapporter l'épisode de la prophétie de Jonas criant à travers les rues de la grande ville : a Encore quarante jours et Ninive sera détruite. » Le souvenir du prophète d'isiraël est resté traditionnellement dans le pays où fut la capitale de l'Assyrie : « A un kilomètre de Koyoundjik, écrit M. l'abbé Vigoureux, on rencontre une colline de ruines et de décombres, restes d'un vieux palais assyrien qui, au temps de la splendeur de la grcmde ville^ s'appelait Bit-Kutalli^ « la maison des choses nécessaires ; i> elle contenait les dépendances, les greniers, les établis* sements militaires de la demeure royale. Depuis plusieurs siècles, sinon depuis le commencement de l'islamisme, cet endroit passe pour le théfttre principal de la prédication de Jonas, et a reçu en conséquence le nom de Nebbi Younès. Les musulmans l'appellent aussi Tell-et- Tanbehy « tumulus du repentir. » Ils prétendent que c'est en ce lieu qu'est le tombeau du prophète. Dans une mosquée élevée en son honneur, au milieu d'une salle sombre, est placée un sarcophage en bois, entièrement couvert par un riche tapis vert sur lequel sont brodées des sentences du Koran. C'est là que reposent les restes de Nebbi Younès. Au-dessus sont suspendus des œufs d'autruche et des glands de diverses couleurs. Les vrais croyants de tout le voisinage ont la dévotion de se faire enterrer auprès de ce lieu sacré : de là, les innombrables pierres sépulcrales qu'on trouve tout alentour. Cependant, la tradition qui place le tombeau de Jonas au milieu des ruines situées à l'est de Mossoul^ sur la rive gauche du Tigre, ne s'appuie sur aucun fondement sérieux ; la tradition juive le plaçait avec beaucoup plus de vraisemblance, au temps de saint Jérôme^ à Gath-Hépher, dans la tribu de Zabulon\ »
1 L'abbé Vigourouz, La Bible et les découvertes modernes^ t. IV, p. 77.
§ 5. — BÈGNE DE TEGLATH-PAL-ASAR 11 (745 à 726).
L'instigateur de la conspiration qui renversa Assur-nirar, fut, selon toute vraisemblance, le prince actif et énergique qui régna après lui et qui restaura le grand empire d'Assyrie. C'est le Teglath-pal-asar de la Bible ; on ne sait rien sur ses origines, soit qu'il appartint à la race royale et que, plus heureux qu^Assur-danin-pal, il fut parvenu à ravir le trône à son légitime possesseur, soit que, comme Belitaras, il fut de basse extraction et ne dût son élévation qu'à son audace, ou bien qu'il fut un soldat de fortune porté sur le pavois par la soldatesque qu'on ne menait plus à la guerre. Son palais a été retrouvé à Kalah, dans la partie occidentale de la grande plate-forme, et les explorateurs anglais ont pu constater que les inscriptions de ce prince avaient été intentionnellement mutilées par les rois ses successeurs. On sait quelles précautions les monarques assyriens prenaient pour assurer la transmission de leurs écrits à la postérité la plus reculée : les plus terribles anathèmes étaient portés contre quiconque oserait violer ces inscriplions sacrées qu'on ne se contentait pas d'étaler en plusieurs exemplaires dans les salles des palais, mais que souvent* on enfouissait aussi dans les fondations des édifices. Maintes et maintes fois nous avons vu des princes recherchant pieusement les textes de leurs prédécesseurs pour les remettre en honneur et les empêcher de tomber dans Toubli. Il n'en fut pas ainsi pour les annales de Teglath-pal-asar. Son palais fut intentionnellement violé et renversé, par la main des Assyriens eux-mêmes. C'est ainsi que des fragments d'inscriptions qui lui appartiennent ont été retrouvés épars et pêle-mêle dans les murs d'un palais bâti par Assarhaddon, un de ses successeurs ; une mutilation sacrilège a réduit en lambeaux les annales de ce prince, sans que nous puissions encore nous expliquer les motifs de cette réprobation qui a pesé sur la mémoire, pourtant glorieuse, de Teglath-pal-asar II.
