GUERRES EN MÉDIE
La conquête de la terre de Naïri n'avait été si longue et n'avait coûté tant d'expéditions successives qu'à cause des autres guerres que Sargon, avait en même temps, été obligé de soutenir sur divers points de l'empire assyrien. A plusieurs reprises, le belliqueux monarque avait dû notamment courir du côté des régions du soleil levant, pour faire respecter son autorité et étouffer dans leur germe des révoltes qui eussent pu se développer dans des proportions inquiétantes, La sixième année de son règne (en 715) au moment où il venait de pardonner à UUussun sa première défection, les gens du pays de Harhar, la Gàmbadène des géographes classiques, vers le haut Gyndès, se
soulevèrent à Tinstigalion de Kibaba, leur gouverneur, qui signa un traité d'alliance défensive avec Oalta, roi de TEllibi, district de la Médie propre, où s'est élevée un peu plus tard Ecbatane. Sargon quitta TArméuie pour courir sus aux rebelles; cinq de leurs cantons furent ravagés avec la ville de Harhar, à la place de laquelle on fonda une nouvelle cité qui s'appela Kar-Sargin (forteresse de Sargon); et au milieu de la nouvelle cité, fut érigée la statue du roi d'Assyrie. Là, vingthuit gouverneurs des tribus mèdes environnantes, vinrent lui rendre hommage et lui apporter des présents. Ce n'était qu'une feinte soumission, car dès le commencement de l'année suivante, les mêmes pays, comprenant les cantons de Bit-Iranzi, Bit-Ramatua, Urikatu, Sikris, Saparda, Upparia s'insurgèrent de nouveau. Cette fois, Sargon se montra impitoyable: il déporta 4,820 citoyens de ces villes qu'il détruisit de fond en comble et qu'il remplaça par les forteresses de Kar-Nabu, Kar-Sin, Kar-Raman, Kar-lstar, qui rayonnant autour de Kar-Sargin, tinrent toute la Médie en respect : le pays était pacifié pour quelque temps, car Kibaba, le chef des rebelles, avait été fait prisonnier.
Tout était pourtant à recommencer dès la neuvième année du règne de Sargon au moment où, heureusement, il venait de terminer la conquête de l'Arménie. Les foyers de l'insurrection étaient toujours riUibi, le Bit-Dayaukku et le Karalli, d'où les gouverneurs assyriens furent chassés et remplacés par un roi Amitassi, frère d'Assur-lih, dont nous avons parlé plus haut. La campagne se termina encore une fois victorieusement; Amitassi consentit à payer tribut et garda son trône ; 45 chefs des cantons mèdes furent forcés de faire acte de soumission, en contribuant à payer notamment une contribution de guerre consistant en 4,609 chevaux et des bestiaux nombreux. Le roi d'IUibi, le vieux Dalta, et Adar-pal-iddin, gouverneur d'Allabur^ demeurèrent désormais les fidèles serviteurs du roi d'Assyrie.
Tant que vécut Dalta, tout alla bien; les impôts rentraient régulièrement et les riches vallées de la Médie rançonnées sans cesse, paraissaient inépuisables. Celte période d'accalmie permit à Sargon d'entreprendre de grandes guerres à Toccident et dans le sud de ses États ; mais Dalla, vieillard prudent et faible^ qui avait souscrit à l'asservissement de son pays, mourut de sa belle mort. « Les maladies de la vieillesse, dit l'inscription^ lui amenèrent son dernier jour; il suivit le chemin du trépas.. ». On était en 706« Ses deux fils, Nibt et Ispabar^ se
disputèrent le trône devenu vacant, et chacun des deux compétiteurs alla chercher au dehors Tappui nécessaire pour faire triompher son parti. Nibl se tourna vers Sutruk-Nahunta, roi d'Elam, en guerre depuis longtemps déjà avec TAssyrie ; Ispabar implora le secours de Sargon. Le roi d'Assyrie ne se le fît pas dire deux fois ; il envoya sept de ses lieutenanls avec un corps d'armée pour rétablir les affaires de son client. C'est en vain qne Nibl, de son côté, avait reçu un appoint de quinze cents archers élamites; il fut battu et obligé de s'enfermer dans la ville de Marabusti qui fut assiégée. La place> perchée comme un nid d'aigle au sommet d'un rocher à pic, passait pour imprenable ; mais rien ne résistait aux soldats d'Assur. Marabusti fut prise d'assaut, et le malheureux Nibl conduit^ garrotté, en présence de Sargon. Dès lors Ispabar domina sans conteste sur tout l'EUibi; la ville de Marabusti fut rebâtie, et la paix la plus profonde régna désormais dans les tribus médiques, grâce au glaive encore tout sanglant étendu au-dessus de leurs têtes.
