GUERRES EN ARMÉNIE ET EN MÉDIE
Tuharrî, de Sarum, d'Ezamu, de Kibsa, de Ilalbud, de Kua, de Kana, dont les habitants avaient établi leurs demeures comme des nids d'oiseaux, en citadelles imprenables, au sommet des montagnes du pays de Nipur. Elles n'avaient pas voulu reconnaître mon autorité. J'ai laissé les bagages dans la plaine du pays de Nipur, avec les frondeurs, les porteurs de lances et mes innombrables bataillons : je me posai devant elles comme un portique de colonnes. Avec les débris des torrents, les fragments des hautes et inaccessibles montagnes, j'élevai un trône que je plaçai sur une cime de la montagne que je fis aplanir. Je bus Teau de ces montagnes, Teau auguste, pure, pour étancher ma soif. Quant aux hommes, je les surpris dans les crevasses des forêts montueuses ; je les vainquis, j'attaquai leurs villes en les dépouillant de leurs habitants, je les détruisis, je les démolis, je les réduisis en cendres. »
De là^ Sennachérib envahit le pays de Dahi non moins montagneux et difficile à conquérir : le roi de celte région s'appelait Manya et résidait à Ukku. (( Les chemins n'étaient pas praticables : il fallait s'avancer à travers des montagnes inaccessibles, où jamais personne, parmi mes ancêtres n'avait pénétré; aussi, je laissai mes chars dans les plaines d'Anara et d'Uppi. El moi, le roi assis sur le trône de justice, je suis monté avec mes braves guerriers dans les défilés et les ravins des montagnes. Ce Manya, fils de Buli, attendit l'approche de mon armée, du haut de pics inaccessibles, car il avait abandonné la ville d'Ukku, sa capitale. •> Sennachérib ne dit point qu'il soit parvenu à déloger Manya de sa retraite ; il ajoute seulement qu'il entra dans Ukku dont il condamna les habitants à la déportation après les avoir complètement ruinés.
On n'entend plus parler après cela, des régions de l'Orient et du Nord où Sennachérib ne retourna pas. En résumé, l'on peut dire que, de ce côté, le rôle de ce prince fut sans éclat et qu'il ne parvint même pas à rétablir dans son intégrité la frontière que Sargon avait fixée. Les quelques succès qu'il remporta sur de petites tribus mèdes suffirent sans doute à préserver l'Assyrie d'une invasion, en témoignant que les légions ninivites n'avaient rien perdu de leur vitalité guerrière et de leur avidité féroce, mais ils ne furent nullement définitifs, et il était aisé de pressentir qu'à peine rentré à Ninive, Sennachérib verrait de nouveau les tribus Mèdes lui échapper et refuser l'hommage et le tribut, à l'instigation sans doute d'Argistis, roi deTUrarlhu et d'Umman-Menan, roi de l'Elymaïde.
296 HÈGNE DE SENNACIIÉUIB (704 A 680 AV. J -C.)
Les grandes guerres, h jamais célèbres dans Thisloire, que Sennachérib engagea en Syrie el en Palestine , sont à la fois racontées dans les textes cunéiformes, dans la Bible au second livre des Rois el à celui d'Isaïe, enfin chez Hérodote. Par la comparaison et le rapprochement de la version officielle assyrienne, de la version juive et de la version grécoégyptienne, on arrive à reconstituer la trame des événements d'une manière aussi complète que pour un fait de Thistoire moderne.
Le prince qui régnait à Jérusalem lorsque Sennachérib monta sur le trône était toujours le vieux roi Ezéchias, fils d'Àchaz, qui avait été témoin de la prise de Samarie et de la chute du royaume d'Israël. Il avait vu aussi, non sans trembler, la défaite du roi d'Egypte, Sabak, à Raphia, la prise de Gaza^ puis celle d'Azot et la ruine du pays des Philistins : sa fidélité apparente l'avait seule préservé jusque-là. « Quand ces grands événements se furent accomplis autour de lui, il se trouva enfermé comme dans un cercle de fer par la puissance ninivite. Au nord, elle avait peuplé de ses colons les antiques montagnes d'Ephraïm ; i^ l'ouest, elle avait brisé la résistance des villes philistines ; au sud, elle avait rendu tributaires les Arabes et rempli les sujets du Pharaon de terreur; à Test, la Syrie n'existait plus; el les Ammonites et les Moabites, ces ennemis éternels des Juifs, étaient prêts à s'unir à quiconque prenait les armes contre eux^ » La situation n'était plus tenable pour un peuple jaloux de sa liberté et de son autonomie ; aussi le malheureux roi rêvait depuis longtemps son affranchissement ; la crainte seule d'une répression terrible l'arrêtait dans ses projets de rébellion, et jusqu'ici, il s'était contenté d'amonceler des trésors et des armes, dans le plus grand secret, de manière à être prêt quand le moment serait venu d'agir.