Monté sur le trône le 13 lyar (avril) de l'an 745, après une période de désastres sans nom, et favorisé par tout ce qu'il y avait encore dans la nation assyrienne de remuant et de passionné pour la guerre, épris lui-même de Tancienne splendeur de l'empire ninivite et jaloux de surpasser les plus grands des anciens rois, Teglath-pal-asar n'eut qu'à indiquer le chemin de la frontière à ses soldats pour triompher d*un ennemi imprévoyant et divisé contre lui-même. Les difficultés étaient
RÈGNE DE TEGLATH-PAL-ASAR I! (745 A 726) 2i9
grandes parce qu'il eut fallu se montrer sur tous les points de Thorizon à la fois ; cependant Tadversaire le plus inquiétant et le plus dangereux était le roi de Babylone : ce fut lui qui subit le premier choc, a Au commencement de mon règne, dit un des fragments des annales de Teglath-pal-asar, j'ai étendu ma puissance depuis les villes de Dur- Kurigalzu, de la Sippar de Samas, de Pasil qui dépendent du pays de [Kar-Dunias] jusqu'à Nipur, sur les tribus de Itu, de Rubu et le district d'Arumu en totalité, lequel s'étend sur le bord du Tigre et du Surapi, jusqu'au fleuve Ukni qui se jette dans la mer inférieure. A la place de Tul-Hamri, forteresse dépendant de la ville de Humut, j'ai bâti un autre ch&teau-fort que j'ai appelé Kar-Assur; j'y ai placé les soldats des pays que j'avais vaincus et j'y ai mis un de mes lieutenants pour les gouverner. J*ai trituré comme du mortier tout le pays de Bit-Silan ; j'ai changé en solitude la ville de Sarraban, j'y ai fait des prisonniers et j'ai fait mettre en croix le roi Nabu-usabsi, à la porte de la ville. J'ai pris [toutes les richesses] de son pays, sa femme, ses fils, ses filles^ ses biens ; j'ai pillé son palais. J'ai broyé comme du blé la terre de Bit- Amukan, et j'ai déporté en Assyrie ses principaux habitants et leurs trésors. J'ai mis en déroute les tribus de Pukud, de Ruya, de Libzu, et je les ai déportées; j'ai soumis à mon sceptre toutes les tribus d'Arumu et je leur ai imposé des gouverneurs. J'ai prélevé des contributions de guerre sur le pays de Kar-Dunias et sur le pays de Rasan qui dépend de la Chaldée. »
Toute la basse Mésopotamie et les petits royaumes environnants devinrent ainsi tributaires de l'Assyrie, et Teglath-pal-asar entra dans Babylone oîi il sacrifia sur les autels des dieux du pays et prit le titre de roi des Sumers et des Accads. Cependant la Chaldée se révolta plus tard à la faveur des guerres que Teglath-pal-asar eut à soutenir sur d'autres frontières de son .empire ; quinze ans après, sur la fin de son règne, il fut obligé de retourner vers le bas Tigre, et cette fois il pénétra jusque sur le golfe Persique, et ch&tia durement tout le pays. « Je pris, dit-il, les villes de Harbar et de Yapaldu avec 3,000 hommes, leurs richesses, leurs dieux et les villes environnantes. J'ai fait prisonnier Zakiru, fils de Saalli... J'ai soumis les hommes de Bit-Saalli; j'ai pris leurs biens et feurs forteresses, et j'ai réduit en servitude 5,400 des leurs... ; j'ai pris la ville d'Amlilalu... j'ai changé toute la terre de Bil- Saalli en un monceau de ruines, et j'ai réuni les plaines de ce pays au territoire de l'Assyrie. J'ai fait prisonnier Kin-ziru, fils d'Amukan,
2âO LE SECOND EMPIRE ASSYRIEN JUSQU'AUX SAilGONIDES
dans la viUe de Sapl, une de ses places fortes ; j'ai tué des masses de prisonniers devant la grande porte de la ville.. . ; j'at couvert de ruines les pays de B.il-Silan, de Bit-Arnukao et de Bit-Saaili. J'ai reçu les tri-^ buis de Balazu, fils de Dakkur.... Les sujets de Marduk-pal-iddin, fils de Yakin, sous les rois, mes pères, n'avaient jam^s été soumis et ils n'avaient pas embrassé leurs pieds. La crainte d'Assur, mon seigneur, s'empara de Marduk-pal-iddin et il vint au-devant de moi dans la ville de Sapt ; il baisa mes pieds, et je lui imposai un tribut de poussière d'or et de vases d'or. »
Vautour dAronnt dei dibrti hamtlni sur un champ d« bttallle. (Baa-reliet de Nlmroud.)