Depuis au moins trente ans, Pisiris régnait à Karkémis, et il avait figuré des premiers dans toutes les révoltes inutiles, trempé dans toutes les conspirations avortées contre le roi d'Assyrie, lorsqu'il résolut d'éprouver une fois encore le sort des armes. Teglath-pal-asar II déjà, lui avait fait sentir le poids de son courroux, et Pisiris avait dû également maintes et maintes fois, courber la tête devant Salmanasar V et Sargon. D'une souplesse qui égalait sa perfidie, il était toujours parvenu à se faire pardonner et à faire croire à la sincérité de sa conversion et de son repentir : c'est ainsi qu'il avait réussi à garder sa couronne en payant, toutefois, d'écrasantes contributions de guerre. Les rois d'Assyrie l'avaient maintenu, sans doute parce que, se trouvant à la porte de Ninive, une insurrection de sa part était plus facile à prévenir par une surveillance de tous les instants. 11 y avait cinq ans que Sargon régnait, lorsque Pisiris crut qu'à la faveur des guerres arméniennes et médiques, le moment était venu d'agir. 11 ne pouvait plus^ hélas, tourner ses regards du côté de Damas ou de Samarie pour chercher des alliés : ces royaumes étaient en cendres. Mais les Moschiens, au nord-ouest, n'avaient pas, de longue date^ pris une part
256 REGNE DE SARGON {lil A 704 AV. J.C.)
directe aux lulles contre l'Assyrie; leur pays était redevenu riche et ils pouvaient mettre sur pied de nombreux bataillons. Pisiris envoya des émissaires au roi Mita dont il connaissait les dispositions belli* queuses et qui déjà avait noué, ainsi que nous l'avons raconté, quelques ténébreuses machinations avec Amris, roi de Tubal, et Ursa de TUrarthu. L'affaire était conclue et les gages d'alliance offensive et défensive venaient d'être échangés, lorsque Sargon fut averti. La répression ne se fit pas attendre. Le vieux Pisiris, surpris dans son palais, fut treilné hors des murs de la ville, avec des entraves de fer aux pieds et aux mains; sa demeure fut mise au pillage, et on l'emmena en captivité avec la plus grande partie de la population de Karkémis. Cinquante chariots, 200 cavaliers et 3000 archers qui étaient tout prêts à faire la guerre devinrent la proie du roi d'Assyrie, qui préleva en même temps sur le pays 2 talents et 30 mines d'or, 2100 talents et 24 mines d'argent.
Comme on le voit, ce n'avait été qu'une alerte. Elle suffit pourtant pour que Sargon comprit qu'une promenade militaire était urgente dans les régions occidentales de son empire, afin de rappeler aux populations récemment subjuguées que la puissance d'Assur n'avait pas faibli. Mita, d'ailleurs, se remuait et essayait de secouer la torpeur des gens de la Cappadoce, de la Commagène et de la Cilicie. Aussitôt donc qu'il fut de nouveau libre de ses mouvements, le roi d'Assyrie partit pour l'Occident. Il réoccupa les villes de Harrua et d'Usnani, du pays de Que, dont Mita s'était emparé; il fit 2,830 prisonniers qu'il déporta. Puis, descendant du côté du désert de Syrie, probablement dans le Ilauran^ il parcourut le territoire des tribus de Tasidi, de Ibadidi, de Marsimani, puis il atteignit l'Arabie proprement dite et la terre de Bari que les Assyriens ne connaissaient pas encore et dont ils n'avaient même jamais entendu parler : les rebelles de ce pays furent internés à Samarie.
Le bruit de la présence du grand conquérant dans ces contrées se répandit au loin et tout le monde trembla. Le roi d'Egypte envoya des présents, tout aussi bien que Samsl, reine d'Arabie, et Et-Amar du pays de Saba : c'étaient des tributs exotiques et des produits lointains qui variaient agréablement, l'énumération froidement uniforme du butin que le roi d'Assyrie percevait partout. Il y avait des chiens de diverses espèces, des chameaux, de l'encens et des métaux précieux. Mita lui*même accourut offrir sa soumission avant qu'on vint la lui imposer, et
ce semblant de bonne volonté sauva sa couronne : le canton de Que lui fut même rendu.
Il restait à châtier Ambarid ou Amris, roi du pays de Tubal, qui, de même que son père Ilulli, était entré dans le complot formé par Mita et Ursa. Sargon avait d'autant plus à cœur de punir le roi deTubal, malgré la paix qui venait d'être signée avec Mita, que ce prince s'était montré plus ingrat à son égard. Sargon avait, quelques années auparavant, donné sa propre fille en mariage à HuUi, avec la souveraineté sur la Cilicie ; aussi le châtiment fut exemplaire : l'armée assyrienne moissonna comme du blé le pays de Tubal ; le district de Bit-Buritis surtout eut à souffrir ainsi que la Cilicie qui reçut un gouverneur assyrien.