Au milieu de ces perplexités, il reçut de Marduk-pal-iddin qui alors soulevait la Ghaldée, des ambassadeurs qui venaient sous le prétexte de le féliciter de saguérison miraculeuse, à la suite d'une maladie grave qu'il avait eue quelque temps auparavant, mais en réalité pour lui proposer une alliance offensive et défensive contre le roi d'Assyrie. L'orgueil d'Ezéchias fut singulièrement flatté de la démarche du roi de Rabylone,
* Vîgouroux, La Bible H les découvertes modernes, l. IV, p. 171-172.
CAMPAGNES DE SYItlE ET DE PALESTINE ?9T
et l'âme de ce vieillard se trouva forlemcnl t'branlée, saos oser encore, pourlani, prendre de ii>solulion décisive. U fit aux ambassadeurs l'ac-
Euanqucs ostjriens
cueit le plus brillant, et se consplul naïvement à étaler h leurs yeux éblouis les richesses sans nombre, les trésors de toute nature et les moyens
' D'apris un baB-relief du palais de Khorsabad.
militaires qu'il avait pu accumuler dans ses caisses et dans ses arsenaux, à la faveur d'une longue période de paix et de tranquillité. Le prophète Isaïe lui reprocha celle vanité imprudente qui pouvait le mener si loin, cet étalage de ressources dont le bruit seul pouvait éveiller Tattention et la convoitise de l'Assyrien. Éclairé par une vue prophétique, Isaïe dévoila même au roi les secrets de l'avenir pour achever de le détourner d'une alliance avec Marduk-pal-iddin et les Babyloniens^ en lui disant : <( Des jours viendront où l'on emportera à Babylone tout ce qui est dans ta maison et ce que tes frères ont amassé jusqu'à ce jour; rien n'en restera, a dit Jéhovah, et tes propres descendants seront pris pour être des eunuques dans le palais du roi de Babylone*. » La parole du prophète produisit son effet, et Ezéchias n'osant s'insurger ouvertement, se contenta d'attendre les événements^ tout en se tenant prêt à marcher : c'était la pire de toutes les politiques, car cette attitude ne pouvait que mécontenter fort le roi d'Assyrie^ et l'abstension systématique privait la coalition de forces qui eussent suffi peut-être pour en assurer le triomphe définitif.
D'autres princes syriens s'étaient montrés moins pusillanimes ; le roi d'Ascalon, et Eluli (Elulaeos), roi de Sidon, refusèrent le tribut ; les gens d'Ekron, à leur tour, se saisirent de la personne de Padi, le roi que Sargon leur avait imposé ; ils le garrottèrent et le livrèrent à Ezéchias qui, n'osant le mettre à mort, se contenta de le retenir prisonnier, comme si le crime n'était pas à peu près le même aux yeux du roi d'Assyrie. Instruit de ces événements, Sennachérib prit à cœur d'étouffer la révolte avant qu'elle ne devînt un embrasement général, car les plus timorés allaient y prendre part, et l'Egypte s'était elle-même mise sur les rangs, en promettant aux insurgés une forte armée de secours*.
Le belliqueux monarque assyrien fondit d'abord sur les villes de Phénicie, que leur situation exposait à son premier choc. Eluli, roi de Sidon qui avait, quelques années auparavant, si courageusement tenu tète à Sargon, n'osa pas affronter une seconde fois une lutte semblable, et abandonna son pays pour se réfugier « sur les îles, au milieu de la mer. » Les villes de la côte, Sidon la grande, Sidon la petite, Bit-Zitti, Sarepla, Maliallib, Hosa, Ecdippe, Acre et d'autres encore, furent successivement soumises presque sans effort. Sennachérib mît sur le trône d'Eluli, un
' Isaïe, xxxix, 6-7.
* V. Histoire ancienne de VOrient, t. II, p. 358 et suir.
* Bu-relief de Niinroud.
personnage du nom d'Ethbaa], qui se reconnut vassal et tributaire de TAssyrie. Abdilil, roi d'Arvad ; Urmelek, roi de Byblos; Milenti, roi d'Asdod ; Buduel, roi d'Ammon ; Kamosnadad, roi dcMoab ; Malikram, roi d'Edom et Menahem, roi d'Usimurun, se hâtèrent de faire leur soumission et d'accourir pour baiser les pieds du roi d'Assyrie et lui apporter leurs tributs. Sennachérib put alors faire graver sur les rochers qui bordent le cours du Nahr el Kelb^ son image et le récit de sa glorieuse campagne.