Ce sont là à peu près les seuls textes qui nous renseignent sur les expéditions de Teglath-pal-asar II en Chaldée. Si mutilés qu'ils soient, peut-être à cause môme de ces mutilations, ils ne laissent pas que de soulever de difficites questions de chronologie dont la solution ne saurait encore 6tre donnée & l'heure présente. Le roi d'Assyrie rencontre en Chaldée au moins cinq rois : d'abord, Nabu-usapsi, fils de Silant, donné, dans un texte que nous n'avons pas rapporté, comme souverain de la Chaldée entière, par conséquent roi de Babylone ; puis Zakiru, fils de Saalli, qui ne régnait probablement pas à Babylone; Kin-ziru, fils d'Amukani, peut-être roi seulement de Sapi; Balazu, fils de Dakkur ; enfin Marduk-pal-iddin, fils de Yakin. Plusieurs de ces noms, qui appar-
tiennent à des princes qui se sont succédé ou ont été contemporains, se reconnaissent aisément sous la forme grecque que leur donne Bérose ou le canon de Ptolémée. Kin-ziru est évidemment le KtvÇtpoi; de Ptolémée, Balazu pourrait être Bélésis, Fauteur de la prétendue chute de Sardanapale et Marduk-pal-îddin, qui jouera plus tard un grand rôle dans cette histoire, est le Merodach-Baladan d'Isaïe, altéré en grec sous la forme Mapioxe(jLici3s;. D'après les sources grecques, ces princes sont les successeurs de Nabonassar, qu'on a regardé pendant longtemps comme le fondateur du grand empire de Ghaldée ; c'est lui qui ouvre l'ère astronomique fameuse à laquelle Ptolémée a attaché son nom, et qui substitue Tannée solaire à l'année lunaire jusque-là usitée. Voici ce que rapportele Syncelle au sujet de ce prince : « A partir de Nabonassar^ dit-il, les Ghaldéens ont soigneusement enregistré les ipouvements des astres, et, d'après les Ghaldéens^ les mathématiciens grecs. En effet et comme le racontent Alexandre Polyhistor et Bérose, compilateurs des annales chaldéennes, Nabonassar, après avoir réuni les documents qui racontaient les actes des rois antérieurs, les fit détruire, atin que désormais l'on ne put compter qu'à partir de lui les rois de Ghaldée '. » Gomme, d'après les calculs les plus autorisés, l'ère de Nabonassar commence en 747 avant notre ère et que Teglath-pal-asar II règne en Assyrie à partir de 745 seulement^ il est étrange que Nabonassar (en assyrien, Nabu-nasir), qui régna quatorze ans, ne soit pas mentionné dans le récit de la campagne du roi d'Assyrie en Ghaldée, au début de son règne, tandis que nous y rencontrons les noms de plusieurs de ses successeurs. Il y a là un problème de chronologie que la science, à Theure actuelle, est impuissante à résoudre ; mais, comme nous le constaterons ailleurs, ce n'est pas la seule difficulté de ce genre que présente le règne de Teglath-pal-asar II.
Les autres conquêtes de ce prince se partagent en deux grands groupes : celles qu'il fît au nord et à l'est, en Arménie et en Médie, et celles qu'il conduisit à l'ouest, du côté de la Méditerranée. En revenant de Ghaldée, il partit dans la région du nord-est et franchit le Zagros * vers les sources du Zab inférieur ; il fît reconnaître son autorité et payer rançon par quelques tribus mèdes qui étaient cantonnées entre le Zagros et la mer Caspienne, comme les pays de Bit-Hamban, de Hazu^ d'Umlias, de Bit-Hasil, de Barsua, et en remontant toujours vers le
^ Ed« Mutler, collecl. Didot, Tragm.y h II, lia.