La onzième année du règne de Sargon fut marquée par d'autres conquêtes dans les pays occidentaux, provoquées par de nouvelles révoltes. Le roi de Gamgum, Tarhular, partisan des Assyriens, avait éié détrôné par son fils Mutallu qui s'était mis à la tête du parti national. Le roi d'Assyrie s'empressa de courir au secours de son allié. Dans la capitale Markasi, il prit Mutallu et toute sa famille, etla contrée fut réduite à l'état de province administrée par un gouverneur assyrien. Mais le grand événement de cette année,? 10 fut la prise d'Azot et la conquête définitive du pays des Philistins. Voici comment est raconté cet important épisode :
« Azuri, roi d'Asdod (Azol), avait résolu dans son cœur de ne pas apporter le tribut, et il avait envoyé aux rois, ses voisins, des émissaires pour les pousser à la rébeUion. Je lui enlevai son trône que je donnai à Ahimit^ son frère, qui devint ainsi roi^ et auquel j'imposai, comme aux princes des environs, des taxes et des redevances payables à l'Assyrie. Mais, ses sujets rebelles résolurent de ne pas apporter ces taxes et ces redevances ; ils se révoltèrent contre leur roi, et, malgré le bien qu'il avait fait, ils le chassèrent, et proclamèrent à sa place Yavan qui n'était pas l'héritier légitime de la couronne. Ils firent asseoir ce dernier sur le trône de leur maîlre, et mirent leurs villes en état de défense... Autour d'Asdod, ils creusèrent un fossé de vingt coudées de profondeur, et ils y firent déverser les eaux des sources des environs. Le peuple de la Philistie, de Juda, d'Edom et de Moab, habitant la côte de la mer, et qui, jusqu'ici, avaient apporté leurs tributs à Assur, mon seigneur, parlaient déjà de trahir. Le peuple et ses chefs pervers portèrent des présents au Pharaon roi d'Egypte, et recherchèrent Talliance de ce prince qui ne pouvait les sauver. Moi, Sargon, le noble prince,
i58 RÈGNE DE SARGON (7îl A 704 AV. J.-C;)
respectaDl le serment d'Assur et de Marduk, gardien de rhonneur d'Assur, je ils traverser à mes soldats le Tigre et l'Ëuphrale au moment de la grande crue. Et lui, Yavan, plein de confianco dans ses forces et méprisant mon autorité, entendit parler de la marche de mes troupes à travers le pays des Hittites, et la peur d'Assur le saisit. Il s'enfuit jusque sur la frontière d'Egypte, aux rives du lleuve (le Nil), à la limite du pays do Marea... et son lieu de refuge resta ignoré. J'assiégeai et je pris les villes d'Asdod et de Gimzu-Asdudim. Les dieux de Yavan, sa femme, ses fils et ses filles, ses meubles, ses biens et les trésors de son palais, avec son peuple, tombèrent en mes mains. Je rebâtis ces villes, el j'y installai les peuples que j'avais conquis dans les pays du soleil levant ; je les plaçai là avec un gouverneur, el je traitai la nouvelle population comme des Assyriens. »
Navire usyricn [D'après ud bas-reLeC de Nimroud.)
Au moment 0(1 il allait quitter le théâtre de ses conquêtes, Sargoo eut la satisfaction de recevoir la visite du roi de Marea (Miluh), près des lacs de Natron, le Mereh égyptien, et non, comme on l'a dit, le pays de Méroé. Jamais roi d'Assyrie n'avait eu de rapports avec un prince gui habitait une contrée aussi reculée, el Sargon, qui fait cette remarque lui-même, ajoute que l'étranger vint pour demander paix el amitié et rendre hommage à la puissance de Marduk. Comme gage de son alliance, il livra au monarque d'Assyrie, le roi d'Asdod, Yavan, qui
était allé lui demander ua asile, et qui fut ainsi victiuie de la plus révoltante félonie.
La ruine du pays des Philistins était la réalisation de cette parole amëre du prophète Isaïe, prononcée en 727, l'année de la mort d'Achaz, roi de Juda, quand les Philistins s'étaient affranchis du joug des Juifs :
Ne là réjouis pas, terre des Pbiliatîns
Parce que la verge qui te frappait est brisée...
Je ferai mourir de fuim ta postérité
Et on tuera tout ce qui est resté de loi.
Gémis, 0 porte I crie, 0 ville!
Toute la terre des Philistins sera dévastée.
Car une fumée B'éléve de l'Aquilon
Et pas UD n'échappera ajx légions ennemies '.
La renommée des exploits de Sargon parvint même jusque dans l'Ue de Chypre qu'il annexa h ce moment à son empire, soit qu'il en fit lui-même la conquête, soit qu'il y envoyât un de ses lieutenants. On comptait alors sept jours de navfgation depuis la cdte jusque dans l'Ile. Il eiiste actuellement, au Musée de Berlin, une stèle connue sous le nom de stèle de Larnaca, qui fut découverte sur les ruines de Cttium,
une des principales villes de Tîle de Chypre, Ce monument retrace les campagnes de Sargon jusqu'à sa onzième année de règne, époque où il fut élevé : il marquait ainsi le terme des conquêtes du puissant monarque du côlé de TOccident : il ne lui était pas possible d'aller plus loin. Par la Cilicie sur le continent, et surtout par Chypre, ce rendezvous commun des Hellènes et des Orientaux, les rapports entre le monde asiatique et le monde grec devenaient de plus en plus fréquents : ce frottement qui va s'élablir en permanence entre un peuple encore jeune et un autre parvenu à l'apogée de la puissance et aux derniers raffinements du luxe, devait être d'une influence capitale sur la marche de la culture intellectuelle et matérielle chez la race hellénique.