« Mais Sidka, roi d'Ascalon, ne fit. pas acte de soumission. J'ai enlevé les dieux de la maison de son père, lui, sa femme, ses fils et ses fîlles, ses frères, les rejetons de sa race, et je les ai transportés au pays d*A&sur. J'ai établi, pour régner sur la ville d'Ascalon, Sarludar, fils de Rukibti, le précédent roi; je lui ai imposé un tribut pour gage de ma souveraineté et j'ai rétabli l'ordre dans ses États. » Sennachérib soumit ensuite les villes qui dépendaient alors d'Ascalon, Bcth-Dagon, Joppé, Benê-Barac et Ha2or. Il ne restait plus désormais entre l'Euphrate et rÉgypte qu'Ezéchias et le royaume de Juda qui ne se fussent pas courbés sous le joug. Ezéchias n'était pas précisément pour le roi d'Assyrie un sujet rebelle comme les autres princes dont il vient d'être question, mais il s'était pourtant gravement compromis par sa neutralité armée, et le conquérant avait contre lui un grief suffisant pour justifier son agression. 11 l'expose lui-même en ces termes : « Les magistrats, les grands et le peuple d'Accaron (Amgarun) avaient chargé de chaînes de fer leur roi Padi, mon vassal et le serviteur de l'Assyrie, et ils l'avaient livré traîtreusement à Ezéchias, roi de Juda, dans l'ombre de la nuit. » Avant d'attaquer le royaume même de Juda, Sennachérib marcha d'abord contre les rebelles d'Accaron. Les Égyptiens étaient sortis deleurs frontières pour les défendre. « Les rois d'Egypte, dit le texte assyrien, avec les archers, les chars et les chevaux du roi de Maréa (Meluhi, la partie occidentale du delta), s'étaient rassemblés en nombre immense et étaient venus à leur secours. Ils formèrent leur ligne de bataille près d'Elthéca (Altaku)* et tentèrent le sort des armes. Dans l'adoration du dieu Assur, mon seigneur, je combattis contre eux et je les mis en déroute. Les conducteurs des chars et les fils du roi d'Egypte, avec les conducteurs des chars du roi de Maréa, tombèrent vivants entre mes mains au milieu de la bataille. J'assiégeai et je pris les villes d'Elthéca
' Dans la tribu de Dan. (Josué, xix, 44.)
et de Timnalha et j'en enlevai le butin. » Les rois égyptiens venus ainsi au secours d'Accaron étaient le prince de Tanis et le roi du pays de Mereh qtii régnait à Sais : les rois éthiopiens qui étendaient à celle époque leur suzeraineté sur TÉgypte tout entière n'interviendront qu'un peu plus tard dans les événements de Syrie.
Après la bataille d'Ellhéca, Sennachérib entra dans Accaron ; il fit mettre à mort les principaux chefs de la ville ; leurs cadavres, mis en croix, furent exposés au-dessus des remparts de la ville, et les habitants furent eu grande partie vendus comme esclaves. Alors le roi de Juda prit peur ; il ouvrit les portes de la prison du roi Padi et le renvoya à Sennachérib, qui rétablit son vassal sur son trône. Cependant, quand le roi d'Assyrie demanda à Ezéchias de livrer lui-même son propre royaume, le vieux roi trouva enfin l'énergie qu'il aurait dû déployer au commencement de la guerre : il refusa nettement. « Ezéchias du pays de Juda, dit le texte assyrien, refusa de faire sa soumission. » Alors, Sennachérib pénètre dans ses États héréditaires et y porte partout le ravage. Forçant le roi juif à s'enfermer dans Jérusalem, il prend successivement quarante-quatre villes fermées de murs, sans compter les bourgs ouverts ; il enlève d'immenses troupeaux de chevaux, d'ânes, de mulets, de chameaux, de bœufs et de moutons, et il emmène en exil, suivant l'usage assyrien, 200,150 captifs de tout âge et de tout sexe. Le territoire conquis sur Ezéchias est partagé entre Mitenti, roi d'Asdod, Padi, roi d' Accaron, et Ismibel, roi de Gaza. Ce sont là précisément les rois des villes philistines qu'Ezéchias avait combattues quelques années auparavant. En leur donnant les districts qu'il enlevait à Juda, Sennachérib les remettait aux ennemis les plus ardents que ce royaume eut alors, et il était bien sûr ainsi d'empêcher des révoltes ultérieures. Aussi, la captivité que le roi d'Assyrie imposa aux Juifs dans cette terrible guerre fut-elle toujours regardée, avec la prise de Samarie et la captivité de Babylone, comme une des plus effroyables calamités que les Juifs aient jamais eu à souffrir. Ces désastres sans nom ont trouvé un éloquent interprète dans le prophète Isaïe, qui s'écrie :
« Voici que Jéhovah s'en va rendre le pays vide et l'épuiser ; il le mettra sens dessus dessous et il en dispersera les habitants.
« Et tel sera le sacrificateur que le peuple, tel le maître que son serviteur, telle la dame que sa servante, tel le vendeur que l'acheteur, tel celui qui prête que celui qui emprunte, tel le créancier que le débiteur.
