‹ Histoire ancienne de l'Orient [Texto impreso]Chapitre 38 sur 98 · GUERRES EN ARMENIE ET EN MEDIE · texte numérisé non relu

GUERRES EN ARMENIE ET EN MEDIE

et renversées dans le canal Nahr-Araht... Pour que dans la suite des temps, on ne pût pas trouver remplacement de celte ville et des temples des dieux, je la submergeai dans les eaux. » Le pillage avait précédé la destruction; les statues des dieux avaient été enlevées des temples pour être portées en Assyrie. Parmi les trophées de ce sac de Babylone, Sennachérib cite les images du dieu Raman et de la déesse Sala, conquises en Assyrie par Marduk-nadin-ahi *, quatre cent dix-huit ans auparavant^ et le sceau royal de Teglath-Adar P', que l'on gardait depuis six siècles dans la grande cité, comme un trophée de victoire sur les Assyriens.

Quand Sennachérib se fut retiré, les débris de la population de Babylone sortirent de leurs retraites et vinrent de nouveau fixer leurs habitations sur les ruines fumantes de leurs anciennes demeures ; la ville se rebâtit graduellement, et au bout de quelque temps, il faudra encore compter avec elle. Du moins Sennachérib eut la satisfaction de ne point voir cette renaissance de l'orgueilleuse rivale de Ninive; il se contenta de donner la vice-royauté de la Chaldée dépeuplée à un personnage que le canon de Ptolémée appelle Régebelos, et dont le nom assyrien était sans doute Riu-Bel; à ce dernier succéda Musesi- Marduk, dont on ne connaît que le nom sous sa forme grécisée Mesêsimordacos.

§ 2. — GUERRES EN ARMÉNIE ET EN MÉDlE

La révolte de Babylone, au commencement du règne de Sennachérib, n'avait été, avons-nous dit, que le prélude d'un soulèvement général sur tous les points de l'empire. Les peuples de la Médie et du Naïri avaient pris les armes, en même temps que les roitelets de la Palestine et de la Phénicie se proclamaient indépendants. Aussi, si la première campagne du roi d'Assyrie avait été pour la Chaldée, la seconde fut pour l'Arménie et la Médie. Argistis, le roi de l'Urarthu, s'était affranchi du joug assyrien dès la fin du règne de Sargon, qui n'eut pas le temps de punir le rebelle. 11 est étrange que Sennachérib ne parle pas, dans les annales de son régne, du royaume puissant qui s'était reformé aux portes de l'Assyrie et dont les armées eussent pu, à un moment donnée se précipiter sur Ninive comme une avalanche. Argistis, qui s'était annexé la

^ Voyez plus haut, p. 15S.

plus grande partie de T Arménie el qui résidait à Van, resta possesseur de son royaume, soit qu'il eul réussi à repousser l'invasion assyrienne, soit peut-être que Sennachérib, instruit par l'expérience de Sargon, et épuisé déjà par ses victoires chaldéennes si chèrement achetées, n'eut pas osé s'engager avec son armée dans les montagnes arméniennes:

La première hypothèse paraît la plus vraisemblable, car les rélicences significatives des documents officiels de l'Assyrie nous sont expliquées par les inscriptions de Van qui, lorsqu'elles seront clairement interprétées, suppléeront largement à la lacune historique que nous offre ici l'épigraphie ninivite. Argistis a fait, en effet, graver le récit détaillé de ses exploits sur les rochers situés à l'entrée des grottes sacrées du Rhorkhor, dans une immense inscription en sept colonnes, ne comprenant pas moins de trois cents lignes, divisées en trente paragraphes. D'après ce que nous pouvons en déchiffrer sûrement aujourd'hui, il s'y vante d'avoir fait des guerres heureuses et prolongées contre les Assyriens, et d'avoir agrandi son empire dans de très larges proportions par des conquêtes au sud et au nord de ses États héréditaires. Les principaux pays dont il dit s'être ainsi rendu maître sont ceux de Marmua, d'Ëbani et de Manna (Van). Il décrit la prise de leurs villes, l'incendie de leurs temples et de leurs palais, l'enlèvement de nombreux captifs, ainsi que d'une immense quantité de chevaux, de chameaux, de bœufs et de moutons. D'autres inscriptions du même prince , relevées par M. Layard dans l'église de Sourp-Sahak, à côté de Van, et dont les copies sont à Londres, Tune de 40 et Taiitre de 26 lignes, appartiennent également au règne d'Argistis. L'une d'elles résume les campagnes du roi qui s'y vante d'avoir pris 453 villes, brûlé 105 temples et palais, et ramené dans ses États 25,170 hommes et 2,734 officiers captifs, une immense quantité de femmes et d'enfants, 73,700 moutons et un grand nombre de bœufs et d'autres bestiaux. Sans doute, tout ce butin ne fut pas pris aux Assyriens, et il dut venir surtout des cantons du nord-ouest du Naïri ou du bassin de l'Araxe; néanmoins ces éclatantes victoires, en fortifiant la puissance d'Argistis, étendirent au loin sa renommée, et Sennachérib fut prudent en ne s'obstinant pas à revendiquer les provinces du nord, conquises autrefois par ses prédécesseurs. Les fils d'Argistis restèrent longtemps encore maîtres incontestés de l'Arménie.