Un personnage que nous avons déjà eu l'occasion^de citer en racontant les guerres de Teglath-pal-asar II contre la Chaldée, Marduk-paliddin, revient sur la scène de l'histoire vers le milieu du règne de Sargon, et personnifie avec un éclat extraordinaire les revendications d'indépendance de Babylone et ses luttes pour secouer le joug assyrien, au vin* siècle avant notre ère. C'est le Mérodach-Baladan de la Bible; il était fils d'un prince nommé Yakin, qui, comme plusieurs autres dont les noms nous sont également révélés par les inscriptions, avait profité des troubles du commencement du viii® siècle, pour se créer une principauté indépendante dans un canton de la basse Chaldée. Sa capitale, comme celle de tous les petits royaumes fondés à la même époque dans celte région, avait reçu le nom du roi qui y avait fixé le premier sa résidence; elle s'appelait Bit- Yakin « la demeure de Yakin, » et elle était, disent les textes, « au bord du canal Nahar-Agamme et près des marais. » Marduk-pal-iddin paraît avoir succédé sur le trône de Babylone à un roi que le canon de Ptolémée appelle Ilulaeus et dont la forme assyrienne était sans doute Ululai, « celui qui est né dans le mois d'ulul. » Sa puissance se trouva donc tout à coup considérablement augmentée, et il transporta sa résidence de Bit-Yakin à Babylone même, résolu à reprendre contre Ninive les projets auxquels il avait vainement essayé de donner un commencement d'exécution du temps de Teglath-pal-asar II :
* Cf. Fr. Lenormant, Un patriote chaldéen au VIW siècle avant notre tVj, dans le t. I des Premières civilisations*
lors de ravènement de Sargon, il se proclama indépendant de rAssyrie.
SargoQ ne se jugea pas en mesure de réduire tout d'abord la révolte de Babylone. Occupé, pendant les premières années de son règne, des affaires de la Syrie, de TArménie et de la Médie, il laissa Marduk-paliddin régner paisiblement sur la cité de Bel. Le canon de Ptolémée et les inscriptions de Sargon sont d'accord pour attribuer douze ans de durée au pouvoir indépendant du roi babylonien. Nous ne possédons, de monuments de son règne, que de petites olives de terre cuite percées d*un trou pour être poriées au cou, sur chacune desquelles on lit Un nom de femme avec la mention du prix qu'elle a été payée par tel indi-vidu aux fêles du mois de Sebat. Trouvées à Khorsabad dans les bâtiments du harem du palais bâti par Sargon à la fin de son règne, ces olives de terre cuite ont évidemment appartenu à des femmes emmenées prisonnières après la prise de Babylone, en 709, et mises au nombre des concubines du roi.
Cependant, Marduk-pal-iddin, bien que les Assyriens le laissassent provisoirement tranquille, sentait qu'un danger permanent et infiniment redoutable le menaçait. Il lui était facile de comprendre que, dès que Sargon serait libre de toute inquiétude ailleurs, il se retournerait contre Babylone. Aussi, l'élude du prince chaldéen fut-elle de lui donner une occupation incessante et de lui susciter des ennemis. Envoyant des ambassades dans tous les pays que menaçaient les progrès de la puissance assyrienne, il s'efforça de créer contre ceite puissance une coalition pareille à celle qui se forma plus tard contre Assurbanipal et à celle que Crésus tenta dégrouper contre Cyrus, afin d'arrêter la marche envahissante des Perses. Sargon le lui reproche formellement : « Pendant douze ans, dit-il, contre la volonté des dieux de Babylone, la ville de Bel, juge des dieux/il avait envoyé des ambassades. » Et, en effet, la Bible raconte la mission de ce genre que Marduk-pal^iddin expédia à Jérusalem, auprès d'Ézéchias, sous le prétexte dejéliciter le roi de Juda de sa guérison, et la manière dont Isaïe empêcha, par ses conseils, Ézechias d'écouter les proposiiions d'alliance intime du Babylonien. Ceci se passait en 714-71.3, au plus fort des guerres de Sargon en Arménie et en Médie. Les inscriptions de Khorsabad nous apprennent qu'à la même date, Marduk-pal-iddin formait une alliance offensive et défensive avec Hummanigas, roid'Élam. Ce roi lavait déjà aidé à monter sur le trône, et nous avons vu qu'aussitôt après avoir été proclamé, Sargon lui avait livré, en 721, dans les plaines de Kalu, une grande bataille où les Éla-
mites avaient été détails, et à la suite de laquelle les Assyriens avaient opéré une rapide razzia dans la partie orientale de la Babylonie.
C'est seulement au printemps de 710, dans la douzième année de Sargon et de Marduk-pal-iddin, que Torage, longtemps amassé en silence^ fondit sur le roi de Babylone. Le monarque assyrien, n'ayant plus rien à craindre du côté du nord ni du côté de Touest où ses précédentes campagnes avaient assuré Tobéissance des populations et de leurs princes, pouvait désormais tourner ses eflbrls contre Marduk-pal-iddin^ et il avait tout fait pour assurer le succès de 'son expédition, en accumulant les plus vastes préparatifs. Son adversaire n'était pas non plus demeuré inactif; il s'était assuré le concours du nouveau roi qui venait de monter sur le trône d'Élam, Sutruk-Nahunta ; il avait levé des troupes nombreuses, réparé les forteresses de la Chaldée et de la Babylonie^ et rassemblé un matériel considérable.