« Le pays sera entièrement vidé et entièrement pillé, car Jéhovah a prononcé cet arrêt.
« La terre est dans le deuil, elle est déchue, le monde languit, il succombe ; les plus grands eux-mêmes du peuple de ce pays dépérissent...
(( ... Les habitants de cette terre sont consumés, et il n'y est resté que bien peu de gens.
Ci Le vin excellent pleure, la vigne languit, tous ceux qui avaient le cœur joyeux soupirent.
MusicieDs. (D*aprë8 un bas-relief de Koyoundjik.)
« La joie des tambours a cessé; le bruit de ceux qui se réjouissent est iini ; morte est la gaîté de la harpe.
« On ne boira plus de vin avec des chansons, la cervoise sera amère à ceux qui la boivent...
« Il est arrivé au pays comme quand on secoue l'olivier et quand on grappille après la vendange...
« Le pays est entièrement broyé, le pays est entièrement écrasé, le pays est entièrement bouleversé.
« Le pays chancelle comme un homme ivre ; il sera transporté comme un édicule, et son péché s'appesantira tellement sur lui qu'il tombera et ne se relèvera pas *. »
* Isaïe, XXIV, !-20.
Ailleurs, le prophète décrit comme il suit les ravages commis par les farouches légions d'Assur, qu'il menace en même temps du courroux de Jéhovah :
« Malheur à toi, pillard! Ne seras-tu pas aussi pillé? Dévastateur, ne seras-tu pas dévasté? Oui, sitôt que tu auras fini de piller, toi-même, tu seras pillé ; sitôt que tu auras cessé de dévaster, toi-même tu seras dévasté...
« Les peuples ont pris la fuite à cause du bruit éclatant ; les nations se sont dispersées...
(( Les routes sont désolées ; personne ne passe plus dans les sentiers...
« Le pays pleure et languit ; le Liban est confus et fané ; Saron est devenu comme une lande ; Basan et le Carmel ont perdu leur feuillage...
« Les peuples sont comme des fourneaux de chaux ; ils sont brûlés comme des épines coupées*. »
Ces paroles du prophète ne sont-elles pas la paraphrase poétique du texte assyrien ? Il y avait longtemps que la main de Jéhovah ne s'était appesantie avec tant de rigueur sur son peuple. Jérusalem seule restait debout, et encore paraissait-elle devoir succomber bientôt aux efforts de l'ennemi, car ses fortifications étaient à peine en état de la défendre : Ezéchias avait tout prévu, sauf l'éventualité d'un siège. On avait à la hâte et au dernier moment, été obligé de démolir des maisons afin d'avoir des matériaux pour fermer les brèches des remparts, et l'on avait, avec les eaux d'un vieil étang, inondé les fossés de circonvallation*. Mais la démoralisation, avant-coureur de ladéfaite^ avait gagné la masse du peuple. Ezéchias rassembla les principaux chefs de l'armée et essaya de ranimer les courages : « Fortifiez-vous, leur dit-il, prenez courage et ne craignez rien du roi des Assyriens et de toute la multitude qui est avec lui, car il y a, avec nous, une force plus grande que la sienne. Le bras de la chair est avec lui, c'est vrai, mais Jéhovah notre dieu est avec nous, pour nous aider et conduire nos bataillons', i^
Cependant Sennachérib n'était point encore arrivé sous les murs même de Jérusalem. Il était à Lachis, au sud-ouest de Beth^Uibrin, sur la route de Jérusalem à Gaza, dont il faisait le siège, et dont il lui
' Isaïe, zxxiti, 1-12.
' Isaïe, xxii, 10-1 i .
' II Chron., xxxn, 6-8.