322 LE SECOND EMPIEtE ASSYRIEN JUSQU'AUX SAUGOMDES
ÇçlilaU assjriisiis lur le borJ d'ua Deuve. (Ba»-relîef de Minroud.^
RÈGNE DE ÏEGLATH-PAL-ASAII 11 (745 A 7â6) iiS
nord il atteignit la frontière du pays d'Urarthu ou d'Ararat. Le roi de ce pays, Sardu, s'était uni à Tun de ses voisins nommé Matiel, et il se présenta en ennemi aux avant-postes de Teglath-pal-asar, auprès de la ville de Hummuk. Battu, il s'enfuit du côté du pays de Bit-Kapsi, probablement la région de la mer Caspienne ; mais acculé à la mer, il ne put échapper au vainqueur qui le prit dans la ville de Thurus et le força à demander grâce. Le district d'UUub, les villes de Saduri, de Piru, de Tasuk, de Manbu, de Babul, de Lusin et une foule d'autres furent dépeuplés et les habitants transportés dans les villes de Sikibru et d'Arda, en pleine Assyrie. Une colonie d'Assyriens fut, en revanche, installée dans une ville fondée tout exprès dans le pays subjugué, et qui prit le nom d'Assur-Basa. La plus grande partie de Naïri fut ainsi de nouveau soumise au joug, et le gouvernement en fut confié au grand turtan des armées d'Assur, avec la mission de ch&tier sévèrement la moindre velléité de rébellion. Trois ou quatre campagnes suffirent pour rendre le roi d'Assyrie maître de l'immense région montagneuse qui se développe depuis la frontière septentrionale de la Susiane jusqu'aux sources de l'Ëuphrate en passant par la Caspienne et le mont Ararat^^ Au milieu de la longue et fastidieuse énumération des pays soumis et dont l'identification est la plupart du temps impossible, nous relevons notamment du côté de l'est, les cantons de Bikni, d'IUibi et d'Umlias, termes extrêmes qu'atteignit Teglath-pal-asar dans la direction du soleil levant, et qui étaient voisins de la frontière septentrionale de la Susiane ; l'Arakattu, dans lequel on a voulu reconnaître l'Arachosie, le Namri, où l'on pénétrait en venant d'Assyrie, aussitôt qu'on avait franchi le Zagros ; la ville de Zikruti, probablement l'origine du nom de Zagros, à moins que ce soit la Sagartie de la géographie classique, située en pleine Médie; le pays de Matti, sur les bords du lac d'Ourmia; un des généraux assyriens, Assur-danin-ani, fut chargé de tenir en respect les cantons mèdes, sur lesquels il préleva cinq mille chevaux, des esclaves, des bœufs et des moutons en nombre considérable. Teglath-pal-asar lui-même mit le sceau à ses conquêtes dans l'est en se faisant élever des statues dans la ville de Bit-Istar au pays de Tikrakki, à Sibur, dans le pays d'Ariarmi, enfin dans la ville de Sithaz, dont l'emplacement n'est pas autrement déterminé.
' Rien dans les inscriptions de Teglath-pal-asar II n'autorise à admettre, comme Tont fait quelques auteurs, que ce prince ait atteint jusqu'aux rives de l'Indus. Le district d'Ariarmi est certainement tout autre chose que Tlnde ou Ariana. Cf. Delattre, Le Peupfe et l'empire des Mèdes, pé 85 et suiv.
Les guerres que Teglalh-pal-asar entreprit du côté de Touest, dans les régions de la Syrie, pleines encore du souvenir de Salmanasar, furent beaucoup plus difficiles et plus meurtrières. Teglath-pal-asar s'y couvrit de gloire, et ici, le texte biblique vient heureusement en aide aux inscriptions cunéiformes, horriblement mutilées pour cette période de Thistoire assyrienne*. D'après un fragment qui contenait le récit d'une première expédition en Syrie, en 743, Teglath-pal-asar s'avance de victoire en victoire à travers les gorges de TÂmanus jusqu'à la yallée de rOronte destinée à être, tant que Ninive vivra, le chemin battu par les armées d'Assur se dirigeant sur la Palestine et sur TÉgyple. Il établit son camp sur une montagne voisine delà ville d'Arpad, aujourd'hui Tell-Erfâd, à deux lieues environ au nord d'Alep, et là il convoqua tous les souverains de la Syrie, sommés d'accourir avec des présents pour faire acte de vassalité : l'abstention eut été une déclaration de guerre. Les malheureux furent bien forcés de se rendre tous à Tappel du monarque : Uriakki, roi de Que, Hiram de Tyr, Razin de Damas, Kustasp de Commagène, Pisiris de Rarkémis, Tarhular de Gaugama, probablement Menahem, roi de Samarie, et beaucoup d'autres arrivèrent suivis de longues files de chariots, de chevaux et de chameaux qui apportaient les productions de leurs contrées respectives avec des lingots d'or, d'argent et de cuivre, du fer et du plomb, des aromates, des cornes de buffles, des étoffes de laine çt de lin. 11 y avait longtemps que les pays situés entre l'Euphrate et la Méditerranée n'avaient été rançonnés : ils étaient redevenus riches, et Teglath-pal-asar trouva suffisants les cadeaux qu'on lui fit en cette circonstance. Ce fut même, peut-être, ce qui porta l'insatiable tyran à revenir dans ces parages dès l'année suivante ; mais cette fois, les petits rois syriens crièrent à l'injustice, et quand le monarque se montra prêt à fondre des hauteurs de TAmanus sur les régions méditerranéennes, une ligue de résistance se forma bien vite à l'insti^tion des gens d'Ârpad. On y voit figurer, entre autres, Azariah, roi de Juda, et les princes de Hamath, de Hadrasch, près de Damas, de Damas elle-même et de Samarie. L'objectif de Teglath-palasar fut Arpad qui fut assiégée ; elle résista plus longtemps que le roi d'Assyrie l'avait présagé, car elle ne succomba qu'au bout de deux ans* en 740, mais sa chute précipita la ruine de la Syrie tout entière. Hamath
* Quand nous traiterons de Thistoire des Israélites nous exposerons les difficali68 qae soa* lève raccord du texte biblique avec les inscriptions cunéiformes^ et les différents systèmes que Ton a proposés pour résoudre le problème.
