‹ Histoire ancienne de l'Orient [Texto impreso]Chapitre 40 sur 98 · LES EMBELLISSEMENTS DE NINIVE · texte numérisé non relu

LES EMBELLISSEMENTS DE NINIVE

Sennachérib n'avait ni Taudace ni le génie de Sargon, son père; tandis qu'on a comparé ce dernier à Darius, fils d'Hystaspe, on lui a trouvé avec raison plus d'un trait de ressemblance avec Xerxès. Grand conquérant par la force des événements et parce qu'il avait les armées du monde les plus nombreuses et les mieux organisées, il profita d'un ordre de choses établi avant lui, parvint à le maintenir, mais ne le créa point ni même ne le grandit. Il est surtout célèbre dans l'histoire par ses guerres contre Marduk-pal-iddin, roi de Chaldée, dans lesquelles il ne triompha qu'à demi, tant ses victoires furent chèrement achetées, et par l'effondrement subit de sa puissance aux portes de l'Egypte. Sur les bas-reliefs qui nous donnent son portrait, « il a le nez busqué, les narines minces, la lèvre dédaigneuse, s'avançant légèrement sur la lèvre inférieure ; sa taille élancée est empreinte d'une certaine distinction qui ne se remarque pas chez son père *. » Cruel, orgueilleux et arrogant, il est un des types les plus achevés du monarque oriental, et il ne le cède à aucun autre pour le luxe et la magnificence.

Il est le premier des rois d'Assyrie dont on ait retrouvé les inscriptions et les monuments sur l'emplacement même de Ninive à laquelle il donna un éclat incomparable. Son palais qui couvrait une superficie de plus de deux hectares, était situé à l'extrémité méridionale du monticule de Koyoundjik, et les immenses galeries de bas-reliefs dont il était orné ont été transportées au Musée Britannique, où nous en admirons l'étendue et la richesse. Laissons Sennachérib raconter lui-même la construction de sa demeure royale et les embellissements de sa capitale. « Ninive, dit-il, est le lieu suprême, la ville où Ton adore la déesse Istar; elle renferme tous les sanctuaires des dieux et des déesses qui veillent, pour des jours éternels, sur ses antiques fondements. Mais depuis longtemps l'écriture était effacée de dessus la pierre, et on avait oublié les exploits qui y étaient inscrits; on ne pouvait plus lire et interpréter les inscriptions... C'était en vain que depuis longtemps les rois, mes pères, et mes prédécesseurs, qui s'étaient chargés d'enrichir les temples des dieux, avaient rassemblé dans cette ville beaucoup de

* Menant. Remarques sur les portraits des rois assyro-chaldéens, p. 12.

richesses et les tributs des rois des quatre régions ; cependant, personne parmi eux, n'avait songé à entourer d'une enceinte forlifîée la ville, siège de la royauté, à réparer et à reconstruire les temples; personne n'avait pensé à embellir cette cité, à diriger ses rues, à creuser un canal, construire un aqueduc, changer ce qui était mauvais. G*est moi, Sennachérib, roi du pays d'Assur, qui, avec la permission des dieux, ai accompli cette œuvre. J'en ai eu l'idée et j'y ai porté mon esprit. J'avais enlevé de leurs demeures les hommes delà Chaldée, les peuples d'Aramy de Van, de Que, de Gilicie qui ne m'étaient pas soumis, je leur donnai l'ordre de bâtir ; ils moulèrent des briques. Je fis tailler des blocs énormes en Chaldée que je leur fis transporter ; je fis toutes ces choses avec le travail des rebelles que mon bras avait soumis; je leur fis construire ces palais.

« Le palais précédent avait 360 mesures, savoir : 80 mesures du côté de la grande pyramide, 190 mesures du côté du £-Namari, le temple d'Istar, 90 mesures sur Tautre face du E-\amari. Les rois, mes pères et mes prédécesseurs, l'avaient élevé pour leur gloire, mais ils n'en avaient pas achevé la magnificence. Le Tigulti qui protège le château contre l'ennemi, et qui parfois, dans sa crue, inonde le centre de la ville, avait fini par miner le palais ; une brèche s'était formée dans les fondations et avait endommagé le temen. Alors, j'ai dû démolir entièrement ce palais; j'ai détourné le Tigulti, j'ai bouché la brèche et j'ai changé le cours du fleuve; j'ai construit des quais en briques, sur lesquelles j'ai mis de grandes pierres.

n Pour que ce palais puisse durer éternellement pour la gloire du ' monde, je n'ai pas touché aux iemen...^ mais j'ai rédigé des inscriptions avec la mention de mon nom, et je les ai déposées en plusieurs exemplaires dans les soubassements... J'ai agrandi la terrasse bien au-delà de ce qu'elle était autrefois; j*ai fait le palais bien plus grand que l'ancien, et j'ai fortifié les parties extérieures. Dans l'enceinte, j'ai fait élever la demeure royale avec des poutres de santal, d'ébène, de lentisque, de cèdre, de pistachier...

<i Pour alimenter les fontaines. j*ai fait amener l'eau des sources dans des aqueducs, depuis le territoire de la ville de Kisir, jusque dans le voisinage de Ninive. Je les ai réunies dans un canal, jusqu'à la distance -d*un Âasbu qaqqar du cours de Haser : là , j'ai établi un immense n^ser^oir d'où Teau se distribuait dans la ville. C*est ainsi que j'ai renouvelé Ninive, la ville de ma souveraineté, j'ai aligné ses nies,

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