importait de se rendre maître à tout prix, parce que cette place était une position stratégique admirable pour surveiller à la fois l'Egypte, le pays des Philistins et la Judée. Quand Ézéchias apprit la chute de cette forteresse, il comprit que son tour était venu, et il résolut d'offrir spontanément sa soumission pour désarmer le courroux de son redoutable ennemi. Il lui envoya une ambassade avec ces mots : a J'ai péché; retire-toi de moi, et ce que tu m'imposeras, je le paierai. » Le roi d'Assyrie, ajoute le texte biblique, imposa à Ézéchias, trois cents talents d'argent et trente talents d'or*. Le roi de Juda livra tout l'argent qui se trouvait dans le temple de Jéhovah et dans le trésor royal, et il fut même obligé, pour compléter la somme, de mettre en pièces les portes du temple qu'il avait fait recouvrir de lames d'or peu d'années auparavant. Sennachérib fut si fier de ce succès qui ne lui avait pas coûté cher, que plus tard, rentré à Ninive, il fit représenter sur un bas-relief qui nous est parvenu, la scène de réception des ambassadeurs juifs*. On y voit le roi d'Assyrie assis sur son trône, dans tout l'apparat de sa magnificence ; de la main droite il tient une flèche, et de la gauche son arc qu'il appuie sur le marche-pied du trône ; il est entouré de ses principaux officiers. Un Juif, peut-être Ézéchias lui-même, est représenté debout devant lui, les mains jointes dans l'altitude de la soumission, tandis que, plus loin, se tiennent les otages et les officiers du roi de Jérusalem, les uns agenouillés et les mains jointes, les autres prosternés et baisant le sol; plus loin, comme pour donner aux Juifs une idée du sort qui eut pu les attendre, sont des prisonniers qu'on égorge ou qu'on écorche vifs. Au-dessus du tableau on lit cette inscription : « Sennachérib, roi des nations, roi d'Assyrie, est assis sur un trône élevé et reçoit les dépouilles de la ville de Lachis. »
A peine Sennachérib avait-il pris l'or des Juifs, auquel étaient joints des vases de métal, des escarboucles, des perles, de grandes pierres
* II Rois, xviii, li-iô. Le lexle biblique dit trente talents d'or et trois cents talents d'argent; le texte assyrien porte trente talents d'or et huit cents talents d'argent. Mais celle contradiction n'est qu'apparente. Le talent hébreu valait deux talents faibles babyloniens et deux tiers, de sorte que, trois cents talents hébreux font exactement huit cents talents faibles d'Assyrie. Pour lor, le compte est le môme dans les deux sources, parce que les Hébreux, dès le temps des rois, avaient l'habitude de compter l'or en talents assyriens. Le tribut payé par Ezéchias s'élevait donc en poids à 909 kilogrammes d'or ou 2,817,900 fr. et 24,240 kilogrammes d'argent ou 5,332,800 fr.; en tout 8,150,700 fr. En tenant compte de la valeur réelle des métaux précieux qui était alors cinq ou six fois ce qu'elle est aujourd'hui, on voit que la contribution de guerre d'Ezéchias dépassait sept cents millions, *
' Voyez la gravure de la page 362, au t. II de cet ouvrage.
* Bas-relief de Koyoundjik, au Brilish Muséum.
d'onyx, des coffres d'ivoire, des sièges sculptés en ivoire, de Tambre gris, des dents d'ivoire, des peaux et des cornes de buffle, du bois de santal et du bois d'ébène, avec de nombreux otages, qu'on apprit qu'une armée égyptienne était réunie à Péluse, prête à marcher sur la Syrie, et que le roi éthiopien Tahraka, maîlre de toute l'Egypte, arrivait au secours de la Judée. Les émissaires juifs avaient déjà quitté le camp assyrien et étaient rentrés à Jérusalem : Sennachérib se crut joué par Ézéchias, et il pensa que ce dernier n'avait négocié que pour donner aux troupes égyptiennes le temps d'arriver : il suffisait d'une bataille heureuse pour le faire rentrer en possession des trésors qu'il avait livrés. L'Assyrien jugea, dans tous les cas, qu'il serait imprudent de sa part, de s'aventurer à la rencontre des Égyptiens en laissant sur ses derrières un vassal aussi peu sûr que le roi de Juda. Avant donc de chercher à atteindre l'Egypte, il résolut d'en finir avec la Judée, et il rebroussa chemin, droit sur Jérusalem, résolu à demander la reddition de la ville et à en transporter les habitants dans quelque lointaine contrée.
En face de pareilles exigences, le courage du vieux roi Ézéchias se réveille tout à coup avec l'énergie du désespoir. Il prend conseil des principaux de sa capitale, obstrue les sources des environs de la ville, afin de priver d'eau les assiégeants, restaure les murs et en répare les brèches, rebâtit de nouvelles tours, fortifie Millo, arme ses guerriers, relève tous les cœurs par son exemple. Alors, le roi d'Assyrie apprenant ces préparatifs, envoie trois de ses principaux officiers à Jérusalem afin de sommer la ville d'ouvrir ses portes et de persuader le peuple et le roi, de l'inutilité de leurs efforts, en leur montrant l'éclatante supériorité des dieux de l'Assyrie et la vaillance invincible de son souverain. Ces trois émissaires étaient le grand turtan ou généralissime des armées assyriennes, le chef des eunuques, rab-saris, sorte de majordome du palais des rois ninivites, et le rabsak ou grand échanson, qui remplissait les fonctions de maître de l'état-major de Tarmée. Ils arrivèrent à la tête d'une escorte qui ressemblait à une armée, du côté sud-ouest de Jérusalem , vers la porte de Jaffa qu'ils trouvèrent fermée ; ils durent s'arrêter a près de l'aqueduc de l'étang supérieur, dans le chemin qui conduit au charap du foulon'. » De là, ils appellent les sentinelles qui
* II Rois, xviii, 17 et suiv. Cf. Franz Delitzsch, Èiblisches Commenter ûber den Prophet vcsaîa, 1866, pp. 125, etc. ; Vigoureux, La Bible et les découvertes modemeSt t. IV, p. 210.
