‹ Histoire ancienne de l'Orient [Texto impreso]Chapitre 37 sur 98 · GUERRES EN CHALDÉE · texte numérisé non relu

GUERRES EN CHALDÉE

de l'Elymaïde, abandonna la ville de Msdaktu dont il avait fait sa place d'armes, et se réfugia dans le pays de Haïdal où il attendit Tennemi de pied ferme. Sennachérib n'osa s'avancer à sa poursuite avant d'avoir pris la ville de Madaktu, qu'une solide garnison était résolue à défendre jusqu'à la dernière extrémité : le récit embarrassé que fait le roi d'Assyrie de son expédition, montre qu'il échoua en partie dans son projet : « J'avais résolu, dit-il, d'entreprendre une expédition contre Madaktu; pour cela, j'ai consulté le mois, le jour, la prohibition ou la permission des astrologues. Mais j'ai été arrêté parla pluie du ciel et la neige dans les montagnes. Je suis revenu sur mes pas, et je suis rentré à Ninive. »

Le roi d'Elam triomphait puisqu'il n'était pas vaincu^ et l'indépendance de son pays était assurée. Malheureusement il mourut peu de temps après la retraite du roi d'Assyrie, et cet événement parut si heureux à Sennachérib, qu^il en attribue la cause aux dieux tutélaires du pays d'Assur : « Suivant les décrets d'Assur, mon seigneur, dit-il, trois mois après mon départ, le terme de la vie fixé pour Kudur-Nahunta, roi d'Elam, arriva. Le jour même de sa mort^ suivant les coutumes de ce royaume, Umman-Menan, son frère, s'assit sur le trône. » Malheureusement, ce grand bonheur pour le roi d'Assyrie fut contrebalancé par un incident qui devait avoir les conséquences les plus funestes : . l'ancien roi de Babylone, Suzub, prisonnier et confié h la garde du préfet de Lahir, avait réussi à briser ses fers et à s'évader, « grâce à la complicité d'un homme d'Aruzik, un transfuge coupable de sang versé. » En vain, Sennachérib lança ses sicaires à la poursuite du fugitif : « Je voulais, dit le roi d'Assyrie, l'atteindre pour avoir son sang et sa vie, mais il s'enfuit vers les rebelles du pays d'Elam; puis, bientôt, par ruse et perfidie, il revint du pays d'Elam, et pénétra au cœur même de Babylone. »

L'insuccès de la campagne du roi d'Assyrie, dans la Susiane, l'année précédente, était bien de nature à réveiller les espérances des Babyloniens. Aussitôt que Suzub apparut dans la cité de Bel, le peuple, chassant la garnison assyrienne^ le proclama roi. Son premier soin fut de s'assurer le secours du roi Umman-Menan, et il l'obtint en livrant au monarque susien les trésors accumulés dans le temple' E-Saggil par le gouverneur assyrien : « Dispose ton armée, lui écrivit-il, prépare tes forces, marche vers Babylone et fortifions nos mains. » Et Sennachérib ajoute : (( Cet homme d'Elam, dont j'avais, dans une expédition

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antérieure, attaqué et pris les villes, se mêla à ces projets. Il imposa les villes, il disposa son armée et ses forces, il augmenta le nombre de ses chars, de ses inslruments de guerre, de ses chevaux et de ses bêtes de somme. » Bref, Umman-Menan, passa la frontière à la tête d'une nombreuse armée ; il avait joint à ses propres troupes des auxiliaires tirés des pays de Parsuas, d'Anzan, de Pasir, d'EUibi, de Bit- Ad in, de Bit-Amukan, de Lahir, avec les contingents des cantons semi-chaldéens de Pukud, de Gambul, de Rua, de Malah, de Rapik, de Kindar, dé Damun et d'une foule d'autres, y compris les milices de Bit-Yakin que lui amena Nabu-zikir-iskun, le fils de Marduk-paliddin.

