BASSIN DE L'EUPHRATE ET DU TIORE
élaieDt dirigées par l'art, comme dans Taoliquité, feraient CDCorc de la Chaldée le jardin de l'Asie. Le riz et l'orge y rendaient jadis jusqu'à deux cents pour un; aujourd'hui, les canaux étant négligés, le produit n'est pas le dixième de l'ancien, et la plaine est entrecoupée de marécages pestilentiels. Le pays, où abondent les sources de bitume, manque d'arbres autres que les dattiers qui y forment de véritables forêts ; dès l'antiquité c'était Ift une des principales richesses du pays : « Le dattier, nous disent les auteurs classiques, fournit à tous les besoins de la population de laChaldée. On en tire une sorte de pain, du vin, du
vinaigre, du miel, des gâteaux et toute espèce de tissus; les forgerons font usage de ses noyaux en guise de charbon ; ces mêmes noyaux ■ concassés et macérés servent de nourriture aux bœufs et aux moutons qu'on engraisse. On dit qu'il y a une chanson perse qui énumère trois cent soixante usages dilTérents du dattier '. »
C'est donc par la faute de l'homme si cette terre, naturellement fertile, est vouée maintenant à la désolation et à la moi t, et si elle ne produit plus ces riches moissons qui faisaient encore l'admiration d'Hérodote : « Il ne pleut guère en Assyrie, dit-il, et voici comment on nourrit la racine du blé : on arrose la plante avec l'eau du fleuve; elle prend de la force et l'épi se forme. L'arrosement se fait à la main ou à t'aide de machines, et non comme en Egypte, oîi le Nil déborde et couvre les champs. Tout le territoire de Babyione est, de même que
■ D'uprès un bas-relier du palais de Sennachârib.
' Slrobon.XIV, 1. 14; Théophraste, Hisl. Plant., II, 2; Pline, Hisl. n(a,,Mll.A.
rÉgypte, coupé de canaux dont le plus grand est navigable; il se dirige, en tirant vers le sud-ouest, de TEuplirate au Tigre, sur lequel Ninive est bâtie. De toutes les contrées que nous connaissons, c'est de beaucoup la plus féconde en fruits de Cérès. Ou n'essaie pas de lui faire porter des arbres : ni figuier, ni vigne, ni olivier; mais elle est si fertile en blé qu'elle rend deux cents pour un, elle va même jusqu'à trois cents dans les meilleures récoltes. La feuille du froment et celle de l'orge ont quatre doigts de large^ et quoique je sache à quelle hauteur y atteignent les tiges de millet et de sésame, je n'en ferai pas mention, persuadé que ceux qui n'ont point été dans la Babylonie, ne pourraient ajouter foi à mes paroles. Les habitants ne font pas usage d'huile d'olive, mais d'huile de sésame. Dans la plaine entière, poussent spontanément des palmiers ; la plupart portent du fruit ; on en mange une partie, et de l'autre on tire du vin et du miel'. »
Sur le bord des deux fleuves, là oîi le sol offre quelques ondulations légères et protégées par des digues naturelles contre l'invasion des eaux, on retrouve aujourd'hui encore, des vestiges de celte végétation luxuriante que la main industrieuse du laboureur pourrait si facilement étendre dans toute la plaine. Des forêts de roseaux gigantesques, de nénuphars, de tamarix et de joncs de douze à quinze pieds de haut, y servent, comme au temps des Assyriens, de refuge à des troupeaux de bisons, de cerfs et de sangliers; et au sommet de ces petits tertres, le blé pousse naturellement et sans culture, au milieu de plantes fourragères, d'épais fourrés de verdure et de fleurs de toute nuance, dont les senteurs parfumées essaient vainement de contrebalancer les miasmes mortels que dégagent les eaux croupissantes. Au printemps, le voyageur rencontre ainsi de charmantes oasis au milieu des plus tristes solitudes : des troupeaux de bœufs et de moutons, des chevaux en liberté, des antilopes, des onagres, des bouquetins, des autruches, des chacals et des lions se poursuivent dans les hautes herbes, et rappellent les scènes agrestes et les chasses fécondes que déroulent parfois à nos yeux les bas-rehefs assyriens. Qu'on nous permette de citer le témoignage d'un des plus habiles explorateurs de la Mésopotamie, M. Henry Layard, qui raconte ainsi le premier printemps qu'il passa à Nimroud : « Des fleurs de tous les tons, dit-il, émaillaient la prairie; elles n'étaient pas, comme dans nos pays du nord, parsemées
• Hérodote. HiV., I, 193.