veillaient au-dessus des remparts et demandent à parler au roi. Celui-ci leur envoie trois de ses officiers, et le dialogue suivant s'engage en langue hébraïque, entre les parlementaires et les assiégés, en présence de la multitude qui se presse au sommet des murs : « Allez maintenant, dit le rab-sak ou grand échanson, allez annoncer ceci à Ezéchias : Ainsi a dit le grand roi, le roi des Assyriens : Quelle est cette confiance sur laquelle tu t'appuies? Tu parles, mais ce ne sont que des paroles; pour faire la guerre, il faut le conseil et la force. Et maintenant, à qui t'es-tu fié, pour te rebeller contre moi? Voici maintenant que tu te confies en l'Egypte, en ce bâton de roseau cassé sur lequel si quelqu'un s'appuie, il lui entrera dans la main et le percera : tel est Pharaon, roi d'Egypte, à tous ceux qui ont confiance en lui. Que si vous me dites : a Nous nous confions en Jéhovah, notre Dieu, » n'est-ce pas ce dieu dont Ezéchias a détruit les haut lieux et les autels, et a dit à Juda et à Jérusalem : a Vous vous prosternerez devant cet autel à d Jérusalem?» Maintenant donc, donne des otages au roi des Assyriens, notre maître, et je te donnerai deux mille chevaux, si tu peux donner autant de cavaliers pour les monter. Et comment ferais-tu pour faire tourner visage au moindre gouverneur d'entre les serviteurs de mon maître! Mais tu te confies en l'Egypte, à cause de ses chariots et de ses cavaliers. Et maintenant, suis-je donc monté sans l'ordre de Jéhovah contre ce Ueu-ci pour le détruire? C'est Jéhovah qui m'a dit : « Monte contre ce pays-là et détruis-le. »
Ces dernières paroles mensongères et perfides émurent profondément les envoyés d'Ézéchias qui craignirent qu'elles ne fissent sur le peuple crédule qui écoutait le discours, la plus mauvaise impression. Us interrompirent l'orateur et lui dirent : « Nous te prions de parler en langue syriaque à tes serviteurs, car nous comprenons cette langue, mais ne nous parle pas en hébreu, parce que le peuple qui est sur la muraille nous écoute. » Et le rab-sak qui tenait surtout, au contraire, à être entendu de la foule, répondit: « Mon maître m'a-t-il donc seulement envoyé vers ton maître, ou vers toi, pour dire ces paroles? Ne m'a-t-il pas aussi envoyé vers les hommes qui se tiennent sur le rempart, pour les avertir qu'ils en seront réduits à manger leurs propres excréments et à boire leur urine avec vous ? » Et s'enflammant de plus en plus, le rab-sak se dresse soudain et s'écrie d'une voix retentissante en langue hébraïque : « Écoutez la parole du grand roi, le roi des Assyriens. Ainsi a dit le roi : Qu'Ézéchias ne vous abuse point, car il
ne pourra pas vous délivrer de ma main. Qu'Ézéchias ne vous fasse point vous confier en Jéhovah, en vous disant : Jéhovah nous délivrera sûrement, et celte ville ne sera point livrée entre les mains du roi des Assyriens. N'écoutez point Ézéchias, car ainsi a dit le roi des Assyriens : Faites composition avec moi et sortez vers moi ; et vous mangerez chacun de sa vigne, et chacun de son figuier, et vous boirez chacun de Teau de sa citerne, jusqu'à ce que je vienne et que je vous emmène en un pays qui est comme votre pays; un pays de froment et de bon vin, un pays de pain et de vignes, un pays d'oliviers et d'huile, un pays de miel, et vous vivrez et ne mourrez point. Mais n'écoutez point Ézéchias quand il essayera de vous persuader en vous disant : « Jéhovah nous délivrera. » LiCS dieux des autres nations ont-ils délivré chacun leur pays de la main du roi des Assyriens? Oîi sont les dieux de Hamath et d'Arpad? Où sont les dieux de Sépharvaïm, de Hénah et de Hivah? Et même, a-t-on délivré Samarie de ma main? Qui sont ceux d'entre tous les dieux de ces pays-là qui aient délivré leur pays de ma main, pour que vous puissiez espérer que Jéhovah délivrera de ma main Jérusalem? » Et le peuple se tut et on ne répondit pas un mot au rab-sak, car le roi avait donné ce commandement : « Vous ne lui répondrez rien. » Après cela, les officiers juifs, Éliakim, fils de Hilkiya, le majordome, et Scebna le secrétaire, et Joah, fils d'Asaph, le commis aux registres, s'en revinrent en déchirant leurs vêtements vers Ézéchias et lui rapportèrent les paroles du rab-sak.
