‹ Histoire ancienne de l'Orient [Texto impreso]Chapitre 5 sur 98 · BASSIN DE L'EUPIIRATE ET DU TIGRE · texte numérisé non relu

BASSIN DE L'EUPIIRATE ET DU TIGRE

dans rherbe de place en place; mais elles formaient des bouquets si serrés et si épais que toute la plaine semblait un tapis multicolore. Nos grands lévriers, quand ils revenaient de la chasse, sortaient des hautes herbes, teints en rouge, en jaune ou en bleu, suivant la nature des fleurs à travers lesquelles ils s'étaient frayé passage*. »

Chasse au cheval sauvage

On voit par cette esquisse quelle analogie de conditions naturelles le bassin de TEuphrate et du Tigre, surtout dans la Chaldée, sa partie

Cheval sauvage pris au lacet '•

méridionale, présente avec TÉgyple. C'est de même un présent du fleuve, une terre d'une incomparable fécondité produisant presque sans travail au milieu de déserts. La nature elle-même a préparé les deux contrées pour être le théâtre où les premières sociétés humaines pourraient se constituer e** entrer dans la voie de la civilisation. Aussi est-ce dans les plaines arrosées par les deux grands fleuves de l'Asie occiden-

* H. Layard. Nineveh and Us remains l. I, p. 78,

* D'après un bas-relief du palais de Sennachérib.

iO GEOGRAPHIE PHYSIQUE

laie que, d'après la Iradition chaldéenne, le dieu-poisson Oanaès avait enseigné aux hommes « tout ce qui sert à l'adoucissement de la vie <>, et les avait, sur un sol aussi favorisé que celui de l'Égyple, initiés aux premiers rudiments de la vie policée. C'est aussi dans ce beau pays que se sont successivement rencontrées toutes les races de l'ancien monde, et que, depuis Nemrod jusqu'aux successeurs de Mahomet, elles se sont disputé l'empire de l'Asie. L'Egypte et la Mésopotamie col été les deux plus antiques foyers de culture, presque aussi anciens l'un que l'autre,

Fiche fc la ligne dans le Tigre < .

bien que la priorité appartienne à Babylone phitôt qu'à Memphis; elles ont été également les deux rivales aux mains desquelles s'est toujours trouvée placée alternativement la domination de l'Asie occidentale. L'Euphrate et le Nil communiquent librement par des chemins faciles et propices au passage des grandes armées. Toutes les fois que l'Egypte s'est trouvée entre les mains d'un homme énergique, elle a prétendu soumettre la Mésopotamie h son pouvoir, comme si une loi inévitable ne permettait pas la coexistence de ces deux empires rivaux, munis des mêmes ressources et placés dans des conditions analogues. Un Thoutmfes ni ou un Séti à Thèbes, comme un Saladin au Caire et un Méhemet-Ali à Alexandrie, n'ont pas eu de plus constante préoccupation que de diriger leurs troupes sur l'Ëuphrate et d'en tenter la conquête.

■ D'après un bas-relief de Nîmroud ;Kalah).

BASSIN be L'ErPIIRATE ET DU TIGRE il

De même, toutes les fois qu'un pouvoir fort s'est élevé sur les rives de ce fleuve, à Bagdad aussi bien qu'à Babylonc ou à Ninive, il a menacé l'Egypte et cherché à l'asservir. L'histoire de l'Asie antique et celle de l'Asie musulmane se composent presque exclusivement des oscillations de l'antagonisme politique des empires de l'Egypte et de la Mésopotamie.

La vigne grimpante <.

interrompues seulement lorsque la puissance militaire de l'Occident européen est entrée en lice avec sa supériorité morale, comme au temps de la conquête d'Alexandre et au temps des Croisades.

Mais tandis que le Nil n'a qu'un bassin d'une largeur fort exiguë et ne reçoit aucun affluent, le Tigre et l'Euphrate se développent au contraire dans une sorte d'immense amphithéâtre où ils s'enrichissent des eaux de nombreux tributaires qui descendent des plateaux neigeux de l'Arménie

< D'après un bu-relierdu palais de Sennachénb, à Koyoundjik.

12 GEOGRAPHIE PIIYSIQrE

OU des chaînes abruptes du Kurdistan. Le Haser, le Zab supérieur, le Zab inférieur et TAdhem, si souvent franchis par les armées d'Assur, accourent des monts qui limitent le bassin occidental du lac d'Ourmia, pour grossir le cours moyen du Tigre, et les grands torrents qui cachent leur têle dans les neiges étemelles du Zagros et portent aujourd'hui les noms de Shirwan, de Rerkhan ou Hawiza et de Karoun, fournissent également un énorme appoint à son cours inférieur. L'Euphrate, de son côté, une fois qu'il s'est dégagé des gorges des montagnes arméniennes, accueille dans son sein les rivières qui sillonnent la haute Mésopotamie, comme le Belik et le Habour. Au-dessous de Bagdad, de nombreux canaux, les uns naturels, les autres creusés par l'homme, parmi lesquels nous citerons le Nahr Malka ou « fleuve royal », le Nahr Agamme,le Schat el Kahr, le Schat el Nil, le Schat el Haï, et l'ancien Pallacopas, traversaient la plaine en tous sens, et formaient avec leurs ramifications qui se comptent par centaines, les veines de communication entre les deux grandes artères de cette contrée si fertile jadis et si désolée de nos jours.

Les monarques assyriens nous raconteront en détail dans leurs inscriptions monumentales, leurs exploits militaires dans les montagnes qui forment l'enceinte du bassin mésopotamien. A l'est, deux ou trois passages seulement leur permettaient d'envahir la Médie]: tantôt, ils franchissent, vers les sources du Zab supérieur, les collines peu élevées qui leur ouvrent un chemin facile jusqu'au lacd'Ourmia et, de là jusqu'à la mer Caspienne ; tantôt ils essayent de contourner le massif, impraticable pendant sept mois de l'année à cause des neiges et des glaciers, où le Zab inférieur, le Schirvan et le Kerkhan prennent leur source. Enfin, ils trouvaient un autre passage pour aller au pays du levant, en remontant la vallée du Kerkhan, leChoaspès de la géographie classique, qui leur permettait d'atteindre Suse elle-même. Mais ces expéditions lointaines où il fallait lutter contre le climat, la nature du sol et une race de solides montagnards, étaient généralement fort peu du goût des rois d'Assyrie : deux ou trois d'entre eux seulement qui portèrent h son apogée la puissance d'Assur, osèrent les entreprendre; les autres préféraient se borner à parcourir en pillards el en incendiaires les dernières assises occidentales des monts Zagros qui s'alignent parallèlement au cours du Tigre. Là vivait, comme encore aujourd'hui, une population très douce dans un pays tempéré et fertile ; tandis que la crête des collines est ombragée de forêts de platanes, de chênes et de noyers.

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