« Us se dirigèrent sur Babylone, pour rejoindre Suzub, l'homme de la tribu de Kalban. Le peuple de Babylone vint, de son côté au-devant d'eux, et ils marchèrent unis. Pareils à des bandes innombrables de sauterelles qui se répandent dans la plaine pour la dévaster, ils se ruèrent contre moi. La poussière, soulevée par leurs pieds, était semblable au nuage épais des pluies de l'automne, qui envahit les vastes cieux, cachant ce qui était devant moi. Près de la ville de Halul, sur les bords du Tigre, ils s'établirent en ligne, en face de mon camp, et voulurent tenter le sort des armes. »

La fortune des batailles fut favorable au roi d'Assyrie. « Pour moi, ajoute-t-il, je me confiai à Assur, à Sin, à Samas, à Bel, à Nabu, à Nergal, àlslar deNinîve, à Istar d'Arbèles, les dieux mes protecteurs. J'ai imploré leur secours, contre l'ennemi qui s'avançait vers moi. Les dieux entendirent ma prière et ils m'accordèrent leur protection ; alors, je me suis mis en garde. Le cœur rempli de courroux, je montai en hâte, sur mon char de bataille le plus élevé, qui balaie les ennemis. Je pris dans mes mains l'arc puissant que le dieu Assur m'a donné... Je me ruai comme le feu dévorant sur toutes ces armées rebelles, comme le dieu Raman, l'inondateur. Par la grâce du dieu Assur, mon maître^ je marchai vers ma proie pour la détruire, comme une tempête dévastatrice, je versai la stupeur sur mes adversaires. Par la grâce du dieu Assur, mon maître, et la tempête de la bataille, j'ébranlai la force de leur résistance et je fis chanceler leur fermeté. L'armée des rebelles, sous mes attaques terribles, se replia, et leurs chefs réunis délibérèrent, réduits au désespoir. » La journée avait été rude, et la bataille quoiqu'en dise ce bulletin de victoire, restait indécise, car l'armée des confédérés, bien que fortement éprouvée,

n'avait pas reculé d'un pas. Ce fut alors que Sennachérib eut recours à la ruse et à la corruption pour venir à bout de vaincre. Il raconte ensuite^ en effet, comment il acheta la trahison de Humba-Undai§, le chef d' État-major [nagir) du roi d'Elam, qui lui révéla les plans de son maître, et lui donna les moyens de remporter, dans une seconde bataille, une victoire facile sur l'armée des Susiens et des Chaldéens : le traître, dit le texte cunéiforme, accepta pour prix de son infâme action, « des bracelets splendides en or, et des anneaux en or, et encore des monceaux d'or. » Umman-Menan et Suzub furent complètement battus : <( Sur la terre mouillée, les harnais, les armes prises dans mes attaques, nageaient dans le sang des ennemis comme dans un fleuve; caries chars de bataille, qui enlèvent hommes et bêtes, avaient, dans leur course, écrasé les corps sanglants et les membres. J'entassai les cadavres de leurs soldats comme des trophées, et je leur tranchai les extrémités des membres. Je mutilai ceux que je pris vivants, comme des brins de paille, et pour punition je leur coupai les mains. » Umman-Menan et Suzub réussirent encore une fois à s'échapper, mais Nabu-zikir-iskun fut fait prisonnier.

Alors, le roi d'Assyrie prit une résolution implacable; voulant en finir avec ces insurrections continuelles qui épuisaient les forces de son empire, il décida d'en rendre le retour impossible, en anéantissant leur foyer, et de détruire Babylone par le fer et le feu, sans plus avoir d'égard pour son caractère de ville sacrée. L'ordre fut exécuté dans toute sa rigueur et les temples mêmes ne furent pas respectés. II fut exécuté comme il avait été conçu, avec la froide cruauté d'une mesure de terreur mûrement préméditée, et cela quand le premier moment de colère était déjà passé, plusieurs mois après la victoire. Dans l'inscription qu'il fit graver sur les rochers de Bavian, Sennachérib s'étend avec une complaisance féroce sur les détails du traitement terrible infligé à Babylone : « Dans un second voyage, je marchai rapidement sur Babylone, dans laquelle j'entrai sans coup férir; je me précipitai sur elle, rapide comme l'orage, et je la renversai comme un ouragan. » Le roi Suzub qui avait réussi, on ne sait comment, à y rester encore, fut pris vivant, cette fois, avec toute sa famille; les statues des dieux furent martelées et brisées. « La ville et ses temples, depuis leurs fondations jusqu'à leur sommet, je les ai détruits, démolis complètement, livrés aux flammes; les forteresses et les temples des dieux, les tours à étages en briques cuites et en briques crues, je les ai abattues

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