ouvrit, à son tour, ses portes au vainqueur qui en déporta 1,223 habitants à Ullubu et à Birtu, vers les sources du Tigre ; les villes d'Uznu, de Sianu, de Baal-Zabun (Baalséphon), d'Amana, de Hadrasch, de KuUani, laKalano d'isaie, furent emportées d'assaut, et Azariah, roi de Juda, qui se trouvait placé à la tète des confédérés, fut vaincu dans une grande bataille. Alors, les légions ninivites couvrirent tous les pays araméens qui furent subdivisés en districts gouvernés par les généraux assyriens. Le système de la déportation fut pratiqué de manière à dépeupler presque complètement le pays : 600 femmes d'Amlate, 5^400 femmes de Dur, 1 ,200 hommes de la tribu dlUil, 6,208 de la tribu de Nakkip et de Buda,
Guerriers assyriens et prisonniers * .
250 des Bêla, 554 des Banita, et des milliers d'autres furent emmenés comme un vil troupeau et parqués dans les forteresses des rives de TEuphrate ou du Tigre, où Ton employait ce bétail humain aux travaux de fortification et de terrassement.
Alors, les rois araméens apportèrent le tribut qu'ils avaient si longtemps refusé; Teglalh-pal-asar énumère orgueilleusement tous ces malheureux : « Je reçus le tribut de Kuslasp de Gommagène, de Razin de Syrie, de Menahem de Samarie, d'Hiram de Tyr, de Sibilti-baal de Gebal, d'Urikki de Que, de Pisiris de Karkémîs, d'Eniel de Hamalh, de Parsamma de Samhala, de Tarhular de Gaugama, de Sulumal de Milid, de Dadilu de Kaska, deVassurmi deTubal, d'Usitti de Tuna, d'Urpalla de Tuhana, de Tuhammi d'istunda, d'Urimmi de Husinna, et de Zabib, reine d'Arabie. Us apportèrent de l'or, de l'argent, du plomb, du
D*aprë8 un bas-relief du palais de Nimroud, au British Muséum.
fer, des peaux de buffles, des cornes de buffles, des étoffes de laine et de lin, de la laine violette, de la laine teinte en pourpre, des poutres, du bois pour faire des armes, des esclaves femelles, des trésors royaux, des toisons de brebis, teintes en couleur de pourpre^ des oiseaux dont les plumes étaient d'une couleur violette étincelante, des chevaux de trait et de selle, des bœufs, des moutons, des chameaux et des chamelles avec leurs petits. » Ils étaient dix-huit; Teglath-pal-asar leur laissa leurs trônes, et il eut l'occasion de s'en repentir un peu plus tard. Rassasié de butin pour le moment, il s'en retourna en Assyrie et il passa quelque temps à achever la conquête de la Médie et de l'Arménie.