Les succès de Sennachérib, dans cette direction, se bornèrent à faire rentrer dans Tordre les pays situés vers les sources du Zab supérieur ; il préféra courir à des victoires plus faciles en ravageant l'ancien pays

CVEIlllES EN AnMKNIE ET EN MEDIE

' Bas-relier de Nimroud.

des Cosséens et le territoire de quelques tribus Mëdes. « J'ai marché, dit-il, contre les tribus des Kassi (Cosséens) et de Yasu-Bigallai qui^ depuis longues années, avaient méconnu l'autorité des rois mes pères. J'ai parcouru à cheval les forêts antiques et les gorges des montagnes. Je fus suivi par mes chars de guerre, jusqu'au moment où les sentiers devinrent impraticables. J'assiégeai et je pris les villes de Bit-Hilamzah, de Hardispa, de Bit-Kubatti et toutes les forteresses du pays. J'en ai fait sortir les habitants, les chevaux, les ânes, les mulets, les bœufs et les moutons, et je les ai emmenés comme butin. J'ai détruit des villes sans nombre, j'en ai fait des monceaux de ruines et j'ai livré aux flammes leurs palais et leurs demeures. » C'est toujours le même système de conquête barbare, le fer et la flamme à la main ; et comme toujours, les habitants des villes prises sont transportés sur d'autres points du territoire assyrien, et remplacés dans leurs demeures par des gens pareillement arrachés à des contrées lointaines. Il parait que le triomphe du roi d'Assyrie dans les défilés du Zagros fut complet, car il incorpora le -pays au district soumis au préfet d'Arrapha, et il fit ériger une stèle commémorative de ses exploits.

Du pays des Cosséens, le conquérant s'avança plus à l'est sur l'Ellibi dont le roi Ispabara qui s'était soumis avec tant d'humilité à Sargon, n'avait pas manqué de reprendre les armes, aussitôt qu'une chance d'impunité lui avait souri. En apprenant l'arrivée de Sennachérib, l'imprudent roi d'EUibi abandonna^'précipitamment sa capitale et se réfugia dans les montagnes, ne laissant que des garnisons insuffisantes dans des villes comme Marsambisti et Akkudu qui furent prises, pillées et détruites. Pour assurer désormais la tranquillité de ces régions, Sennachérib incorpora au gouvernement du pays d'Assur proprement dit, les places de Sisirlu et de Kumpahi^ et il installa une forte garnison assyrienne dans la ville d'ilinzas qui s'appela désormais Kar-Sennachérib : le préfet de Harhar eut pour mission de surveiller la frontière.

Au lieu de rentrer directement à Ninive, le roi d'Assyrie fit un détour pour trouver sur son chemin quelque chose à piller. Il foula le territoire de tribus nïédiques dont, parait-il^ les rois ses ancêtres n'avaient même jamais entendu prononcer le nom, et après leur avoir imposé de lourdes contributions, il leur fît jurer obéissance et fidélité.

Une autre fois, c'était dans la cinquième année de son règne, Sennachérib profita d'une trêve dans ses guerres avec la Chaldéd pour se jeter de nouveau sur les régions de l'Est : « J'ai soumis, dit-il, les villes de

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