En apprenant ce qui venait de se passer, Ézéchias consterné, déchira ses vêtements en signe de douleur, se couvrit du sac et se rendit au temple de Jéhovah. Il envoya Éliakim, le majordome, Scebna, le secrétaire et d'autres personnages choisis parmi les prêtres, vers le prophète Isaïe en lui disant : « Ce jour est un jour d'angoisses, de malédictions et de blasphèmes... Peut-être Jéhovah, ton Dieu, a-t-il entendu toutes les paroles du rab-sak, que le roi des Assyriens, son maître, a envoyé pour blasphémer le dieu vivant, et l'insulter parles paroles que Jéhovah, ton Dieu, a sans doute entendues. Prie donc pour ceux qui restent encore. » Le prophète rassura les ambassadeurs : « Vous direz ceci à votre maître, leur dit-il : Ainsi a dit Jéhovah : Ne crains point pour les paroles que tu as entendues, par lesquelles les serviteurs du roi des Assyriens m'ont blasphémé. Voici : je vais mettre en lui un tel esprit qu'ayant entendu une certaine nouvelle, il retournera dans son pays, et je le ferai tomber par l'épée dans son pays. »
Pendant ce temps, les parlementaires du roi d'Assyrie étaient retournés au camp de leur maître qui avait quitté Lachis pour aller assiéger Libna. Sur la nouvelle que l'approche de Tahraka et de l'armée égyptienne était imminente, Sennachérib envoya une nouvelle ambassade auprès du roi Ézéchias, et voici le message dont il la chargea : « Vous parlerez ainsi à Ézéchias, roi de Juda, et vous lui direz : Que ton dieu en qui tu te confies ne t'abuse point en te disant : Jérusalem ne sera point livrée entre les mains du roi des Assyriens. Comment, tu as entendu ce que les rois des Assyriens ont fait à tous les pays, en les détruisant entièrement, et toi, tu échapperais ! Les dieux des nations que nos ancêtres ont détruites, savoir, de Gozan, de Haran, de Retseph, et des enfants d'Heden, qui sont en Télasar, les ont-ils délivrées? Où est le roi de Hamath, le roi d'Arpad, et le roi de la ville de Sepharvaïm, de Ilamath et de Hivah? » Après avoir reçu cette lettre et en avoir pris connaissance, Ézéchias alla encore au temple de Jéhovah et fit sa prière :
« 0 Jéhovah ! Dieu d'Israël, qui es assis entre les chérubins, tu es le seul Dieu de tous les royaumes de la terre : c'est toi qui as fait les cieux et la terre !
« 0 Jéhovah! prête l'oreille et écoute; ouvre tes yeux et regarde; écoute les paroles de Sennachérib et de celui qu'il a envoyé pour blasphémer le Dieu vivant.
« Il est vrai, ô Jéhovah ! que les rois des Assyriens ont détruit ces nations et leur pays;
« Et qu'ils ont jeté au feu leurs dieux; mais c'étaient des ouvrages de main d'homme, du bois et de la pierre; c'est pourquoi ils les ont détruits.
« Maintenant, donc, ô Jéhovah, notre Dieu, je te prie^ délivre-nous de la main de Sennachérib, afin que tous les royaumes de la terre sachent que c'est toi, Jéhovah, qui es le seul Dieu. »
D'après le récit biblique que nous suivons pas à pas, Jéhovah fit savoir au pieux roi, par l'entremise d'Isaïe, qu'il était exaucé : « Je t'ai exaucé en ce que tu m'as demandé touchant Sennachérib, roi des Assyriens. Et voici la parole que Jéhovah a prononcée contre lui ; La vierge, fille de Sion , t'a méprisé et s'est moquée de toi; la fille de Jérusalem a hoché la tête après toi... Tu as outragé le Seigneur par tes députés et tu as dit : Avec la multitude de mes chariots je monterai au sommet des montagnes, sur les fiancs du Liban; je couperai les plus
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hauls cèdres elles plus beaux pins... Puisque tu es ainsi furieux contre moi et que Ion insolence est montée à mes oreilles, je te mettrai une
boucle auv narines et un mors h la bouche et je te ferai retourner par le chemin d'où tu es venu..-. Ainsi a dit Jéhovah au sujet du roi des Assyriens : Il n'entrera point dans celle ville, il n'y jeltera aucune
' Bas-relief de Nîmroud.