Conformément au plan stratégique presque constamment suivi par les rois assyriens dans leurs campagnes contre les Babyloniens et les Chaldëens, qui avaient l'appui des Élamites ou Susiens quand il s'agissait de combattre la puissance de Ninive, Sargon ne vint pas se heurter directement contre Babylone qui, adossée à tout le pays en armes, lui eut offert dès Tabord une résistance presque invincible. Laissant derrière lui les forteresses de la Babylonie, en se bornant sans doute à les masquer par quelques corps détachés^ il opéra le long du Tigre, marchant droit au sud, vers la basse Chaldée et les marais de la Characène, pour couper Marduk-pal-iddin et ses partisans, des Élamites, se réservant de revenir ensuite sur Babylone et les villes voisines, qui, désormais isolées, devaient bientôt tomber en son pouvoir. « Marduk-pal-iddin, dit l'inscription des Annales de Sargon, apprit l'approche de mon expédition ; il arma ses places fortes, rassembla les divisions de son armée et concentra toutes les troupes du pays de Gambul dans la ville de Dur- Athar, et quand mon armée arriva, il en augmenta la garnison, en leur laissant 600 cavaliers et 4,000 fantassins auxiliaires, qui formaient l'avant-garde de son armée. Ils ajoutèrent des ouvrages nouveaux à ceux que leur forteresse possédait déjà, et ils ouvrirent un fossé communiquant avec le canal Surappi. »
Le pays de Gambul était situé le long de la rive orientale du Tigre, près du confluent de ce fleuve avec le Choaspès ; quant au canal appelé Nahar-Surappi, c'est probablement le Maarsarès de la géographie de Ptolémée, le Marsès d'Ammien Marcellin, qui s'embranchait sur FEu-
phrate un peu au-dessus de Babylone, et coulait parallèlement à ce fleuve, au travers des provinces de sa rive arabique, jusque vers l'endroit de son confluent avec le Tigre. « Je marchai, continue le roi assyrien, jusqu'à l'heure du coucher du soleil, et j'enlevai 18,430 hommes avec tout ce qu'ils possédaient : chevaux, ânes, mulets, chameaux, bœufs et moulons. Le reste s'enfuit devant mes armes, et se dirigea vers le canal Ukni, Tinguéable, et les roseaux des marais. » Le canal Ukni, qui se déchargeait dans la mer, était sans doute le célèbre canal que les géographes classiques appellent Pallacopas, et qui, débouchant dans la mer auprès de l'emplacement de Térédon, était, en réalité, la vraie terminaison de l'Euphrate.
Le roi d'Assyrie arriva devant Dur-Athar. « Les fugitifs entendirent que j'assiégeais la ville, dit-il ; ils laissèrent là leur courage et se dispersèrent comme des oiseaux, emmenant des bords du canal Ukni leurs richesses en bœufs et en moutons. Je rebâtis la ville à nouveau et je l'appelai Dur-Nabu (la citadelle du dieu Nabu). Je plaçai au-dessus de ses habitants un de mes officiers comme gouverneur, et je leur imposai comme tribut annuel un talent et trente mines d'argent, 2,000 médimnes de blé (de 63 litres chacun), un bœuf sur vingt et un mouton sur dix. Les villes des six districts du pays de Gambul furent pillées; la liste en est fort longue et mutilée ; les plus importantes étaient celles de Karnanni, Nabu-usalla, Mahiru, Yahid, Parasa, Igaya, Asiel, Sapari, Hamadani, Nami, Zaruti, Sadani, Paka, Andan. Les cantons voisins du Gambul comme ceux de Hubuya, de Hilti, de Nagie, de Hukan, de Tibarsur, de Mahirut, de Hilmu firent aussi leur soumission, et, suivant les expressions du texte « furent ajoutés au domaine de la couronne d'Assyrie, » c'est-à-dire furent organisés en une province directe avec un satrape {salât) assyrien à sa tête.
« Les tribus de Ruha, de Hindar, de Yatbur, de Puqud apprirent la conquête du Gambul ; elles se retirèrent aux approches de la nuit et se dirigèrent vers l'Ukni inguéable. Je jetai sur le canal Umlias un pont en troncs d'arbres et en clayonnages, et je fis construire deux forts, en tête de pont, au delà de la rivière. Je laissai les gens de ces tribus emmener ce qui leur appartenait, et ils s'en allèrent des abords de rUkni et baisèrent mes pieds. C'étaient Yanaku^ gouverneur de la ville de Zami, et vassal de Nabu-usallu, de la ville d' Ahurie, Pasun, Haukan, préfet de Nahan, Sahlu, préfet d'HuIia, les grands de Pukud, Aphatu, préfet de Ruha, Humina, Samih, Sapharu, Rapih, les grands de Hindar;
ils vinrent me Irouver à Dur-Alhar. Je leur pris des otages et je leur imposai des tributs pareils à ceux des Assyriens ; je les plaçai sous la main de l'officier supérieur de mes armées, satrape de Gambul ; je fis un sacrifice de bœufs et de moutons au dieu Nabu.
