‹ Histoire ancienne de l'Orient [Texto impreso]Chapitre 3 sur 98 · S I . — LE BASSIN DE L EUPHRATE ET DU TIGRE · texte numérisé non relu

S I . — LE BASSIN DE L EUPHRATE ET DU TIGRE

L'immense étendue de déserts qui traverse d'ouest en est tout l'hémisphère oriental du globe, depuis l'Océan Atlantique jusqu'à la mer Jaune, interrompu une première fois, à la frontière de l'Afrique et de l'Asie, par la vallée du Nil, est intercepté de nouveau, vers le centre de sou développement en largeur par une seconde oasis, plus vaste que celle de l'Egypte, mais non moins fertile, qui marque précisément le point où

La gravure placée en tète de oeLLe page représente les ruines de la ville d'Ur (Mugbéir;, daoa la basse Chaldée.

le désert change de nalure géologique, et d'une plaine basse devient un plateau très élevé. A Touesf de cette terre privilégiée, les solitudes de l'Afrique et de l'Asie sont des mers de sable, qui dépassent à peine le niveau de FOcéan, quand elles n'y sont pas inférieures; à l'est, au contraire, dans la Perse, le Kerman, le Séïstan, la Tartarie chinoise et la Mongolie, le désert consiste en une série de plateaux étages, qui ont de 3,000 à 10,000 pieds d'élévation.

Ce sont les deux grands fleuves de l'Euphrate et du Tigre, qui forment, en l'enveloppant de leurs eaux, cette vaste oasis, appelée par les anciens Sémites Aram Naharaïm, par les Grecs, Mésopotamie, et que désigne aujourd'hui le nom de El-Djezireh ou « l'île » que lui ont donné les Arabes. Les deux fleuves, d'un volume environ égal, prennent leur source tout près l'un de l'autre dans les flancs du mont Niphatès (le Keleschin-dagh d'aujourd'hui) en Arménie; mais ils coulent d'abord dans deiix directions absolument opposées, et ils débouchent dans la plaine aux deux extrémités de la chaîne du mont Masius (le Karadjehdagh actuel), le Tigre à l'est et l'Euphrate à l'ouest. A partir de ce moment, ils deviennent navigables, et vont en se rapprochant graduellement jusqu'au 34*" de latitude, où ils se mettent à couler parallèlement pendant quatre-vingts lieues; puis, ils se réunissent en un même lit, actuellement appelé Schat-el-Arab, et se jettent dans le golfe Persique. Jadis, il avaient des embouchures distinctes, éloignées de plusieurs lieues : les terres d'alluvion qu'ils ont sans cesse déposées sur le rivage, ont insensiblement rapproché leur cours en l'allongeant, jusqu'au jour où leurs eaux tranquilles se sont définitivement trouvées confondues.

Par la constitution géologique de son sol, aussi bien que par l'aspect de ses campagnes et leur fertilité, la Mésopotamie se divise en deux parties bien distinctes, celle du nord cl celle du sud, dont la limite se trouve au point où les deux fleuves commencent à avoir un cours parallèle, à la hauteur de Hit sur l'Euphrate et de Samara sur le Tigre. Toute la partie septentrionale est partagée, à son tour, en deux, par le fleuve Chaboras (le Habour moderne) qui, sorti du mont Masius, coule du nord au sud, et va se jeter dans l'Euphrate à Karkesia, séparant l'Assyrie à l'orient, de la Mésopotamie araméeme ou Osrhoène des Grecs, à l'occident. La grande plaine de formation secondaire qui se déroule au pied des derniers contreforts du mont Masius, n'est fertile que là où existent des sources et des cours d'eaux abondants, comme dans

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rOsrhoène el les environs du mont Singar, où Ton rencontre la vigne et de véritables forêts d'arbres fruitiers : grenadiers, orangers, oliviers, mûriers, cerisiers, poiriers, amandiers, figuiers. Mais dans le reste de son étendue, elle participe encore des déserts voisins, et elle a toujours dû être, comme eux, stérile et impropre à la culture. La portion méridionale, au contraire, c'est-à-dire la Babylonie et la Chaldée, est une plaine encore plus basse, entièrement formée parles alluvions modernes (dans le sens géologique du mot) des deux fleuves. Ils ne sont plus alors qu'à une journée de distance l'une de l'autre, et le pays offre l'aspect d'une

Cerf dans les roseaux des bords du Tigre * .

immense prairie qui n'a besoin que d'être arrosée pour donner des récolles prodigieuses. Les chaleurs de l'été dans cette région, paraissent excessives, même aux Orientaux; mais les hivers sont tempérés et délicieux. L'Euphrate et le Tigre voient leurs eaux grossir périodiquement chaque année, et inondent les terres basses où ils renouvellent la végétation et la vie, en y déposant, comme le Nil, le limon qui féconde el qui fertilise; les irrigations naturelles, œuvre inconsciente des deux fleuves, et devenues à présent un fléau redoutable, si elles

' D'après un bas-relief du palais de Sennachérib à Koyoundjik (Ninive), aujourd'hui au Musée Britannique.

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