flèche, il ne se présentera point contre elle avec le bouclier et ne dressera point de talus contre elle. Il s'en retournera par le chemin par lequel il est venu, et il n'entrera point dans cette ville, dit Jéhovah. Car, je garantirai cette ville et je la délivrerai, à cause de moi et à cause de David mon serviteur. Il arriva donc cette nuit-là, qu'un ange de Jéhovah sortit et tua cent quatre-vingt-cinq mille hommes au camp des Assyriens; et quand on fut levé de bon matin, voilà, c'étaient tous des corps morts. Et Sennachérib, roi des Assyriens, partit de là; il s'en alla, et s'en retourna, et se tint à Ninive'. »
Sennachérib, en effet, ne mit jamais le siège devant Jérusalem ; tandis qu'il envoyait ses ambassadeurs à Ézéchias, il poursuivait sa marche sur rÉgypte, qu'il avait résolu d'envahir. Mais en entrant dans le delta, son armée fut aux trois quarts anéantie par la peste, tellement qu'il fut forcé d'opérer une retraite précipitée et de rentrer en Assyrie. Les Égyptiens, comme les Juifs, attribuèrent à leurs dieux cette délivrance inespérée du fléau de la conquête assyrienne, et voici le conte populaire qu'Hérodote recueillit dans son voyage en Egypte au sujet de ccîs événements : « Après Anysis, régna (sur TÉgypte) un prêtre de Vulcain fPhtah) nommé Séthon. II négligea la caste militaire égyptienne et ne tint aucun compte d'elle, comme s'il n'eût dû jamais avoir besoin de son appui; il la traita même ignominieusement et retira les douze aroures de terres de première qualité que les rois antérieurs avaient assignées à chaque guerrier. Mais après cela^ quand Sennachérib, roi des Arabes et des Assyriens, dirigea sur l'Egypte une immense armée^ la caste militaire refusa de marcher au secours du roi. Le prêtre, ne sachant plus que faire, entra dans le temple, et devant la statue se lamenta des dangers qui le menaçaient. Au milieu de ses larmes, le sommeil le saisit, et il vit en songe son dieu debout auprès de lui et l'encourageant, lui promettant qu'il ne lui arriverait aucun mal de résister à l'armée des Arabes, car lui-môme se chargeait d'envoyer des vengeurs pour sa querelle. Confiant dans les promesses de cette vision, le roi rassembla tous les Égyptiens qui voulurent le suivre, et vint campera Péluse, à l'entrée du pays. Aucun guerrier ne l'avait suivi, mais seulement des gens de métier, des ouvriers et des marchands. Quand ils furent arrivés à Péluse, une nuit, des multitudes de mulots envahirent le camp des ennemis, rongeant les carquois, les arcs et les courroies
1 II Rois, zix, 36; Isaïe, zxxvir, 36,
des boucliers, de telle façon que les ennemis furent obligés de fuir le lendemain sans armes, et qu'on en tua beaucoup dans la déroule. Aussi, encore maintenant, voit-on dans le temple de Vulcain (le temple de Phtah, à Memphis) une statue en pierre du roi, tenant un mulot sur sa main, avec Finscriplion : « En me voyant, apprends à être pieux envers les dieux*. »
D'après Josëphe, Bérose racontait, lui aussi, à sa manière, le désastre dû roi d'Assyrie : « Sennachérib, disait-il, trouva à son retour d'Egypte que son armée avait été diminuée de cent quatre-vingt cinq mille hommes par une peste, envoyée de Dieu, la première nuit après qu'elle eut commencé à attaquer Jérusalem de force, sous la conduite de Rabsacès (le rab'-saA), et il en fut si touché que dans la crainte de perdre encore ce qui lui restait, il se retira en très grande hâte dans Ninive, capitale de son royaume*. »
Il est de règle, chez tous les peuples, que les bulletins officiels ne racontent jamais les échecs. Aussi, ne serons-nous aucunement surpris de voir les inscriptions de Sennachérib passer sous silence tous les événements qui remplirent la fin de l'expédition, la tentative sur Péluse et la peste qui ravagea l'armée. Après le récit des premiers faits de l'invasion du royaume de Juda, le texte cunéiforme dont la rédaction est très visiblement embarrassée, nous transporte brusquement à Ninive où le roi d'Assyrie est déjà revenu, sans qu'on nous dise les causes de ce retour précipité.
Pendant les dix-huit ou dix-neuf ans que vécut encore Sennachérib après son échec, il eut le temps de réparer ses forces, de reconstituer les cadres de son armée et d'entreprendre successivement de nouvelles conquêtes sur divers points de la frontière de son empire. Mais l'effroyable désastre qui était venu brusquement interrompre sa marche victorieuse sur les confins de l'Egypte paraît l'avoir frappé d'une sorte de terreur superstitieuse : il eut peur du Dieu des Juifs dont il s'était tant ri; il ne revint plus en Occident opérer ses razzias annuelles, et il ne revit plus jamais les bords de la Méditerranée.
* Hérodote, U, 141. Cf. Oppert, Mémoires sur les rapports clj VÉjyple et de VAssyrie, p. 29-38.
" Josèphe, Antiq, Jud, XI, ir.