« Le reste des peuplades araméennes {Arimé), gens pervers, et tous ceux qui habitjsnt leurs districts, avaient placé leurs espérances en Marduk-pal-iddin et en Sutruk-Nahunla, et s'étaient dirigés sur le canal Ukni. Je ravageai comme la foudre leur pays et les cantons étendus qui sont leur demeure. Je rasai les palmiers de leurs plantations, leurs vergers^ les récoltes de leurs districts, et je donnai leurs villages à piller à mon armée. J'envoyai celle-ci sur le canal Ukni, à l'endroit ou devaient se réunir leurs bandes dispersées. Elle les mit en fuite et se répandit à leur poursuite dans les villes de Rami, Abure, Japtir, Makis^ lUipan, Kaldan, Pattian, Ilaiaman, Gadia, Amat, Muhan, Ama, Hiur, Sala, en tout quatorze places fortes des bords du canal Ukni, qui s'étaient soustraites à mon obéissance et qui capitulèrent. » Sargon les réunit, elles aussi, à la nouvelle satrapie établie dans le pays de Gambul.
Ici, le récit passe brusquement à la prise de deux villes d'Élam, Samunu et Bal)-Dur, du district de Yatbur, dont les gouverneurs Ninu et Singamsib furent emmenés captifs en Assyrie avec leurs garnisons, et à la soumission de tous les chefs du pays de Yàtbur, qui parait avoir été situé sur la rive gauche du Tigre. Sargon leur donna les deux villes élamites dont il venait de s'emparer, en échange de plusieurs forteresses de leur propre pays qui furent annexées à l'Assyrie en même temps que les villes des Susiens situées sur le fleuve Naditi, TAbou-Tib ou le Dawaridj de nos jours. La mention de localités aussi éloignées du point où se trouvait le roi, est expliquée par une phrase qui termine cette partie du texte et où nous lisons après les noms de Tul-Humba, de Bubie et de Haman : « Ces refuges fortifiés du pays de Rasi avaient en même temps cédé devant mes batailles puissantes qui étaient entrées dans la ville de Bit-Imbi; et Sutruk-Nahunta, leur roi, s'était replié avec eux, dans les montagnes reculées, pour sauver sa vie. » Le pays de Rasi était un territoire toujours contesté entre les Assyriens et les Élamites; les documents cunéiformes en déterminent la position d'une manière très précise entre le Tigre et les montagnes de la Mésobatène, au nord de la Susiane et au-dessous de la Sittacène; le prophète Ézéchiel le cite deux fois sous le nom de Ros. Une seconde armée assyrienne opérait donc sur la rive gauche du Tigre, attaquant la Susiane par le pays de Rasi,
tandis que le roi en personne marchait par la rive droite du même fleuve, soumettait la Characène et pénétrait jusqu'à TUkni ou Pallacopas.
Les mouvements de Sargon avaient été assez rapides pour lui permettre de surprendre en flagrant délit de concentration les contingents de la Chaldée, que Marduk-pal-iddin, pris au dépourvu par la promptitude de la conquête du pays de Gambul, rassemblait sur la ligne du grand canal, et de les battre en détail avant leur réunion. Il continue ainsi son récit : « Avec Faide des dieux Assur, Nabu et Marduk, je traversai TEuphrate, suivi de mes armées, et je dirigeai ma force vers la ville de Dur-Ladinna, au pays de Bit-Dakkur ; je refis à nouveau la ville de Dur-Ladinna et j'y réunis mes soldats, Télite de mes bataillons. » Ayant soumis les provinces les plus méridionales, celles qui tiennent au golfe Persique, depuis le Schatt-el-Arab jusqu'à la lisière du désert arabique, et solidement occupé la ligne du Tigre et du Schatt-el-Arab, le roi d'Assyrie remonte désormais vers le nord et marche sur Babylone, que les Élamites ne peuvent plus secourir. Pour entrer de la contrée arrosée par Tllkni dans la Babylonie proprement dite, il lui fallait en effet franchir TEuphrate, dans la portion de son cours qui va rejoindre le Tigre avant de se jeter avec lui dans la mer. Le pays de Bit-Dakkur ou E-Dakkur, qui formait une principauté indépendante depuis près d'un siècle, était au sud de Babylone, mais non à une très grande distance de cette cité : c'était peut-être Tldicara que Ptolémée place entre Babylone et Orchoé (Erech).
« La gloire des dieux Assur, Nabu et Marduk que j'avais répandue sur ces contrées, Marduk-pal-iddin, roi de Kar-Dunias, l'entendit à Babylone au milieu de son palais ; la défiance dans ses forces le domina ; il fit sortir de nuit, avec ses auxiliaires, ses propres troupes, et dirigea ses pas vers le pays de Yatbur, touchant au pays d'Élam. II avait donné en présent d'hommage son sceptre d'argent, son trône d'argent, son parasol d'argent, les insignes de sa royauté, d'un poids considérable, à Sutruk- Nahunta TÉlamite, pour qu'il soutint son parti. » Le texte qui suit ces lignes dépeint Marduk-pal-iddin dérobant sa marche à la connaissance des Assyriens. Après avoir franchi le Tigre, sans doute avec la connivence des populations qui lui demeuraient favorables, sur un point où la garde en était insuffisante, il arrive dans le pays de Yatbur, mais il reconnaît l'impossibilité de s'y maintenir ; les forteresses du pays étaient, en effet, comme nous venons de le voir, occupées par des garnisons assyriennes; les gens du Yatbur avaient fait leur soumission et ne se
souciaient pas de recommencer la lutte ; enfin dans celle province, il lui était impossible de se remettre en communication avec les Élamites, ses alliés. Aussi, le texte ajoute-t-il : « Lui et ses auxiliaires retirèrent leurs combattants du Yatbur; il se rendit à la ville d'Ikbi-Bel et y resta en sûreté. » On verra tout à Tbeure, par la marche de la campagne de Tannée suivante, que cette ville d'Ikbi-Bel était située dans le pays même de Bit-Yakin ou dans ses environs immédiats, c'est-à-dire dans la région littorale qui s'étend de la rive gauche du Schatt-el-Arab à l'ancienne Susiane. Coupé des Élamites et obligé par l'habile stratégie de Sargon d'évacuer Babylone sans combat, de peur de s'y trouver enfermé et fatalement pris, Marduk-pal-iddin se repliait sur son ancienne princi-> paulé pour y livrer une dernière et décisive bataille.