Au lieu de profiter du départ du roi d'Assyrie pour se relever de leurs ruines, réparer leurs forces et restaurer les remparts de leurs villes démantelées, les peuples de la Syrie occidentale n'eurent rien de plus pressé que de retourner à leurs vieilles dissensions et de s'entre-déchirer mutuellement. 11 est remarquable que chaque fois qu'une nation a disparu de la scène du monde, sa ruine a été provoquée beaucoup plutôt par les divisions intérieures et les haines de partis, que par les coups de l'ennemi, à la frontière ; mais on doit reconnaître que nulle part l'esprit d'aveuglement dans un pays n'a été poussé plus loin que chez les malheureuses populations des bords de l'Oronte et du Jourdain. Après des meurtres et de criminelles compétitions, Phacée, roi d'Israël, et Razin, roi de Damas, se liguèrent et formèrent le projet de s'emparer de la Judée, qu'ils se devaient partager, et, se sentant trop faibles pour exécuter seuls leur projet, ils s'assurèrent l'alliance de Shabak, roi d'Egypte ^ Achaz, roi de Juda, se vit bientôt assailli de toutes parts par les confédérés auxquels s'étaient joints les Philistins et les Iduméens, et Jérusalem fut assiégée. Sur le point de perdre son trône, Achaz tourna les yeux du côté du roi d'Assyrie à qui il envoya des présents avec ce message : « Je suis ton serviteur et ton fils. Viens, sauve-moi des mains du roi de Syrie et du roi d'Israël, qui se sont coalisés contre nous '. »
C'était attirer la foudre pour éviter Fincendie. Teglath-pal-asar accourut à la tèle d'une formidable armée ; on était en 734 : les troupes de Razin et de Phacée furent taillées en pièces, et, pour sauver sa vie, Razin dut s'enfuir seul, comme un cerf, jusque dans sa capitale, selon la pittoresque expression de l'inscription. Ses principaux lieutenants pris vivants furent mis en croix. Damas fut assiégée, mais ne succomba point
^ V. plus haut, HUt. anc. de l'Orient, t. Il, p. 951 et luivi • II Rois, XVI, 7.
toutefois. Teglath-pal-asar, laissant un corps d'investissement devant la place, dut se retirer après avoir coupé les arbres des environs et dévasté toute la plaine. La ville de Samalla fut prise, et 1,800 hommes furent emmenés en captivité, ainsi que 750 femmes de Kurruzza et 550 de Mituma. En tout, il y eut 591 villes ou bourgs, répartis dans seize cantons de la Syrie, qui furent balayés comme par un violent tourbillon; la reine des Arabes^ Samsi, fut aussi sévèrement châtiée. Du pays de Damas, le roi d'Assyrie se dirigea sur Israël ; après s'être emparé de Simirra (Zamar) et d'Arka, deux cités chananéennes mentionnées dans la Bible et assises au pied du Liban, au nord de Samarie, il entra dans Galaad, Abel-Beth-Mâcha, Ijon, Janoha, Kedes, Hatzor. Des généraux assyriens furent installés comme gouverneurs des places fortes. Hannon, roi de Gaza, se sauva jusqu'en Egypte, et le pays des Philistins fut envahi à son tour. Tous les principaux chefs du royaume d'Israël furent déportés en Assyrie et jusqu'en Médie, et Phacée ayant été tué, Teglath-pal-asar entrant dans Samarie ^ plaça sur le trône d'Israël, Osée, sur la fidélité duquel il crut pouvoir compter, et qui lui paya dix talents d'or et mille talents d'argent. Il retourna ensuite sous les murs de Damas, toujours investie ; au bout de deux ans de siège, Razin fut tué et la vieille capitale de la Syrie succomba (en 732). Huit mille des habitants furent transportés à Kir, en Arménie : l'empire hittite de Damas ne se releva jamais. Le royaume de Juda était délivré des ennemis qui avaient juré sa perte, mais c'était au prix de son indépendance. Achaz comprit qu'il n'échapperait au sort qu'il avait attiré sur son peuple qu'en allant au-devant de la servitude ; aussi il fut un des premiers à baiser les pieds du monarque ninivite et à lui apporter le tribut, lorsque ce dernier convoqua ses vassaux avant de s'en retourner en Assyrie. Il y eut en tout vingt-cinq rois, parmi lesquels un grand nombre de ceux qui avaient déjà figuré lors des conquêtes précédentes : Kustasp de Gommagène, Urikki de Que, Sibitti-baal de Gebal, Pisiris de Karkémis, Éniel de Hamath, Punammu de Sambala, Tarhular de Gaugama, Sulumal de Milid, Dadil de Kaska, Yassurmi de Tubal, Usitti de Tuna, Urpalla de Tuhana, Tuhammi d'Istunda, Urimmi de Husinna, Mattanbaal d'Arvad, Sanip de Bit-Ammon, Salaman de Moab, Metinti d'Ascalon, Achaz de Juda, Kamos-melek d'Édom, Hannon de Gaza, et quelques autres dont les noms se trouvent mutilés. Un général assyrien fut envoyé à Tyr, dont le roi Mieb-Baal
< II. Roisi xvWf 6; xvii, 11.
paraissait faire le récalcitrant : il versa 150 talents d'or et conserva son royaume.