Pendant qu'il se dérobait ainsi, Babylone, dont les fortifications devenaient inutiles, ouvrait ses portes au vainqueur et envoyait des députés pour lui apporter sa soumission avant même qu'il eût encore paru dans ses murs. <( Les gens de Babylone et de Borsippa, les hommes qui entrent dans le palais, les docteurs instruits dans les livres et ceux qui marchent devant les chefs du pays, qu'il leur avait confié, apportèrent en ma présence les niches sacrées de Bel, de Zarpanit, de Nabu et de Tasmit, dans la ville de Dur-Ladinna. Les habitants de Babylone m'appelèrent, et je fis tressaillir les entrailles de la ville de Bel-Marduk, juge des dieux. Immédiatement j'entrai à Babylone, et j'immolai solennellement des victimes aux grands dieux. » A dater de ce moment, Sargon ayant fait acte de roi dans la ville de Babylone, en prit lui-même le sceptre, et ne le confia pas à un prince vassal ; il installa un simple satrape dans la grande cité. Aussi, à partir du commencement de 709, est-ce son nom légèrement altéré en Arkéanos^ que nous voyons figurer dans le canon babylonien conservé par l'astronome Ptolémée. Les contrats notariés passés entre particuliers dans les cinq dernières années de Sargon portent celle de son règne comme roi d'Assyrie et celle de son règne babylonien. « J'établis, dit-il, ma puissance dans le palais de Marduk-pal-iddin, et je reçus les tributs des pays d'Arime (les tf ibuts araméennes de la Babylonie), de Bit-Amukkan et de Bit-Dakkur. Les rois antérieurs avaient jadis creusé un canal à Borsippa; je le refis de nouveau, à la gloire des dieux Nabu et Marduk, allant jusqu'à la ville de la main d'Oannès (un des noms mystiques de Babylone). Les gens de Ilavaran (Ouady Hauran, sur la rive droite de l'Euphrate) s'étaient soustraits à mes armes puissantes^ étaient entrés dans la ville de Sippara, et avaient résisté à une
troupe de Babyloniens envoyée contre eux. Dans ma puissance, je leur envoyai des officiers de mon armée comme gouverneurs; ils s'approchèrent d'eux avec confiance etj^grands et petits, ils ne fuyaient plus. Au milieu du repos et de la tranquillité, arriva le mois de Sebat, le mois du lever du maître des dieux; je pris les mains des dieux Bel-Marduk et Nabu, le roi des légions du ciel et de la terre, et je parcourus le chemin de la maison des trésors sacrés... J'offris des sacrifices aux dieux des Sumers et des Accads. »
Après avoir occupé à la réduction du pays de Gambul et des cantons arrosés par le Pallacopas, la belle saison de l'année 710, Sargon avait donc passé à Babylone l'hiver de 710 à 709 ; il y était au mois de février, lors des fêtes de Sebat, et il y resta quelque temps encore, car ce fut seulement en mai qu'il ouvrit une seconde campagne pour expulser Marduk-pal-iddin de son pays de Bit-Yakin où il s'était activement fortifié pendant tout l'hiver, tirant des secours en hommes et en argent des villes de Chaldée que le roi d'Assyrie avait négligé d'occuper, pour marcher sur Babylone. « Dans ma treizième année de règne, au mois d'Aïr, je partis de la ville de la main d'Oannès; je relevai mon courage et je disposai mes forces... Marduk-paMddin avait mis à contribution les villes d'Ur, de Larsa, et de Kisik, la demeure du dieu Laguda; il avait réuni ses forces à Dur-Yakin, et avait armé ses citadelles. » Le récit de la grande et décisive bataille livrée devant cette ville, située a près du fleuve et de la mer » est ainsi raconté dans l'inscription des Fastes de Sargon : « Marduk-pal-iddin mesura un plèthre (31m. 50) en avant de son grand camp retranché, et à cette distance il fit exécuter un fossé large de 200 pieds (63 mètres) et profond d'une grande perche (9 m. 45) et il y fit entrer l'eau des canaux; il mena une tranchée jusqu'à TEuphrate, et divisa son cours par des coupures dans la plaine. 11 couvrit d'un retranchement la ville, siège de sa rébellion. Il créa des inondations, en coupant les digues. Lui et ses compagnons firent élever en l'air, comme des oiseaux, les insignes de sa royauté par ses hommes de guerre, et il ilisposa son armée en bataille. J'étendis mes combattants en même temps sur toute la ligne de ses canaux, et ils le mirent en fuite. Les eaux des fleuves roulèrent les cadavres de ses soldats, comme des troncs d'arbres. Les Suti (tribus de chasseurs nomades qui habitaient le désert voisin de la basse Chaldée) étaient présents à ce désastre... et ils s'en allèrent. J'anéantis ses gardes et les gens de Marsan, et je remplis de la terreur de la mort le reste de ses
bataillons. Il abandonna dans son camp les insignes de la royauté, le palanquin d'or, le trône d'or, le parasol d'or, le sceptre d'or, le char d'argent, les ornements d'or, et des effets d'un poids considérable, el il s'échappa par une fuite clandestine. Tl répara les brèches des murs de
Eanuquee portant le trdne royal. (Bas-relief du palaU de SnrgoD.)
sa citadelle, et y renferma les déhris de son armée. J'assiégeai la ville de Dur-Yakin et je l'enlevai d'assaut. Je pris comme captifs et comme butin, lui-même, sa femme, ses fils, ses filles, l'or, l'argent, tes richesses de son trésor, tous les serviteurs de son palais, les dépouilles abondantes de la ville, et tout ce qui restait des hommes de différentes classes qui s'étaient soustraits à ma domination. Je détruisis par le feu
Dur-Yakin, la ville de sa puissance; j'en renversai les remparts; j'en arrachai la pierre de fondation; j'en fis un monceau de décombres. »
Cependant et malgré tout, Marduk-pal-iddin parvint à s'échapper. a Ce Marduk-pal-iddin, poursuit l'inscription des Annales, reconnaissant sa propre faiblesse, fut terrifié; la crainte immense 3e ma royauté s'empara de lui; il abandonna son sceptre et son trône; en présence de mon envoyé, il baisa la terre. 11 abandonna ses châteaux, il s'enfuit^ et
QQQQQO.QQQQOQ O O O O
\JU\KFJMF.
Parasol royal. (D'après ua bas-relief da palais de Sargon.)
Ton ne revit plus sa trace. J'appelai son fils, il bénit ma gloire et je lui accordai sa grâce. »
Sargon demeura ainsi vainqueur de la Babylonie et de laChaldée. Il avait soumis à son sceptre tout le pays jusqu'au golfe Persique, rejeté les Élamites jusque dans leurs montagnes, contraint Marduk-pal-iddin à la fuite. Lorsqu'il racontait ces événements dans les inscriptions triomphales dont il couvrait les murailles de son nouveau palais de Khorsabad, il croyait avoir à jamais réduit à l'impuissance les velléités de révolte de Babylone, Mais il se trompait, car il avait affaire à la fois
à un peuple affamé d'indépendance et à un homme qu'aucun revers n' abattait. Aussi devait-il voir de nouveau lui-même, avant de mourir, le pays qu'il avait péniblement soumis reprendre les armes, mais il n'eut pas le temps de recommencer une nouvelle campagne contre Babylone, et c'est son fils Sennacherib que nous verrons reprendre un jour la conquête de la Chaldée.
Avant de rentrer en Assyrie, Sargon voulut toutefois achever la pacification du pays, ici par des mesures de douceur, là par la répression la plus sanglante. Il permit aux habitants de Sippara, de Nipur, de Babylone et de Borsippa de continuer à vivre dans leurs villes sous la surveillance de ses officiers, et il ne les condamna point à la déportation. 11 favorisa même l'agriculture de ces contrées en distribuant aux habitants les terres que détenaient de temps immémorial les Suti qu'il refoula au loin dans le désert. Les anciens temples d'Ur, d'Uruk (Erech), de Rata, de Larsa, de KuUab, de Risik, de Nivit-Laguda furent restaurés, et les divinités locales plus que jamais révérées et mises en honneur : on voit que les hommes du Nord se ressouvenaient de leur communauté d'origine avec les hommes du Midi, qui bien que vaincus, ne sont pas traités comme le furent partout les hommes d'une autre race. Une contribution régulière fut établie sur le pays de Bit-Yakin, jusques et y compris les villes de Samuna, de Bab-Dur, de Dur-Tilat, de Babu et de Tul-Humba qui dépendaient de l'Elymaïde. Les Élamites de la ville de Hummuk furent déportés jusqu'en Syrie, et la ville de Sakbat fut le siège du gouvernement assyrien du pays d'Elam : c'est là que résida Nabu-pakid-ilan, chargé spécialement de la rentrée des impôts.
Sargon méditait une expédition maritime dans l'Ile de Tilmun, célèbre dès la plus haute antiquité par ses sanctuaires vénérés, et qui eut pu devenir un nid de pirates fort inquiétant pour la côte qui venait de passer sous la domination assyrienne : elle était à cette époque éloignée de 20kasbu au milieu de la mer. Le roi de l'Ile, Upiri, prévint le tout puissant monarque en venant spontanément lui offrir sa soumission et son tribut.
Il reçut aussi, tandis qu'il cantonnait encore dans le pays d'Elam, les ambassadeurs du roi des Moschiens, Mita, qui avait lutté jusque-là et qui enfin venait d'être définitivement dompté par un des généraux que Sargon avait préposé à la garde de ses provinces du nord-ouest. Bien plus, l'heureux monarque vit venir aussi baiser ses pieds les représen-