Après cela Teglath-pal-asar s'en retourna à Kalah où il se fil construire un Bit-Hilan, sorte de harem,- sans doute, analogue, dit-il, à ceux qu'il avait vus dans les palais des rois de Syrie. L'expédition contre Marduk-pal-iddin^ roi du Bit-Yakin sur le golfe Persique que nous avons racontée plus haut, fut la seule qu'il fit ensuite jusqu'à sa mort qui arriva en 726 : il avait régné dix-huit ans et n'avait passé que les trois dernières années de sa vie sans faire la guerre*. Avant de mourir, il put s'écrier avec orgueil : « Je suis le roi qui, depuis le lever jusqu'au coucher du soleil, ai mis en fuite tous mes ennemis; j'ai dompté les nations, j^i gouverné les hommes des régions montagneuses et de la plaine, j'ai renversé les rois et j'ai installé mes lieutenants à leur place. » C'est à l'époque du règne de Teglath-pal-asar II qu'on peut déjà appliquer les paroles du prophète Ézéchiel : « Assur est comme un cèdre du Liban ayant de belles branches et des rameaux d'une grande hauteur qui font de l'ombre partout; sa cime est touffue... Tous les oiseaux du ciel ont fait leur nid dans ses branches, et toutes les bêles des champs ont déposé leurs petits sous ses rameaux, et les grandes nations habitent sous son ombre. » Seulement, l'ombre d'Assur n'était ni bienfaisante ni protectrice, et les peuples qu'elle abritait eussent préféré le plein soleil du désert.
1 Teglath-pal-asar II fit successivement la guerre, d'après ses inscriptioas, à trois rois dis* raël : Menahem, Phacée et Osée; et à deux rois de Juda, Azarias et Aciias. D'autre part, la Bible (II R., xv, 19-20; I Cbron. v. 26) dit qu un roi d* Assyrie, nommé PhuI, fît la guerre à Menahem, roi d'Israël, à qui il imposa un tribut considérable. Phul est le premier des rois d'Assyrie que citent les Livres Saints, et chose étrange, les textes assyriens ne mentionnent aucun roi du nom de Phul ; d*après eux, le roi dont Menahem est tributaire est Teglath-palasar. EnQn, sur la liste des /tmmu, complète pour cette époque, année par année, il ne figure aucun roi Phul. Bien des systèmes chronologiques ont été étayés pour rendre compte de cette contradiction apparente. L'hypothèse à laquelle on s'arrête le plus généralement aujourd'hui considère Teglath-pal-asar comme étant le Phul biblique, bien que le nom de Teglath* pal-asar se trouve également dans la Bible ; de sorte que ce prince porterait dans le texte sacré à la fois deux noms : Teglath-pal-asar et Phul. Ce dernier ne serait qu'une abréviaUoa du premier devenu Pal-asar, puis Pal ou Phal et enfin Phul, V. sur ce sujet, notamment Schrader, Die Keilschriften unddas alte. Testament (3* édit.) p. 222 et pass, Vlgouroux,. La Bible et les découvertes modernes, t. IV, p. 81 et suiv. Massaroli, Phul e TuhlatpcUasar IL Salmanasar V e Sargon, Rome, 1882, in-S**. A côté de la question d'identification des noms propres, il y a encore un problème de chronologie et de synchronisme non moins insoluble, sur lequel nous reviendrons en traitant de l'histoire des Israélites.
SALMANASAR V (72fi A 721)
8ALMANASAR V {726 à 721)
Des poids en bronze trouvés au monticule de Koyoundjik et dans les ruines d'un palais à Nimrouâ (Kalafa) sont, avec un certain nombre de contrats d'intérêt privé les seuls documents cunéiformes du règne du successeur de Teglath-pal-asar II, qui porte le nom de Salmanasar V. Aucune ioscription historique de ce prince ne nous est parvenue, et peut-être n'écrivit-il rien, car il péril subitement au bout de cinq ans
Poida ea broDzo IroDvé à Kboreabad. (Mns^a de Louvre.)
de règne (de 721 à 726), et les rois d'Assyrie avaient coutume de ne rédiger leurs inscriptions monumentales qu'au bout d'une série d'années, quand ils avaient de glorieuses expéditions guerrières à leur actif. Cependant l'histoire de Salmanasar V nous est, d'une manière générale, assez bien connue. Jpsèphe ' nous a conservé un extrait de Ménandre qui concerne ce prince, et la Bible parle de lui assez longuement à cause du coup fatal qu'il porta à Israël. Le moment était venu où allait se réaliser la terrible malédiction du prophète Osée : « Périsse Samarie I Elle s'est révoltée contre son Dieu : son roi sera l'Assyrien ; elle sera transportée
> Josèpba, Ant. jud., IX, 4.
en Assyrie; le roi de Samarie disparaîtra comme Fécume des flots'. » Il arriva qu'à la mort de Teglath-pal-asar, les peuples de la Syrie occidentale crurent le moment opportun pour se soulever et secouer le joug étranger : Israël et la Phénicie coururent aux armes. Mais la peur fît rirrésolution et le mouvement manqua d'unité. On discutait encore sur les mesures à prendre quand le nouveau lyran se présenta pour distribuer les châtiments : tout le monde s'enfuit ou fit le mort. Salmanasar parcourut la Phénicie où il eût pu croire que rien n'avait bougé, et Osée, roi de Samarie, accourut au-devant de son suzerain les mains pleines de présents. En prince généreux, le roi d'Assyrie accepta pour ce qu'elles valaient ces protestations de fidélité et il s'en retourna en Mésopotamie; mais, averti par ce qui venait de se passer, il ne cessa d'avoir l'œil fixé sur les provinces occidentales de ses États ; ses espions firent le guet et le peu rusé roi d'Israël se laissa prendre au piège.
Un jour, des émissaires de l'Assyrien vinrent lui rapporter qu'Osée entretenait des rapports secrets avec Shabak, roi d'Egypte, à qui il avait envoyé des présents. Le Juif fut aussitôt mandé à la cour de son suzerain; il balbutia des explications insuffisantes, et, sans autre forme de procès, fut jeté, chargé de fers, dans un cachot où il périt oublié. Cette justice expéditive fut immédiatement suivie de Tinvasion du royaume d'Israël. Salmanasar comprenait que le grand danger pour son empire consistait dans une alliance entre les peuples araméens et le roi d'Egypte ; il fallait empêcher par la terreur une pareille ligue de se produire, ou bien, dans tous les cas, prévenir par une action rapide et vigoureuse l'arrivée du Pharaon. Tout ce que le royaume d'Israël, réduit alors à la seule tribu d'Éphraïm, avait encore d'hommes valides et en état de porter les armes, se jeta à la suite de l'aristocratie du pays, dans Samarie pour attendre le monarque assyrien. Il parut bientôt à la tête de ses immenses bataillons et la place fut investie. Les opérations du siège paraissent avoir été dirigées par un des principaux généraux de l'armée assyrienne, Sarukin ou Sargon, tandis que Salmanasar, en personne, partit en Phénicie pour punir Lulya, roideTyr, qui avait, lui aussi, levé l'étendard de la révolte. Il fut facile de réduire la zone de terre ferme qui dépendait de la ville de Tyr (Palae-Tyr), mais la place elle-même résista à tous les efforts du roi d'Assyrie dont l'orgueil dut se trouver singulièrement humilié. Ce fut en vain qu'il réquisitionna chez
' Osée, XIV, 1; XI, 5; X, 0 7.
SALMANASAR V (726 A 7îi)
Bateaux aai; riena chargés de poulrea et précédés du dien-poisBoa Ouiiiii(< . > Bai-relier du palais de Sargon à Kborsabad. (Muaée du Louvre.)
ses vassaux de Sidon, d'Arvad et de Gebal, une flotte de soixante vais* seaux avec laquelle il essaya de transporter ses troupes jusque dans l'Ue. Douze' navires tyriens, au dire de Ménandre, suffirent pour[]couler bas ces lourds bâtiments montés par des marins improvisés, et les Assyriens laissèrent cinq cents prisonniers entre les mains de l'ennemi. Cet échec ne fit qu'accroître la rage de Salmanasar qui résolut de transformer le siège en blocus et d'attendre que la famine contraignit à se rendre les courageux défenseurs. Personnellement il retourna devant Samarie où les Israélites se défendaient avec l'héroïsme du désespoir. Il y avait déjà près de trois ans que duraient les travaux du siège, lorsque Salmanasar mourut, on ne sait comment : soit qu'il fut tué dans un assaut ou une sortie des assiégés, soit qu'il fut victime d'une conspiration militaire qui remit le sceptre d'Assur dans la main de Sargon, une des plus grandes figures de l'histoire assyro-chaldéenne.